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26t HISTOIRE DU MEXIQUE.
mexicaine, avait demandé au président de lui donner le titre de colonel. Santa- Anna trouvait que c'était trop demander d'une seule fois, il lui offrit de le faire capitaine, avec promesse de lui donner un avancement régulier aussi rapide que possible. Le comte refusa , et par dépit se mit en relation avec Alvarez , Walker et les flibustiers étrangers dans rintention de faire de la Sonora un État indépendant du Mexique.
Tandis qu'Alvarez et le comte Raousset causaient ainsi des embarras sérieux au gouvernement, le traité de Mesilla lui suscitait de graves ennemis. Je me suis laissé dire, par les personnages les plus autorisés du Mexique, que Santa- Anna avait hérité de cette question et que seulement le besoin d'argent la lui fit conclure, contrairement à ses principes et à tous les actes politiques de sa vie passée. Du reste, après le traité de Guadalupe-Hidalgo , qui donnait le Nouveau-Mexique aux Etats-Unis, la cession de la vallée de Mesilla m'a paru fort peu importante; mais les ennemis de Santa-Anna, en ayant fait une fort grosse affaire, je dois en parler ici.
Un jour, de sa propre autorité, M. Lane, gouverneur du Nouveau-Mexique, déclara solennellement le territoire de Mesilla partie intégrante des États-Unis , bien qu'il fût possédé de fait par le Mexique, sous le prétexte qu'il avait été compris dans la cession déterminée par le traité de Guadalupe. A cet acte étrange, M. Angel Prias répondit, au nom du gouvernement de Mexico, par une énergique protestation. Le point de droit à la possession de Mesilla était au moins douteux; toutefois, le cabinet de Washington donna l'ordre d'occuper militairement la vallée; il envoya le général Gar-^ land à la tête d'un corps de troupes nombreux, accompagné d'un commissaire civil, M. Meriwether. La questioa fut même agitée, à Washington, de savoir si la Basse-Californie et la Sonora ne devaient pas subir légalement le sort de la Mesilla. Le gouvernement de Mexico s'émut à juste titre de telles prétentions. M.Galdwin, aussitôt envoyé auprès de lui.
DICTATURE SGS
le calma par l'offre d'une indemnité pécuniaire de quinze millions de piastres. Le général Almonte, alors ministre plénipotentiaire à Washington , engagea son gouvernement à céder, parce que la cession de la Mesilla entamait très peu le territoire national et se trouvait dans un pays désert à Fextrémité septentrionale de la république , et que Tindemnité mettrait à même le gouvernement de faii^ face aux nécessités du pays sans recourir à des mesures extraordinaires.
Une première convention fut conclue entre les délégués américains et mexicains, mais le sénat de Washington la modifia. Une lettre de M. Landeroy Gos, administrateur des douanes, donne à ce sujet des détails intéressants. — a Matamoros, 30 mars 1854. — Le traité de la Mesilla, malgré la formidable opposition du Sénat, sera sans doute approuvé, avec quelques modifications. L'opposition, ou pour mieux dire, le parxi de la guerre, disait que si l'on n'obtenait pas la désapprobation du traité, il mettrait de telles entraves à son exécution que notre gouvernement ne percevrait l'argent qu'après un certain temps, dans l'espérance que la révolution qui s'annonçait se développerait et pourrait renverser Tordre actuel des choses, notre gouvernement ne pouvant plus se soutenir faute de finances.
c< Parmi les modifications proposées par M. Pierce au traité, il y en a une qui inspire peu de confiance, parce qu'elle tend évidemment à protéger les flibustiers. Telle est l'annulation du dernier article- par lequel les parties contractantes se compromettent à empêcher par la force armée les expéditions d'aventuriers sur leurs territoires respectifs.
