LIVRE I. S0URCB8 DU DROIT FRANÇAIS
L'ouvrage de Masuer qui porte les titres de Praciica forensisy Practica senescallix Ahemiœ ou encore Viator juris civilis, concerne, bien entendu, le droit de l'Auvergne et du Bourbonnois; mais il est très forlement empreint de droit romain. Dans deux manuscrits français qui se trouvent à la Bibliothèque nationale, une bonne partie des longueurs, des allusions directes au droit romain qu'on trouve dans le texte des éditions latines, manque ou est relégué à la marge. Klimrath en conclut que cette « glose » ne faisait pas, à l'origine, partie du [l9oj texte, mais qu'elle s'y est incorporée ultérieurement*. Ad. Tardif, qui a étudié attentivement les manuscrits de Masuer, n'admet pas cette hypothèse. J'ai constaté moi-même que les rubriques sont restées latines dans les manuscrits français et qu'une note du temps, placée à la fin de l'un des manuscrits', semble indiquer une traduction. D'autre part, l'allure libre et naturelle du texte français donnerait, à première vue, une impression favorable à l'hypothèse de Klimrath.
Le Style de la Chambre des Enquêtes et le Style des commissaires du Parlement, documents de la première moitié du xiv* siècle récemment publiés par M. Guilhiermoz, ont été utilisés par Masuer'.
ii. Imbert.
Influences romaines. — Jean Imbert, avocat à Fonlenay-le Comte et lieutenant particulier au même siège *, a écrit en latin, au milieu du xvi** siècle, deux ouvrages qui ont obtenu un grand succès :
1* Instituiionum forensium Gallix pêne toiius qux moribus regiiur communium libri /F*; publié par l'auteur lui-même
1 Kliinratb, Trwo. ttir Vkiti. du droit franç.^ t. II, p. 18 et sQiv. Rivière, iïiil. detintt. de VAutergne, t. !•', p. 450. Delisle, Inv. dei mamucrUt fr., t. II, p. H.
s Bibl. Dât., ms. fr. 4661^, fol. 94.
' Guilhiermoz, EnqniUt $t procès^ p. 23.
^ Imbert ne fat-il pas aassi lieuieoaot particulier de Condom? Cf. Gardère, Bisl, de la seigneurie de Condom, p. 185.
^ D'après Bruoet, la première édition do texte latin (que je n'ai jamais eae entre les maîoi) est de 1538; autre édit., Paris, 1545; d'après le même bibliographe, la première édition de la traduction française est de Paris, 1548 : Brunet i'inlitole simplement Practiquê judiciaire (Brunet, Manuel, t. III, p. 410). Nous reproduisons dans le texte le titre français de Tédition de Lyon, 1552.
J£AN IMBSRT.
eo français sous ce titre : Les quatre livres des Institutions forenses ou autrement Practique judiciaire.,, translatez de latin en françois. Nombreuses réimpressious sous ce titre plus simple : La practique judiciaire tant civile que criminelle^ illustrée et enrichie de commentaires et annotations par Guénois^ L*ouvrage est divisé en quatre livres : les deux premiers sont consacrés aux matières civiles; les deux derniers aux matières criminelles. Imbert cite volontiers des arrêts du ïYi* siècle; ce qui donne assez souvent à son livre un intérêt tout particulier*.
2* Enchiridion juris scripti Galliœ moribus et consuetudine frequentiore usitati itemque abrogati ' ; publié en français par Fauteur lui-même sous ce litre : Enchiridion ou brief recueil du * droit écrit gardé et observé en France et aussi de celuy qui est [196] abrogé. Potiers, 1559, in-4°*.
Une dédicace qui se trouve en tête des premières éditions latines est datée du 10 des kalendes de mars 1S52. Sur le titre des éditions de Lyon, dues à Jean Frellon (1556, 1558, 1560) Tigure cette élégante allusion au nom d'Imbert :
Quasi imher super herbam, Et quasi stillaB super gramina
(Deuter., xxxii).
Le droit romain joue toujours un grand rôle dans Imbert, même dans le premier de ces deux ouvrages, où le droit coutumier est fortement imprégné de droit romain. C'est, du reste, le caractère général des travaux juridiques du xvi* siècle,