‹ Histoire du dix-neuvième siècle;Chapitre 72 sur 88 · MALET (OCTOBRE · texte numérisé non relu

MALET (OCTOBRE

sujet, nommé Nodier, employé cependant de Tadmînistration dans l'illyrie.

Tout cela émouvait peu, non pas qu'on ne haït Napoléon; mais tout ce qu'on disait de ses revers paraissait incroyable, fabuleux. Tant la longue souffrance nous avait endurcis, habitués à l'empire de ce dieu du Mal. L'habitude fait tout. Aux autels du Mexique, ceux qui passaient par les mâchoires du dieu Viziputzli trouvaient cela tout naturel.

Pour revenir à Malet, ce héros, analogue aux républicains militaires que Nodier a peints dans son colonel Oudet, il était difficile de découvrir son entreprise*, il n'avait nuls complices, et sa conspiration était toute dans sa tête. Gomment deviner cela? Mais Malet, prisonnier depuis longtemps, ne savait pas où la France en était.

Il ijroyait qu'elle se souvenait beaucoup plus d'ellemême. Il s'imaginait être encore en 1800.

De plus, en une chose il hésita, ou fut humain. Il ne donna pas l'ordre de tuer Savary, ministre de la police. Dès lors tout devait avorter.

Il ne se décida à tuer qu'au dernier moment, tira, blessa Hulin, gouverneur de Paris, Puis il se laissa arrêter.

Ne l'eût-il pas été, son projet de rétablir la répu-

* Comme l'a Irùc-bicn dit Rovigo (Savary), ministre de la police.

bliqtie, sons raotorité An Sénat, aorait-fl eonvenii aux généraux qui reyenaient et qui regardaient TEmpereur comme fe garant de leur fortune?

Même ce qu'on eût peu deviné, et ce dont Ifalet ne se doutait guère, c*est que les derniers survivants de cette armée détruite par Fimprudence de son chef ne lui étaient pas ennemis. Us avaient bien un peu murmuré en allant, mais au retour, ils mouraient sans rien dire, craignant de faire trop de peine 3i rEmpereur.

Ce peuple est, par moment, d'tme étonnante chevalerie.

L'Empereur, dans un moment oft les Cosaques le serraient et où il étah presque pris, distribua le trésor qu'il avait encore avec lui à ses grenadiers de la garde. Quelle que fût la tentation des besoiiis pressants, dès qu'on fut en sûreté, ils rendirent tout, sans qu'il manquât une pièce d'or.

Des Polonais ih'ont conté que, sur la neige, ces vieux grenadiers, qui n'en pouvaient plus, s'asseyaient pour mourir, et, voyant passer ITmpereur dans son traîneau rapide, lui demandaient du pain, mais non pas en français, de peur de lui briser le cœur. Us lui disaient en russe: cl Papa j Klébal » (Papa, du pain !) Il secouait la tête, disant tristement : «c Niema Kléba I » (Il n'y a pas de pain) ; puis, volait de toute la vitesse du traîneau.

Ces Polonais qui me contaient cela aidèrent eux-

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