ce Le désir qu'ont les Américains en général de s'annexer le Mexique, en tout ou partie, ainsi que l'tle de Cuba, s'augmente à présent par l'espérance de le faire sans coup férir à cause de la guerre générale en Europe, de la révolution qui se lève en Espagne pour détrôner la reine et de nos guerres intestines... Il paraît certain que les intérêts commerciaux protègent dans le sud l'invasion de Raousset. On dit aussi que des mouvements vont avoir lieu sur la frontière du Rio*
Bravo et. que Prias commandera celui du Ghihuahua. — Laudero y Cos. »
ce Le traité de la Mesilla, écrivait M. Arrangoiz, le 3 mai, de la Nouvelle-Orléans, a été approuvé le 3 avril avec quelques modifications. Personne ne connaît au juste ses clauses; mais je pense que les suivantes en font plus ou moins partie. — Diminution du territoire, et la somme — à payer — sera de dix millions de piastres. Adoption des propositions du sénateur Bell, en faveur du contrat, — mot illisible. Dérogation de l'article 11 du traité de Guadalupe. Quant à celui des cinq millions d'indemnité on Ta rejeté, et ceci peut laisser la porte ouverte à de nouvelles réclamations. » Je ne sais^â M. Arrangoiz, en parlant de ces indemnités, fait allusion au contrat primitif ou bien à des indemnités à payer à des Américains résidant au Mexique. Bref, le traité de la Mesilla fut signé le 30 septembre 1853, et ratifié à Washington le 30 juin 1854. L'article 3 de ce traité dit : « Les États- Unis s'engagent à payer dix millions de piastres, dont trois millions le jour de la signature et sept millions à l'échange de la ratification. »
Santa-Anna, apprenant que le général Almonte possédait la traite de sept millions de piastres stipulées par la convention, oublia tout ce que ce ministre avait souffert avec lui et pour lui, depuis son emprisonnement au Texas en 1836, et envoya précipitamment M. Arrangoiz à Washington retirer des mains de M. Almonte les sept millions qui lui avaient été remis. Santa-Anna, pour justifier cet acte de méfiance, prétexta que ses ennemis poussaient M. Almonte à se servir de cet argent pour se faire nommer président de la république. Le passé de ce général et sa conduite toujours franche et loyale auraient dû prouver à Santa-Ânna qu'une pareille ambition ne pouvait venir à l'esprit de son ministre et ami. Dans une brochure publiée en 1855 contre le président et dont je n'ai pu contrôler l'exactitude, on voit des détails étonnants sur l'emploi de cette somme qui aurait été dépensée, d'après l'auteur anonyme de cet écrit, en soixante et dix
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jours. Quoi qu'il en soit, M. Arrangoîz reçut Tordre d'aller de la Nouvelle-Orléans, où se trouvait son consulat, à Washington sans perdre un instant, de voyager de jour et de nuit, de retirer la traite des «mains de M. Almonte et de placer l'argent chez les banquiers les plus sûrs afin de le retirer aussitôt, au fur et à mesure des ordres de payement qui lui seraient expédiés.
M. Arrangoiz arriva à dix heures du soir chez le représentant du Mexique qui le pria d'attendre au lendemain pour lui remettre la traite. Le lendemain il reçut la traite, plaça les fonds, en dépensa la plus grande partie en quelques jours et se paya lui-même, à titre de commission, une somme de soixante-huit mille trois cent quatre-vingt-dix-huit piastres cinquante sept cents, soit plus de trois cent quaranle-deux mille francs. M. Arrangoiz, en s*attribuant cette somme que le général Almonte n'avait pas voulu prendre par délicatesse, dit qu'il n'avait pris qu'une goutte d'eau, tandis que la maison Lizardi s'était fait donner trois millions six cent mille piastres, — soit plus de dix-huit millions de francs — pour ses opérations financières, à titre également de commission, et que par conséquent il avait été très réservé dans ses prétentions. Son plaidoyer lui fit donner le sobriquet de — Gota de Agua, — goutte d'eau. Santa-Anna avait réellement la main malheureuse dans le chgix de ses hommes de confiance, il avait oublié que M. Arrangoiz, envoyé par Parédës à la Havane, avec le titre de consul pour préparer les voies à la monarchie espagnole, était un homme d'affaires, avant tout. Plus tard, on retrouve ce même personnage à Miramar avec le titre de grand ofiicier de N. D. de Guada* lupe. Nommé ministre plénipotentiaire à Londres par l'em* pereur Maximilien, on le voit ensuite répondre officiellement à Sa Majesté une lettre insultante dans laquelle il disait que l'empereur « avait trompé tous les conservateurs, qu'il n'avait tenu aucune de ses promesses faites à Miramar, et qu'il ne voulait plus servir un homme sur la parole duquel on ne pouvait pas compter. »
