‹ Histoire du MexiqueChapitre 102 sur 115 · CHAPITRE XCVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCVII

Des messagers vont porter à Mocteioma la noovelle de la victoire remportée par son armée.

Les messagers arrivèrent à Tenuchtitlan. Moctezuma , Cihuacoatl et le sénat mexicain^ auxquels ils firent le récit de la rictoire qui venait d'être remportée, en éprouvèrent une grande joie , surtout en apprenant que Tututepeo était complètement détruite et que Ton avait dix-huit cents captifs , ainsi que la création des deux cents soixante nouveaux . tequihuaques ^ ce qui donnait de grandes espérances pour une future campagne dans lat^uelleils aspireraient à devenir cuachics et achcauhtzm. Modezuma fit donc distribuer à ces messagers des manteaux brodés. Le lendemain on apprit que Tarmée approchait de Tenuchtitlan. Les vieillards et les pré* très s'empressèrent d'aller au-devant d'elle dans la forme accoutumée. La grande place retentit du bruit des instruments quand les guerriers , suivis de leurs captifs, allèrent saluer l'idole de Huitzilopochtii, et que les derniers firent le tour du cuauhxicalli Mkt

lequel iU devaient èlre immolés. Quand cette cérémonie fut terminée , ils se rendirent au palais de Moctezuma et lui rendirent compte de la prise de Teotecpan ; les Tlalilolcas les suivirent. Après avoir adressé un long discours au roi , ils lui présentèrent les captifs qu'ils avaient faits. Moctezuma, satisfait de voir qu'ils avaient obéi à ses ordres, les reçut trèsbien , et leur ordonna de garder soigneusement leurs captifs jusqu'à ce qu*on en eût besoin , et de ne les laisser manquer de rien. Dorénavant les Tlatilolcas eurent la permission d'entrer au palais, mais ils ne laissèrent pas de payer comme auparavant leur tribut de chalchihuitl et autres pierres précieuses, et de plumes rares que leurs marchands allaient chercher sur les bords de la mer ; c'étaient surtout celles des oiseaux appelés xiuhtototl , tlauhquechol et tzinilzcantzacuan. Ils donnaient aussi de belles nattes et des sièges sculptés.

Les vieillards mexicains , qui étaient chargés de garder le compte des années , vinrent lai annoncer que le cycle de soixante-deux ans, nommé toxinmolpilli, était sur le point de finir, et qu'il ne s'en (allait plus que de quatre )Ours pour qu'il arrivAt une éclipse de soleil , époque à laquelle on allumait on feu nouveau en frottant deux morceaux de bois Tun contre l'aulre. Cette cérémonie avait lieu de nuit au sommet de la montagne de Xiuhxachtecatl , entre Iztacpalapan et Culhuacan. Quand on avait alloiaé le feu, la foule se précipitait au sommet de la montagne pour aller chercher des brandons, et le pre-

Inier qui arrivait à la ville allait porter le sien au temple de Huitxilipochtlî , où , comme nous l'avoiM dît plus haut» brûlait jour et nuit un énorme bûcher formé de troncs de chêne. Quand il s'éteignait, le prêtre qui était de service pour cette semaine était mis à mort. Les habitants d'Acuhuacan , deTacuba, de Chalco et de toutes les villes des bords du lac venaient également chercher le feu nouveau au sommet de cette montagne.

Le lendemain on y conduisit également en pro» cession tous les captifs que Ton avait faits sur les oAtes de la mer. Les tlamacazques ou prêtres s'y étaient déjà rendus « emportant quantité de copol blanc pour faire les fumigations , et des couteaux de cailloux tranchants pour ouvrir la poitrine aux misérables victimes. Ils y arrivèrent au milieu de la nuit. Après avoir allumé le feu nouveau au son de leurs trompettes de coquillage, ils immolèrent successivement tous les captifs, pendant que les habitants de toutes les villes voisines gravissaient la montagne pour venir chercher du feu nouveau ; de sorte qu'au lever de Taurore chaque ville en était fournie, et que tous les captifs étaient immolés. En mémoire de cet événement , on plaça au sommet de la montagne de Xiuhzachtecatl une pierre peinte qui existait encore lors de la conquête de la Nouvelle-Espagne. Ce fut Cortex qui la fit jeter en bas. C'était la troisième fois que cette cérémonie avait lieu , ce qui donne une période de 219 ans. \

