‹ Histoire du jeton au moyen ageChapitre 10 sur 70 · GETES : ENTENDES : AV : COPTE : SI · texte numérisé non relu

GETES : ENTENDES : AV : COPTE : SI

GNE = + VRS ; DE LA CHABRE j DES i COPTES.

Quatre fleurs de lis dans un carré placé de coin. — 9^. Croix évidée au centre en quadrilatère arqué, fleuronnée et cantonnée de quatre fleurs de lis. ( jP/., fig. H.)

Il existe de ce jeton de nombreuses variétés qui semblent indiquer qu'il en a été frappé pendant un assez long espace de temps, et sans doute depuis Louis XI jusque sous Louis XII.

Les derniers jetons de la Chambre des comptes, avec des légendes en caractères gothiques, sont du temps de François I*'. En voici la description :

* 14. + CAMERA : COMPVTORVM : REGIORVM. Écu à trois fleurs de lis, couronné et accosté de deux F. Chacune de ces lettres est entre deux qufntefeuilles , l'un au-dessus, l'autre au-dessous.

V. + NOSCENDA : EST : MENSVRA : SVI. Croix à triple nervure, fleurdelisée, et cantonnée de quatre étoiles flamboyantes.

Le type général de cette pièce est imité des écus d'or.

Nous faisons suivre les jetons frappés pour la Chambre des comptes, des jetons particuliers que nous avons retrouvés au nom ou aux armes de ses officiers.

* 15. + 01 VOI TES : SE TV VEVS VIVRE AN PES. Dans un cercle a six lobes, l'écu de Châtillon-Saint-Pol, qui était : de gueules à trois paux de vair, au chef d'or chargé d'un lambel à cinq pendants d'azur.

ÇT. Écu à trois fleurs de lis, dans un encadrement semblable à celui de l'avers. Au lieu de légende, une bordure imitée

de celle des gros tournois, à Texception des fleurs de lis, remplacées par des rosaces (1). {PL, fig. 12.)

Ce beau jeton ne laisse aucun doute sur son attribution à Guy IV, comte de Saint-Pol, grand-boutillier de France sous Philippe le Bel, désigné dans TArmorial de la demoiselle Denys comme ayant été maître lai à la Chambre des comptes, de 1304 à 1309. Il est à remarquer qu'à cette époque le titre de président n'était pas encore connu à la Chambre, bien que ce soit celui qui réponde le mieux à Tidée que l'on se fait des fonctions que Guy IV y a exercées. On ne peut pas supposer qu'un grand-boutillier de France, et surtout un seigneur aussi puissant et aussi haut placé que l'était le comte de Saint-Pot dans la hiérarchie féodale, ait été simple maitre ordinaire dans une cour de finances : ou la demoiselle Denys s'est trompée en donnant au comte de Saint-Pol le titre de maitre des comptes, ou ce titre répondait alors à des fonctions tout autres qu'il ne le fit par la suite.

Guy IV est le seul comte de Saint-Pol , de la maison de Châtillon, qui ait été revêtu de charges importantes à la cour du roi de France ; et ces charges expliquent suffisamment la présence des armoiries royales sur notre jeton. Quant à la bordure qui entoure l'écu de France, elle est la même que celle des gros tournois que Guy IV faisait fabriquer à Elincourt en Gambrésis, avec sa qualité de comte de Saint-Pol (2).

Les armoiries de France représentées par trois fleurs de lis, antérieurement au règne de Charles VI, se rencontrent beaucoup plus communément que l'on n'est en général porté à le croire. Maint jeton en fournit la preuve tout aussi bien que celui du comte de Saint-Pol dont il s'agit ici (3). Si c'est

(1) Publié par M. Rouyer, dans la Revtie numismatique de 1849.

(2) Revue numismatique y 1850; article de M. Rigoilot.

(3) Voir notamment le jeton de la Chambre aux deniers du roi Philippe {pLf fig. 31), qui ne peut, au plus bas, être postérieur à 1350.

SOUS Charles VI, comme cela parait d'ailleurs acquis, que les fleurs de lis dans Técu royal ont été définitivement réduites à trois, en remplacement du semé de France qui avait été conservé jusque-là, on ne peut perdre de vue que le nombre trois ne constituait pas moins le semé que tout autre chiffre, et que pftr conséquent, même sous Tempire du semé, lorsque trois fleurs de lis suffisaient pour remplir Técu, rien n'exigeait qu'il en fût mis davantage. C'est ainsi que sur un noble d'or du roi d'Angleterre Edouard III, l'écu écartelé de France et d'Angleterre, que tient le roi, présente au premier quartier, qui est carré, quatre fleurs de lis avec des fragments sur les bords, tandis qu'il n'y a uniquement que trois fleurs de lis, sans aucun fragment, dans le quatrième quartier, qui se termine en pointe (1). Sur les monnaies dites anges d'or, de Philippe de Valois (1340), saint Michel soutient un écu à trois fleurs de lis. Un écu semblable, à trois fleurs de lis seulement, est sur le sceau que Philippe le Hardi laissa aux régents du royaume en partant pour l'Aragon, en 1285 (2), et sur d'autres sceaux de Philippe le Bel (1287), de Philippe de Valois, de Jean le Bon (1355), et de Charles V (3).

