‹ Histoire du MexiqueChapitre 71 sur 115 · CHAPITRE LXVr · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVr

De la réception qai fat faite è Ahuitiotl après la conquête

de Coextlan.

Gihuacoati reçut avec une grande joie les messagers qui lui apportèrent la nouvelle de cette victoire. Il les envoya se reposer après les avoir récom pensés, etfil ensuite appeler les vieillards, auxquels il ordonna de réunir la population des quatre quartiers qui composaient la ville de Tenucfatillan pour aller au-devant des vainqueurs. Il donna également Vordie aux ilamacazques^ ou prêtres , de leur préparer une brillante réception. Il fit placer au sommet du temple de Huitzilopochtli une quantité de gardes avec des trompettes et des tambours , ainsi que sur le toit de Tancien palais des rois , nommé calmecatl, et y fit allumer de grands feux. Il envoya le grand calpixque PetlacatI dans tous les autres temples avec Tordre de tout préparer pour fêter les vainqueurs. On éleva dans un endroitnommé Huixa-

iiilan des huttes de branchage (pie Ton orna des fleurs les plus brillantes et les plus parfumées. Ce fut là quon recul Tarmce victorieuse avec les cérémonies que nous avons déjà décrites plusieurs fois. Elle entra ensuite dans Mexico*

Ahuilzotl alla, suivi de tous les chefs de l'armée, adorer Huitzilopocfatli dans son temple, et «e retira ensuite dans son palais de Calmecatl. Les cuacuacuiltch^ ou serviteurs du temple de Huitzilopocfatli, le portaient , ainsi que Gihuacoatl , dans une riche litière. Ce dernier , quoiqu'il fût alors Agé de plus de cent vingt ans , était venu au-devant de lui pour l'embrasser et le serrer dans ses bras ; derrière les Htières marchaient les vieillards en costume de ciiachimec. Leurs cheveux étaient tresses, leurs figures ainsi que leurs lèvres élaient teintes en noir, et ils portaient à la main des bâtons de voyageurs; ik étaient suivis par les calpixques et les achcautxin de chaque quartier. Ce fut dans un endroit nomme Popotlan qu'ils rencontrèrent les captifs que l'on amenait. Les cuauhuehuequesles encensèrent avec du copal, et leur dirent : « Fils du soleil, du temps, de la terre et de l'uir , sovez les bienvenus dans Is capitale de Tempire. u

Les pauvres prisonniers, ainsi que leurs femmes et leurs enfants, commencèrent alors à pousser des cris lamentables, qu'ils tiraient du fond du gosier et qui imitaient ceux des perroquets, ou toznenez^ de leur pays. Quand ils furent arrivés aux pieds de b statue de Huitzilopocfatli, ils se prosternèrent de-

Tadt elle et lui baisèrent les piects comme on le leur arait ordonné ; ils firent ensuite le tour du cuauhxicatti, en commençant par les cdtés nommés Tsompatitlan et Atemalicatitlan. Ils traversèrent ensuite la grande place qui était décorée de feuillage et de fleurs, et allèrent saluer Cibuacoatl , auquel ils dirent |>ar le moyen des interprètes qu'ils étaient Tenus pour le servir et pour mourir en l'honneur de Huitzilopochtli. Cibuacoatl leur répliqua : « Cuextecas , soyez les bienvenus et reposez* vous. • Il leur fit ensuite servir un splendide repas et distribuer des fleurs et fies parfums ; il leur distribua également des raantfaui nommés ecacozcayo , et fit donner des vêlements aux femmes et aux enfants. Cibuacoatl fit ensuite appeler les catpixques et ordonna à cbacun d'entre eux de se cbarger d'un Cuexteca et de sa femme, et de les bien traiter.

