‹ Histoire du Mexique (volume 3)Chapitre 36 sur 39 · CHAPITRE CVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CVII

De la grande tristes^ qu'éprouva Moct^zucna en apprenant Tarrivée des Espagnols à SainUJean d*Ulloa. Il veut faire sortir de la prison le messager de Mictlan cuauhUa. Ce que Ton y trouva.

Au bout de quelque temps, Moctesuma dit à ses messngers : c Vous êtes au nombres des plus grands seigneurs du royaume; je ne puis avoir confiance en personne plus qu'en vous. Allez chercher l'Indien qui est venu de Micllancuauhtia m'apporler cette nouvelle ; il est dans la prison où j'ai ordonné h Petlacatl de le renfermer. » Ils s'y rendirent, mais quand ils ouvrirent les portes de la prison , ils n y trouvèrent persontie. Tout étonnés, ils coururent en prévenir Moctezuma , qui , tout stupéfait , s'é-^ cria : « C'est un naturel de la côte, iU sont tous sorciers. Maintenant faites attention à ce que je vais vous confier , car si vous le révélez à qui qu^ ce soit, je vous ferai enterrer sous mon propre trône , je ferai mouHr vos fetomes et vos eûfants ,

je confisquerai vos biens et je ferai d^émolir vos maisons de sorte qu'il ne reste pas pierre sur pierre , et je ferai périr tous vos parents. AmeDezmoi secrètement les deux orfèvres les plus habiles que vous pourrez trouver , et des lapidaires habiles dans Part de monter des èmeraudes » Quand ils les eurent été chercher , Moctezuma les fit entrer et leur dit : a Jai un ouvrage à vous commander, mais tenez le secret , si vous ne voulez attirer sur vous et sur les' vôtres les peines les plus terribles. Cet ouvrage doit être fait en ma présence et sans que vous sortiez du palais. Faites-^moi un collier d'or dont les chaînons très -minces aient quatre doigts de long , qu'il soit orné d'émeraudes et de plaques d'or, et qu'à chaque second anneau il y ait un pendant. Il faut que ce collier soit terminé le plus tôt possible, et que, pendant qu^un ouvrier y travaillera , les autres me fassent deux chassemouches ornés de magnifiques plumes , dont un côté soit orné d'une lune d'or , et l'autre d'un soleil du même métal parfaitement poli et qui brille au loin, ainsi que des ' bracelets d'or ornés d'un riche travail en plumes. » Il ordonna à Petlacatl d'apporter secrètement la quantité d'or qui était nécessaire pour la fabrication de ces bijoux , ainsi que des plumes de tiautiquechol , de Izinizcan et de zacuan, ainsi que quantité d'émeraudes et d'autres pierres précieuses d'une grande valeur. Tout cela fut donné aux ouvriers , et en peu de jours ceux-ci eurent terminé l'ouvrage qu'on leur avait donné»

et un matin , un des bossus pages de lVIoctezum«i vint le prier de la part des ouvriers de se rendre à la chambre où ils travaillaient. Quand il y entra, les ouvriers lui dirent : « Seigneur , nous avons exécuté tes ordres. Voici les objets que tu nous as commandés.» Moctezuma , parfaitement satisfait, ordonna à PellacatI de remettre à chaque ouvrier une charge de pièces d'étoffes de dix brasses de long, une de huit brasses et une de quatre, des pagnes , des buepiles et d'autres vêtements de femme, du maïs, du chile, des concombres, du coton et des fèves ; de sorte qu'ils retournèrent trèssatisfaits dans leurs maisons.

Moctezuma dit alors a Tilancalqui en lui remet** tant les objets que les ouvriers achevaient de terminer: « Mets-toi en route aussitôt e» va porter ces objets aux étrangers qui viennent d'arriver. Je crois que c'e^t le dieu Quetzalcoatl qui avait promis de revenir de Tula pour régner dans ce pays-ci. Quand il partit en laissant derrière lui les montagnes, les rivières et les mines d'or dont nous jouissons actuellement. C'est certainement lui qui revient actuellement après avoir été visiter les autres dieux à Tula ou Tlapallan qui est situé nu delà des mers II revient maintenant prendre possession du trône qui lui appartient , car il n'a fait que me le prêter. Rendez-vous h Cuextlan et dites à Pinotl qu'il fasse aussitôt préparer des vivres de toutes espèces, et si les étrangers qui viennent d'arriver en manp:ent , vous pouvez être sûrs que c'est Quetzalcoatl et sa suite;

