CHAPITRE LXXVI
Bataille des Mexicains contre les habitants des trois villes 4e la côte , et gprande victoire quMls remportent.
Quand larmée mexicaine fut prête, Ahuilzotl prit son casque ou ichcahuipilli ei plaça sur ses épaules un manteau d'une éloiïe très- fine et richement brodée. D'une main iJ prit son bouclier et de r^utre son épée garnie de cailloux tranchants. Il portait la même devise qu'à l'ordinaire qui consis-. tait en un tambour doré , surmonté d'un bouquet de plumes. Ses cheveux étaient tressés avec un ruban ou malemecatl ; il avait aux pieds des jexipepetlactU ou bracelets de cuir doré; il était eii-> touré des principaux chefs Tlacatecall, Atlixcat^, TlacQchcalcatl, Tecocyahuacatl , Tezcocacatl, Nezhuajiuacatl , Tocuiltecatl, Arolnahuacatl , Tilancalqui, Cuauhnoctli, HuiLznahuatlailotlac, Chaichicuetepehua , Hueyteuctli, Tlacahuepan, Otomitl , Achcauch et Cachic. Devant lui marchaient II. 3
les Tequihuaques ^ les CuauhuehuetqueSy les Cuauh" chimes et les Otomies , ainsi nommés parce que c'étaient de vieux et vaillants guerriers , tous la figure et les cuisses teintes en noir pour se reconnaître entre eux ; le roi lui même s'était frotté d'une espèce de vernid teint en iiôir et semblable à de Tbuile que Ton nomme tecozahuHL Ahuitzotl recommanda fortement à ses capitaines de ne rien négliger pour encourager leurs soldats et d'entremêler soigneusement les vétérans avec les nouveaux guerriers. Les premiers ne devaient pas d'abor.d prendre part au combat , mais se réserver pour venir au secours de ceux de leurs compagnons qui seraient trop vivement pressé^par l'ennemi. L'armée fut ensuite rangée en ordre de bataille et tous les chefs prêtèrent le serment de mourir si leur roi succombait.
Le roi frappa ensuite d'une ba<^uette le petit tambour qui lui servait de devise et aussitôt tous les soldats frappèrent leur bouclier de leur épée , en faisant un tel bruit que les montagnes et les vallées en retentirent , ils s'élancèrent ensuite sur leurs ennemis qui bs reçurent en poussant de grands cris. Les Anahuacates qui iormaient le premier rang ou du moins ceux d'entre eux qui entendaient la langue mexicaine, disaient à haute voix : Guerriers de Tenucbtitïan , de Tezcuco, de Tacuba et de Xochimilco, vous ne reverrez plus votre patrie , vous allez tous mourir ici. Les Mexicains de leur côté criaient : En avant ! mettons tout à feu et à sang»
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voici la dernière vrctoire qui nous reste à remporter^ car nous afons soumis tous- les «'lulres pettijies. L'atUque des Mexicaine fut si vive qu'un grand nombre de chefs ennemis furent bientôt renversés et mis à mort par ceux des Mexicains qui formaient le second razkg: Les armes de6 guerriers de Lî côte étaient en généra] si riches que les Mexicains se hbtèrent de dépouiller tous ceux qui furent ren'versés ; elles étaient ornées de plumes appelées quelzalmanallt ; presque tous avaient pour devise sur leur bouclier une émeraude brillante , ronde comme un miroir, nommée œiuhtezcatL D'autres portaieht sur le derrière de leur armure àesjraeaz" qnil montés en or; ils avaient au nez des bijoux en émeraudes et en or i ceux du premier rang portaient pour arme un dard dont le bout était garni d'an caillou pointu. Ceux qui les suivaient portaient des calques en plumes qui imitaient la tête d'un oiséàu.
Quand les Mexicains eurent mis en découle l'armée ennemie, les femmes i-t les vieillards qùt étaient restés derrière se mirent »*i cri. r : Vaillants Mexicains, arrêtez votre fureur et ayez pitié des misérables habitants de la côleque vous ave£ vaincus. En enle&daDt ces cris, les Tequihuaques ordonnèrent à leurs guerriers de Cesser le carnage ; ceux - H s'assirent tous par terre pour éroulèr les propositions de leurs ennemis. Ahuilzotl leur adressa hi parole en » es termes : « Que demandez-voiis? je suis venu ici avec la résolution de ne pas laisser en
▼te un seul fies habitants <le la côte. » Ceux*ci lui , répliquèrent : • Seigneur* ayes un peu de pitié, nous
vous payerons un tribut de tout ce que nouspossé* fions , des chalchihuitl ^ des teoxihuiti et d'autres pierres précieuses de toutes les couleurs , de Tor , des plumes qui brillent des plus vives couleurs, des ! oiseaux rares tels quedes xiuhtototl , de^tlalquechof,
des tziniizcan , des zacuan , des cuirs tannés de I tigres y de lions, de loups et d'autres peaux bariolées
r de divers animaux sauvages et des pierres veinées
' de diverses nuances. »
\ En entendant ces offres brillantes , Ahuitzotl se
; tourna vers sessoldatsetleur dit : a Cela fstbon,car
^ voilà de quoi enrichir toute l'armée, ainsi nous
pouvons nous reposer.» Mais les chefs mexicains lui répondirent: «Cetle vengeance nous parait suffisante, car plus des trois< quarts de nos ennemis ont succombé , il faut en laisser quelques uns en vie afin ffu'un aussi riche pays puisse se repeupler.» Quelques Mexicains étaient si furieux, qu'ils voulaient encore attaquer l'ennemi , et que leurs chefs furent obligés de les repousser à coups de bâton.
