‹ Histoire du jeton au moyen ageChapitre 61 sur 70 · JETONS DES VILLES DE FRANGE · texte numérisé non relu

JETONS DES VILLES DE FRANGE

Beneton de Peyrins, dans son Traité des marques nationales (i), met au nombre des prérogatives de distinction des communautés autorisées, et notamment des corps municipaux, les jetons frappés à leurs devises ou à leurs armes.

Au xviii® siècle, à Tépoque où Beneton de Peyrins écrivait, presque toutes les villes importantes, Paris, Lyon, Nantes, Rouen, Dijon, Angers, Tours, et bien d'autres, avaient ou avaient eu leurs jetons particuliers. Mais on ne voit pas que cet usage se fût généralisé avant le xvi« siècle ; ou du moins les jetons des villes de Franceantérieursauxvi^siècle sont demeurés fort rares, et Ton n'en connaît encore que de peu de localités. Nous décrirons ici ceux que nous avons pu rencontrer.

PARIS

i . VIVE : LE . ROY . ET . SES . AMIS. L'ancien calvaire de la place de Grève, à Paris, représenté de la même manière que dans une miniature du xv® siècle reproduite par M. Leroux de Lincy dans l'Histoire de l'hôtel de ville de Paris. Champ fretté et fleurdelisé.

Cf. COMPTZ . BIEN . ET : PAIEZ : BIEN. Vaisseau

(1) Paris, 1739, page 204.

flottant, crénelé, sommé d'un pavillon fleurdelisé, et accosté de deux fleurs de lis dans le champ. {PL, fig. 131) (1).

{Collection de M. d'Affry.)

Jeton du corps municipal de Paris, du temps de Charles VI. Les armoiries de cette ville sont identiquement \eè mêmes sur un sceau apposé à un acte de 141 S; et quelques années plus tard, en 1426, sur un autre sceau, les fleurs de lis qui précédemment accostaient le navire sont posées en chef (2). Le vivat adopté sur leur jeton par les magistrats parisiens, dans ce temps de discorde et de luttes incessantes entre les Armagnacs et les Bourguignons, triomphant tour à tour dans la capitale, est curieux à remarquer par son caractère essentiellement poJtfi'gug. Il n'y est question ni du Dauphin ni du duc de Bourgogne, mais bien du Roi et de ses amis, cri que les partis les plus opposés pouvaient également interpréter en leur faveur, puisqu'ils se prétendaient tous les amis du Boi.

Nous devons descendre jusqu'à l'extrême fin du xv® siècle, pour retrouver un autre jeton de la ville de Paris. Le voici :

2. SVB : TOVTES : CITEZ : PABIS : PBISE : = CAB : LA : NEF : FIGVBE : LEGLISE.

Armes de la ville de Paris, remplissant tout le champ. Le vaisseau est crénelé à la poupe et à la proue, et n'a qu'un seul mât, autour duquel la voile est tortillée. En chef, trois fleurs de lis rangées. — ipf . Croix composée de deux lis de jardin et de deux boutons de rose, accompagnés chacun de deux feuilles. Les tiges qui supportent ces fleurs sont enlacées en cœur en forme de lacs d'amour. — De chaque côté, la légende est précédée d'une petite couronne. ( Collection de M. Duleau. )

L'idée rimée que contiennent les légendes est un jeu de mots sur les armoiries de Paris, dont la pièce principale est

(1) Publié par M. Rouyer, dans la Revue numismatique de 1849.

(2) M. Leroux de Lincy, Histoire de V Hôtel de Ville de Paris,

un navire, une nef^ comme on disait alors ; mais il est évident que ce n'est pas le sens qu'il faut, en réalité, donner ici à ce mot ; on y compare la France à une vaste église, dont Paris serait la ne/", en termes d'architecture. La métaphore peut paraître un peu hardie.

Les légendes de notre n« 2 sont encore toutes deux en caractères gothiques ; il a ensuite été frappé d'autres jetons aux mêmes types, mais dont les légendes sont en caractères romains.

Au moyen âge, le Roi avait à Paris un lieutenant. Cet officier n'y faisait pas plus partie du corps municipal que les baillis en province, mais il exerçait cependant une certaine action dans l'administration des affaires de la ville, et particulièrement en ce qui concernait la police et la justice. Il était généralement choisi parmi les personnages d'un rang élevé. On voit sous Louis XI, en 1468, Charles de Melun passer de la charge de lieutenant de Paris à celle de grand-maître d'hôtel du Roi. Après Charles de Melun, furent successivement lieutenants de Paris, sous le même Roi, le comte d'Eu, le sire de Lohéac, le seigneur de Gaucourt, et enfin l'évêque de Marseille.

On trouve dans les Récréations numismatiques, à la suite du Recueil des monnaies obsidionales, de Duby, le dessin d'un jeton d'argent du seigneur de Gaucourt, avec sa qualification de lieutenant général de Paris. Nous croyons devoir décrire ici cette pièce.

3. + KAROLVS . DNS . DE . GAVCOVRT . LOCVTENES . GENALIS. PARISr. Écu en losange, aux armes de Gaucourt, d'hermine, à deux bars adossés.

J^. + REGNATE . DNO . NRO . LVDOVICO . XI .

ANNO . DNI . M . CCCC . LXXII . Écusson de France, a trois fleurs de lis , surmonté de la couronne royale. — A l'avers et au revers, les légendes sont en caractères gothiques minuscules.

Charles, seigneur de Gaucourt, a été lieutenant de Paris de 1472 à 1482, année dans laquelle il mourut, très-regretté des Parisiens, et après s'être acquis dans ses fonctions la réputation d'un homme de bien. C'était, disent les mémoires du temps, un bon et honneste chevalier, beau personnaige^ saige homme et grant clerc (1).

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