266 HISTOIRE DU MBIIQUB.
L'affaire de la Mesilla, d'après les documents que je possède, me parait plutôt une affaire malheureuse, au point de vue de la morale des intéressés, des agents et des contractants, que grave, au point de vue historique et national; aussi, je me borne à citer les traits les plus saillants, sans prononcer de jugement sur les hommes qui ont joué un rôle quelconque dans cette affaire, et sur le fait en lui-même. Du reste, la révolution nouvelle qui se préparait au Mexique absorbait plus les esprits que remploi des millions de la Mesilla, millions dont profitèrent très peu les troupes éloignées de la capitale. Le gouvernement exilait dans l'iatérieur ou au dehors de la république la plupart des brouillons qui conspiraient contre lui, mais ces mesures rigoureuses ne servaient qu'à précipiter les événements, en augmentant le nombre des révolutionnaires. Il eût été plus adroit, plus politique et plus honnête de réformer l'administration, de la moraliser et de détruire les abus du pouvoir que d'exiler ceux qui ne pouvaient avoir leur part de bénéfice dans le maniement des deniers de l'État , et le désiraient ardemment.
Le général Parrodi, gouverneur de San-Luis Potosi, écrivait de cette ville, le 27 avril 1854, à ce sujet : — « Je ne puis m'empêcher de dire que Gardena me paraît aussi insignifiant que le plus ipisérable démagogue. J'en ai dans ce département plusieurs d*un plus gros calibre que celui-ci et je les regarde avec dédain, parce que agir autrement c*est leur donner une importance qu'ils acquièrent par l'exil et la prison. Parlant en général des efforts des scélérats pour renverser l'ordre, nous devons être persuadés que tant que vivra notre président, ils ne retireront aucun fruit, aucun résultat sinon le ridicule. » — L'auréole de la persécution n'est jamais ridicule, lors même que la persécution est légitime ; c'est aux gouvernements à ne pas agir de manière à ce que cette auréole passe sur le front de leurs ennemis. Santa-Ànna s'irritait devant l'opposition qu'il rencontrait à faire respecter les lois; il ne voyait pas que le respect des
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lois étant incompatible avec Timmoralité des gouvernants et des gouvernés, il devenait inutile de sévir contre les ambitieux, si Ton ne voulait pas sévir contre les vices.
... « Relativement aux anarchistes, écrivait-il au mois de juin, aux chefs de corps d'armée, je n'ai rien à dire, parce que la loi du 1^ août de l'année dernière contre les conspirateurs règle la manière de vous conduire avec ces délinquants. L'idée du gouvernement est de châtier exemplairement ces délits, et l'on doit passer de suite par les armes tous ceux qui seront pris les armes en main... Le gouvernement, fort de l'appui que lui prête l'opinion saine des populations, marche plein de confiance à l'entreprise qui lui a été confiée et ne se retirera qu'après l'avoir fait réussir. > Ses lettres des mois de juin et juillet révèlent une grande lassitude d'esprit. En présence des menées révolutionnaires des Américains et des Mexicains, son courage faiblit; le dépit lui fait ordonner de fusiller dans les vingt-quatre heures ceux qui tombent sous la loi du l*'' août, mais il se borne à des mesures militaires pour étouffer la révolution, au lieu de prendre des mesures administratives et politiques pour la prévenir et l'empêcher d'éclater. L'argent de la Mesilla se dépensait on ne sait comment; les troupes de la garnison de Mexico en absorbaient une grande partie pour leur magnifique équipement et leur entretien ; celles de l'intérieur n'étant pas payées se débandaient; les généraux se plaignaient, restaient sans soldats et se trouvaient désarmés devant la révolution qui marchait à grands pas. Voici ce qu'écrivait à ce sujet le général Ampudia, gouverneur du Nuevo-Leon, le 11 juin 1884, au général Woll, gouverneur du Tamaulipas.
