Théâtre sacré des Cévennes, p
accès de folie chez les religionnaires persécutés et traqués de montagne en montagne par les milices ou les soldats du roi. Nous avons déjà parlé de ces malheureux qui s'avançaient au-devant des dragons de Folleville, en soufflant de tous leurs poumons, criant : Tartara! et s'imaginant que cette formule allait suffire pour réduire en poussière leurs ennemis. Est-il nécessaire de rappeler le fait précédemment rapporté de ces deux prophétesses qui, emmenées prisonnières par les soldats, entendaient le Saint-Esprit parler dans leur ventre ou le voyaient sauter sur leurs mains?
Fléchier s'exprime ainsi en racontant l'expédition de Folleville :
« On se saisit d'abord d'une prophétesse que Ton fit conduire à la Torrette, redisant mille fois en chemin : « Coupez-moi les l>ras, coupez-moi les jambes, vous ne me ferez point de mal, > et refusant de manger de peur d'offenser le Saint-Esprit, qui la nourrissait. Le frère de cette folle n'était pas moins fou qu'elle. 11 prêchait qu'il voyait le diable, dont il faisait des peintures fortbizarres, que le Saint-Esprit parlait par sa bouche, qu'il était plus grand prophète que Moïse, qu'il changerait, quand ii le voudrait, la pierre en pain, et qu'enfin il représentait la personne de Jésus-Christ, qu'il était lui-même le fils du Père éternel, et que c'était là l'Évangile qu'il fallait croire sous peine de damnation*. »
Fléchier ajoute qu'au moment de combattre contre les dragons de Folleville, quelques inspirés voyaient des anges tomber sur eux comme des troupes de moucherons et les environner; * d'autres disaient que les anges voltigeaient autour d'eux, blancs comme neige et petits comme le doigt; quelques-uns, qu'ils voyaient
1. Relation des fanatiques, à la suite des Lettres choisies, t. I, p. 391.
les ministres martyrs Homel et Brunier se promener dans le ciel l . »
Dans la persuasion qu'ils étaient invulnérables, les religionnaires illuminés se précipitaient, tête baissée, pendant la même affaire, au-devant de la mort. Les officiers du roi qui eurent, les premiers, à combattre ces énergumènes, disaient n'avoir jamais vu un pareil mépris de l'existence ; la folie seule pouvait, à leurs yeux, expliquer ce courage. Ils avaient la conviction d'avoir devant eux, à cette époque, de véritables aliénés, et ils étaient honteux de combattre de pareils ennemis et d'ordonner de telles exécutions.
Les hallucinations de la vue et de l'ouïe, symptôme si caractéristique delà folie, n'ont pas manqué chez les théomanes calvinistes. Ils avaient souvent des apparitions célestes et des visions..
Quant aux hallucinations de l'ouïe, en voici un exemple bien digne d'être rapporté. Il s'agit de ces mélodieux concerts que certains inspirés s'imaginaient entendre au milieu, des airs. Isabeau Charras a dit ce qui suit dans sa déposition :
c Encore que beaucoup de gens se soient moqués des chants de psaumes qui ont été entendus de beaucoup d'endroits, comme venant du haut des airs, je ne laisserai pas d'assurer ici que j'en ai plusieurs fois ouï de mes propres oreilles. J'ai entendu plus de vingt fois cette divine mélodie, en plein jour et en compagnie de diverses personnes dans des lieux écartés de maisons, où il n'y avait ni bois, ni creux de rochers, et où, en on mot, il était absolument impossible que quelqu'un fût caché. On avait bien considéré tout, et ces voix célestes étaient si belles, que les voix de nos paysans n'étaient assurément point capables de former un pareil concert. Dieu faisait tant d'autres merveilles au milieu de nous, que celle-là ne nous paraissait