CHAPITRE XXVI
Suite de la guerre des Ghalcas. — Les principaux de celte nation sont faits prisonniers a?ec leurs femmes et leurs enfants.
Après le combat que j'ai raconté plus haut, les Chalcas étaient rentrés dans leur ville avec Tlacahuepan , deux autres chefs et vingt- trois guerriers, qu'ils avaient faits prisonniers. Les Mexicains, de leur câté, avaient emmené avec eux, à Tenuchtitlan , trois seigneurs principaux , fils de rois de Chalco, savoir : Teoquizque, fils du roi Quateotl, Tlahnacaxochitl et Huetzin qui étaient tombés entre leurs mains. Quand ils furent arrivés devant Moctezuma, ainsi que soixante guerriers chalcas , ils lui firent des propositions de paix , et lui représentèrent la manière dont avait fini la première et hi seconde guerre de Chalco. Cihuacoatl dit de son c6té à Moctezuma qui était assis sur son trône : « Vous voyez , seigneur , que nous sommes heureu-
sèment de retour dans notre ville de Tenuchtitlan Mexico Tolzalan Atzalan que protège le puissant dieu Huitzilopocbtii. Nous tenons les Cbalcas , ils sont complètement perdus , nous vous en rendrons bon compte, et nous nous emparerons de toutes leurs provinces. » Moctezuma répondit alors aux chefs cbalcas et mexicains : « Vous êtes les bienvenus. Allez et reposez-vous. » Il dit ensuite à Cibuacoatl et à Tlacaeltzin : a Mes frères , que pensez-vous de ce que proposent les cbefs de Gbaloo? L'approuvez-vous ou non? » Ceux-ci lui répondirent : c( Non , seigneur , nous ne pensons pas que vous deviez faire la paix et accorder la liberté aux seigneurs de Chalco; car c'est nous, Mexicains, qui avons commencé la guerre. T6t ou tard nous parviendrons à soumettre les Cbalcas ; si nous ne le pouvons par la force, nous y réussirons par la ruse. » Moctezuma leur dit également de re* tourner dans leurs maisons et de se reposer. Il donna ensuite des filles de quelques-uns des principaux seigneurs mexicains pour femmes à Teoquizque , à Tlabuacaxocbitl et à Huetzin, en leur disant que c'éuit pour faire honneur à eux , à leur £a-> mille et à leur race, et en les exhortant à vivre en paix et en joie. Il ajouta qu'il leur permettait d'aller et de venir jusqu'à la fin de la guerre; mais qu'il les engageait à prendre garde qu'il ne leur arrivât auisun accident.
Les chefs mexicains retournèrent à la guerre de Chalco , et quand ils furent arrivés à Cocoti-
tlan, où était campée leur armée^ ils tfc préparèrent aussilAt à recommencer les hostilités. Apercevant les capitaines Tlacochcalcatl et Tlacatecatl , ils leur dirent : « Frères meiicains , nous Toici arrivés sur le théâtre de notre triomphe; ces montagnes retentiront bientôt de nos chants d'allégresse et de Yicloire, à la plus grande gloire de notre patrie Mexico Tenuchtitlan. Nous venons nous exposer joyeusement à la mort, mais du moins que notre sacrifice ne soit pas perdu; et, si nous devons mourir, que ce ne soit pas sans vengeance; que chacun de nous attaque corps à corps les plus vaillants capitaines et lés plus grands seigneurs de Cbalco. •
Aussitôt les Mexicains chargèrent avec un bruit épouvantable de cornets , de tambours et de trompettes , les Chalcas qui leur criaient : « Vous venez bien tard; il y a longtemps que nous vous attendons. » Le combat s'engagea avec une égale fureur de part et d'autre. Bientôt deux des principaux che£i çhalcas , Tenamasquiquil et Aztacoatl Heuhuecanecatl , tombèrent entre les maios des Mexicains. Cihuacoatl , Tlacaeltzin , Tzompantzin , CuaufacoatI , Nepcoatl, Gahualtain. Eyxcuetlantoc, Metatzin, Xiconoc, Cuauhtzitzimitl , Cihuacoatl, Tlahueloc , TIacochton . Tlazolteutl , Temitzin , Cuaubtzin et d'autres vaillants Mexicains saisirent et firent prisonniers un grand nombre de chefs en* nemis, et poursuivirent les Chalcas jusque sur le versant du grand volcan nommé Cuauhtechac ; ils
longèrent les montagnes couvertes de neige et arrivërent au pas de course jusqu'aux limites de Huexotzinco. Gihuaeoatldit alorsàTlacaeltzin : « Seigneur, que faites-vous? rappelez les Chalcas qui vont encore nous échapper ; quant à leurs femmes et à leurs enfants , ils sont déjà char^^és de chaînes ou sous bonne garde. Tlacaeitzin cria alors aux Chalcas qui entraient déjà dans Huexotzinco. € Retournez survos pas , notre colère est apaisée. » Les Chalcas s'arrêtèrent alors , mais c'est à peine si la moitié avait survécu. Quelques-uns avaient déjà pénétré dans Huexotzinco; mais Zangatecutli qui y commandait les renvoya. Les Chalcas abattus s'écrièrent : « Seigneurs mexicains, épargnez-nous, et nous serons vos serviteurs ; nous vous apporterons du bois pour construire vos maisons , puisque nous habitons au milieu des forêts, et nous vous fournirons des pierres creuses pour vos canaux. Nous vous abandonnerons tout notre territoire jusqu'à Tecbco pour vous le partaiçer ; enfin nous vous servirons et nous vous obéirons en toute chose. » TIacatecatI leur dit alors : • Réfléchissez bien , Chalcas , à quoi vous vous engagez , et ne venez pas dire un jour que vous n^avez pas fait de semblables promesses ou que nous les avons obtenues par astuce ou par fraude. » Les Chalcas répondirent : « Nous ne ferons jamais pareille chose, car nous avons employé contre vous toute notre force et toute notre valeur , et cependant nous n'avons jamais pu l'emporter. Voilà treize ans que nos affaires vont toujours de mal en pire « et
qne notre ville de Chalco se ruine. Dès aujourd'hui nous allons prendre nos coussins de charge, nos cordes et nos caxcatles. »
Les Mexicains s'en retournèrent donc triomphants avec leurs prisonniers, et les principaux chefs allèrent saluer le roi Moctezuma dans son palais , où ils entrèrent en pompeux appareil , menant devant eux leurs captifs qui étaient très-nombreux. Moctezuma dit alors à Tlacaeltzin et à GihuacoatI : « Désignez-moi les guerriers qui sesontle plus distingués dans cette guerre , afin que je leur perce les oreilles; je percerai également le nez à ceux qui ont fait des prisonniers sur les Chalcas. » GihuacoatI répondit que » comme il avait été témoin de tout ce qui s'était passé, il allait lui désigner de la main les Mexicains les plus braves « qui , à l'avenir , marcheraient les premiers dans les danses . les chants et les areitos , ornés de devises et de plumes précieuses. Quand cela fut terminé, on s'occupa à répartir les terres qui avaient été conquises sur les Chalcas. La première part fut donnée au roi Moctezuma et la seconde à GihuacoatI ; quant à Tlacaeltzin , on lui donna Aztahuacan, Acaquilcan, Tlapitzahuayan , TIapechnacan , et la cinquième partie des terres de Cocotitlan, Ahuatepan, Huejocotla, Tepopolan. On en distribua ensuite successivement à tous les Mexicains selon leur mérite, et Ton posa des bornes pour distinguer la propriété de chacun. Telle fut la manière dont les Ghalcas furent vaincus et réduits
tn vasselage.