CHAPITRE XCVÏ
Bataille livrée par les Mexicains aux habitants de Huexotzinco , de Gholula et de Atlixco. Huit mille deux cents Mexicains et six mille ennemis restent sar le champ de bataille.
Les chefs Hetznahuacatl, MazcuhcaUin , Acolna-^ huacatl , Tezicuanitzin , Tezcocoacatl , Tejoical*^ pacfacatzin dirent .à Cuaulmoctli : Il faut choisir parmi les guerriers d'Aculhuacan et de Tacuba les plus vaillants pour les placer à lavant-garde et les former en bataillons serrés» afin qu'ils puissent charger lennemi sans se débander. Ce choix fut terminé avant que l'on arrivât à la frontière , où Ton trouva les vaillants guerriers de Huexotzinco et de Gholula attendant le combat. Dès qu'ils aperçurent les Mexi* cains , ils leur crièrent : « Allons , cousins , nous allons essayer notre fortune. » Ceux-ci leur répon-* dirent: « A la bonne heure, frères» , comm^ s'ils n'avaient point été ennemis déclarés. En disant ces mots , ils se chargèrent avec une valeur égale , mais
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comrnie les guerriers de Gholula et de Huexotzinco étaient sis fois plus nombreux que les Mexicains, ils en tuèrent et en prirent un grand nombre. Quand la nuit commença à tomber, ces derniers dirent : « Ne serait-il pas temps, frères , de cesser pour aujourd'hui ce combat qui sera perpétuellement renouvelé, puisqu'il y aura toujours entre nous le xochiyoyotl, c'est-à-dire une guerre civile inondée de fleurs, qui sera ornée par nos morts glorieuses comme par un plumage précieux , morts subies avec joie, dans un combat loyal , au milieu d'une campagne fleurie et non par des embûches et des trahisons ? »
Quand les Mexicains furent de retour à Atzitzihuacan , ils se dirent entre eux : « Vous voyez quel a été le résultat de cette guerre et combien d'entre nous sont restés sur la place , et le nombre de prisonniers qu'on nous a enlevés. Le champ de bataille est couvert d'un si grand nombre de morts des deux partis, qu'il ressemble à une campagne émaiilée de roses ; et ceux qui ont succombé jouissent déjà d'un bonheur éternel auprès des rois nos ancêtres et du dieu des enfers , Mictlanteuctli. Envoyons sur-lechamp des messagers à Moctezuma pour lui annoncer le résultat de cette bataille; qu'il apprenne que nous avons perdu les vaillants chefs Helzhuahuacatl, Mazchucatzin , Acolnahuacatl , Tezicuanitzin, Tezcocoacatl et Teyohualpachoa qui ont été faits prisonniers , et que leurs ornements d'or , leurs plumes précieuses et leurs boucliers dorés sont éga-
— tellement tombés entre les mains de l'énnemî. Enfin qu'en y compren«int les guerriers de Tezcuco et de Tacuba , nous avons perdu en tout huit mille deux cents hommes. •
Aussitôt que Moctezuma eut reçu cette douloureuse nouvelle, il se mit à verser des larmes amères et fit appeler Gihuacoatl pour lui ordonner d'envoyer les Guaubuehueques et les vieux prêtres audevant de l'armée mexicaine , et de faire résonner en leur honneur les tambours des temples. Ils s'avancèrent en file et rencontrèrent larmée dans un endroit nommé Macuiltlalpico , où est aujourd'hui le faubourg de Saint-Esteban. C'est à peine s'il rêve* nait le tiers des guerriers qui étaient partis pour prendre part à cette entreprise; l'un pleurait son frère, l'autre son fils , l'autre son père ou son onde. Moctezuma et Gihuacoatl avaient été également audevant d'eux couverts de vêtements de deuil , nommés cuauhquemitl cuauhtilmatL Ils tenaient à la main des bâtons qu'on plaçait ordinairement dans le temple au pied de l'idole de Huitzilipochtli. Les guerriers se rendirent d'abord au temple et ensuite au palais du roi, qui avait été les y attendre après avoir ordonné d'élever aussitôt le ilacochcalli , sur lequel on devait brûler le simulacre de ceux qui avaient succombé. Ge qui fut fait avec les cérémonies que nous avons décrites plus haut , et leurs familles se retirèrent ensuite en pleurant dans leurs maisons.
