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M HISTOIRE DO MBIiQUE.
organisa une « Assemblée instituante, » composée de membres du congrès, au nombre de quarante^cinq et de buit suppléants, choisis parmi toutes lés provinces. Cette assemblée devait se borner à former une nouvelle convocatoria, et à n'exercer des fonctions législatives qu'en cas d'urgence. Cette mesure reçut l'approbation générale.
A la suite de ce coup d'État, l'empire redevint tranquille et le gouvernement s'occupa de développer la prospérité publique et de s'emparer du fort dé S. Juan d'Uloa qui restait encore entre les mains des Espagnols et commandait la ville de Vera-Cruz. Malheureusement, Iturbide n'était point à la hauteur de la situation. Pour créer un empire le lendemain d'une révolution, il faut plus que du talent et de l'à-propos, il faât un esprit pratique, un génie organisateur, une énergie exceptionnelle; sans ces trois qualités, toujours rares à trouver réunies dans le même individu, le trône chancelle bien vite et s'écroule en brisant le souverain que les circonstances avaient fait roi, saris en avoir reçu les dons par la nature. La nouvelle administration était très dispendieuse, et pourtant l'État ne percevait aucune rente fixe pour payer les membres et les employés de la cour. Les finances n'étant point régularisées, Iturbide manquait d*argent pour satisfaire les besoins publics et les ambitions privées. Les rentes qui formaient les principaux revenus du Mexique avaient considérablement diminué pendant la guerre de l'insurrection, tandis que les dépenses augmentaient. Le commerce était paralysé autant par les événements de la Péninsule que par l'incertitude de la situation politique dans laquelle se trouvait la Nouvelle Espagne. Les Espagnole, mécontents de l'indépendance, abandonnaient le pays, emmenant avec eux leurs immenses capitaux, leurs familles et leurs serviteurs. Les mines, ruinées par la révolution et le manque de capitaux, ne rapportaient plus rien au trésor. Les bourbonniens et les anciens insurgés, un peu délaissés par l'empereur, furent travaillés par les sociétés secrètes pour les convertir en ennemis du pouvoir actuel. Tous ceux qui avaient pris
tes titres de généraux, de colonels, d'officiers, d'intendants, les députés, ceux qui avaient souffert dans leurs biens, sous te régime espagnol, les blessés, en un mot, la moitié de la nation demandait des places ou des secours. Le trésor, sans ressource, ne payait personne, la solde de Tarmée même était très arriérée. L'empire chancelait de tous les côtés.
Santa-Anna commandait alors la province de Yera^Cruz» sous les ordres d*Echevarri qui en était capitaine général. Tous deux avaient des instructions particulières relativement à la prise de S. Juan dTloa. Quelque jalousie s'éleva entre ces deux chefs au sujet de leur autorité respective. Des plaintes portées par Echevarri, la députation provinciale et d'autres personnages contre Santa-Ânna, décidèrent l'empereur à lui retirer son commandement; néanmoins à cause de sa bravoure et des services rendus, il lui donna la croix de l'ordre de la Guadalupe et le grade de brigadier général. Les républicains, qui devenaient nombreux, grâce à l'active propagande des agents des États-Unis, profitèrent du mécontentement de Santa-Anna et flattèrent habilement son amour-propre et son patriotisme, en l'appelant le «Washington mexicain, » pour le décider à proclamer la république. II revint à Vera-Gruz, où la perte de son commandement n'était pas encore connue, flatta les officiers de l'espoir d'obtenir de l'avancement, abusa la garnison par ses promesses et proclama la république, le i décembre 1822. ' Santa Anna , secondé par Guadalupe Victoria, Vicente Querrero et Nicolas Bravo, intimida les villes voisines d'AIvarado et d'Antigua, attaqua Jalapa, mais il fut battu et dut se renfermer dans la place de Yera-Gruz. Quoique Echevarri eût reçu de l'empereur les preuves de la plus grande amitié, quoiqu'il eût l'ordre d'attaquer Santa-Anna, il mit tant de lenteur et de mollesse dans le siège qu'il dura jusqu'au 1^ février 1823, époque où la convention de Gasa- Mata fut conclue entre les assiégeants et les assiégés, pour te rétablissement du congrès. Echevarri était un Espagnol étevé par Iturbide du rang de capitaine à celui de général,
chevalier de Guadalupe, aide de camp de Tempereur et capitaine général des provinces de Puebla, Oajaca et Vera- Cruz; il le destinait à former un des anneaux de la chaîne fraternelle quMl voulait établir entre les Espagnols et les Mexicains. Dès qu'il eut lieu de soupçonner la fidélité d'Echevarri, il eût dû prendre le commandement de l'armée, afin de ne pas mettre le gouvernement à la merci de quelques brouillons ambitieux ; mais il commit la faute irréparable, — si commune aux souverains, — d'avoir trop de confiance dans ceux qu'il avait comblés de faveurs. Sa confiance lui coûta cher. Echevarri entra en correspondance avec le gouverneur de Vera-Cruz, oublia son ressentiment contre Santa-Anna, se rallia à son opinion et capitula avec lui, lorsqu'il avait des forces considérablement supérieures à celles du chef insurgé. Le !•' février 1823, les oflSciers supérieurs des deux troupes firent une convention au quartier général de la Casa -Mata, sous prétexte de réunir le congrès, mais en réalité pour renverser l'empire. Parmi les signataires de cette convention figuraient Anastasio Bustamante. Manuel Gutierrez, Jean Arago, Gortaza, etc.