« Mon cher ami et compagnon. — Par la communication ofiicieile que je t'envoie, tu te convaincras de tout ce que j'ai manifesté au gouvernement suprême, relativement à la position dans laquelle on nous laisse, moi dans ce département et toi sur cette frontière. Mais, comme elle n'est pas sufiSsante pour t'informer de tout, je t'envoie la présente.
n% HISTOIRE BU HniQUE.
« Je n*ai pas un écu, pas un soldat, et le gouvernemeal suprême ne me donne pas môme Tespërance de m'envoyer de l'argent, lorsqu'il serait d'une nécessité absolue de veiller ki d'une manière suffisante et de t'envoyer au moins miJle hommes bien payés et bien équipés, parce que tu es sur le cratère d'un volcan, si l'on ajoute foi aux nouvelles funestes gui courent ici. Outre ce que je te dis d'office, sois persuadé que tu as déjà cette garnison minée, et que les révolutionnaires comptent sur la misère à laquelle tu es réduit, autant que sur Tabondance de leurs ressources.
(c Voilà bien des années que le thermomètre des révolutions se trouve parmi nous; ses oscillations viennent du mouvement de cette frontière. Pour moi, la cause de ce mouvement est dans la paralysie ou Tactivité de ses opérations commerciales. Quand la paralysie a lieu, beaucoup espèrent et beaucoup craignent. — Pedro Ampudia.»
Santa-Auna, en voyant les difficultés que tous les vrais patriotes et lui-même rencontraient pour pacifier le pays et l'organiser sous le régime républicain, se convertit de bonne foi au système monarchique. Il pactisa avec les principaux chefs de ce parti et résolut de donner suite au projet de Parédès. Convaincu que la monarchie était le seul gouverne» ment qui convenait à l'état social du Mexique, et que la cou** ronne conférée à un Mexicain n'avait aucune probabilité de durée, il voulut Toffirir à un prince étranger, espérant que l'Europe appuierait son candidat. A cet effet, il délégua ses pleins pouvoirs à M. Gutierrez de Estrada, pour obtenir l'assentiment des cabinets de Londres, de Paris, de Madrid et de Vienne. Sa lettre de créance, datée du 1^' juillet 1854, est ainsi conçue :
« Antonio Lopez de Santa-Anna, bien mérité de la patrie, général de division, grand-maître dti l'ordre national deGuadalupe, chevalier grand-croix de Charles III, président de la république mexicaine, à tous ceux qui verront les présentes, salut :
c< Investi par la nation mexicaine des pouvoirs nécessai-
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res pour constituer le pays sous la forme du gouvernement que je jugerais la plus convenable pour assurer l'intégrité du territoire et Tindépendance nationale sur les bases les plus avantageuses et les plus durables, conformément aux pouvoirs discrétionnaires *dont je suis revêtu, et, considérant q\x*aucun gouvernement ne convient mieux à la nation que celui ^i pendant plusieurs siècles à formé son état social ;
<c En conséquence, afin d'atteindre ce but; confiant dans le patriotisme, les lumières et le zèle de M. José Maria Gutierrez de Estrada, je lui confère, par les présentes, tous les pouvoirs nécessaires, afin qu'il puisse entamer des négociations et faire des ofi*res nécessaires près des cours de Lon« dres, Paris, Madrid et Vienne, afin d'obtenir de ces divers gouvernements ou de quelqu'un d*entre eux, leur concours pour rétablissement d'une monarchie avec un membre des fomilles régnantes, dans les termes et conditions spécifiés dans des instructions spéciales.
