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Emploi de la baguette divinatoire pour la découverte des eaux.
C'est dans le livre des Beausoleil, Véritable déclaration de la découverte des mines et minières de France, qu'il est fait mention pour la première fois de l'emploi de la baguette pour la recherche des eaux. Voici comment la baronne s'explique sur les eaux minérales ferrugineuses qu'elle découvrit à Château-Thierry, lors de son passage dans cette ville, vers la fin de l'année 1629. Il résultera clairement de ce qui va suivre que les moyens dont la baronne de Beausoleil se servait pour la recherche des trésors minéraux enfouis dans le sol n'avaient rien au fond que de naturel, mais qu'elle s'efforçait en même temps de cacher ces moyens sous l'apparence continuelle et sous l'étalage d'un attirail cabalistique à l'adresse du vulgaire.
€ ... Revenant, nous dit la baronne, du voyage de Metz, me servant partout et toujours de mes inventions pour découvrir et reconnaître ce qu'il y a eu en chacun lieu. Approchant de Chàeau-Thierry, posant le compas minéral dans la charnière astronomique, pour reconnaître s'il y avait là quelques mines ou îninér > aiix, je trouvai y avoir quelques sources d'eaux minérales qui s'y rendaient. De fait, m'y étant transportée, cherchant làdedans le lieu de ce courant, et entrée casuellement en l'hôtellerie dite la Fleur de Lys, je trouvai des sources : sur quoi, ayant appelé les officiers de la justice, les médecins et les apothicaires de la ville, pour voir la preuve de mon expérience et reconnaître la qualité de ces eaux, posant derechef le compas minéral dans sa charnière, sur les sources et en leur présence, je leur fis voir oculairement et par épreuves certaines que cette
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fontaine et une eau qui est en la maison de veuve (iuiot étaient minérales et tiraient leurs qualités médicinales passant par quelques mines d'argent tenant d'or, et par quelques mines de fer où le vitrol était assez abondant, et, par conséquent, trèspropres pour désopiler les obstructions du foie et de la rate, chassor la pierre et la gravelle des reins, arrêter la dyssenterie et tout flux de sang, et apaiser les grandes altérations ! . i .
A côte de ce récit, où la baronne se montre à nous découvrant l'existence de sources minérales par l'emploi d'instruments fantastiques et imaginaires, plaçons la simple narration d'un spectateur de cette découverte. On y verra suffisamment que les moyens employés par notre exploratrice n'avaient de surnaturel que l'apparence, et se réduisaient à un usage judicieux de l'observation et de la connaissance des terrains.
Claude Galien, médecin à Château-Thierry, qui avait été appelé, avec d'autres de ses confrères, pour assister aux épreuves de la baronne, nous a laissé un opuscule qui a pour titre : la Découverte des eaux rmnérales de Château-Thierry et de leurs propriétés, et dans lequel il exalte en une prose épique le génie d'une vertueuse dame à qui cette découverte fut due. Or voici comment le fait se passa, d'après le témoignage de ce spectateur désintéressé :
c Passant par notre viHe en ce temps-là, dit Claude Galien, cette dame y fut retenue quinze jours ou un mois par la grandeur d'une chaleur allumée dans les entrailles de son fils aîné ; c'est pourquoi, dans ses promenades ordinaires, admirant dans le milieu de nos rues par lesquelles coule ce bel ornement de la nature, les pavés grandement rouge àtr es et teints ou peints naturellement par la vertu de nos eau*, elle s'advisa de nous en parler, et de fait, après plusieurs visites que nous faisions,
1. Véritable déclaration des mines et minières de France. (Gobct, Anciens minéralogistes, t. I, p. 306.)
pour voir les dispositions de celui qui vivait plus en elle qu'en lui-même, elle nous dit, pour chose infaillible, que notre moite élément cachait dans la froidure de sa substance les mêmes propriétés des eaux de Pougues l . »
Ainsi Claude Galien, dans son style ampoulé et métaphorique, confirme le fait de la découverte des eaux de Château-Thierry par la baronne de Beausoleil, mais rien de plus. Quant aux moyens qui ont été employés pour les découvrir, il contredit implicitement les assertions de la baronne. Non-seulement, en effet, il n'accorde aucun rôle au compas minéral ni à la charnière astronomique, dont il ne dit pas le moindre mot, mais il nous montre la célèbre hydroscope guidée par des indices bien différents et tout naturels, c'est-à-dire par a ces pavés grandement rougeâtres et teints par la vertu des eaux » . Évidemment si le compas minéral et la charnière astronomique furent exhibés dans cette circonstance, ce n'était que pour le prestige.
La baronne de Beausoleil, pour éblouir le vulgaire, voulait donc que Ton attribuât une grande vertu à ses instruments astrologiques dans la découverte des eaux. C'est par elle que l'usage de consacrer la baguette ou un instrument analogue à la recherche des sources minérales fut introduit en France pour la première fois. C'est seulement, en effet, après les expériences et les entreprises des Beausoleil, qu'on trouve la baguette divinatoire employée en France à cet usage. On la voit adoptée, avec quelque hésitation d'abord, dans les diverses contrées qu'ils avaient parcourues ; mais bientôt,
1. La Découverte des eaux minérales de Château-Thierry et de leurs propriétés, par Claude Galien, D.-M. , in-8. Paris, Cardin Bisojjne, 1630, 5G pages.