A cette époque il seleva entre les habitants de

Tlazcallan ti €euï de HnezoUinco , relatÎTencot «uz limites de leur lerritoii^e du côté des montagnes, une querelle qui finit par une bataille rangée. Cctait à 1 époque des pluies du printemps, et lesTlaxcaltèques détruisirent toutes les cultures de leurs ennemis , car c'est le moment où le maïs commence à être en épis. Gela dura pendant quelques années , de sorte que les Huexotzincas sQuflrirent beaucoup de la famiue. Ils se décidèrent à envoyer à Mezico deuz chefs nommés Tecuan Ehuatl ( peau tie béte sauvage] et Nelpolli, En arrivant au palais , Ils demaudèrent aux gardes s'ils pouvaient être admis à parler à Moctezuma; celui-ci charmé de leur arrivée les admit immédiatement en sa présence. Ils loi adressèrent alors le discours suivant : « Mctlenamatzin, ou précieuse émeraude, nos chefs Tecuancihuatzin etTlachpanquizquenousont envoyés pour te dire que depuis bien longtemps nous avoos toujours refusé de faire alliance avec nos compatriotes les Mexicains , denous reconnaître vassaux de ta couronne et de payer un tribut au puissant dieu Huitzilopochtii » protecteur des Mexicains; mais mainlenant , voici que depuis deux ans les Tlazcsil* tèques viennent ravager nos champs et détruisent à la fois les fleurs et les fruits. La famine fait périr à la fois le vieillard , l'enfant et la femme qui porte à son sein son nourrisson ; c'est pourquoi nous venons te prier de nous recevoir en grâce et de nous admettre sous la protection du puissant Huitzilopochtli. »

Moctezutna leur répondit : « Soyez les bien-venus et allez vous reposer; car quoique je sois maintenant votre mattre et seigneur , je ne puis vous venir en aide sans avoir consulté les principaux chefs mexicains. Il chargea ensuite Cuauhnoctli de les conduire dans le palais destiné aux seigneurs mexicains y nommé Mixcoa Calitic. On les traita magnifiquement après leur avoir distribué des vêtements d'honneur, nommés tentecomayos. Quand Mocte** zuma eut réuni le sénat mexicain pour le consulter sur cette affaire , Cihuacoatl dit d*une voix résolue i n H est impossible de rien décider dans une affaire aussi importante sans convoquer les deux rois d'A* culhuacan et de Tacuba. » On les envoya donc cher*^ cher aussitôt par deux chefs mexicains , Teucala^* catl et Calmimilocatl. Aussitôt qu'ils furent arrivés, Moctezuma leur expliqua le sujet de l'ambassade que lui avaient envoyée ceux de Huexotzinco. Nizaliualpilli prit ensuite la parole et dit : « Seigneur , puisqu'ils sont venus se mettre sous notre protection , il me semble que nous ne devons pas les aban* donner. Il faut les recevoir à Tombre du grand arbre qui couvre tout l'empire de sa protection et ne pas les laisser périr par la famine ; car qui sait le sort qui nous est réservé dans l'avenir. Il faut donc renvoyer ces messagers en leur disant que vos entrailles paternelles se sont émues , que vous êtes prêt à recevoir leur nation sous votre protection , et que nous allons prendre les armes pour les dé-« fendre contre leurs ennemis, et pour empêcher

ceux-ci de ravager lueurs champs. • Tlatecatzin » roi des Tecpanèques, se leva ensuite et approuva fortement cet avis.

Moctezuma chargea alors Tlacochcalcatl de faire connaître aux envoyés de Huexotzioco la délibération qui avait été prise, et de leur donner dix guerriers mexicains pour les escorter jusqu'à la frontière. Il fit ordonner en même temps aux Chalcas de bien recevoir les messagers de Huexofzinco qui pourraient leur être envoyés. AussitAt que les deux grands chefs de Huexotzinco , Tecuancihuatl et Tlachpanquizqui eurent reçu cette nouvelle, ils prirent avec eux vingt de leurs guerriers et se rendirent à Chalco, où ils furent très -bien accueillis d'après Tordre qu'en avait donné Moctezuma. Le lendemain ils arrivèrent à Mexico avec deux autres chefs de leur nation , nommés Mauhtecoztli et Nelpilloni. Ils étaient suivis d'une telle quantité d'enfants, de vieillards et de femmes qui portaient leurs enfants sur leur dos , que cela faisait pitié à voir. Quand ils furent devant le temple de Huitzilipochtli, ils se prosternèrent en signe d'humiliation, et les chefs st tirèrent du sang de diverses parties du corps. Ils allèrent ensuite au palais de Moctezuma , qui était assis entre les deux rois de Tezcucoet de Tacuba et environné de tout le sénat mexicain : ils le saluèrent humblement en lui déclarant qu'ils se reconnaissaient vassaux de l'empire et qu'ils le priaient de les secourir contre les TIaxcaltèques qui depuis deux ans ravageaient leur territoire et qui les fai-

saient mourir de faim , ce dont il était facile de s'apercevoir en jetant simplement un coup d'œil sur Tétat misérable auquel ils étaient réduits, et dont ils ne pourraient sortir si les Mexicains , si renommés par leur vaillance dans tout l'univers , ne venaient à leur aide. Moctezuraa leur répondit : « Allez vous reposer et ne vous tourmentez pas, car vous êtes ici dans votre patrie. Les Mexicains iront vous délivrer comme vous le demandez , et vous remettront en possession de vos terres et de vos maisons.» On les conduisit en eflet dans un vaste édifice pour s'y reposer. On leur y fournit des vivres et tout ce dont ils pouvaient avoir besoin. Les trois rois s'occupèrent à réunir leur armée et après avoir examiné la route la meilleure h prendre pour rejoindre les Tlaxcaltèques, il fut décidé qu'on se dirigerait d^aborcl vers Chalco et qu'on les attendrait dans un endroit nommé Âtzalan TIarhichiquilco où camperait l'armée mexicaine.

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