Les révoltés tombèrent comme un torrent sur les provinces de Vera-Cruz et de Puebla. Vivanco qui commandait à Puebla, par intérim, se réunit aux rebelles. Iturbide, dans le dessein de les réduire à l'obéissance sans recourir à la force, va prendre position entre le corps d'armée des insurgés et Mexico. L'assemblée instituante avait, dès le 8 décembre, rédigé la convocatoria pour un nouveau congrès. Les commissaires envoyés par l'empereur aux rebelles fixèrent avec eux des limites aux troupes des deux côtés et stipulèrent qu'elles resteraient dans leurs lignes respectives jusqu'à ce que la représentation nationale pût s'assembler et décider la question pendante entre les partis, qui se soumettaient à sa décision. Lorsqu'un gouvernement, au lieu de combattre des insurgés, parlemente avec eux, il est jugé, il est perdu. La trahison de Negrete et de Moran vint bientôt prouver à l'empereur que les nouveaux pouvoirs ne se
fondent pas avec des familiers, des amis du lendemain qui ne savent que précipiter leurs maîtres et leurs bienfaiteurs dans des catastrophes au fond desquelles ils ont un secret infaillible pour les enterrer à tout jamais ; les empires se fondent avec de l'audace, de Ténergie, et non pas avec des idées, des sentiments et de la faiblesse. Les deux généraux Negrete et Moran quittèrent la table de l'empereur, avec lequel ils jouaient tous les soirs, pour aller se joindre aux insurgés. Aveugles instruments du parti écossais, ils coopérèrent tous les deux à kt chute de l'empire pour obéir aux résolutions de la grande loge écossaise.
Cinquante -huit députés, parmi lesquels on remarquait tous ceux qui avaient été incarcérés depuis le 36 août 1822, jusqu'au 15 mars 1823, date de leur mise en libe^, se réunirent en congrès. Cette réunion, illégale h plusieurs titres, l'était surtout par le nombre insuffisant de ses membres. Mais la volonté des vainqueurs obligea Iturbide de lui restituer l'exercice de ses fonctions. L'empire n'existait plus. José del Yalle, ancien député, conspirateur, ayant donné des preuves de son républicanisme devant le congrès, fut tiré de prison pour prendre le portefeuille des affaires étrangères. Les rebelles avaient envoyé des émissaires dans les provinces pour les engager à se prononcer en faveur de l'acte de Casa-Mata; plusieurs députations provinciales y adhérèrent, tout en manifestant la résolution de respecter la personne de l'empereur. Celui-ci n'avait jamais reçu une piastre des revenus assignés à ses fonctions par la première assemblée des notables, et, depuis son élévation au trône, il recevait à peine de quoi subvenir strictement à sa dépense. L'empereur, dégoûté de tant d'ingratitude et craignant d'être la cause de nouveaux malheurs, abdiqua le 20 mars, remit entre les mains de José del Valle l'acte de son abdication et une lettre par laquelle il exposait l'historique de son administration, les sacrifices qu'il savait faire en acceptant le trône qui devait lui faire perdre et son repos et l'amour de ses concitoyens; il ajoutait que s'il avait différé son abdica-
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tion c'est qu'il attendait la réunion du congrès, seule autorité à laquelle il devait confier ie pouvoir exécutif.