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c'est-à-dire vers Tannée 4640, elle se trouve entre les mains de quantité de personnes dans le Dauphiné, la province, qui, on peut le dire sans faire tort aux autres, a produit le plus grand nombre de sourciers.
Le secret que la France venait de tirer de l'Allemagne par l'entremise des Beausoleil fut bientôt communiqué à l'Angleterre, à l'Italie et à l'Espagne.«Dès le milieu du xvn e siècle, il est déjà si universellement connu et pratiqué, que les écrivains qui vont traiter dorénavant de la baguette divinatoire parleront tous de sa nouvelle vertu.
Le savant jésuite Kircher, bien qu'il n'accordât pas à la baguette, comme on l'a vu plus haut, le don de découvrir les métaux, admet pourtant qu'elle s'incline manifestement vers les eaux souterraines, et il ajoute que pour découvrir des sources, il faut se servir d'une verge faite en partie d'un corps sympathique à l'eau, en partie de quelque autre matière indifférente, c'està-dire sans sympathie pour ce liquide. « Je ne l'affirmerais pas, dit-il, si je ne l'avais constaté par ma propre expérience *. »
Le P. Jean François, autre jésuite, dans son Traité de la science des eaux, imprimé à Rennes en 1655, répète à peu près ce qu'avait dit Kircher. Il indique même avec plus de précision l'espèce de baguette qui s'incline sur l'eau. Mais les contradictions et les inconséquences fleurissent à l'envi dans le champ fantastique que nous explorons. Aussi ne sera-t-on pas surpris si nous ajoutons que, dans le même ouvrage, le P. Jean François finit par s'autoriser de l'opinion d'Agricola pour se moquer de l'emploi de la baguette comme
4. Quod non dicerem nisi expérimente a me sumpto id verum cognovissem.
:M6 histoire dv merveilleux.
moyen de divination. Mais notre dissident trouva bientôt h qui parler.
Un troisième jésuite, le P. Dechales, auteur d'un Traité des sources naturelles, et d'un livre énorme intitulé Mundus mathematicus, déclare, dans ce dernier ouvrage, qu'il n'est pas de méthode comparable à celle de la baguçtte pour la découverte des eaux. Il cite l'exemple d'un gentilhomme de ses amis qui, armé d'une baguette de coudrier, trouvait les source? avec tant de facilité et de certitude, qu'il pouvait tracer sur la terre le cours du ruisseau qui coulait dessous.
Un autre auteur, nommé de Saint-Romain, dans sa Science dégagée des chimères de V école, exalte les, merveilles de la verge d'Aaron, et il s'écrie :
tf N'est-il pas surprenant de voir qu'une baguette, qu'on tient
ferme entre les mains, se penche et se tourne visiblement du
côté où il y a de l'eau et du métal, plus ou moins promptement,
selon que ie métal ou l'eau sont plus proches de la superficie de
la terre? >
Un sieur Le Royer, avocat de Rouen, juge de gabelles, et par-dessus tout homme à projets, après avoir assiégé longtemps le roi et ses ministres de nombreux mémoires dans lesquels il prétendait avoir des secrets capables de faire couler le Pactole en France, publia, en 1674, un Traité du bâton universel, où il montre la baguette divinatoire propre à découvrir toutes sortes de choses cachées, et, par conséquent, les eaux souterraines.
Sur ce dernier point, Le Royer est parfaitement explicite. Il affirme qu'il a fait à Rennes, dès l'année 1 662, une expérience si bien réussie, qu'elle convertit cinq ou six savants, dont trois jésuites. Parmi ces trois pères,
il en est un qui ne fut pas simplement converti, mais bien et dûment confondu. Or quel était cet incrédule? Le P. Jean François en personne, ce railleur mal inspiré dont il a été question tout à l'heure. C'était pour lui, ou plutôt contre lui, que l'avocat de Rouen faisait son épreuve.
Le bâton universel de Le Royer justifiait dans deux sens son ambitieuse épithète. Outre qu'il était bon à trouver quoi que ce fût, il offrait encore cette particularité précieuse, de pouvoir être composé de toute matière indifféremment, d'or, d'argent, de bois, d'ivoire, de corne de bœuf ou d'un autre animal, voire même d'un morceau de tronc de chou* Toutefois ce bâton omnibus restait incomplet sous un rapport bien important : il ne tournait point pour les choses du monde moral.
Nous avons établi en commençant que dans les temps antiques l'attribut moral était l'unique qualité de la baguette divinatoire. Pendant la période du moyen âge, ce premier attribut s'était si bien perdu, que c'est à peine si on le voit reparaître, de loin en loin, dans quelques écrits dont les auteurs auraient eu grand besoin de caution *. Mais Le Royer avait à peine quitté la plume que le magique bâton recevait le complément qui lui manquait depuis l'antiquité. La main d'un sorcier du Dauphiné, Jacques Aymar, lui restituait cette vertu primitive, encore amplifiée : la baguette tournait pour des crimes, pour des délits, pour des passions, pour des projets, et même pour des êtres de raison
1. Il faut en excepter Delrio, qui, dans sa Disquisiiio magica, lib. III, nous dit que de son temps, c'est-à-dire vers la fin du xvi c siècle, on recourait à une baguette de coudrier pour la découverte des voleurs.
ou pour de pures idées. En même temps, elle conservait le don, plus récemment acquis, de s'incliner sur les sources, de sorte que l'on pouvait dire de la baguette divinatoire, comme de la renommée, dont les cent bouches se mirent dès lors au service de ses merveilles : crescit eundo.