‹ Histoire du MexiqueChapitre 14 sur 115 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

M axttatoD el les antres chefs de Cuyoacan , voyant que les Tecpanèques d*Atzcapatza]co ne sont pas disposés à recommencer la guerre pour se délivrer des Mexicains , demandent da secours aux habitants de Xochîmilco et de Guihuaca n .

Acolx^ahuticatletltzacualcatl, qui étaient les principaux chefs d'Atzcaputzalco » répondirent aux envoyés : a Fils et frères , nous communiquerons vos propositions à nos compatriotes ; revenez dans quelques jours chercher la réponse.» Les habitants du Cuyoacan , qui étaient décidés à attaquer les Mexicains , envoyèrent Zagancatl à Atzcaputzalco. Il renouvela sa proposition , en ajoutant que ses compatriotes avaient également fait proposer une alliance aux habitants de Culhuacan, de Xochimilco., de Chalcocutzlahuac ^ d'Aculbuacan et de Tezcuco. Acolnahuacatl , Itzacualcatl et Itlacuitlahuac lui répondirent : «Ecoute bien, Zagancatl,

ce (jue dit Maxtlaton ; ne sais-tu pas que les Mexicains nous ont traités en vaincus, et ne nous ont laissé ni une épée , ni un bouclier , ni un dard ? Ne serait-ce donc pas nous livrer sans défense à leur cruauté que de leur déclarer de nouveau la guerre? Voulez-vous que nous nous exposions à voir les Mexicains détruire nos temples'et se baigner dans le sang de nos pères , de nos femmes et de nos enfants, trancher leurs têtes , couper leurs corps en morceaux et leur arracher les entrailles? Ils prétendent même que les tigres et les aigles viendront les aider. Quand les habitants du Guyoacan qui recherchent notre alliance , nous ont vus en danger , pourquoi ne sont-ils pas venus à notre secours ? Que Maxtlaton et les siens fassent ce qu'il leur plaira ; quanta nous, nous ne voulons pas faire la guerre aux Mexic<iins dont nous nous sommes reconnus les sujets. AUez-vous-en sur-le-champ , et ne revenez plus nous faire des propositions de ce genre. »

Les envoyés retournèrent à Guyoacan et communiquèrent cette réponse h leurs compatriotes. Les principaux chefs dirent alors : « Hâtons-nous de fortifier tous les passages par lesquels les Mexicains peuvent pénétrer sur notre territoire, et mettons-y de nombreuses garnisons. » Cet avis fut approuvé et il se hâtèrent d'élever des retranchements à Tlachtenco, à Tlenamacoyan et à Temalacatitlan.

Quelques jours après , les femmes mexicaines se mirent en route , chargées de poissons , de grenouilles , d'itecahuilti, de tecuitlalay acatlexotin et

de canards, pour aller les vendre à Guyoacan. Les gardes que l'on avait placés dans les passages qui y contluisaient leur enlevèrent tout ce qu'elles portaient. Elles s'en retournèrent à Tenuchtitlan en pleurant et en gémissant de Toulrage qu'elles avaient souliert. Mais, malgré cela, cet aiFrontfut renou* velé plusieurs fois; et, pour l'éviter, les Mexicains leur défendirent de jamais retourner à Guyoacan. Maxtlaton et ses principaux chefs , voyant que les femmes mexicaines ne venaient plus au marché de Guyoacan , rassemblèrent les principaux chefs et leur dirent : • Frères , vous voyez que les Mexicaines ne viennent plus au marché ; c^est sans doute qu'elles sont irritées des offenses que nous leur avons faites. Préparons donc nos armes, nos boucliers, nos épées et nos macuahuitls; que les habitants de Xa* latlauhco nous fournissent des épées et des boucliers, et que les jeunes gens qui sont venus de cette ville se préparent à défendre les passages , car nous verrons bientôt arriver les Mexicains guidés par l'em- Uème de l'aigle et du tigre. ■

Les habitants de Guyoacan se hâtèrent d'expédier aux Ghichimèques d'Atlapulco et de Xalatlaohcodes ambassadeurs chargés de les supplier en ces termes : « Le roi Maxtlaton , Gi^excuex et toute la nation des Tecpanèques nous ont envoyés vers vous pour vous supplier de leur prêter le secours de vos épées , de vos boucliers et de vos vaillants jeunes gens qui ont acquis par leur courage le droit de porter la devise de l'aigle et du tigre, afin qu'ils

viennent défendre nos villages contre les atUques des Mexicains. » Le conseil se réunit» et après avoir délibéré sur cette proposition , il répondit aux envoyés ; « Retournez chez vous , car nous sommes bien résolus à ne vous fournir aucun secours contre les Mexicains qui ne nous ont offensés en rien. Allez-vous-en et ne revenez pas avec de pareilles

propositions. »

Quand les messagers eurent rendu cette réponse à Maxtlaton , à Cuexcuex et aux autres chefs j ils leur dirent d'aller se reposer et s écrièrent : ■ Qu'avons-nous besoin d'implorer le secours de nos voisins? Ne sommes-nous donc pas assez braves pour défendre seuls notre territoire ? Car , dans le cas le plus fâcheux , ils s'empareront de nos terres , mais nous défendrons au moins par la force de nos armes les femmes, les vieillards et les enfants. »

Cependant plusieurs jours s'écoulèrent sans que les femmes de Mexico parussent au marché de Cuyoacan , ni celles de Cuyoacan au marché de Mexico. Cuexcuex dit alors à Maxtlalon : « Seigneur, tout commerce est interrompu entre les deux villes, car les femmes n'osent plus aller de l'une à l'autre dans la crainte d'éprouver quelque affront. Il serait cependant à propos de savoir ce que font les Mexicains , s'ils ont établi des postes et s'ils se tiennent sur leurs gardes. » Maxtlaton lui répondit : « Prenez ces armes , ce bouclier et cette épée , rendez-vous secrètement à Temalacatitlan avec quelques guerriers , et ordonnez à quelques autres de vous suivre . »

Gaexcuex exécuta cet ordre , mais ii ne découvrit aucun mouvement chez les Mexicains , ni rien qui annonçât le moindre préparatif de guerre.

Quand il eut rapporté cette nouvelle à Maxtlaton , celui-ci , après avoir longtemps réfléchi , lui dit : • Je veux convier les Mexicains à un banquet et feindre faussement d'être leur ami , jusqu'à ce que nous ayons eu le temps de préparer nos armes pour aller les attaquer; car cette invitation calmera les soupçons qu'ils ont pu concevoir, i» — « Mais , dit Cuexcuex , ne serait-il pas mieux de profiter du moment où ils seront dans notre ville' désarmés et sans défiance , pour les massacrer tous ?» — « Non , répondit Maxtlaton , ce serait déshonorer notre patrie. D'ailleurs les Mexicains viendraient nous attaquer avec une nouvelle fureur et massacreraient jusqu'aux femmes et aux enfants. Il vaux mieux les attaquer courageusement en rase campagne , et les faire tomber sous nos coups jusqu'au dernier. »

Page 1