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mexicaine, avait demandé au président de lui donner le titre de colonel. Santa-Anna trouvait que c'était trop demander d'une seule fois, il lui offrit de le faire capitaine, avec promesse de lui donner un avancement régulier aussi rapide que possible. Le comte refusa, et par dépit se mit en relation avec Alvarez , Walker et les flibustiers étrangers dans l'intention de faire de la Sonora un État indépendant du Mexique.
Tandis qu'Alvarez et le comte Raousset causaient ainsi des embarras sérieux au gouvernement, le traité de Mesilla lui suscitait de graves ennemis. Je me suis laissé dire, par les personnages les plus autorisés du Mexique, que Santa- Anna avait hérité de cette question et que seulement le besoin d'argent la lui fit conclure, contrairement à ses principes et à tous les actes politiques de sa vie passée. Du reste, après le traité de Guadalupe-Hidalgo, qui donnait le Nouveau-Mexique aux États-Unis, la cession de la vallée de Mesilla m'a paru fort peu importante; mais les ennemis de Santa-Anna, en ayant fait une fort grosse affaire, je dois en parler ici.
Un jour, de sa propre autorité, M. Lane, gouverneur du Nouveau-Mexique, déclara solennellement le territoire de Mesilla partie intégrante des États-Unis, bien qu'il fût possédé de fait par le Mexique, sous le prétexte qu'il avait été compris dans la cession déterminée par le traité de Guadalupe. A cet acte étrange, M. Angel Frias répondit, au nom du gouvernement de Mexico, par une énergique protestation. Le point de droit à la possession de Mesilla était au moins douteux; toutefois, le cabinet de Washington donna l'ordre d'occuper militairement la vallée; il envoya le général Garland à la téle d'un corps de troupes nombreux, accompagné d'un commissaire civil, M. Meriwether. La question fut même agitée, à Washington, de savoir si la Basse-Californie et la Sonora ne devaient pas subir légalement le sort de la Mesilla. Le gouvernement de Mexico s'émut à juste titre de telles prétentions. M.Caldwin, aussitôt envoyé auprès de lui,
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le calma par l'offre d'une indemnité pécuniaire de quinze millions de piastres. Le général Alraonte, alors ministre plénipotentiaire à Washington, engagea son gouvernement à céder, parce que la cession de la Mesilla entamait très peu le territoire national et se trouvait dans un pays désert à l'extrémité septentrionale de la république, et que l'indemnité mettrait à même le gouvernement de faire face aux nécessités du pays sans recourir à des mesures extraordinaires.
Une première convention fut conclue entre les délégués américains et mexicains, mais le sénat de Washington la modifia. Une lettre de M. Landero y Cos, administrateur des douanes, donne à ce sujet des détails intéressants. — « Matamoros, 20 mars 1854. — Le traité de la Mesilla, malgré la formidable opposition du Sénat, sera sans doute approuvé, avec quelques modifications. L'opposition, ou pour mieux dire, le parti de la guerre, disait que si l'on n'obtenait pas la désapprobation du traité, il mettrait de telles entraves à son exécution que notre gouvernement ne percevrait l'argent qu'après un certain temps, dans l'espérance que la révolution qui s'annonçait se développerait et pourrait renverser l'ordre actuel des choses, notre gouvernement ne pouvant plus se soutenir faute de finances.
« Parmi les modifications proposées par M. Pierce au traité, il y en a une qui inspire peu de confiance, parce qu'elle tend évidemment à protéger les flibustiers. Telle est l'annulation du dernier article par lequel les parties contractantes se compromettent à empêcher par la force armée les expéditions d'aventuriers sur leurs territoires respectifs.