José del Valle, après avoir lu ces documents, dit, au nom d'Iturbide, que « Fempereur demandait à se retirer à l'étranger pour éviter les persécutions, les soupçons et les révolutions qui pourraient se faire soit en son nom, soit à cause de lui. Que n'ayant reçu qu'une très petite partie des sommes qu'il devait recevoir, comme chef du pouvoir, il avait dû contracter des dettes pour une somme de cent cinquante mille piastres, et engager son honneur pour les acquitter, ce qui lui faisait espérer que la nation les paierait. » Le congrus promit de payer et lui fit une pension annuelle de vingtcinq mille piastres pour aller vivre en Italie. Le jour fixé pour son^épart de Mexico, le peuple voulut l'empêcher de partir, et quand Vivanco harangua les troupes, elles répon* dirent par le cri de : — « Vive Augustin I«'. » — Le 11 mars 1823, une garde d'honneur l'accompagna à Antigua où l'exempereur s'embarqua pour Livourne.
Dès ce jour on vit le Mexique tendre à « détruire tout le vieux, à essayer tout le nouveau, » selon l'expression du colonel de la Colina ; il s'enfonça sans hésitation, quoique avec regret, dans le sombre inconnu des révolutions ; il se crut subitement capable de réaliser les rêves les plus chimériques, et dans cette illusion il échafauda, non sans effort, sur les ruines de la monarchie aztèque, espagnole et mexicaine, une république qui devint bientôt un fléau pour le pa^'s, une ignominie pour la civilisation. « Avec Iturbide, dit Suarez Navarro, on perdit pour toujours l'unique espérance qui existait alors, de contenir les ambitions personnelles... Sur Santa-Anna pesait une immense responsabilité; sur lui devaient tomber les malédictions des futures générations... Les efforts du parti écossais pour faire trouver dans les provinces un écho au cri do Vera-Gruz, étaient notoires ; ceux des Espagnols pour nous diviser et nous précipiter dans l'abtme, étaient palpables. Comment détruire la prépondérance d'une faction parfaitement organisée? Gomment
* FRfiMIEH EttriRE. 6»
lui arracher le pouvoir sMpréme tombé entre ses mains par la révolution et par Tabdication de l'empereur? Comment saliver et réaliser les principes républicains invoqués par ie mouvement du 2 décembre ?» La situation était en effet assez difficile et permit de prévoir l'anarchie qui devait désormais passer à Tordre du jour au Mexique.
Le 31 mai 18!23, le congrès nomma provisoirement un triumvirat, composé des généraux Victoria, Bravo et Negrete, ayant le pouvoir exécutif; le 21 juiljet, Mariano Michelena, Miguel Dominguez et Vicente Guerrero furent nommés suppléants; les ministres étaient Lucas Alamao aux affaires étrangères ; Pablo de la LIave, à la justice; Joaquin Herrera, à la guerre ; Francisco Arillaga, aux finances. Juan Guzman, Ignacio Esteva et Manuel Mier y Teran remplacèrent plus tard trois des ministres élus. Ce pouvoir exécutif dura jusqu'au 10 octobre 1824. Le général SantR- Ânna, envoyé à S. Luis Potosi pour contenir les iturbidistes qui pouvaient s'opposer à l'exécution de l'acte de 1^ Casa- Mata, se prononça le B juin pour obliger le gouvernement à reconnaître l'indépendance des provinces, et le congrès à lancer sa cQnvocatoiia pour la nouvelle assemblée. Le g novembre 1823, le second congrès constituant s'installa, sous la présidence du docteur D. Miguel Guridi y Alcocer, et commença ses travaux constitutifs, se divisant dès ce moment en deux partis bien tranchés : les centralistes et les fédéralistes.