Quelques jours après Abuitzotl dit à Cibuacoatl : « Il me semble , seigneur , que le temps est venu de terminerle temple de Huitzilopocbtli ; puisque nous avons réuni tout ce qu'il faut pour cela. » Cibuacoatl lui répondit : « Prions d'abord les dieux de vouloir bien permettre que ce temple auquel ont travaillé tant de vos prédécesseurs soit terminé par vous. » Cibuacoatl fit ensuite appeler les calpix^ qmes, et leur demanda s'ils avaient dans leurs magasins assez de vêtements pour en distribuer à tous les étrangers qui viendraient assister à la fête. Ceuxci lui ayant répondu que le produit des tributs s'amassait depuis deux ans, il envoya aussitôt des mes-

sagers pour convier les rois d*Aculhuacan , de Tacuba et tous les grands vassaux de l'empire.

On plaça autour de HuitzilopoclitU l'image des autres dieux nommés tzitzimimes ; ils avaient sur le front un miroir brillant. On y plaça également l'image de Goyotxauh , sœur de Huitzilopocfatli , qui avait peuplé le Mechoacan , comme on Ta vu ao commencement de cette relation , quand j*ai ra> conté comment les ancêtres des Mexicains vinrent de Ghicomoztoc ou les sept cavernes. On y plaça aussi les images de Mexitin , de Cbaneque , de Petlacon tziquique , celui qui supporte le trône du Seigneur^ de Tzobuitznabuaque , de Huitzitzilnahuatl et de Coatopil ; elles étaient sculptées en pierre, portaient des boucliers et entouraient le sanctuaire. Cibuacoatl dit alors à Âhuitzotl : « lime semble, seigneur» qu'il serait bien d envoyer des messagen pouf convoquer également les chefs des Chinampanecas, de Cufliuacan, de Cuitlabuac, de Mizquic, de Gbalco, de Xochimilco, de Nanhteuctli , de Coatla* tzinco ou Coatlapan , fie Xocotitlan , de Mazahoacan , de Xipilco , de Cuahuacan , de Chiapan , àt Xilotepec, de Matlalzinco^ deTzinacantepec, deCalimayan, deTlacotepec, de Tepemaxalco , de Tepemaxalco, de Teutenanco , de Xoqui tzinco , de Xocbibuacan , de Goatepec, de Gopoloac et tous cem qui dépendent de Matlaltzinco. Il fit venir Tiacatecatl , et lui dit : « Appelez vos frères Tlacocfacalcatl, Tiçocyahuacatl , Tocuitecatl et Tilancaiqui, et dites-leur d'aller convoquer tous les chefs pour

assister à Ki fêle, de leur dire en même lemps de payer exactement les tributs qu'ils doivent. »

Bientôt on vit arriver les chefs de l'epeaca, Cuaubtinchtin, TecêiUzinco, Acaltzinco, OztotitipaC; Tecamacfaalco et Quechol.ic. Ils amenaient lèsesclaves qu'ils devaient payer en iribut. Ceux ci étaient presque tous natifs de TIaxcallan , et répétaient en pleurant : « Nous allons «à Tenucbtitlan poury mourir et pour être sacrifiés à Huitzilopochtli. ^ Ces Tlaxcaltèques étaient presque tons des otomites de Tecoac qui passaient pour les plus vaillants. Les messagers passèrent ensuite à Acapetia* buacan, qui s'empressa d'envoyer son tribut, lequel consistait également en esclaves , puis à Cbalco et à Atlatauhain, qui s'empressèrent également d obéir. Quand les envoyés furent de retour à Mexico ils annoncèrent que les chefs des vingt-huit villes où ils s'étaient rendus allaient envoyer les tributs dont elles étaient redevables, ce qui faisait en tout plus de deux miUe esclaves. Cette nouvelle remplit de joie les cruels sujets d Ahuitzotl et de Cihuacoatl ; les messagers qui s'étaient rendus du côté de Malinalco et de Meztitlan , et qui avaient visité trente-deux villes, rapportèrent la même réponse. On apporta des montagnes dépendantes de Mexico, qui sont situées du côté de Cbalco, de Xorhimilco, de Cuyoacan , de Tacuba et d'AcuIhuacan , un million de charges de résine qui sert à éclairer, et quatre mil«» lions de charges de bois et de charbon , cinquante

raille fanèques de maïs, vin^t mille de fèves , et en-

fia des dindons , des canards , des quexolomes , des cailles, des lapins, des lièvres, des poules sauvages , des pigeons ramiers, des cerfs, des tigres et des lions vivants.

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