« Le désir qu'ont les Américains en général de s'annexer le Mexique, en tout ou partie, ainsi que l'Ile de Cuba, s'augmente à présent par l'espérance de le faire sans coup férir à cause de la guerre générale en Europe, de la révolution qui se lève en Espagne pour détrôner la reine et de nos guerres intestines... Il parait certain que les intérêts commerciaux protègent dans le sud l'invasion de Raousset. On dit aussi que des mouvements vont avoir lieu sur la frontière du Rio-
Bravo et que Frias commandera celui du Chihuahua. — Laodero y Cos. »
« Le traité de la Mesilla, écrivait M. Arrangoiz, le 3 mai, de la Nouvelle-Orléans, a été approuvé le 3 avril avec quelques modifications. Personne ne connaît au juste ses clauses; mais je pense que les suivantes en font plus ou moins partie. — Diminution du territoire, et la somme — à payer— sera de dix millions de piastres. Adoption des propositions du sénateur Bell, en faveur du contrat, — mot illisible. Dérogation de l'article 11 du traité de Guadalupe. Quant à celui des cinq millions d'indemnité on l'a rejeté, et ceci peut laisser la porte ouverte à de nouvelles réclamations. » Je ne sais si M. Arrangoiz, en parlant de ers indemnités, fait allusion au contrat primitif ou bien à des indemnités à payer à des Américains résidant au Mexique. Bref, le traité de la Mesilla fut signé le 30 septembre 1853, et ratifié à Washington le 30 juin 1854. L'article 3 de ce traité dit : « Les États- Unis s'engagent à payer dix millions de piastres, dont trois millions le jour de la signature et sept raillions à l'échange de la ratification. »
Sauta-Anna, apprenant que le général Almonte possédait la traite de sept millions de piastres stipulées par la convention, oublia tout ce que ce ministre avait souffert avec lui et pour lui, depuis son emprisonnement au Texas en 1836, et envoya précipitamment M. Arrangoiz à Washington retirer des mains de M. Almonte les sept millions qui lui avaient été remis. Santa-Anna, pour justifier cet acte de méfiance, prétexta que ses ennemis poussaient M. Almonte à se servir de cet argent pour se faire nommer président de la république. Le passé de ce général et sa conduite toujours franche et loyale auraient dû prouver à Santa-Anna qu'une pareille ambition ne pouvait venir à l'esprit de son ministre et ami. Dans une brochure publiée en 1855 contre le président et dont je n'ai pu contrôler l'exactitude, on voit des détails étonnants sur l'emploi de cette somme qui aurait été dépensée, d'après l'auteur anonyme de cet écrit, en soixante et dix
jours. Quoi qu'il en soit, M. Arrangoiz reçut l'ordre d'aller de la Nouvelle-Orléans, où se trouvait son consulat, à Washington sans perdre un instant, de voyager de jour et de nuit, de retirer la traite des jnains de M. Alraonte et de placer l'argent chez les banquiers les plus sûrs afin de le retirer aussitôt, au fur et à mesure des ordres de payement qui lui seraient expédiés.
M. Arrangoiz arriva à dix heures du soir chez le représentant du Mexique qui le pria d'attendre au lendemain pour lui remettre la traite. Le lendemain il reçut la traite, plaça les fonds, en dépensa la plus grande partie en quelques jours et se paya lui-même, a titre de commission, une somme de soixante-huit mille trois cent quatre-vingt-dix-huit piastres cinquante sept cents, soit plus de trois cent quarante-deux mille francs. M. Arrangoiz, en s'attribuant cette somme que le général Almonte n'avait pas voulu prendre par délicatesse, dit qu'il n'avait pris qu'une goutte d'eau, tandis que la maison Lizardi s'était fait donner trois millions six cent mille piastres, — soit plus de dix-huit millions de francs — pour ses opérations financières, à titre également de commission, et que par conséquent il avait été très réservé dans ses prétentions. Son plaidoyer lui fit donner le sobriquet de — Gota de Âgua% — goutte d'eau. Santa-Anna avait réellement la main malheureuse dans le chgix de ses hommes de confiance, il avait oublié que M. Arrangoiz, envoyé par Parédès à la Havane, avec le titre de consul pour préparer les voies à la monarchie espagnole, était un homme d'affaires, avant tout. Plus tard, on retrouve ce même personnage à Miramar avec le titre de grand officier de N. D. de Guadalupe. Nommé ministre plénipotentiaire à Londres par l'empereur Maximilien, on le voit ensuite répondre officiellement à Sa Majesté une lettre insultante dans laquelle il disait que l'empereur « avait trompé tous les conservateurs, qu'il n'avait tenu aucune de ses promesses faites à Miramar, et qu'il ne voulait plus servir un homme sur la parole duquel on ne pouvait pas compter. »
L'affaire de la Mesilla, d'après les documents que je possède, me parait plutôt une affaire malheureuse, au point de vue de la morale des intéressés, des agents et des contractants, que grave, au point de vue historique et national; aussi, je me borne à citer les traits les plus saillants, sans prononcer de jugement sur les hommes qui ont joué un rôle quelconque dans celte affaire, et sur le fait en lui-même. Du reste, la révolution nouvelle qui se préparait au Mexique absorbait plus les esprits que l'emploi des millions de la Mesilla, millions dont profitèrent très peu les troupes éloignées de la capitale. Le gouvernement exilait dans l'intérieur ou au dehors de la république la plupart des brouillons qui conspiraient contre lui, mais ces mesures rigoureuses ne servaient qu'à précipiter les événements, en augmentant le nombre des révolutionnaires. Il eût été plus adroit, plus politique et plus honnête de réformer l'administration, de la moraliser et de détruire les abus du pouvoir que d'exiler ceux qui ne pouvaient avoir leur part de bénéfice dans le maniement des deniers de l'État, et le désiraient ardemment.