Une fois promulgué nul le décret qui avait élevé Iturbide au trône, et traître celui qui chercherait à le rétablir,- il est évident que la république devenait indispensable et qu'il ne fallait plus songer au plan d'Iguala. Les Bourbonniens et les écossais demandaient une république centrale ; les anciens insurgés, les républicains et les iturbidistes se rangèrent du côté de la fédération, proclamée en principe dans le pronuîiciamiento de S. Luis Potosi. L'armée ne formait pas encore de faction ; chaque chef avait ses opinions particulières ; ainsi, Bravo, Negrete et Moran étaient centralistes ; Busta-
mante, Burragan, Guerrero et Quintanar étaient fédéralistes; les avocats, tous de ce dernier parti. Le Jâlisco et le Yucatan se déclarèrent États souverains; les autres provinces suivirent bientôt cet exemple. Le congrès général fut dépouillé de ses facultés législatives par les députations et les municipalités provinciales; on l'appela « Congrès convoquant, » au lieu de « Congrès constituant. » Les députés, oubliant qu'ils avaient juré de « former la constitution de la nation mexicaine sur les bases fondamentales du plan d'Iguala, c'est à dire avec une monarchie étrangère, » se constituèrent en permanence pour organiser le Mexique sous la forme républicaine. Le congrès dut se décider, malgré lui, à faire une loi nouvelle pour les élections, conforme à celle des Cortès d'Espagne qui concédait le droit de suffrage à tous les citoyens jouissant de leurs droits politiques. Néanmoins, il restait dans une situation étrange de nullité, les provinces ne voulant plus reconnaître son autorité.
Le principe fédéral envahit peu à peu 4es populations. Malheureusement, la constitution de 1824, étant inspirée par des idées antifédérales, laissa la porte ouverte à toutes les exigences des partis que l'enthousiasme, d'un côté, et la peur de l'autre, auraient pu contenir dans les limites de la légalité. Naturellement, les idées nouvelles débordant de toutes parts les législateurs improvisés par la révolution, les titres de noblesse furent abolis, les blasons arrachés, les tribunaux spéciaux supprimés. Le principe démocratique s'épanouissait, mais comme il est difficile de détruire en un jour les habitudes de trois siècles, les éléments monarchiques subsistèrent, et, plus tard, ils firent une guerre acharnée aux républicains, non seulement à la tribune et dans la presse, mais encore sur les champs de bataille. En attendant, les finances étant nulles, on dut recourir à des emprunts étrangers qui ruinèrent le trésor et détruisirent le crédit.
Tel est le tableau que présentait le Mexique en 1823 et en 1824, c'est celuiqu'il nous présentera désormais jusqu'en
1867, avec des teintes devenant plus sombres de jour en jour. Tout cela est fort naturel, fort logique. Un peuple ne change jamais impunément son ancienne forme de gouvernement contre une nouvelle, sans d'épouvantables catastrophes. Je ne blâme pas ce changement, il peut être légitime, nécessaire même; mais je constate un fait. Notre révolution de 89 fit tomber un roi sur l'échafaud et noya la France dans des ruisseaux de sang, avant qu'elle se régularisât sous la main puissante de Napoléon. Au Mexique, la révolution de 1810 a ruiné, ensanglanté le pays depuis cinquante-huit ans, et a coûté la vie à deux empereurs. L'instabilité du pouvoir suprême a fait naître lanarchie entrecoupée de servitude ; elle a ouvert Tarëne à toutes les ambitions; elle a mis en ébullition toutes les convoitises et toutes les chimères, en alarme tous les intérêts, la société constitutionnellement sens dessus dessous, et l'a livrée comme une place démantelée au premier venu. Passant de la forme fédérative à la forme unitaire, le Mexique a parcouru le cercle entier des combinaisons républicaines, variant avec une convulsive rapidité ses présidents, ses dictateurs et ses législations; il n'a pas su s'arrêter sur la pente fatale de sa déchéance qui pourrait bien se terminer par la perte de son existence politique.
