Ménestrier, Philosophie des images énigmatiques, p
tion dé la baguette à la découverte des choses morales. Mais son emploi dans la recherche des choses matérielles soulevait infiniment moins de scrupules. Aussi, dans le xvm* siècle, ne voit-on plus la baguette consacrée à autre chose qu'à la découverte des minéraux et des sources, À partir de cette époque, elle est délais* sée peu à peu par les devins, effrayés des anathèmes de l'Église; mais les sourciers ou sorciers, comme le vulgaire les appelle depuis longtemps, lui restent toujours fidèles, et cela suffit pour sa gloire.
Le Dauphiné, qui avait produit le prince des sorcier* ou devins, Jacques Aymar, s'enorgueillit encore d'avoir donné le jour au plus fameux et véritablement au plu* habile des êourcier$ f à Barthélémy Bleton,
Utt pauvre enfant, né à Rouvente, paroisse départ* dante de la commune de Saint-Jean en Royartt, fut recueilli, à l'âge dé sept ans, dans une chartreuse du pays. Un jour i comme il venait de porter â dîner à des ouvriers dans la campagne, Il s'assit sur une grosse pierre j et, pris tout à coup d'un grand malaise, il s'éva* uouit. On s'aperçut qu'il était en proie à une violente fièvre,. Un prieur des chartreux, qui passait ,par là, le fit déposer sur l'herbe, à <!ôté des ouvriers, et la fièvre disparut. Mais, l'enfant étant revenu s'appuyer sur la même pierre, l'accident se manifesta de nouteau, et il en fut aiiîsî plusieurs fois. Le prieur comprit dés lors que ce n'était pas la pierre qui produisait cet effet singulier, mais bien le lieu où elle était. Il fit creuser la terre eff cet endroit, et l'on trouva une source si abondante, qu'elle suffit pour faire tourner le moulin d'une papeterie.
l/enfont chez qui. le hasard venait de révéler une nature si sensible à la présence de l'eau * était Batthé-*
lemy Bleton. Nous lisons dans une brochure * qu'il avait alors de dix à douze ans.
Mais ce qui porterait à regarder comme inexacte sur ce dernier point la petite histoire qui précède, c'est que le prieur de la chartreuse de Lyon, cité par le docteur Thouvenel, de Nancy, dans un ouvrage dont nous aurons beaucoup à parler plus loin 8 , nous dit que Bleton, dès l'âge de sept ans, était déjà parvenu à la perfection de son art \
C'est dans le Dauphiné, sa province, que Barthélémy Bleton donna les premières preuves de son savoir-faire. Sa réputation s'étendit, de là, au Lyonnais et à la Bourgogne. Appelé successivement dans ces deux pays, il étonna, par sa facilité à découvrir les sources, toutes les personnes qui furent témoins de ses opérations. Il reconnaissait l'existence des cours d'eau souterrains par une sorte d'agitation fébrile dont il était saisi, et par le mouvement que faisait une baguette qu'il tenait entre les index de ses deux mains.
Mais hâtons-nous de mettre la baguette divinatoire hors de cause pour ce qui va suivre. Barthélémy Bleton n'avait pas besoin de la baguette pour ses opérations hydroscopiques : c'est ce qui fut reconnu très-vite, et
1. Lettre de M, J. Af. C. à M. de Saignes, rédacteur du Journal des Spectacles, sur la baguette divinatoire, brochure de 20 pages.
2. Mémoire physique et médicinal, montrant des rapports évidents entre les phénomènes de la baguette divinatoire, du magnétisme animal et de Vélectricité, par M. T., D.-M. M. Paris et Londres, 1781.
3. Ce désaccord a pour nous l'inconvénient de ne pas permettre de fixer aussi approximativement qu'il serait possible de le faire la date de la naissance de Bleton, à l'aide d'un procès-verbal, signé le 2 avril 1731, par les officiers municipaux de la communauté de Saint-Jean en Royant, et dans lequel il est attesté « que Barthélémy Bleton, natif de la paroisse de Rouvente, au dit Royant, a acquis, depuis près de trente ans, une profonde connaissance à découvrir les sources. »
ce que nous apprend, dès le commencement des expériences de Bleton, igie lettre datée de Ghagny et adressée par le comte de M*** au docteur Thouvenel, de Nancy.
« Je vous ai dit cette anecdote, écrit le comte, et j'ai été témoin de votre étonnement ; nous raisonnâmes sur les causes de cette communication... J'étais alors très-persuadé, mais j'ai lieu de soupçonner que cette baguette est un peu aidée par un mouvement d'épaule presque insensible. Quoi qu'il en soit, je n'en crois pas moins aux sensations étonnantes de Bleton, et je lui ai conseillé d'abandonner le moyen de la baguette, n'en ayant pas besoin pour confirmer un phénomène très-réel *. »
Si Bleton ne suivit pas à la lettre cet avis du comte, il en remplit toujours l'intention. Il ne fit jamais difficulté de déclarer qu'il n'avait pas besoin de la baguette pour découvrir les sources, et qu'entre ses mains elle était simplement un indice, pour les spectateurs, de ce qui se passait en lui quaçd il se trouvait sur des eaux souterraines.