Moctezuma demanda à ceux de TIatilolco com- II. 11
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1»ien iU avaient perdu d'hommes de leur rille ; ils lui répondirent qu'il n*en avait pas péri un seul. « Où étiez*vous donc, leur répliqua le roi, pendant le combat et pendant qu^on faisait un si cruel massacre des Mexicains?» Les chefs mexicains s'écrièrent en riant : « Gescoquins^là se seront sans doutecachéa quelque part ; vous savez qu'après avoir été vaincua par nous à la guerre ^ ils se sont reconnus nos vassaux; cependant les vivres qu'ils nous fournissimt sont bien peu de chose. Ils ne livrent pas non plus^ les émeraudes et les plumes précieuses qu'ils ont promis comme tribut après avoir été vaincus par le roi ÂxayacatL » Moctezuma dit alors : « Eh bien, maintenant, comme roi de Tenuchtitlan , j'ordonne que dorénavant ils payent régulièrement leur tribut , et que , quand les Mexicains iront à la guerre ils fournissent leur contingent de guerriers comme les autres vassaux de l'empire, afin qu'ils contribuent aux sacrifices de Huitzilipochtii. Qu'on leur signifie ma volonté, et si cela ne leur convient pas , que le combat recommence contre eux comme du temps du roi Axayacati. J'ordonne également qu'ils n'aient pas à se présenter à mon tribunal avant d'avoir fait dea prisonniers à la guerre. »
Âtlacatecatl , Tlacochcalcatl , Cuauhnoctli et Ti-> lancalqui se hâtèrent d'aller tr«insmettre aux habitanta de Tlatilolco l'ordre de Moctezuma , et y ar<rivant , ils convoquèrent, aussitôt les Tequihuaques les Cuachies , les Otomis et les autres ehefs qui avaient été autrefois vaincus par Axayacati , et leur
axkpQncèrant la volonté 4e ]\lQcte2MTp;9 9 ^n l^ur r^p^ pçkmUa défaite ^çjt la i^çrt de )çur roi ^qnîhuiztli ginsî que les prçmesse^ qu'ils avaient faites à Azaji^icatl pour obtepir son pardon. Pe^dapt p)l43 d'unie annéç , les TIatilolcas ne fureot poipt admis danf le palais de Moctezqma , de sprtç qu'ils résolurçpt dfi mourir glorieusçi^ent dans la première guerre qu'U /entreprendrait , puisque c'était sa volonté absolue* Au bout de quelques jours, Mpctezuma reçut la nouvelle qujB des pnarçbafftcis mexipaips pvaiept ét4 de pouveau massacré^ dans la province de Tptutfspec. Il comprit que cette révolte venait d/s qç qu'il s'était arrêté après avoir souipis les villes les plus voisines des frontières , et de ce qu'il n'avait pas poussé ses conquêtes jusqu'au bord de la mer. Après avoir convoqué les deux rois de Tezcucp et d' Aculbu9can , on convint d'un commun accord qu'avant d'entreprendre une expédition, il fallait faire e^plo^ rer le pays par douze Mexicains l^abiles et expéri^ m^tés. Us arrivèrent à la grapde rivière 9 et après avoir gagné quelques babjitapt^ qui le^ tf'anspprtèrent sur l'autre bord, ils virent une imm^se estir oade et une sî grande quantité de barrières à travers le# chepiips qiê'pn ne savait où mettre le piedt Ils retournèrent donc sur leur pas, ^t rendi t'eut compte de leur mission à Moctezuma, qui fit aussitôt x;pnvpquer les dwx rois et touf li^s princes vassaux de J'empire. Dès le lendf nmin , toute l'armée se mit ep roote , une partie par terre et le re^te dans des canots. Les TIatilolcas s'^empr^ssèrent d apporter des
▼ivres et des provisions de tout genre pour l'armée; mais Moctezuma s'écria : « Qui leur a demandé tout cela ? qu'ils le remportent , Tarmée mexicaine a des provisionsensufEsance. »Les vieillards des deux sexes qui les avaient apportés 8*en retournèrent alors en pleurant; mais les guerriers de Tiatilolco allèrent se réunir à Tarmée mexicaine. Celle-ci traversa la rivière sur des radeaux construits avec des bottes de roseaux, et enleva, les uns après les autres» tous les retranchements de l'ennemi. Ils assaillirent ensuite leurs forteresses au lever de Taurore et montrèrent tant de vaillance que môme les plus nouveaux soldats se conduisirent comme des T'equi' huaques et firent des prisonniers; il y en eut même qui en prirent deux.
Dès qu'ils furent maîtres de la ville, ils mirent le feu au grand temple et au palais du chef. Les Tlatilolcas se distinguèrent tellement dans cette occasion , qu'il n'y en eut pas un seul qui ne fit un prisonnier ou un butin considérable. Le vieux Huitznahuatlaïlotlac, TiçoyahuacatI , Tuctiamacazqui et le général Cuauhnoclli dirent alors: « Tout est fini, il ne reste plus un seul habitant de Tututepec. Il faut envoyer sur-le-champ des messagers pour en prévenir Moctezuma Pour lui rendre un compte exact, on coupa d'abord tes cheveux à tous ceux qui s'étaient distingués, pour les créer Tequihuaques ; et on fit le dénombrement des prisonniers. Les Mexicains en avaient fait bOO , les Ghalcas 200 , les Ohinampanecas et les guerriers de la Terre chaude 200,
ceux de Goailapan 140, ceux de Matlaltsiaco 180 , ceux de Nauhteuctli 120, ceux d'Aculhuacan avec leurs sujets 800 , sans en compter 200 autres qui furent pris par les jeunes gens qui faisaient leur première campagne , les Tlalhualpanecas et leurs sujets 800. Ceux qui furent créés tequihuaques pour avoir fait des prisonniers , étaient au nombre de 260.