Le général Parrodi, gouverneur de San-Luis Potosi, écrivait de cette ville, le 27 avril 1854, à ce sujet : — a Je ne puis m'empêcher de dire que Cardena me parait aussi insignifiant que le plus misérable démagogue. J'en ai dans ce département plusieurs d'un plus gros calibre que celui-ci et je les regarde avec dédain, parce que agir autrement c'est leur donner une importance qu'ils acquièrent par l'exil et la prison. Parlant en général des efforts des scélérats pour renverser l'ordre, nous devons être persuadés que tant que vivra notre président, ils ne retireront aucun fruit, aucun résultat sinon le ridicule. » — L'auréole de la persécution n'est jamais ridicule, lors même que la persécution est légitime; c'est aux gouvernements à ne pas agir de manière à ce que cette auréole passe sur le front de leurs ennemis. Santa-Ànna s'irritait devant l'opposition qu'il rencontrait à foire respecter les lois; il ne voyait pas que le respect des
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lois étant incompatible avec l'immoralité des gouvernants et des gouvernés, il devenait inutile de sévir contre les ambitieux, si Ton ne voulait pas sévir contre les vices.
... « Relativement aux anarchistes, écrivait-il au mois de juin, aux chefs de corps d'armée, je n'ai rien à dire, parce que la loi du 1er août de l'année dernière contre les conspirateurs règle la manière de vous conduire avec ces délinquants. L'idée du gouvernement est de châtier exemplairement ces délits, et l'on doit passer de suite par les armes tous ceux qui seront pris les armes en main... Le gouvernement, fort de l'appui que lui prête l'opinion saine des populations, marche plein de confiance à l'entreprise qui lui a été confiée et ne se retirera qu'après l'avoir fait réussir. » Ses lettres des mois de juin et juillet révèlent une grande lassitude d'esprit. En présence des menées révolutionnaires des Américains et des Mexicains, son courage faiblit; le dépit lui fait ordonner de fusiller dans les vingt-quatre heures ceux qui tombent sous la loi du 1er août, mais il se borne à des mesures militaires pour étouffer la révolution, au lieu de prendre des mesures administratives et politiques pour la prévenir et l'empêcher d'éclater. L'argent de la Mesilla se dépensait on ne sait comment; les troupes de la garnison de Mexico en absorbaient une grande partie pour leur magnifique équipement et leur entretien; celles de l'intérieur n'étant pas payées se débandaient; les généraux se plaignaient, restaient sans soldats et se trouvaient désarmés devant la révolution qui marchait à grands pas. Voici ce qu'écrivait à ce sujet le général Ampudia, gouverneur du Nuevo-Leon, le 11 juin 1854, au général Woll, gouverneur du Tamaulipas.
« Mon cher ami et compagnon. — Par la communication officielle que je t'envoie, tu te convaincras de tout ce que j'ai manifesté au gouvernement suprême, relativement h la position dans laquelle on nous laisse, moi dans ce département et toi sur cette frontière. Mais, comme elle n'est pas suffisante pour l'informer de tout, je t'envoie la présente.
