‹ Histoire du Mexique (volume 2)Chapitre 25 sur 73 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Suite du combat entre les Mexicains et les Chalcas. — Ceux-ci sont repoussés jusque sous les murs de leur capitale.

Quand les cinq jours du terme assigné par les Chalcas se furent écoulés , Moclezuina dit à Cihuacoatl : « Que penses-tu que je doive faire à présent? Ne faudrait-il pas envoyer des secours à nos guerriers qui doivent être épuisés de fatigue?» Cette proposition ayant obtenu lassentiment général , fut aussitôt mise à exécution. Dès que ceux qu'on avait envoyés en avant pour éclairer la marche furent arrivés dans un endroit appelé Techichico, ils aperçurent les Chalcas et leur dirent : « Que venez-vous faire ici ? » Ceux-ci répondirent : « Puisque ces terres nous appartiennent, n'avons-nous pas le droit de les surveiller et de les défendre ?» — «C'est ce que nous allons voir tout à l'heure , répliquèrent les Mexicains, à moins que vous n'emportiez vos terres sur

votre dos , nous saurons bien vous les enlever de gré ou de force. Prenez garde à vous , car aucun de vous ne rentrera vivant dans sa patrie. » Au moment où ils prononçaient ces mots , les Mexicains entendirent pousser autour d'eux de si grands cris qu'ils crurent qu'un autre corps d ennemis venait du côté d'Azaquilpan pour les cerner. Ils chargèrent alors les , Ghalcas avec une nouvelle vigueur et les repoussèrent jusqu'à Tlapitzahuayan. Les Glialcas dirent alors : « Mexicains , attendez-nous ici pendant cinq jours , ce sera Tépoque de la fête de notre dieu Gamaxtle , nous reviendrons vous chercher pour orner nos fêtes de votre sang Allez vous reposer à présent , mais soyez sûrs que nous ne vous céderons jamais*. «

Les Mexicams retournèrent à Tenucbtitlan et firent part à Moctezuma des menaces que leur avaienf faites les Ghalcas et du délai de cinq jours qu'ils leur avaient fixé pour inonder de leur sang le temple du dieu Gamaxtle. Moctezuma leur répliqua : « Ne savez-vous pas que notre dieu Huitzilopochtli est plus puissant que le leur^ G'est nous qui leur ferons subir les traitements dont ils nous menacent. Ge n'est pas seulement leur sang que nous aurons , nous les brûlerons en Thonneur de notre dieu. »

Quand le quatrième jour fut arrivé, Moctezuma et Gihuacoatl-Tlacochcalcatl firent appeler les deux vaillants chefs Tlacatecatl et Tlacaeltzin et leur dirent : « Il faut que tous les Mexicains prennent part à cette guerre , excepté les vieillards, les fem-

mes et les enfants au-dessous de diic ans. Ceux qui sont plus âgés porteront nos bagages et les cordes nécessaires pour lier les prisonniers. A minuit nous quitterons la ville dans le plus profond silence , et au lever du soleil nous serons devant les portes de Chalco, avant quelennemi ait été averti de notre marche. Comptons sur la protection de notre dieu Tezahuitl-Huitzilopochtli ; que quiconque sera en état de nous suivre et ne le fera pas, soit à jamais expulsé de la ville , comme indice de notre compagnie , et qu'il soit dépouillé de Ses terres. »

Quand les Mexicains furent arrivés à Azaquilpan, ils s'arrêtèrent pour se former en ordre de bataille. Proches de Tlapizahua , les Ghalcasles aperçurent et se mirent à leur crier : o Arrivez donc, Mexicains, arrivez donc ; nos femmes attendent vos corps pour les faire cuire avec du chile. » Mais les Mexicains les chargèrent si vigoureusement qu'ils les repoussèrent d'abord jusqu'à Tlapehuacan. LesGhalcasse mirent alors à dire : « Mexicains, en voici assez pour un jour, retournez chez vous et reposez-vous » Mais ceux-ci leur répliquèrent : « Ne savez-vous pas , Ghalcas , que nous avons aussi une grande fête à célébrer, et que pour cela nous avons besoin de vos corps pour brûler sur le bûcher de notre grand temple. Vous allez voir maintenant ce que peut la valeur des Mexicains. » Les chefs se mirent aussitôt à crier : «En avant , en avant, Mexicains. » Ceux-ci montrèrent autant de force que si le combat n'eût fait que de comr mencer, tandis que les Chalcas , épuisés de fatigue,

tombaient sous leurs coups ou étaient faits prisonniers. Ils les repoussèrent ainsi jusqu^à un endroit appelé Gontlan , quoique lesGhalcas répétassent sans cesse : « Mexicains , Mexicains , reposez-vous. »

Les Mexicains ne consentirent à se retirer qu'après avoir tué un grand nombre de Cbalcas. Quand ils furent arrivés à Tlapitzahuayan , ils comptèrent leurs prisonniers et trouvèrent que leur nombre se montait à plus de deux cents. Aussitôt qu'ils furent arrivés à Mexico , les chefs allèrent saluer Moctezuma qui se réjouit beaucoup de voir un aussi grand nombre de captifs qui , sur la proposition de Cihuacoatl , furent aussitôt brûlés et réduits en fumée devant l'image de Huitzilopocbtli. Dès le lendemain , les Mexicains prirent de nouveau les armes pour continuer la guerre ; et , se dirigeant par une autre route , ils arrivèrent à Ocolco , puis à Gontitlan où ils revêtirent leurs armures , et enfin à Tepopula et à Tlacuilocan, qui sont les premiers villages des Ghalcas. Le combat commença aussitôt et bientôt la mêlée devint telle qu'ils ne pouvaient plus se reconnailre. Les Ghalcas furent repoussés jusqu'à Tzompantepec et à Acolco où le combat fut recommencé avec une nouvelle vigueur, de sorte qu'il périt un grand nombre de guerriers de part et d'autre, et qu'on se fit réciproquement un grand nombre de prisonniers. Trois des principaux chefs mexicains furent tués par les Ghalcas qu'ils avaient poursuivis jusqu'à Tiapehuacan. Ils se nommaient TIacahuepan , Chahuaques et Quetzalquauh. Moc-

tezuma se livra à la plus vive douleur en apprenant t]u'on avait perdu tant de morts et de prisonniers -, mais Cihuacoatl le consola en lui disant : « Il est vrai , seigneur, que trois de nos frères ont succombé , mais vos parents et les miens vengeront leur mort. Songez à votre oncle et seigneur Huitzilihuitl qui périt aussi sur un champ de bataille > mais dont le corps repose couvert de riches plumes et dont le souvenir est environné d'une gloire éternelle. Réjouissez-vous au contraire de ce que ces chefs sont tombés honorablement et couverts du sang ennemi. » Après avoir terminé ce discours , Cihuacoatl , d'après Tordre de Moctezuma, recommanda aux Mexicains de se tenir tous prêts I petits et grands , pour recommencer le combat le lendemain sans que personne restât en arrière.

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