‹ Histoire du dix-neuvième siècle;Chapitre 14 sur 88 · LE GZAR PAUL. — SON AMOUR POUR LÀ FRANCE · texte numérisé non relu

LE GZAR PAUL. — SON AMOUR POUR LÀ FRANCE

L'insolente férocité que Bonaparte montra dans cette affaire, et qu'il n'étala jamais au même degré, préférant de beaucoup des formes plus adroites et plus astucieuses, s'explique par un paroxysme d'orgueil qui lui était venu.

• L'admiration et l'amitié du czar Paul, et leurs projets communs, semblaient le faire bientôt le maître de l'Europe.

Si vous parlez aux Russes de leur czar Paul I*^, vous trouvez en eux une entente singulière pour continuer la même tradition, répéter les mêmes choses. Gela n'est j^oint étonnant. Les intérêts qui créèrent cette tradition subsistent encore, et elle est soigneusement conservée par tous les intéressés, je veux dire par

la haute classe peu nombreuse qui jusqu'ici gouvernait, possédait la Russie. Cette aristocratie, issue en partie d'étrangers de tant de races, a de mystérieux liens que rien ne lui fait oublier. Tous, dès quMl s'agit de Paul, disent, répètent (de père en fils) les mêmes choses.

a C'était un esprit bizarre, un sauvage, dont les constants changements et le despotisme absurde, désespéraient tout le monde. Sa mort fut une délivrance, et l'on bénit ses assassins. »

Hors de Russie, c'est autre chose. Plusieurs de ceux qui vivaient alors, et virent les choses de près, sans nier les violentes disparates de ce caractère, ont fait un surprenant éloge de sa bonté, de son grand cœur, toute justice, toute pitié. On voit très-bien que c'était peut-être le seul souverain loyal, généreux qui vécût alors. C'est pourquoi on l'a tué.

a C'était un barbare?» Sans doute. Et cela nous fait réfléchir sur l'âme humaine, partout identique, et même souvent meilleure, excellente, chez ceux que nous appelons barbares.

Chez les Russes, dans leur grand mélange, il y a souvent des types physiques admirables, qui reviennent par moments avec toute la beauté Scandinave et slave, et d'autres types qui reviennent avec la laideur tartare. Paul malheureusen^ent fut de ces derniers ^

* Son portrait da musée de Versailles est probablement une caricature.

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Catherine, qui, dans la confusion de ses mobiles amours, l'aYait eu on ne sait de qui, l'aima peu et le traita mal. La cour, qui s'en aperçut, imita l'impératrice. Paul fut l'objet d'une aversion universelle. Et les amants de sa mère la flattaient en avilissant son fils par le ridicule. On se cachait peu du souffre-douleur, du fils en qui la marâtre détestait son héritier.

Elle meurt enfin, et ses indignes Courtisans ne trouvent en celui qu'ils outrageaient nulle haine, nulle amertume. Telle était sa grandeur de cœur.

Mais ce cœur était trop tendre, trop .sensible, et il s'y abandonnait. Quand nos émigrés affluèrent en Russie, et qu'ils contèrent la tragédie de Louis XYI, de Marie-Antoinette, Paul, qui ignorait leur trahison, leur appel à l'ennemi, Paul, dis-je, eut un accès violent de pitié pour Louis XVI, de haine pour la révolution. 11 prit un vif intérêt aux princes que la révolution dépossédait, surtout au roi de Piémont, à la reine de Naples, qui, pour ainsi dire, embrassait ses genoux. Il envoya, avec cent mille hommes son vaillant Souvarow en Italie contre nos armées, alors faibles et manquant de tout.

Mais quand Paul se vit, à Zurich, presque délaissé par l'Autriche, qui le seconda si peu contre Masséna et lui causa la défaite de Zurich, si cruelle pour la gloire des Russes, Paul laissa la coalition.

Une autre cause appelait alors son âme chevale-

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resque, autre cause pourtant analogue , toujours la protection de$ faibles.

Cette fois il élait imploré par les puissances maritimes, Suède, Danemark, Hambourg, etc., indignement vexées, maltraitées des Anglais, qui ne respectaient guère davantage même la Prusse, même l'Espagne. Ainsi, devant le port de Barcelone même, ils surprirent, trois vaisseaux, en ne montrant sur le pont des leurs que des officiers anglais déguisés en Espagnols. Paul, obsédé par les victimes de cette indigne tyrannie, se ressouvint qu'en 1780 la Russie s'était mise à la tête d'une ligue pour la protection des neutres.

Cette question n'était pas moins que celle de la li* berté des mers, tant débattue déjà au dix-septième siècle , le mare liberum des Hollandais , le mare clamum des Anglais: thèse qu'ils soutenaient d'abord pour leur sûreté dans les mers étroites d'Europe; mais thèse cruellement tyrannique lorsque, maîtres des Indes, ils retendaient à toutes les mers, et prétendaient confisquer un élément. Mais ce préteadu droit de naviguer seuls librement partout, qui implique celui d'aborder à volonté partout, ne serait pas moins qu'un droit illimité sur les rivages mêmes, c'est-à-dire un droit d'usurper la terre même.

Paul, prenant en main cette grande question, se trouvait par cela même rapproché de la France, qui l'avait toujours défendu, et encore plus de Bonaparte,

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