LIVRE I. SOURCES DU DROIT GERMANIQUE
[116] Celte loi romaine des Wisigolhs est connue sous les noms divers de : Liber Aniani; Lex Romana Visigothorum; Breviarium.
Ce nom de Breviarium nous donne tout de suite une idée de l'ouvrage : la loi romaine des Wisigoths contient un abrégé, abrégé considérable, du Code de Théodose, des Novelles de Théodose et de ses successeurs, un abrégé des Inslitutes de Gains, jurisconsulte romain, un très long extrait des Sentences de Paul, jurisconsulte romain, un extrait du livre premier des Réponses de Papinien, autre jurisconsulte romain, etc.
Tous ces textes, sauf les Institutes de Gains, sont accompagnés d'un commentaire perpétuel appelé Interpretado^ qui nous fait connaître ou plutôt entrevoir l'état des institutions à cette époque elles modifications que les lois romaines ont subies dans la pratique.
Avant la découverte du palimpseste de Vérone, en 1816, on ne connaissait guère les Institutes de Gains que parle Breviarium. C'est par ce canal que nous est parvenue la majeure partie des Sentences de Paul*.
La plupart du temps, lorsqu'apparaîl, dans les premiers siècles du moyen âge, une citation de la loi romaine, c'est à la loi romaine des Wisigoths qu'il faut songer et non au Code de Théodose proprement dit. L'influence de ce Code a été le plus souvent indirecte. Elle s'est exercée par l'intermédiaire du Bréviaire.
M. Fr. de Cârdenas a découvert, dans ces dernières années, une loi du roi Teudis ou Theudis, de l'an 346, qui fait suite à la loi romaine des Wisigoths : c'est une novelle wisigothique.
Lois wisigothiques barbares, — Il a existé certainement plusieurs recueils successifs de lois wisigothiques. Je néglige toutes les hypothèses et les suppositions sur les [1171 ^®x^®s perdus et non retrouvés. J'indique sommairement ce qui
1 Go se demande si Charlemagoe n^aurail pas promalgoé à DOQ^eau le Bré?i&ire d*Àlaric; c*est un point fort douteux. Voyez Tardif, Biti, des sourcet du droit ftan" çaiSf Origines romaines, p. 135.
LOIS WISIG0THIQUE8 BARBARES.
existe et est publié, savoir divers fragments et un code qui nous est parvenu dans son intégralité :
J'* Fragments découverts en 1886 et en 1888 par M. Gaudenziet attribués par lui à Euric. — Lors delà première découverte de M. Gaudenzi, cette attribution fut contestée par d'éminents critiques. Il s*agit, disait-on, non pas d'une œuvre législative, mais d'une œuvre privée, d'un commentaire dû à quelque praticien ou jurisconsulte. J'avoue que ces objections me frappent médiocrement. Les fragments publiés en 1886 me semblent pouvoir convenir à une œuvre législative. Quant au texte découvert en 1888, il exclut toute contestation. Nous sommes en présence de petites lois apparentées avec la Lex Visigoihorurn. Mais de quel prince émanent ces lois? M. Gaudenzi tient toujours pour Euric. D'excellents critiques contestent ce point. L'un d'eux rejette même l'origine wisigothique de l'un de ces fragments. Il y voit, avec raison, ce semble, du droit lombard*-
2* Fragment appelé Antiqua, attribué par Bluhme à Reccarède P"; par Pétigny* à Marie II ; par Brunner et parZeumer à Euric; par M. Gaudenzi au roi Leovigild.
3* Loi ou code qu'on s'accorde à attribuer à Reccessuinthe (f 672). — On appelle souvent ce recueil Liber judicum ou Forum judicum. Le Forum judicum ne nous est pas arrivé sans certaines retouches postérieures, car on y trouve quelques constitutions de rois plus récents que Reccessuinthe'. M. Zeumer a éliminé ces additions et nous a donné une édition très pure du code de Reccessuinthe*.
Le Forum judicum^ traduit au moyen âge en castillan, est devenu le célèbre Fuero juzgo et a joui sous ce nom en Espagne h ^ j d'un long succès et d'une grande autorité.
1 Cf. A. Schmidt, dans Zeitsckrifl der Savigny-SHftung, t. XI, Germ, Âbtk., p. 223 (le même auteur est à lire sur la nature des rapports qui lient les autres fragments à la Lex Visigothorum); Max Conrat (Coho), Geschickle der Quellen, t. !•', p. 268, note 1 . Au sentiment de M. Patelta, les fragments de Gaudenzi seraient ostrogothiques et non wtsigotliiqnes {Archivio giuridico^ t. LUI, i894, p. 1 et suiir.).
2 Revue hi$t. de droit français, t. !«', p. 209.
3 Les dernières lois en date sont onze lois d'i£gica, successeur d*Er?ige (cf. Pailban, dans Revue det questions hist,., l«ir juillet 1881, p. 42, note 3).
<" Lex Visigothorum Reccessuindiana, dans Leges Visigothorum antiquiores, 1894.