décembre
détourner la Prusse du système de neutralité qu'elle avait adopté. Le cabinet de Berlin, dirigé par M. de Haugwitz, continuait à entretenir de bons rapports avec le gouvernement de la République française, et à rester en méfiance malveillante avec l'Autriche.
Tandis que M. Pitt et ses collègues travaillaient activement à raviver la guerre contre la France et à former une nouvelle coalition , ils se trouvèrent contrariés et arrêtés par une vive manifestation de l'opinion publique de l'Angleterre. Les victoires des armées françaises, la paix conclue avec la Prusse, l'Espagne et la Hesse, le désastre de Quiberon , la pensée que la France délivrée du régime de la Terreur se donnait une constitution et allait avoir un gouvernement régulier, avaient donné l'espoir d'une paix qui épargnerait à l'Angleterre les sacrifices et le malaise que lui imposait une guerre poursuivie avec obstination au détriment des intérêts nationaux.
Cette opinion, professée par les chefs d'une opposition peu nombreuse dans le parlement, s'était répandue dans les classes moyennes. Le conseil général de la cité de Londres avait voté une adresse au parlement pour demander la paix , et cet exemple avait été suivi par plusieurs autres villes. La multitude populaire s'était passionnément animée contre un ministère qui se refusait à mettre un terme aux calamités de la guerre; les réunions , où se pressaient par milliers les classes inférieures , applaudissaient aux harangues les plus séditieuses. Les ministres furent avertis qu'au jour où le roi se rendrait au parlement pour ouvrir la session, de graves désordres seraient à craindre.
L'esprit traditionnel du gouvernement anglais et de l'aristocratie d'où il émane, n'a point pour habitude de
regarder les passions d'une multitude ignorante, mobile et sans prévoyance , comme la raison suprême , et n'obéit point à ses injonctions comme à une volonté souveraine ; mais il ne lui oppose pas une obstination aveugle, et sait, au besoin, ménager des concessions mesurées. Le discours de la couronne, qui était connu d'avance, disait « que les revers éprouvés en Allemagne par les armées françaises, et les embarras intérieurs du gouvernement nouvellement institué , donnaient lieu d'espérer que des propositions de paix justes et modérées pourraient être écoutées. »
Cette raisonnable condescendance ne calma point les esprits : lorsque le roi traversa la ville pour se rendre au parlement, sa voiture fut entourée d'une foule de gens de toutes conditions qui demandaient à grands cris le renvoi de M. Pitt et la paix. Le tumulte était prodigieux. Les sifflet^ , les hurlements se mêlaient aux cris : — « Du pain ! la paix ! à bas Georges !» — On entendit : — « point de roi ! » — des pierres furent jetées dans le carrosse royal ; une des glaces fut brisée par une balle partie d'un fusil à vent. Le retour au palais de Saint-James ne fut pas moins tumultueux; le roi y fut encore insulté , et courut encore de graves dangers.
Les adresses des deux chambres en réponse au discours de la couronne n'en furent pas moins votées à une grande majorité, sans que l'opposition réussît à y introduire un amendement. Elles exprimaient la reconnaissance du parlement pour la politique suivie par le gouvernement du roi. Deux bills proposés par le ministère , l'un pour prévenir les assemblées séditieuses , l'autre pour' la sûreté du roi et la conservation de la personne et du gouvernement de Sa Majesté contre les