« En foi de quoi j'ai fait expédier les présentes, signées dama main, scellées du sceau de la nation et contre-signées par le ministre des afTaires étrangères, pour demeurer secrètes. Au Palais national, le 1'''' juillet mil huit cent cinquante^quatre... — A. L. de Santa-Anna. »
Il parait que des ouvertures furent faites également au ca* binel de Washington, touchant le projet de relever le trône du Mexique au profit d'un prince européen, car M. Clay répondit alors à l'envoyé mexicain cette phrase devenue historique : — « Il importe peu aux États-Unis que votre pays soit gouvetnépar telle ou telle forme de gouvernement; c*est une affaire intérieure qui l'intéresse seul et ne nous regarde point. » En effet, à cette époque, la guerre du sud n'avait pas encore altéré la constitution des États-Unis, et le gouvernement n*avait pas eu besoin, pour soutenir sa politique de reconstruction, de distraire l'attention des représentants radicaux, en leur parlant de la doctrine Monroe, sous un jour tout à fait étranger à cette doctrine, car M. Monroe À'était borné à vouloir garantir l'indépendance des colo-
nies espagnoles et portugaises, et ne songeait nullement à leur interdire l'établissement du système monarchique.
La conversion de Santa-Anna au parti monarchiste semble antérieure à renvoi de M. Gutierrez, en Europe, à la recherche d'un souverain, car j'ai lu dans une correspondance américaine, en 1854, que lors de la dernière révolution du parti progressiste à Madrid, on avait découvert au palais de la reine Christine, un dossier sur lequel était écrit:
— « Correspondance de Mexico. » Ce dossier fut remis à M. Soulé, ministre des États-Unis, à Madrid, qui l'envoya à Washington. On y trouva une convention relative au trône du Mexique qui (levait être fondé par Santa-Anna, puis occupé par un prince européen, dont le nom n'a jamais été connu et qu'on supposait être espagnol. Dans ce but, les ministres mexicains accrédités auprès des cours européennes devaient se réunir à Bruxelles, afin de s'entendre sur les garanties et les secours que les puissances devaient donner à Santa-Anna pour appuyer son projet. Mais la situation du Mexique et les événements politiques qui se préparaient en Europe firent accueillir avec assez de froideur l'idée d'une intervention armée dans le nouveau monde. La monarchie mexicaine resta à l'état du projet; M. Gutierrez de Estrada fut bien reçu des ministres et des souverains auxquels il parla de la nécessité de cette intervention au point de vue des intérêts européens, mais on en remit l'exécution à des temps meilleurs. — « On verra plus tard, » lui répondit-on partout.
Santa-Anna*découragé, réduit à ses propres ressources, dut bientôt enrayer les dépenses que lui causaient la représentation et le luxe de sa cour, luxe introduit au palais national pour donner une idée de l'éclat dont brillerait la capitale sous le régime monarchique. Le ministre de l'intérieur, M. Aguilar, expédia une circulaire secrète et manuscrite à tous les gouverneurs militaires, dans laquelle il leur disait :
— « N'est-il point étrange qu'à mesure que le gouvernement, à force de constance et de sacrifices, commence à rétablir
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la morale perdue et Tobéissance aux lois, aussi bien qu'aux autorités, les ennemis de tout ordre redoublent d'efforts pour le renverser, faisant paraître à la fois de tous côtés des symptômes révolutionnaires pour affaiblir l'administration? Il faut, absolument arracher une fois pour toutes cette dernière espérance du cœur de quelques insensés qui la nourrissent. Comme aujourd'hui la nation a des ressources et des moyens qu'elle n'avait encore jamais eus, ce ne sera ni impossible ni même difficile. Je crois qu'il suffira d'exercer la vertu nécessaire à tous les gouverneurs dans les moments de crise dangereuse ; je parle de l'énergie, tempérée par la prudence. Je ne vois pas de terme moyen aux grands coups qui doivent imposer une crainte salutaire aux criminels; parce qu'«n extirpant le crime et délivrant la société du cancer qui la ronge, on rend respectable la main vigoureuse qui met une digue aux abus et à l'impunité des méchants....