Quand Ahuitzotl fut entré daiis la ville avec ses guerriers pour les reposer, il ordonna qu'on lui apportât Je premier )>ayement du tribut, parce qu'il voulait en j^sger. Les chefs vaincus se hâtèrent de lui apporter une quantité de pierres précieuses de toute espèce , ainsi que des grains d'ambre clair et laiteux, des teocuytlajrxciia amatl ou chasse-mouches précieux , dignes d'être offerts à des rois ( ils
étaient ornés d'une quantité de petites pierres |)récieuses qui jetaient beaucoup de feu ); des peaux^de tigres tannées et des oiseaux de toute espèce , oont les plumes brillaient des couleurs les plus vives. Âhuitzotl fil alors «ippeler les principaux chefs mexicains et leur dit, en leur montrant ces trésors: «Que pensez-vous de tout cela? «Les chefs lui répondirent: «Nous en sommes satisfaits. Maintenant que, par votre valeur, vous avez subjugué cette nation, pardonnez aux vieillards , aux femmes et aux enfants; rendez-leur les terres qui leur appartiennent, pourvu qu'ils vous payent exactement le tribut, et parta£(es ce que vous avez déjà reçu à chacun selon son mérite. •
Ahuitzotl choisit d'abord pour la part de Huitztlopochtli les émeraudes les plus belles et les plumes les plus brillantes , les insignes des chefs du pays, des bijoux d'or et des peaux de tigres. Il en donna autant au roi d'AcuIbuacan et à celui de Tacuba. Jl fut convenu que les vaincus en payeraient autant chaque année ; et l'armée victorieuse se mit en marche pour rentrer dans ses foyers. Ahuitzotl eut soin d'envoyer en avant , pour annoncer son succès » des messagers qui marchèrent jour et nuit. Quand ils furent arrivés à Mexico, ils allèrent trouver Cihuucoatl et lui dirent : «Seigneur, nous sommes chargés de t'annoncer que les grandes villes situées sur les bords de la vaste mer qui touche au ciel sont entièrement détruites : la moitié de leurs habitants * ont péri et les autres se sont reconnus vassaux de
l'empire mexirain. Ce dont les villea f|e Tehuantepec, Xqclulan, Amnxilati et TIaacilan , cette dernière était vassale d'Atlapetlahuacan. Ahuitzotl en a partagé le revenu en trois parts ; il a donné la première il notre dieu Huitzilipochtli , et les deux autres fi P^ezabualpilli et à Totoquihuatzin. « Cihuacoatl fît aussitôt servir un bon repas aux messagers et leur distribua de riches présents. Tl fit aussitôt appeler les vieux cbefs qui étaient restés à Mexico pour leur faire part de cette bonne nouvelle , et la fit annoncer aux habitants de Clialco, d'Izucar, de Tepe^ca» d'Acatlan , de Tepexic , de Tonalan , «Je Piaztla , de Huaxaca et aux 21«ipotèque$ de Coayxtiahuac, afin qu'ils préparassent les vivres et tout ce qui était nécessaire a la réception du roi Ahuitzotl et de son armée. Les messagers qu il chargea de cette mission étaient nommés Teuctlitlantin , lis portaient à la m;iin, comme symbole de leur autorité, un bâton et un chasse- mouche.
Aussitôt que les habitants de ces villes eurent reçu les ordres qu'ils étaient chargés de leur transmettre, ils se mirent en toute bâte à préparer des vivres. Avant d'y entrer, les messagers araient soin de se t( indre la figure et les mains pour montrer qu'ils venaient de loin et avec un ordre royal. Ils furent bien reçus p.irtout, et partout on leur donn^ des vivres , des armes et ffes vêtements pour la route. Quand ils furent de retour à Tenuchtitlan, Cihuacoatl les récompensa de leurs fatigues en leur distribuant de nouveaux présents. Il se montra également satisfait de ce qu'on leur en avait offert partout.