LETTRE-PREFACE
•«dt»-
Monsieur l'abbé Thomas Albert, Curé de Shippegan, N. B.
Mon cher confrère,
Je viens de lire votre manuscrit — V Histoire du Madawaska — que vous m'avez soumis avec la candide demande : "Ce travail vaut-il d'être publié ? "
Ma réponse est toute catégorique : Vous devez à vos compatriotes du Madawaska de leur livrer au plus tôt ce beau livre qui leur apprendra de quel sang, et de quelle trempe de caractère étaient leurs ancêtres, comme ils doivent être fiers de leurs origines, et avec quel soin jaloux ils doivent conserver la mémoire et les traditions des fondateurs de leur pays.
Quoique abrité par deux drapeaux différents et relevant politiquement de deux Etats bien distincts, la Puissance du Canada et la République Américaine du Nord, le Madawaska est resté et restera par le cœur et l'esprit, par la langue et la foi, par sa fondation spéciale et ses traditions propres, un pays distinct et unique ; le Saint-Jean et les lignes internationales le diviseront en deux parties, mais sans le désunir.
Ce pays, si longtemps isolé et ignoré, et encore trop peu connu, même des Etats dont il fait partie, avait son histoire propre qu'il fallait tirer de l'oubli et faire apprendre aux générations actuelles, tant du Madawaska propre-
ment dit que des deux contrées à la prospérité desquelles • il contribue si largement par ses ressources agricoles et forestières, et surtout par la fécondité de ses familles chrétiennes.
Deux vrais patriotes, deux arrière-petits-fils des fondateurs du Madawaska, feu Prudent Mercure, qui avait la passion de l'histoire de son pays, et l'Honorable Patrice Therriault, le premier Acadien du Maine qui ait franchi les portes du Sénat de son Etat, ont collectionné, à grand labeur et durant des années, les documents les plus authentiques se rapportant à la fondation et au développement de leur cher pays.
Dans votre Avertissement, vous nous dites, cher monsieur Albert, quelle fut votre surprise quand le dévoué sénateur vous porta ses précieuses hasses et vous pria sans ambages d'écrire l'Histoire du Madawaska. Vous n'êtes pas historien, dites- vous, et vous n'avez nulle ambition de le devenir ; pom-tant le perspicace sénateur a visé bien juste, en allant déposer chez vous sa charge de documents et de notes historiques. Il ne pouvait songer à prier un étranger d'écrire l'Histoire du Madawaska, quand il savait que son pays avait produit des hommes capables de manier habilement la plume et doués du jugement sohde absolument nécessaire à l'historien sérieux. Il s'est adressé à vous qu'il a estimé le capable entre les capables ; il a fait vibrer la corde de votre patriotisme ; il a touché votre cœur de pur et digne Madawaskayen et a vaincu vos objections.
Et le Madawaska a applaudi au choix judicieux du sénateur, par les mains de l'élite de ses hommes dont je hs les noms et admire l'esprit, dans la belle Liste des Patrons et Co-promoteurs du digne monument qui honorera le pays. L'Histoire du Madawaska sera donc absolument une production du pays: un fruit du travail combiné de l'intelligence et du cœur de nos gens.
Vous avez judicieusement et surtout honnêtement fait le triage de ces multiples pièces, et vous les avez agencées avec un talent de maître, pour les présenter au public dans un style vraiment attrayant. Dorénavant vous êtes historien, et cette première édition de l'Histoire du Madawaska ne sera, je l'espère, qu'un début.
Hâtez-vous de pubher ce livre qui devra bientôt être le hvre d'or de chaque famille du Madawaska et le manuel de lecture française des classes supérieures de nos écoles.
Avec mes plus sincères féUcitations et mes meilleurs vœux, veuillez agréer, cher monsieur Albert, l'assurance de ma profonde estime et de ma fraternelle amitié sacerdotale.