Pour expliquer les événements qui se sont déroulés depuis 1810, jusqu'en 1867, il faut bien comprendre quelle était la situation du Mexique en 1834. Il s'était affranchi de ses maîtres et de son libérateur, il profita de sa liberté pour devenir l'esclave d'une oligarchie prétentieuse, ignorante et sans patriotisme. Les Mexicains de cette époque expliquent eux-mêmes cette aberration par un aveu dont ils auraient dû profiter. « Dans notre organisation sociale, dit l'un d'eux qui a joué un grand rôle politique dans son pays, avec la lutte des idées anciennes contre les modernes, et la ténacité avec laquelle nous avons voulu accomplir le régime colonial et les formules constitutionnelles d'un pays libre et civilisé, on trouve la source de toutes nos erreurs, ainsi que dans la
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versatilité avec laquelle nous avons fait toutes ces transitions honteuses de certains principes aux principes diamétralement contraires.
a Qu'était le peuple mexicain, politiquement parlant» à l'époque de son indépendance? Un être avili, submergé dans la stupidité, sans aucune notion de gouvernement... Il est un fait indubitable... c est qu'il n'existait aucun élément pour que, par les seuls efforts de l'opinion publique, une cause pût triompher, aussi sainte, aussi juste, aussi libérale qu'elle fût. La majorité des Mexicains ignorait et beaucoup ignorent encore quels sont leurs devoirs politique et social; ils ignorent leurs droits, leurs lois et toutes les théories sanctionnées par le siècle... Notre nationalité étant née d'une émeute, il est naturel que les émeutes et la force armée soient devenues par la suite l'arbitre des destinées d'un peuple sans éducation civile d'aucune sorte. y>
Tandis que le Mexique et les colonies espagnoles s'organisaient aussi pitoyablement avec la forme républicaine, la France envahissait l'Espagne pour sauver la monarchie dûs mains de la révolution. La guerre d'Espagne formait Une partie du programme réellement français que M. de Cbateaubriant espérait réaliser au congrès de Vérone. Dans ce programme se trouvait la solution des affaires américaines. Le duc de Wellington voulait la reconnaissance pure et simple de l'indépendance des colonies espagnoles, sollicitée par le commerce britannique. M. de Chateaubriant lui répondit qu'il serait préférable « une mesure générale, prise en commun par les divers cabinets de l'Europe, qui pourrait ménager à la fois les intérêts de l'Espagne, ceux de ses colonies et ceux des nations européennes, concilier les droits de la légitimité et les nécessités de la politique. » Ce qui se pas* sait à cette époque dans les cabinets de l'Europe, concernant la question hispano-américaine, nous prouve combien cette question avait déjà d'importance, pour les intérêts européens, aux yeux des esprits clairvoyants.
La guerre d'Espagne terminée, il convenait d'aborder im-
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médiatement la question des colonies espagnoles, a Je voudrais, disait alors H. de Chateaubriant , tivre assez pour voir... la réunion de l'Église grecque et de TËglise latine, Taffranchissement de la Grèce, la création de monarchies bourbonniennes dans te nouveau monde, et le juste accroissement de nos frontières. » Gela n'était point facile. Le roi d'Espagne, replongé dans les mains de sa domesticité, regimbait le premier; les calamités, trop méritées, d'où l'avait tiré la France, ne l'avaient pas corrigé ; infatué de lui-même, caressant ses chimères rétrogrades, n'écoutant aucun conseil, ne comprenant aucune leçon, il considérait comme une offense à sa dignité l'arbitrage de l'Europe entre la Péninsule et ses colonies ; pourtant, la veille, enfermé à Gadix, il ne rougissait pas de signer le décret des Gortès sanctionnant l'érection de Buenos-Ayres en république. La France comptait sur la peur et l'intérêt pour faire agir Ferdinand VU. Le duc d'Angoulême, avant de le laisser entrer à Madrid, insista fortement pour que le roi, qu'il venait de sauver, accordât un gouvernement convenable à ses peuples et qu'il envoyât un infant comme souverain du Mexique. Le roi répondit qu'il verrait!
Il était pourtant très urgent de se presser à transiger avec les colonies, pour ne pas les perdre entièrement. Avec leur légitime amour de l'indépendance, toutes avaient conservé le goût de la monarchie. On l'a vu au Mexique par le plan d'Iguala et l'avènement d'Iturbide; en Golombie, Bolivar luimême, ce héros sympathique, nese dissimulant pas l'insuffisance de ses compatriotes pour supporter le régime républicain, désirait la fondation d'un empire qu'il eût déféré de préférence à un Bourbon français; les provinces Argentines n'âvaient-elles pas également exprimé le vœu, en 1819, d'avoir un duc d'Orléans pour souverain? Les débuts des nouvelles républiques furent si malheureux qu'il n'eût pas été difficile pour l'Europe alliée de fonder des monarchies bourbonniennes, indépendantes et constitutionnelles dans toutes ces colonies qui les avaient demandées dès le com-
mencement de leurs révolutions. Mais contre cette transac* tion s'élevaient l'incroyable nullité de Ferdinand VU et le mauvais vouloir de l'Angleterre.
