‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernesChapitre 37 sur 101 · II · texte numérisé non relu

II

préférence au moment des batailles, et qui avait été chanté dans les mêmes circonstances par les anabaptistes et lés puritains d'Ecosse :

Que Dieu se montre seulement, Et Ton verra dans un moment

Abandonner la place.

Le camp des ennemis épars, Épouvante de toutes parts,

Fuira devant sa face.

On verra tout ce camp s'enfuir, • Comme Ton voit s'évanouir

Une épaisse fumée.

Gomme la cire fond au feu, Ainsi, des méchants devant Dieu,

La force est consumée.

A nous défendre toujours prompt, Il frappe le superbe front

De la troupe ennemie.

On verra tomber sous ses coups Ceux qui provoquent son courroux

Par leur méchante vie.

Mon peuple saint, dit le Seigneur, Se tirera, par ma faveur,

De Basan l'orgueilleuse; Et pour le conduire au repos, Je le délivrerai des flots

De la mer périlleuse.

Vainqueur, ses pieds il baignera Dans le sang qui regorgera

Au milieu des alarmes; Et les chiens mêmes lécheront Le corps de ceux qui tomberont

Sous l'effort de nos armes.

Le combat, au dire de Louvreleuil. commença avec

beaucoup de vigueur, et il se fit grand feu de part et d'autre '. Brueys, qui ne peut s'empêcher de rendre justice à Laporte, s'écrie, avec sa naïveté ordinaire : « Tant il est vrai que la folie donne de la valeur ! » Après cette charge brillante et quelque peu téméraire, Laporte ayant vu tomber près de lui trois de ses hommes, et trois autres faits prisonniers, remonta sur la montagne, où Poul, qui savait, au besoin, allier la prudence à la valeur, se garda bien de le suivre. Outre deux lieutenants et cinq hommes blessés, il avait laissé lui-même sur le terrain quelques soldats et un capitaine de milices. Pour cacher cette perte, il fit transporter ses morts dans une bergerie, à laquelle il mit le feu ; il publia ensuite que les hommes qui lui manquaient était passés du côté de l'ennemi.

C'était au mois de septembre 1702 qu'avait lieu le combat de Champ-Domergue. Dans le mois suivant, Poul, qui s'acharnait à la poursuite de Laporte, le joignit à Maulepon. Il apprit, grâce aux indications d'un traître, que le chef des enfants de Dieu s'était retiré, le dimanche 22 octobre, sur une hauteur occupée par le village de Sainte-Croix, entre le château de Mazel et le chemin de Témelac. Afin de l'envelopper, Poul divisa sa troupe; il en fit filer une partie le long du chemin de Témelac et l'autre le long du ruisseau de Maulezon. Laporte, surpris, eut à peine le temps de mettre ses hommes en état de défense. Il vint malheureusement à tomber une pluie qui mit presque tous les fusils hors de service ; trois seulement firent feu. Poul, qui s'aperçoit du désavantage que cette circonstance fortuite cause à ses adversaires, fond sur eux avec impétuosité. Laporte

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