« Rappelons-nous que notre cause, pure de toute tache de personnalité, exempte du reproche d'ambition et d'esprit de parti, est identifiée avec l'indépendance de la république, avec la vraie liberté des Mexicains, avec son progrès bien entendu, parce que c'est la cause de la civilisation et de la morale fondée sur le plus solide des éléments, le principe religieux.
« Le moment arrive de donner une solution définitive au problème indécis depuis tant d'années dans notre pays, celui de savoir si ses destinées doivent être entre les mains de la plus immonde canaille; si l'ignorance doit tout subjuguer et imposer la loi à l'intelligence; si ceux qui n'ont rien à perdre parce qu'ils n'ont rien su acquérir, ont le droit de rendre leurs tributaires ceux qui doivent leur prospérité individuelle aux branches qui constituent la richesse publique, et à leur travail constant et honnête; enfin, si la nation est obligée de maintenir dans le luxe la crapule — sic — , et dans la fainéantise et l'oisiveté dMnfâmes sangsues, ou bien si l'on doit restituer au Mexique son ancienne dignité et se sou* mettre seulement à la supériorité morale qui, depuis des
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siècles tient la suprémntie dans les pays civilisés. Qu*il n*y ait donc plus de tergiversation; que les lois coercitives et pénales soient appliquées avec vigueur; que le délit, aussitôt commis, soit puni; que la justice et Téquité ne soient plus blessées. Ayez de Ténergie et de la probité... et je crois que nous sauverons le Mexique... le monde est déjà fatigué du honteux modèle que nous lui présentons de toutes les aberrations et de toutes les extravagances... — I. Aguilar. »
Cette ligne de conduite prescrite par le ministre pouvait être utile autant que sage, mais elle était tardive. Le 13 juillet 1884, le licencié José de la Garza proclama, à Victoria, la déchéance de Santa-Anna, la république fédérale et le réta* blissement de la constitution de 1834. Le troisième article du plan de ce pronunciamiento, disait, — naturellement : — a Sont abrogés les lois et décrets de la fédération. » Le premier cri des révolutionnaires au Mexique, après avoir décrété la chute des autorités constitutionnelles est d'abroger la constitution et les lois, alors en vigueur, ce qui démoralisait le peuple et aggravait les désordres de ces révolutions. Comment le peuple aurait- il pu respecter une constitution, des lois et des décrets que chaque année un général, un avocat obscur pouvaient mettre et mettaient en effet au panier?
La révolution de Victoria avait été préparée de longue date pour seconder celle d'Alvarez. Le colonel D. Lorenzo Cortina, dans une lettre datée du 13 juillet 1854, rend compte du pronunciamiento de Victoria dans les termes suivants : ... « Les éternels ennemis de l'ordre public et de l'administration actuelle, profitant du peu de forces qui se trouvent dans cette ville, en conséquence du départ du lieutenant Gavanac, ont eu l'audace d'attaquer le quartier à minuit de la nuit passée , au nombre de cent vingt hommes qui furent repoussés vigoureusement par les vingt-cinq soldats dont nous pûmes disposer. Troeva avait pris le commandement de la guérilla de droite, et moi de celle de gauche. Nous sommes encore dans cette position en ce moment où
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sonnent six heures du matin... » Suivent des détails sur la difficulté de résister longtemps, avec les vingt soldats valides qui restaient, ce Les chefs des révolutionnaires, ajoute le colonel, sont : un nommé Salazar, Juan Cardeaas et le licencié Juan José de la Garza, ce dernier est le premier coryphée de ces soi-disant libéraux. »
Parrodi, gouverneur de S. Luis Potosi, écrivait au commandant militaire du Tamaulipas, le 20 juillet de la môme année : — « Vous avez sans doute appris que D. Juan José de la Garza s'est prononcé le 13, pour le plan d'Alvarez, et que le détachement du capitaine Troeva a chassé les dissidents avec pertes, depuis la place principale jusqu'à celle des Arieros. Observant que le nombre des ennemis augmentait, il s'est retiré du côté de Tampico sans être inquiété. Une lettre de Victoria, datée du 15, m'apprend que les rebelles se fortifient, construisent des affûts pour monter quelques pièces qu'ils ont trouvées là-bas. Ils ont secouru trois cents hommes et fait d'autres dépenses qui prouvent qu'ils ont assez d'argent. Ils disent qu'ils en attendent davantage de la frontière ainsi que des hommes armés de rifles. Tula et les autres villes de ce c6té de la Sierra restent tranquilles.