« Je n'ai pas un écu, pas un soldat, et le gouvernement suprême ne me donne pas môme l'espérance de m'envoyer de l'argent, lorsqu'il serait d'une nécessité absolue de veiller ici d'une manière suffisante et de t'envoyer au moins mUIe hommes bien payés et bien équipés, parce que tu es sur le cratère d'un volcan, si l'on ajoute Toi aux nouvelles funestes qui courent ici. Outre ce que je te dis d'office, sois persuadé que tu as déjà cette garnison minée, et que les révolutionnaires comptent sur la misère à laquelle tu es réduit, autant que sur l'abondance de leurs ressources.
« Voilà bien des années que le thermomètre des révolutions se trouve parmi nous; ses oscillations viennent du mouvement de cette frontière. Pour moi, la cause de ce mouvement est dans la paralysie ou l'activité de ses opérations commerciales. Quand la paralysie a lieu, beaucoup espèrent et beaucoup craignent. — Pedro Àmpudia.»
Santa-Anna, en voyant les difficultés que tous les vrais patriotes et lui-môme rencontraient pour pacifier le pays et l'organiser sous le régime républicain, se convertit de bonne foi au système monarchique. Il pactisa avec les principaux chefs de ce parti et résolut de donner suite au projet de Parédès. Convaincu que la monarchie était le seul gouvernement qui convenait h l'état social du Mexique, et que la couronne conférée à un Mexicain n'avait aucune probabilité de durée, il voulut l'offrir à un prince étranger, espérant que l'Europe appuierait son candidat. A cet effet, il délégua ses pleins pouvoirs a M. Gutierrez de Estrada, pour obtenir l'assentiment des cabinets de Londres, de Paris, de Madrid et de Vienne. Sa lettre de créance, datée du l*r juillet 1854, est ainsi conçue :
« Antonio Lopez de Santa-Anna, bien mérité de la patrie, général de division, grand-maître do l'ordre national deGuadalupe, chevalier grand-croix de Charles III, président de la république mexicaine, à tous ceux qui verront les présentes, salut :
« Investi par la nation mexicaine des pouvoirs nécessai-
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res pour constituer le pays sous la forme du gouvernement que je jugerais la plus convenable pour assurer l'intégrité du territoire et l'indépendance nationale sur les bases les plus avantageuses et les plus durables, conformément aux pouvoirs discrétionnaires dont je suis revêtu, et, considérant qu'aucun gouvernement ne convient mieux à la nation que celui qui pendant plusieurs siècles a formé son état social ;
« En conséquence, afin d'atteindre ce but; confiant dans le patriotisme, les lumières et le zèle de M. José Maria Gutierrez de Estrada, je lui confère, par les présentes, tous les pouvoirs nécessaires, afin qu'il puisse entamer des négociations et faire des offres nécessaires près des cours de Londres, Paris, Madrid et Vienne, afin d'obtenir de ces divers gouvernements ou de quelqu'un d'entre eux, leur concours pour l'établissement d'une monarchie avec un membre des familles régnantes, dans les termes et conditions spécifiés dans des instructions spéciales.
« En foi de quoi j'ai fait expédier les présentes, signées de ma main, scellées du sceau de la nation et contre-signées par le ministre des affaires étrangères, pour demeurer secrètes. Au Palais national, le 1er juillet mil huit cent cinquante-quatre... — A. L. de Santa-Anna. »
Il paraît que des ouvertures furent faites également au cabinet de Washington, touchant le projet de relever le trône du Mexique au profit d'un prince européen, car M. Clay répondit alors à l'envoyé mexicain cette phrase devenue historique : — « Il importe peu aux États-Unis que votre pays soit gouverné par telle ou telle forme de gouvernement; c'est une affaire intérieure qui l'intéresse seul et ne nous regarde point. » En effet, à cette époque, la guerre du sud n'avait pas encore altéré la constitution des États-Unis, et le gouvernement n'avait pas eu besoin, pour soutenir sa politique de reconstruction, de distraire l'attention des représentants radicaux, en leur parlant de la doctrine Monroe, sous un jour tout à fait étranger à cette doctrine, car M. Monroe s'était borné à vouloir garantir l'indépendance des colo-
nies espagnoles et portugaises, et ne songeait nullement à leur interdire l'établissement du système monarchique.