Le commerce britannique avait fait de très bonnes affaires ,avec la chute de l'Espagne en Amérique; il s'était jeté sur ces contrées, si longtemps fermées par la prévoyance étroite du conseil des Indes ; en peu d'années il les avait couvertes de produits anglais, d*agents de toute nature, de compagnies affectées à toutes les destinations possibles. Les emprunts effectués par les colonies émancipées aux capitalistes de Londres, de Liverpool, de Manchester s'élevaient déjà au chiffre de 833,450,000 francs, somme énorme qui donnait aux préteurs une hypothèque sur le nouveau monde. L'Angleterre, dont les grands intérêts politiques ont toujours fléchi devant ses petits profits, ses devoirs d*honneur, ne voulait pas renoncer k celte anarchie lucrative perpétuée par la forme républicaine des colonies espagnoles. Aussi, au mois d'octobre 1823, M. Canning annonçait-il à l'ambassadeur de France, M. de Polignac, que dans un acte prochain, la Grande Bretagne reconnaîtrait purement et simplement les nouvelles républiques.
M. de Chateaubriant , comprenant les conséquences d'une pareille détermination, s'empressa de demander à Ferdinand VII un décret proclamant la liberté de commerce avec les colonies insurgées. Ce point était des plus essentiels, car l'Angleterre , pour motiver sa reconnaissance des républiques espagnoles, mettait en avant les inconvénients du provisoire, les dommages causés à ses nationaux par l'absence d'officiers diplomatiques régulièrement accrédités. La liberté du commerce promulguée, tout prétexte lui était enlevé, car elle pouvait nommer des consuls où bon lui semblait et elle se condamnait, en persistant dans ses résolutions, à faire un éclat qui devait l'isoler en Europe. Tout donnait à prévoir qu'elle reculerait devant une telle situation; n'était-elle pas encore gouvernée par les tories, ayant le respect superstitieux des alliances continentales? On dut
employer la force, la ruse et la meaace pour décider Ferdinand VII à signer ce décret qui jeta l'Âûgleterre dans un complet "désarroi. Pour se venger, elle ne voulut prendre part à aucun projet de médiation inspiré par la France. Dans ses lettres confidentielles au principal de nos plénipotentiaires au congrès de Vérone, M. de Villële donne les bases suivantes de ce projet. « Les cinq grandes puissances, dit-il, s'engageraient préalablement à ne réclamer aucun avantage spécial dans leurs rapports commerciaux avec les nouveaux Ëtats d'Amérique ; les métropoles elles-mêmes s'imposeraient la même réserve, et, la première, la France en donnerait l'exemple en traitant avec la république d'Haïti, moyennant une indemnité pour nos colons. Cette déclaration faite, les grandes puissances proposeraient à l'Espagne un compromis aux termes duquel ses possessions coloniales lui seraient garanties là où sa domination était demeurée entière; des infants seraient placés comme rois, là où, comme au Mexique , ce mode de transaction était possible, etc. »
Le 6 novembre 1823, M. de Ghateaubriant écrivait au prince de Polignac : — « Si l'Angleterre précipite trop la question, si elle se décide, malgré les protestations de l'Espagne et le sentiment des cours alliées, à reconnaître l'indépendance des colonies espagnoles, les choses n'iront pas aussi facilement ; nous pourrons gêner le pavillon de ses colonies , y soutenir le parti royaliste ; et enfin si l'Angleterre nous poussait à bout, nous n'avons pas encore évacué Cadix, Barcelone et la Corogne. Ceci, prince, est pour vous seul, et pour vous faire comprendre que, sans manquer aux convenances et à la mesure diplomatique, vous pouvez parler d'un ton forme à M. Canning. »
Cette fermeté en imposa aux ministres anglais, et les choses en restèrent dans cette situation jusqu'au printemps de 1824, époque à laquelle on eût pu croire que la solution désirée se réaliserait. Du côté de l'Espagne et des puissances continentales, les plus gros empêchements étaient levés.