En 4780, Bleton se rendit en Lorraine, où le docteur Thouvenel le faisait appeler pour vérifier par lui-même ce que la renommée publiait du sourcier dauphinois. Ce médecin le soumit à de nombreuses épreuves, dont il nota avec soin les circonstances et les résultats. Les observations faites sur Bleton sont la matière d'un livre qui est tout à la fois un exposé d'expériences et un système ; il parut enl784, sous ce titre : Mémoirephysique et médicinal, montrant des rapports évidents entre les phénomènes de la baguette divinatoire, du magnétisme et de V électricité, par M. T**, D.-M. M. (Thouvenel, docteur-médecin de la faculté de Montpellier). Thouvenel prétend, dans ce long ouvrage, expliquer le mou-
1. Mémoire physique et médicinal, par M. T., D.-M. M. A Londres et à Paris, 1781, in-8°, t. I, p. 188.
vement de la baguette par l'action d'effluves électriques, qui, s'élevantdes eaux souterraines on des ininérau* cachés en terre, pénètrent et agitent convulsivement le corps du tourneur.
En Lorraine, Bleton ne dut pas se borner a répéter les expériences qu'il avait déjà faites ailleurs. Une fois entre les mains du docteur Thouvenel, il se prêta à une foule d'essais fatigants indiqués par cet observateur, qui voulait surtout faire des études sur celui qu'il appelle très-justement son patient. Il est presque superflu d'ajouter que l'idée du médecin de Nancy, c'est-à-dire l'émission d'effluves électriques par les eaux souterraines, est entièrement désavouée par la physique* C'est donc comme pièce historique, et nullement comme un document scientifique offrant quelque va* leur, que nous allons reproduire ici les principales re-> marques contenues dans le livre de Thouvenel.
« La première impression, nous dit Thouvenel, que fait éprouver au corps de Bleton la présence de l'eau souterraine, se porte sur le diaphragme, en s'étendant vers ses appendices supérieurs ou ses attaches avec le sternum, et produisant un serrement avec de l'oppression, dont le siège parait berné à la partie antérieure et supérieure de la poitrine. Un saisissement, un tremblement et un refroidissement général s'emparent en même temps de luL Ses jambes chancellent, les tendons des poignets se raidissent et entrent en convulsion. Le pouls se concentre et diminue pen à peu* En un mot, cet état représente et caractérise Finvasitfn d'une véritable attaque du spasme convukif. Il subsiste avec des nuances et des variations du plus ou moins, tant que cet homme reste sur la source, et disparaît presque subitement lorsqu'il se place à côté, si ce n'est, à ce qu'il dit, un sentiment intérieur de froid et de serrements légers, au-devant de la poitrine. Ce sentiment ne cesse totalement qu'à une certaine distance du tiett de la source, et cette distance exprime, selon lui, la profondeur *de cette dernière.
» Tous ces symptômes sont plus ou moins marqués, suivant le
LA BAGUETTE blVlNATOlHK., 369
volume et la profondeur de Feau. Le malaise est plus grand et plus difficile à soutenir eu remontant les sources qu'en suivant leur cours naturel... Les sensations de Bleton sur Feau sont plus fortes et plus distinctes à jeun qu'après ses repas ; et si, dans ce dernier cas, il lui arrive de travailler longtemps sur des sources abondantes, ou sa digestion est troublée, ou sa nourriture est rejetée par le vomissement.
> Les temps chauds et secs sont plus favorables à ses opérations que les temps contraires... 11 dit ne pas sentir les eaux vagues, éparses et stagnantes dans les entrailles de la terre, non plus que les eaux découvertes, quoique courantes... J'ai remarqué que la constitution de l'atmosphère, indépendante de ses intempéries sensibles et tenant à son état caché, plus ou moins électrique, produisait des différences marquées dans les impressions.
» Il m'a rapporté qu'ayant, dans le cours de sa vie, essuyé une maladie aiguë très-grave, il avait totalement perdu la faculté de sentir les eaux et qu'il ne l'aurait récupérée qu'après une convalescence de trois mois. »
Les remarques suivantes portent sur la manière d'employer la baguette, qui, on Ta déjà dit, ne sert à Bleton que comme un simple indice de ce qu'il éprouve sur l'eau.
« Il ne la serre ni ne l'échauffé entre ses mains, et il ne s'en tient pas comme les autres à la préférence d'un jeune rameau de coudrier, récemment cueilli, fourchu et plein de sève. Il place horizontalement sur ses doigts index une baguette quelconque qu'on lui présente ou qu'il trouve sur son chemin, n'importe de quel bois (excepté le sureau et tous ceux que j'ai éprouvés), fraîche ou sèche indistinctement, non fourchue, mais simplement un peu courbe. Si elle est droite, elle ne fait que se soulever un peu aux extrémités, par de petits sauts, en faisant effort sur les deux doigts, mais elle ne tourne pas. Pour peu qu'elle soit courbe, elle tourne sur son axe plus ou moins rapidement, en plus ou moins de temps, selon la quantité et la force de l'eau. J'ai compté depuis trente à trente-cinq tours par minute jusqu'à quatre-vingts et plus...
» ... La marche suivant le cours de la source est plus favo-