ce Faute de troupes et manque absolu «d'argent, je n'ai pu mettre en marche une section de toutes armes contre les dissidents, comme je l'aurais voulu, parce que les forces que j'ai dirigées sur le Michoacan, par ordre suprême, m'ont trop affaibli. Cette impuissance m'a singulièrement mortifié dans cette circonstance. — Parrodi. »
D'après cette lettre, il semblerait que le détachement de Troeva était venu au secours de Quijara, avant de se retirer sur Tampico. Le colonel pourtant tenait bon , car la corres* pondance du général Ampudia donne sur cet événement de nouveaux détails : -— c( Honterey , 23 juillet 1854. — ... A la dernière heure , je reçois une lettre du colonel Ck>rtina venant de Victoria et qui me donne les nouvelles suivantes : — ce Quarante cavaliers des prononcés sont* partis pour Tula,
«74 HISTOIRB DU MEXIQUE.
« et six pour Villagran, avec l'objet d'inviter ces villes à sec( conder le pronunciamiento; » mais je viens de lire une lettre de T^lcade de cette dernière localité, qu'il envoyait au colonel Goriina, et dans laquelle il dit que la population réprouve le pronunciamiento , et qu'il a mis sous les armes soixante hommes pour résister aux prononcés; il offre d'envoyer prisonniers, à cette capitale, ceux qui se présenteront pour les inviter à se prononcer, et m'affirme qu'il y a même des gens à la poursuite des prononcés. — Pedro Ampudia. »
Je trouve dans une lettre datée de Victoria, 2 septembre, et signée par D. Torribio de la Torre , des détails sur les excès commis dans cette ville par les insurgés. « Le pronunciamiento, dit-il, n'était pas au nom de la fédération, mais au nom du communisme. Les factieux ont disposé de la population et de ses intérêts selon leur bon plaisir; ils ruinent, presque complètement , tous ceux qui ne se rangent pas de leur parti. Ils continuent ce système dans le district de San- Carlos, en commettant toutes sortes de déprédations... L'office des postes a été saccagé ; les livres, les lettres, les archives, les sceaux, les meubles, etc., tout est emporté, vendu ou brû)é. » En un mot, les prononcés de Victoria suivaient les traditions de vol, de ruine, de pillage et de destruction, suivie au Mexique par tous les insurgés et dans toutes les révolutions, depuis celle d'Hidalgo.