En Amérique, les vices des institutions républicaines, appliquées à des populations monarchiques, se trahissaient de plus en plus dans les souffrances des peuples. Tandis que les soldats de Ferdinand VU occupaient encore le fort de S. Juan d'Uloa, Iturbide préparait son retour au Mexique. Le gouvernement britannique en était venu h ne plus repousser rétablissement d'un înEaat sur le trône mexicain. L'ombre croissante des Ëtats-Unis lui donnait à réfléchir. La chute de M. de Ghateaubriant, arrivée le 6 juin 1824, renversa son édifice si laborieusement construit ; les monarchies bourbonniennes furent abandonnées, l'Espagne relomba dans son absolutisme, la république allait triompher partout sur le continent américain jet enrichir les marchands de l'Angleterre et des États-Unis.
Iturbide s'ennuyait dans sa résidence à Livourne, il passa dans la Grande Bretagne. Influencé par ses compatriotes qui lui adressaient de pressantes sollicitations pour revenir au Mexique, il s'embarqua le 11 mai pour Soto-la-Harina, ignorant le décret du 8 avril 1834, lancé par le congrès mexicain qui le mettait hors la loi. Il arriva le 14 juillet en vue du port. Un de ses aides de camp, nommé Benesky, fut envoyé au général La Garza, commandant de la province, pour obtmîr une autorisation de. débarquement. Benesky révéla la présence d'Iturbide à bord du navire. A cette nouvelle, le général accorda de suite l'autorisation demandée. A peine débarqué, Iturbide est reconnu, entouré, tratné dans la prison de Soto-la-Marina.. Un instant après, l'alcade se pr^ente à lui, envoyé par La Garza, lui lit le décret du 8 avril, et lui dit qu'il n'a plus que trois hcuves à vivre! Il reçut ce coup avec sang-froid, déclara que venu seul avec sa famille, il n'apportait aucune disposition hostile contre la république, et, La Garza ayant refusé de l'entendre, il lui fit remettre une lettre, dans laquelle il exposait les motifs de sa conduite, avec prière de l'envoyer au congrès de Tamaulipas. Il pria ensuite le général de permettre à son chapelain, resté à bord, de venir lui rendre les derniers secours de son
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ministère. La Garza, ému de compassion, effrayé, peut-ôtre, de la responsabilflé qui allait peser lui, suspendit Texéoution. En «ce moment, le congrès siégeait à Padilla : il lui Teaâit compte de la capture dlturbide et vint prendre son prisonnier pour le conduire dans cette ville. En route, pour honorer celui qu'il conduisait à la mort, il lui remit le cornmi^ndement des soldats qui le gardaient.
La lettre de La Garza avait jeté la consternation dans le congrès, car les termes du décret étaient précis. Les dépotés, effrayés par le nom, les antécédents, les services rendus de celui qu'ils devaient condamner, cherchèrent dans la Tuite un moyen d'échapper à cette responsabilité. Six seulement restent, s'érigent en tribunal et décident l'exécution immé* dîate; ils maintiennent la fatale sentence de mort en présence d'Iturbide et de La Garza qui font valoir l'ignorance de la proscription lorsque Tex-empereur partit de TAngloterre. Â six heures do soir, Iturbide prévint lui-môme le détachement qui le gardait, que l'heure de l'exécution était venue. Arrivé au lieu du supplice, il confia au prêtre qui raccompagnait, pour le remettre à son fils aîné, le rosaire qu'il portait au cou, et une lettre pour sa femme. Il fit distriboer ensuite à la troupe l'or qu'il avait dans sa bourse, puis s'adressant à la foule émue, il s'écria d'une voix ferme qu'on put entendre de toute la place :
« Mexicains 1 au moment de mourir , je vous recommande l'amour de la patrie et l'observance de notre sainte religion : c'est elle qui doit vous conduire à la gloire ; je meurs pour être venu à votre aide; et je meurs content parce que je meurs parmi vous !