s'ilfl^ le refusent y alors ce ne sera pas lui. Si ces étrangers aiment la chair humaine et qu'ils vous dévexent , je vous promets d'avoir grand soin de vos femmes et de vos enfants, et de les protéger. Nayez aucun souci à cet égard. Si vous reconnaissez que cet étranger est Quetzalcoatl , ornez sa personne de tous les bijoux que j'ai fait fabriquer h cet effet , et dites-lui que je le prie humblement de venir prendre possession de son trône que je garde pour lui. Partez demain matin et emmenez avec vous Cuitlalpitoc ; s'il est dévoré , tant pis pour lui : il a été acheté pour cela comme un esclave qu'il est. Prenez avec vous quatre Macehuatls pour porter vos bagages. Allez, je vous renouvelle ma promesse , si vous êtes dévorés par les étrangers , de nommer chacun de vos fils majordome de deux villes , afin qu'ilsi^ aient de quoi vivre honorablement. »

Le lendemain de grand matin les deux envoyés de Aloctezuma se mirent en route et cheminèrent jour et nuit. En arrivant à Guetlaxtlan, ils communiquèrent à Pinotl les ordres dont ils étaient chargés et lui ordonnèrent de faire préparer quinze charges de vivres; c'étaient des viandes cuites et renferniées dans des pots neufs et très-bien décorés , des poules rôties et cuites, des poissons et des fruits de tcnites espèces. Ils partirent au milieu de la nuit , et au lever du soleij , ils étaient déjà sur les bords de la mer; ils renvoyèrent alors Cuetlalpitoc et les tamêmes qui avaient apporté les vivres. Les matelots espagnols ne tardèrent pas à avertir leur chef que

Ton aperceT.iit âur la riTe trois Indiens qui faisaient . des si^es. Gdui-ei sembarqua clans un canot avec trois ou quatre hommes , et n'ayant pas tardé à les réjoindre, il leur demanda qui ils étaient et ce qu'ils. voulaient. Les Indiens ne les comprenant pas, cherchèrent à lui faire comprendre par signes qu'ils voulaient le conduire auprès de leur mattre qui désirait les voir , et commencèrent à charger son ranot de tous les vivres qu'ils avaient apportés ; ils s'embar* quèrent ensuite, avec lui et l'accompagnèrent jusqu'à bord du vaisseau amiral où flottait l'étendard royal. Tilancalqui lexaminait avec autant d'attention que leât Espagnols en mettaient à considérer ces nouveaux venns.

Fernan Cortez s'approcha de lui avec Tlndienne Marina , tfui lui avait été donnée ainsi que d'autres esclaves par les liahitants de PotODchan. Celle-ci leur demanda d où ils étaient. « Nous sommes de la grande ville de Mexico Tenuchtitlan. — Que venezvous faire ici ? — Nous venons simplement pour saluer le chef qui vous comraantle. » Quand Marina eut expliqué leur discours à Cortez , elle continua : « Comment s'appelle votre roi 7 — Mootezuma. — Pourquoi vous a-t-il envoyé ?■?— Pour savoir quel est le but de la venue de votre chef. -^ Il vient seulement pour rendre visite à votre roi Moctezuma. » Les Indiens dirent ensuite : « Expliquez à votre chef que notre roi nous a chargés de lui ofirir ce petit présent , et qu'il est prêt à lui re mettre son trône qu'il ne regarde que comme un

dépôt. • Us lui remirent en même temps les riches ▼éléments , les plumes précieuses et les bijoux d'or dont Moctezuma les avait chargés , et dont la vue remplit d'admiration Cortez et tous les Espagnols, qui se les passaient de main en main et ne pouvaient se lasser de les considérer. Les messa^^ers de Moctezuma ajoutèrent : « Nous avons aussi apporté pour le chef des vivres frais et d'excellent breuvage de cacao.» Marina répondit: « Il faut avant que le dieu y touche que vous en mangiez et que vous en buvie^ vous*méme. » Les Mexicains exécutèrent aussitôt cet ordre, ce que voyant les Espagnols , ils en mangèrent et en burent également sans hésitation ; car ils se réjouissaient boucoup d'avoir îles vivres frais. Quand ce repas fut terminé , Cortez dit à Marina : « Que ferai -je pour prouver à mes frères le plaisir que m'a fait leur présent ?» 11 leur donna donc quelques viandes salées et du vin dont ils burent tellement qu'ils s'enivrèrent. lis dirent ensuite à Marina qu'ils voulaient aller rendre compte à leur maître de la mission dont ils les avait chargés. Elle lui demanda son nom. I) répondit : «Tilancalqui. » « Eh bien ! dit Cortez , saluez votre maître de ma part , et dites-lui que dans huit jours je serai de retour et j'irai le visiter. »

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