La conversion de Santa-Anna au parti monarchiste semble antérieure à l'envoi de M. Gutierrez, en Europe, à la recherche d'un souverain, car j'ai lu dans une correspondance américaine, en 1854, que lors de la dernière révolution du parti progressiste à Madrid, on avait découvert au palais de la reine Christine, un dossier sur lequel était écrit:
— « Correspondance de Mexico. » Ce dossier fut remis à M. Soulé, ministre des États-Unis, à Madrid, qui l'envoya à Washington. On y trouva une convention relative au trône du Mexique qui devait être fondé par Santa-Anna, puis occupé par un prince européen, dont le nom n'a jamais été connu et qu'on supposait être espagnol. Dans ce but, les ministres mexicains accrédités auprès des cours européennes devaient se réunir à Bruxelles, afin de s'entendre sur les garanties et les secours que les puissances devaient donner à Santa-Anna pour appuyer son projet. Mais la situation du Mexique et les événements politiques qui se préparaient en Europe firent accueillir avec assez de froideur l'idée d'une intervention armée dans le nouveau monde. La monarchie mexicaine resta à l'état du projet; M. Gutierrez de Estrada fut bien reçu des ministres et des souverains auxquels il parla de la nécessité de cette intervention au point de vue des intérêts européens, mais on en remit l'exécution à des temps meilleurs. — « On verra plus tard, » lui répondit-on partout.
Santa-Anna-découragé, réduit à ses propres ressources, dut bientôt enrayer les dépenses que lui causaient la représentation et le luxe de sa cour, luxe introduit au palais national pour donner une idée de l'éclat dont brillerait la capitale sous le régime monarchique. Le ministre de l'intérieur, M. Aguilar, expédia une circulaire secrète et manuscrite à tous les gouverneurs militaires, dans laquelle il leur disait :
— « N'est-il point étrange qu'à mesure que le gouvernement, à force de constance et de sacrifices, commence à rétablir
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la morale perdue et l'obéissance aux lois, aussi bien qu'aux autorités, les ennemis de tout ordre redoublent d'efforts pour le renverser, faisant paraître a la fois de tous côtés des symptômes révolutionnaires pour affaiblir l'administration? Il faut absolument arracher une fois pour toutes cette dernière espérance du cœur de quelques insensés qui la nourrissent. Comme aujourd'hui la nation a des ressources et des moyens qu'elle n'avait encore jamais eus, ce ne sera ni impossible ni même difficile. Je crois qu'il suffira d'exercer la vertu nécessaire à tous les gouverneurs dans les moments de crise dangereuse; je parle de l'énergie, tempérée par la prudence. Je ne vois pas de terme moyen aux grands coups qui doivent imposer une crainte salutaire aux criminels; parce qu'en extirpant le crime et délivrant la société du cancer qui la ronge, on rend respectable la main vigoureuse qui met une digue aux abus et à l'impunité des méchants....
« Rappelons-nous que notre cause, pure de toute tache de personnalité, exempte du reproche d'ambition et d'esprit de parti, est identifiée avec l'indépendance de la république, avec la vraie liberté des Mexicains, avec son progrès bien entendu, parce que c'est la cause de la civilisation et de la morale fondée sur le plus solide des éléments, le principe religieux.