* 16. + lEHAN POLLEVILAIN . DE FOTNOI. Écu au lion, parti d'une demi-croix en grêlée , accompagnée d'une étoile à cinq rais dans le deuxième canton. Trois fleurs de lis au pied posé, l'une au-dessus de l'écu, et les deux autres sur les côtés. Encadrement de six arcs de cercle.

çr. + PAR AMOVRS : SVI \ DONE \ S B. Croix à

(1) Recueil d'empreintes en creux de monnaies d'or et d'argent, relevées sur les pièces mêmes. Manuscrit de changeur, du xvi« siècle, de la bibliothèque de M. Rouyer.

(2) Trésor de numismatique et de glyptique. Sceaux des grands fcudataires, pL xxxii, iig. 5.

(3) Leblanc, Traité cf^^monnoee^, 1600, p. 243.— Le père SimpHcien, Etat de la France, t. I, p. 25 de Tédition de 1748. — Mabillon, Diplomatique^ livre II, chap. xvi. — Etc.

triple nervure, fleurdelisée, évidée au centre en rosace^ et entourée de quatre arcs de cercle. {PL^ fig. 13.)

* 17. + lETES . CONTES . GARDES DE = + FALIR. FAITES . PAR . LOIRSIR.

Croix à triple nervure, évidée au centre en rosace, fleuronnée aux extrémités et cantonnée de quatre fleurs de lis. — 1^' Ëcu dont les éléments principaux sont les mêmes que sur le n'' 16; mais le lion est traversé d'une cottice, et un oiseau remplace Tétoile dans le deuxième canton de la croix engrelée. (/>/., fig. 14.)

Les jetons n'''' 16 et 17 appartiennent tous deux à la famille Poilevilain ou Poillevilain, mais sans doute à des membres différents, ainsi que semblent l'indiquer les variations du blason. Plusieurs membres de cette famille, et du prénom de Jean, ont été employés dans les administrations financières du Roi. L'un d'eux était général-mai tre des monnaies en 1340(1), puis conseiller lai en la Chambre des comptes , de 1354 à 1356 (2) ; il figure avec les titres de maître des comptes et de général et souverain maître des monnaies dans les lettres du 28 mai 1359, par lesquelles le duc de Normandie, régent du royaume pendant la captivité du roi Jean le Bon, rétablit dans leurs offices, droits et bonne renommée, les magistrats qui avaient été privés de leurs offices par l'ordonnance du mois de mars 1357, rendue pendant les troubles qui agitaient la capitale (3).

Nous trouvons un Jean Poillevillain, maître des eaux et forêts à Paris en 1346. Nous ignorons si c'est le même que celui qui fut maître des eaux et forêts pour le Languedoc, en 1359 (4).

(1) Boizard, Traité des monnoyes, p. 338.

(2) Armoriai de la Chambre.

(3) Ordonnances des rois de France, t. III.

(4) Id., t. II et III.

Un Jean Poilevilain, nous ne savons lequel, est qualifié de VEsmrse, dans un titre de 1348 (1). La qualification de Font-noi^ sur le jeton n"* 16, n'a pu jusqu'ici nous aider pour arriver à une attribution définitive.

On rencontre encore, mais à une époque de beaucoup postérieure à nos jetons, un Jean Poilevilain, procureur général à la Cour des aides, à Paris, en 1494 (2).

* 18. + CLARIN • LE • PAVMIER. Écu au semé de France, entouré de six arcs de cercle.

çr. GETE— S : BEL — ET • — BIEN. Croix à triple nervure, fleuronnée, évidée au centre en rosace, et coupant la légende en quatre parties. Dans chacun des quatre cantons* une couronne entre trois fleurs de lis. ( PL, fig. 15.)

Ce jeton est en argent et à fleur de coin. Il rivalise, pour la délicatesse du travail, avec le faire des monnaies d'or les plus soignées de l'époque de Philippe de Valois. Les auteurs en possèdent un second exemplaire en cuivre jaune , qui leur a été cédé par M. Leboucq de Ternas, de Douai. Sur cette dernière pièce, le coin du revers diffère un peu; il est moins soigné, et le mot ET de la légende est entre deux quatrefeuilles.

Clarin le Paumier, simple clerc à la Chambre des comptes, en 1322, devint maître clerc le 20 juin 1348, et y occupa cette nouvelle position jusqu'au 14 décembre 1 346. L'Armoriai de la demoiselle Denys, d'où nous tirons ces dates, l'appelle Clarin Paulmier ; mais le nom de cette famille est le plus souvent écrit le Paumier, et quelquefois le Paulmier, ou Paumier tout simplement (3). Rien n'était moins fixe que l'orthographe des noms patronymiques au moyen âge. C'est une remarque que

(1) Ordonnances des rois de France, t. II.

(2) Tablettes de ThémiSy 3* partie.

(3) Règlements sur les arts et métiers de Paris au xiii» siècle, publiés par M. Depping ; p. 84 de rintroduction. — Ordonnances des rois de France, 1. 1, p. 803. — Duby, Traité dês monnaies des barons, 1. 1, p. cxviii.

nous aurions déjà pu faire tout h Theure , à Toccasion de la famille Poilevilain.

Le maître des comptes le Paumier est le seul de sa famille auquel nous voyions le prénom de Clarin. Le jeton que nous publions est bien , par son style , de l'époque de Philippe de Valois.

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