« Je meurs avee honneur et non comme un traître ; je ne laisserai pas cette tache à mes enfants et à la postérité !
c< Non, je ne suis pas un traître! Gardez la subordination et prêtez obéissance à vos chefs 1 en exécutant leurs ordres accomplissez la volonté de Dieu ! Mes paroles ne sont point inspirées par la vanité : Je suis loin d'en avoir, adieu ! »
Ayant dit ces mots, il commanda à l'adjudant Gastillo de
faire feu et tomba frappé de cinq balles. Il fut enterré, sans aucune solennité, dans le cimetière de Padilla. Ainsi périt Iturbide, à Tâge de quarante ans, sans laisser de regrets derrière lui, après avoir été l'objet de Tenthousiasme le plus frénétique; mais, dans ce lugubre drame appelé Thistoire des révolutions mexicaines, on verra bien d'autres cbutes et bien d'aytres contrastes, non moins incompréhensibles, non moins tristes et qui en font une perpétuelle insulte à la raison et au bon sens.
Les espérances des monarchistes mexicains tombèrent avec l'homme qu'ils avaient sacrifié à leurs ambitions, à leurs rancunes personnelles. Le clergé, les Espagnols, le haut commerce d^urent vivement regretter leur conduite inconcevable envers l'homme qUi les rattachait à la mère patrie; mais, à l'exemple de la cour d'Espagne, ils ne savaient rien oublier; ils ne surent rien apprendre. En voulant imiter leurs voisins des États-Unis, plutôt par ineptie, par haine contre les chefs qui tentaient de régulariser l'indépendance et la consolider par des institutions conformes aux mœurs nationales, que par goût, ils apprirent bientôt que leurs modèles deviendraient des maîtres. En effet, dès l'année 1823, le président Monroe, dans son message, affecte de prendre le Mexique en tutelle. Résolu à donner une protection, qu'on ne demandait pas, aux États nouvellement indépendants, par un manifeste solennel, le président Monroe proclama dans ce message une nouvelle politique d'intervention dont voici les principaux passages :
c( Les citoyens des États-Unis nourrissent les sentiments les meilleurs pour la liberté et le bonheur de leurs semblables de l'autre côté de l'Atlantique... C'est seulement lorsque nos droits sont attaqués ou sérieusement menacés que nous nous sentons blessés et que nous nous préparons à nous défendre. Les événements qui se passent dans notre hémisphère nous touchent plus immédiatement, par des raisons qui se présentent d'elles-mêmes à tout observateur éclairé et iippartial
« En conséquence, c'est un hommage que nous devons à la vérité et à notre désir de continuer nos relations amicales avec les puissances alliées, de déclarer que nous considérerions comme dangereux pour notre repos et pour notre sûreté toute tentative qu'elles feraient dans le but d'étendre leur système à une portion quelconque de cet hémisphère. Nous nous sommes abstenu^ d'intervenir dans les t^olonies ou dépendances réelles des différents États européens, et nous ferons de même à l'avenir, mais pour ce qui concerne les États qui ont proclamé et fait prévaloir leur existence indépendante, et dont après pleine considération, et conformément à de justes principes, nous avons reconnu l'indépendance, nous ne pourrions regarder que comme une manifestation de sentiments hostiles aux États- Unis toute intervention qui aurait pour objet de les opprimer ou d'en contrôler, de quelque manière que ce fût, les destinées. Pendant la lutte qui a eu lieu entre ces nouveaux gouvernements et l'Espagne, nous nous sommes déclarés neutres; au moment même où nous les reconnaissions, nous avons observé la neutralité, et nous y persistons, pourvu qu'il ne se produise aucun changement qui, dans l'opinion des pouvoirs constituant notre gouvernement, soit de nature à rendre indispensable à la sécurité des États-Unis un changement correspondant de notre part. »
Cette doctrine, on le voit, n'est qu'une déclaration courageuse de protection en faveur des jeunes républiques américaines, mais elle n'interdisait nullement l'établissement du système monarchique aux colonies espagnoles. En effet, les États-Unis reconnurent la monarchie d'Iturbide au Mexique, et celle de la maison de Bragance au Brésil; la doctrine Monroe ne défendait que l'indépendance des nouveaux États, menacée par l'Espagne et compromise par les projets révélés au congrès de Vérone. Néanmoins, il était facile de comprendre que les États-Unis voulaient spéculer sur l'anarchie des nouvelles républiques, pour en tirer, à l'exemple de la Grande-Bretagne, d'abord des profits commerciaux, ensuite