« Le moment arrive de donner une solution définitive au problème indécis depuis tant d'années dans notre pays, celui de savoir si ses destinées doivent être entre les mains de la plus immonde canaille; si l'ignorance doit tout subjuguer et imposer la loi à l'intelligence; si ceux qui n'ont rien à perdre parce qu'ils n'ont rien su acquérir, ont le droit de rendre leurs tributaires ceux qui doivent leur prospérité individuelle aux branches qui constituent la richesse publique, et à leur travail constant et honnête; enfin, si la nation est obligée de maintenir dans le luxe la crapule — sic —, et dans la fainéantise et l'oisiveté d'infâmes saugsues, ou bien si l'on doit restituer au Mexique son ancienne dignité et se soumettre seulement à la supériorité morale qui, depuis des
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siècles tient la suprématie dans les pays civilisés. Qu'il n'y ait donc plus de tergiversation; que les lois coercitives et pénales soient appliquées avec vigueur; que le délit, aussitôt commis» soit puni; que la justice et l'équité ne soient plus blessées. Ayez de l'énergie et de la probité... et je crois que nous sauverons le Mexique... le monde est déjà fatigué du honteux modèle que nous lui présentons de toutes les aberrations et de toutes les extravagances... — I. Aguilar. »
Cette ligne de conduite prescrite par le ministre pouvait être utile autant que sage, mais elle était tardive. Le 13 juillet 1854, le licencié José de la Garza proclama, à Victoria, la déchéance de Santa-Anna, la république fédérale et le rétablissement de la constitution de 1824. Le troisième article du plan de ce pronunciamiento, disait, — naturellement : — « Sont abrogés les lois et décrets de la fédération. » Le premier cri des révolutionnaires au Mexique, après avoir décrété la chute des autorités constitutionnelles est d'abroger la constitution et les lois, alors en vigueur, ce qui démoralisait le peuple et aggravait les désordres de ces révolutions. Comment le peuple aurait- il pu respecter une constitution, des lois et des décrets que chaque année un général, un avocat obscur pouvaient mettre et mettaient en effet au panier?
La révolution de Victoria avait été préparée de longue date pour seconder celle d'Alvarez. Le colonel D. Lorenzo Cortina, dans une lettre datée du 13 juillet 1854, rend compte du pronunciamiento de Victoria dans les termes suivants : ... « Les éternels ennemis de l'ordre public et de l'administration actuelle, profitant du peu de forces qui se trouvent dans cette ville, en conséquence du départ du lieutenant Gavanac, ont eu l'audace d'attaquer le quartier à minuit de la nuit passée , au nombre de cent vingt hommes qui furent repoussés vigoureusement par les vingt-cinq soldats dont nous pûmes disposer. Troeva avait pris le commandement de la guérilla de droite, et moi de celle de gauche. Nous sommes encore dans cette position en ce moment où
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sonnent six heures du matin... » Suivent des détails sur la difficulté de résister longtemps, avec les vingt soldats valides qui restaient. « Les chefs des révolutionnaires, ajoute le colonel, sont : un nommé Salazar, Juan Cardenas et le licencié Juan José de la Garza, ce dernier est le premier coryphée de ces soi-disant libéraux. »
Parrodi, gouverneur de S. Luis Potosi, écrivait au commandant militaire du Tamaulipas, le 20 juillet de la môme année : — « Vous avez sans doute appris que D. Juan José de la Garza s'est prononcé le 13, pour le plan d'Alvarez, et que le détachement du capitaine Troeva a chassé les dissidents avec pertes, depuis la place principale jusqu'à celle des Arieros. Observant que le nombre des ennemis augmentait, il s'est retiré du côté de Tampico sans être inquiété. Une lettre de Victoria, datée du 15, m'apprend que les rebelles se fortifient, construisent des affûts pour monter quelques pièces qu'ils ont trouvées là-bas. Ils ont secouru trois cents hommes et fait d'autres dépenses qui prouvent qu'ils ont assez d'argent. Ils disent qu'ils en attendent davantage de la frontière ainsi que des hommes armés de rifles. Tula et les autres villes de ce côté de la Sierra restent tranquilles.
