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CHAPITRE XXV

Des principaux Mexicains qui furent tués dans la guerre de Cbalco, et des fêtes que leurs femmes, leurs enfants et leurs parents célèbrent en leur honneur.

Pendant que l'armée de Moctezuma était à Coco titlan , attendant les renforts et les vivres qui devaient lui arriver de Mexico, ce prince fit appeler par Cihuacoatl tous les parents de ceux qui avaient été tués dans les précédents combats contre les Chalcas , et réunit des musiciens dans la place , devant le temple de Huitzilopocbtli , afin qu'ils célébrassent des chants et des danses de deuil. Les pères des défunts marchaient en tête du cortège ; les uns portaient à la main des arcs et des flèches , et les autres des boucliers dorés, ornés de plumes brillantes , et des épées. Les plus vieux portaient des tecomates remplis de picietl', les gens du commun portaient aussi des vêtements proportionnés à leur condition et à la réputation qu'ils avaient acquise dans les ar*

mes; ils élaîent suivis par les autres parents et par les femmes qui portaient leurs petits enfants; et enfin venaient les jeunes garçons et les jeunes filles qui exécutaient des danses et des chants mélancoliques au son du teponaztli et du tiapanhuehueti au milieu de la cour du temple. Le chant qu'ils répétaient disait : « Si nos pères , nos fils et nos frères ont souffert la » mort, ce n'est point comme châtiment; ce n'est » pas pour avoir volé, menti ou commis quelque » autre action vile; c'est, au contraire, pour Tbon- » neur de notre patrie , pour la défense de Tempire » mexicain et pour la gloire de notre dieu Huitzilo- » pochtii qu'ils ont succombé; c'est pourquoi leur M mémoire sera honorée à jamais. » Pendant ce temps , les pères et mères , les femmes et les enfants des morts étaient assis en cercle autour des chanteurs et versaient des torrents de larmes. Pour les consoler on leur disait : « Consolez-vous , leur sang; «era vengé ! invoquez pour cela la protection du dieu lu soleil , des vents et des temps. »

Pendant toutes les cérémonies ,. le jour commençait à baisser. Plusieurs personnes envoyées par Moctezuma et Cihuacoatl, arrivèrent alors et distribuèrent aux parents des morts des manteaux communs ( cuactli) , des pagnes ( maxtlatl)^ et aux principaux des plumes précieuses et des joyaux. Les femmes reçurent également des naguas et des Auepiles , et quelques manteaux. Tout cela fut tiré par le roi des tributs qu'il percevait. Il leur fit distribuer également des vivres , tels que du maïs , du huauhtli\

du chian , des fèves et des concombres ainsi que du bois à brûler.

On fît ensuite un mannequin, qui représentait une personne habillée ; il était attaché avec une corde blanche nommée aztamecatL II avait une fi* gure , des yeux , une bouche , un nez , des bras et des mains. Il avait une ceinture rouge appelée tele^ comatl^ un bouclier à la main , fait de plumes précieuses et orné d'armes et de devises. On plaça au-dessus de lui un étendard orné de feuilles d'or appelé malpanitl. On Ie*couvrit d'un manteau de couleur {etetehuitl); sur sa tête on plaça des plumes d'une certaine espèce {quiquapotonia). On l'assit ensuite sur un siège de guerre {tlacochcallecosa ou cihiiacalli). On répéta en chœur un chant guerrier auquel se joignirent tous les parents des morts, qui se mirent après cela à danser en pleurant. Pendant ce temps, les jeunes gens faisaient retentir un instrument, appelé omichicahuaxtl , qui était fait en cuir de cerf; il ressemblait à un coquillage et rendait des sons fort tristes. Ils avaient aussi des flûtes sourdes {quauhtlapizalli) , et des grelots (ayacachtli). Cela dura pendant quatre jours , et au bout de ce temps , ils portèrent le mannequin y dont j'ai parlé, au milieu delà place qui était située devant le temple de Huitzilopochtli » et l'y brûlèrent. Gettecérémonie, qui était une des principales de leur religion , se nommait Quetlpanquetzin ou le brûlement des corps de la dernière guerre. Les femmes et les parents des morts jeûnèrent ensuite pendant

quatre-vingts jours au bout desquels ils enterrèrent les cendres de ce mannequin dans un certain endroit où elles restèrent pendant le même espace de temps. Ensuite on les déterra, et les vieux paretits les portèrent sur une colline appelée Jahualkucan , située sur la frontière de Ghalco , et les ayant placées au sommet , ils s'en retournèrent. Le roi leur distribua alors des présents, tels que des étoHes et autres objets de prix. Au bout de cinq jours on célébra en rhenneur des morts un festin B^pelé quixocoquali ; on leur offrit , comme nous autres chrétiens nous le faisons à l'anniversaire d'un décès, du tzenizon-tlacualli et -du tlacatlcalli ainsi que de larges gâteaux y appelés papalotlaualU , et un breuvage nommé itzquiaiLOn brûla ensuite tousles vêtements dont les défunts s'étaient servis pendant leur vie. On offrit après cela aux parents de ceux qui avaient été tués à la guerre deux espèces de breuvage , savoir : du pulque blanc et du jaune dans de grandes bouteilles , nommées praxtecomatL Les vieillards s'adressant aux défunts , dirent ensuite : <t Maintenant , nos enfants , vous êtes avec les dieux Huifapilli et Guatlenahuitl , et vous jouissez de la lumière du soleil ; nous vous invoquons dans les cavernes et sur les montagnes, dans les déserts et dans les villages ; car il n'y a plus pour vous , pour qui le soleil brille toujours , de ténèbres et de brouillards ; vous jouissez d'une gtoirç bienheureuse dans Tallégresse et avec les dieux.» Ils terminèrent la fête en s'enivrant avec les deux espèces de liqueurs dont j'ai

parlé. Telles étaient les cérémonies que les Mexicains célébraient en Thonneur des chefs qui succombaient à la guerre.

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