« Faute de troupes et manque absolu d'argent, je n'ai pu mettre en marche une section de toutes armes contre les dissidents, comme je l'aurais voulu, parce que les forces que j'ai dirigées sur le Michoacan, par ordre suprême, m'ont trop affaibli. Cette impuissance m'a singulièrement mortifié dans cette circonstance. — Parrodi. »
D'après cette lettre, il semblerait que le détachement de Troeva était venu au secours de Quijara, avant de se retirer sur Tampico. Le colonel pourtant tenait bon , car la correspondance du général Ampudia donne sur cet événement de nouveaux détails : — « Monterey , 23 juillet 1854. — ... A la dernière heure , je reçois une lettre du colonel Cortina venant de Victoria et qui me donne les nouvelles suivantes : — « Quarante cavaliers des prononcés sont partis pour Tula,
« et six pour Villagran, avec l'objet d'inviter ces villes à se- « conder le pronunciamiento; «mais je viens de lire une lettre de l'alcade de cette dernière localité, qu'il envoyait au colonel Gortina, et dans laquelle il dit que la population réprouve le pronunciamiento, et qu'il a mis sous les armes soixante hommes pour résister aux prononcés; il offre d'envoyer prisonniers, à cette capitale, ceux qui se présenteront pour les inviter à se prononcer, et m'affirme qu'il y a môme des gens à la poursuite des prononcés. — Pedro Ampudia. »
Je trouve dans une lettre datée de Victoria, 2 sepiembre, et signée par D. Torribio de la Torre, des détails sur les excès commis dans cette ville par les insurgés. « Le pronunciamiento, dit-il, n'était pas au nom de la fédération, mais au nom du communisme. Les factieux ont disposé dë la population et de ses intérêts selon leur bon plaisir; ils ruinent, presque complètement , tous ceux qui ne se rangent pas de leur parti. Ils continuent ce système dans le district de San- Carlos, en commettant toutes sortes de déprédations... L'office des postes a été saccagé ; les livres, les lettres, les archives, les sceaux, les meubles, etc., tout est emporté, vendu ou brû^é. » En un mot, les prononcés de Victoria suivaient les traditions de vol, de ruine, de pillage et de destruction, suivie au Mexique par tous les insurgés et dans toutes les révolutions, depuis celle d'Hidalgo.
Santa-Anna, sachant que les flibustiers du Texas se préparaient à prêter la main aux rebelles de Victoria, donna des ordres absolus au général Woll , qui commandait les frontières. — « Mon cher ami , lui écrit-il le 7 septembre 4854, je crois absolument nécessaire d'établir de forts détachements à Camargo, Mier etRevillo— ou Guerrero, comme on l'appelle aujourd'hui, — autant pour empêcher la contrebande que le passage des flibustiers ; ces forces étant chargées de ce double but. Je vous dirai pour votre gouverne que ce service doit se faire par bataillons ou par escadrons, pour ne pas diviser les corps , manière la plus prompte de les détruire. Pour couvrir ces détachements , vous pourrez
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ordonner à leurs commandants de construire des fortins et de faire le service comme en présence de l'ennemi. — A. L. de Santa-Anna. »
La révolution gagnait pourtant le Michoacan et d'autres provinces. Santa-Anna, se voyant impuissant à la contenir, réunit ses ministres en conseil et leur déclara que la politique qu'il suivait et les pouvoirs absolus dont il disposait pouvant être la cause des troubles présents, il était décidé à consulter la nation, le 1er décembre, sur la durée et l'étendue de ses pouvoirs. Un appel au peuple fut donc décrété pour ce jour, et les deux questions suivantes furent posées :
« Le président actuel de la république doit-il continuer à exercer le pouvoir suprême avec l'étendue extraordinaire qui lui a été conférée?
« Dans le cas contraire, à qui remettre la présidence? »
Les ministres, craignant l'influence des révolutionnaires, dans cette sorte de plébiscite, préparèrent de leur mieux la réélection du dictateur. Voici la circulaire manuscrite et secrète, envoyée par le ministre de la guerre, D. Santiago Blanco, aux grands commandants militaires.
« Mexico, 14 novembre 1854. — Mon cher ami, — quoique vos idées et votre bon jugement me soient parfaitement connus, je dois vous manifester confidentiellement, selon mes couvictions, quelle est mon opinion sur l'acte public qui doit se vérifier le 1er décembre prochain, d'après la circulaire publiée par le ministère de l'intérieur sur les assemblées populaires.
« Dans l'état où se trouve notre société, au milieu de la démoralisation corrompue dans laquelle, par malheur, se meut notre peuple, toujours agité par cette masse flottante de scélérats, sans principes fixes , qui vivent seulement des révolutions et qui, aujourd'hui plus que jamais, cherchent à renverser le gouvernement de S. A. S., ce serait une torpeur coupable de ne pas employer, pour notre part, tous les moyens possibles pour arriver au but auquel nous aspirons,
qui est et ne peut être autre que la consolidation d'une administration vigoureuse et sévère, capable d'opposer une forte digue aux ondes toujours agitées des révolutions.
« Convaincu de cette vérité, comme je crois que vous l'êtes, et, désirant le succès de ce but nécessaire, ne croyezvous pas qu'il serait peu sage de laisser agir un peuple sans foi ni sentiment politiques, qui marche toujours poussé seulement par d'imprudents ambitieux? S. A. S. désire sonder la volonté nationale, elle veut connaître le vœu spontané des populations, mais quelles seront les conséquences de l'acte du 1" décembre futur si, ce qui n'est pas probable, les machinations des anarchistes trouvent le triomphe qu'ils désirent? Il est politique, patriotique et nécessaire que les représentants du gouvernement suprême, dans les départements, agissent avec activité, comme je vous le recommande, pour prendre les mesures conseillées par la prévoyance et la prudence, à l'effet de rendre uniforme l'opinion des penseurs sur le sujet dont je vous parle, sans permettre que, donnant à la circulaire mentionnée des interprétations sinistres, on fasse des plans perfides, des intrigues, et qu'on altère les esprits tranquilles... Le suffrage de votre département sera, comme je l'espère, la manifestation publique du désir de conserver et consolider sérieusement un gouvernement fort, civilisé, sévère et protecteur, qui achève d'étouffer tout principe révolutionnaire et rende un jour le Mexique grand et prospère. — Santiago Blanco. »
En dehors des qualités données par ce ministre au gouverment de Santa-Anna, l'histoire semble témoigner que le dictateur était très sympathique à la majorité des Mexicains, mais que son administration n'a jamais été bien forte ni sévère, si ce n'est à l'égard de quelques hommes du parti contraire. En matière politique comme en matière administrative, les faits répréhensibles doivent être réprimés sans considération de personnes; en ayant deux poids et deux mesures pour peser et mesurer les faits selon la qualité du coupable, on change une question de principe en une ques-
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tion de personne, ce qui ne se fait pas sans blesser la justice et la morale publique. Or , on a vu par les lettres d'Uraga , par la conduite d'Arista et quelques pages historiques des premières administrations de Sama-Anna, que les considérations de personnes passaient fréquemment pour lui avant les questions de principe, dans ses actes de clémence excessive ou de sévérité exagérée. Quoi qu'il en soit, l'appel du 1er décembre lui réussit très bien et la presque unanimité des votes se prononça pour la continuation de sa dictature.
Au commencement de 1855, l'insurrection d'Alvarez est secondée partout; au sud, au nord, au Michoacan, sur les frontières du Rio-Grande, « la poudre parle » de tous les côtés. On apprend qu'Alvarez reprend l'offensive avec le plan (TAyutla qui, pendant plus de sept ans, a désolé et couvert de sang toute la république. Quelques troupes du gouvernement, commandées parTavera et Solis, sont mises en déroute par les prononcés Huerta, Puebla, Arias et d'autres. Haro y Tamariz , ancien ministre de Santa-Anna, après une multitude d'incidents , s'était prononcé contre le dictateur; il arrivait à Zitacuaro avec Degollado, dans le courant de janvier, pour diriger, disait-on, la révolution du Michoacan. Santa-Anna se préparait lui-même à marpher contre les insurgés.
Le gouverneur de cette province, D. Manuel Norriega, écrivait le 5 mars 1855, de Morelia, au sujet de l'insurrection dans le Michoacan. — « J'ai appris aujourd'hui que les bandits travaillent activement et concentrent leurs forces pour attaquer cette place. Le bandit Pueblita se trouve à Tacambaro, à la tête d'une nombreuse bande. Pinzon est arrivé avec plus de cent hommes, vingt charges de fusils, parfaitement pourvu de parc et matériel de guerre ; il arme autant de rancheros qu'il peut et réunira une masse considérable. Zavala, à Cuitzeo, augmente de la même ma nière ses satellites, et plusieurs autres chefs en font autant; de sorte qu'il ne leur sera pas difficile de mettre