Santa-Anna, sachant que les flibustiers du Texas se préparaient à prêter la main aux rebelles de Victoria, donna des ordres absolus au général Woll , qui commandait les frontières. — a Mon cher ami , lui écrit-il le 7 septembre 18Î54, je crois absolument nécessaire d'établir de forts détachements à Gamargo, Mier etRevillo— -ou Guerrero, comme on l'appelle aujourd'hui, —autant pour empêcher la contrebande que le passage des flibustiers; ces forces étant chargées de ce double but. Je vous dirai pour votre gouverne que ce service doit se faire par bataillons ou par escadrons, pour ne pas diviser les corps , manière la plus prompte de les détruire. Pour couvrir ces détachements , vous pourrez
ordonner à leurs commandants de construire des fortins et de faire le service comme en présence de l'ennemi. — A. L. de Santa-Anna. »
La révolution gagnait pourtant le Michoacan et d'autres provinces. Santa-Anna, se voyant impuissant à la contenir, réunit ses ministres en conseil et leur déclara que la politique qu'il suivait et les pouvoirs absolus dont il disposait pouvant être la cause des troubles présents, il était décidé à consulter la nation, le 1^ décembre, sur la durée et rétendue de ses pouvoirs. Un appel au peuple fut donc décrété pour ce jour, et les deux questions suivantes furent posées :
(€ Le président actuel de la république doit-il continuer à exercer le pouvoir suprême avec l'étendue extraordinaire qui lui a été conférée?
ce Dans le cas contraire, à qui remettre la présidence? »
Les ministres, craignant l'influence des révolutionnaires, dans cette sorte de plébiscite, préparèrent de leur mieux la réélection du dictateur. Voici la circulaire manuscrite et secrète, envoyée par le ministre de la guerre , D. Santiago Blanco, aux grands commandants militaires.
a Mexico, 14 novembre 1854. — Mon cher ami, — quoique vos idées et votre bon jugement me soient parfaitement connus, je dois vous manifester confidentiellement, selon mes convictions, quelle est mon opinion sur l'acte public qui doit se vérifier le 1" décembre prochain, d'après la circulaire publiée par le ministère de l'intérieur sur les assemblées populaires.
« Dans l'état oii se trouve notre société, au milieu de la démoralisation corrompue dans laquelle, par malheur, se meut notre peuple, toujours agité par cette masse flottante de scélérats, sans principes fixes , qui vivent seulement des révolutions et qui, aujourd'hui plus que jamais, cherchent à renverser le gouvernement de S. A. S., ce serait une torpeur coupable de ne pas employer, pour notre part, tous les moyens possibles pour arriver au but auquel nous aspirons.
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qui est et ne peut être autre que la consolidation d'une administration vigoureuse et sévère, capable d'opposer une forte digue aux ondes toujours agitées des révolutions.
(( Convaincu de cette vérité, comme je crois que vous l'êtes, et, désirant le succès de ce but nécessaire, ne croyezvous pas qu'il serait peu sage de laisser agir un peuple sans foi ni sentiment politiques, qui marche toujours poussé seulement par d'imprudents ambitieux! S. A. S. désire sonder la volonté nationale, elle veut connaître le vœu spontané des populations, mais quelles seront les conséquences de l'acte du J^^ décembre futur si, ce qui n'est pas probable, les machinations des anarchistes trouvent le triomphe qu'ils désirent? Il est politique, patriotique et nécessaire que les représentants du gouvernement suprême, dans les départe* ments,' agissent avec activité, comme je vous le recommande, pour prendre les mesures conseillées par la prévoyance et la prudence, à l'effet de rendre uniforme l'opinion des penseurs sur le sujet dont je vous parle, sans permettre que, donnant à la circulaire mentionnée des interprétations sinistres, on fasse des plans perfides, des intrigues, et qu'on altère les esprits tranquilles... Le suffrage de votre département sera, comme je l'espère, la manifestation publique du désir de conserver et consolider sérieusement un gouvernement fort, civilisé, sévère et protecteur, qui achève d'étouffer tout principe révolutionnaire et rende un jour le Mexique grand et prospère. — Santiago Blanco. »
En dehors des qualités données par ce ministi*e au gouverment de Santa-Anna, l'histoire semble témoigner que le dic^ tateur était très sympathique à la majorité des Mexicains, mais que son administration n'a jamais été bien forte ni sévère, si ce n'est à l'égard de quelques hommes du parti contnnre. En matière politique comme en matière administrative, les faits répréhensibles doivent être réprimés sans considération de personnes; en ayant deux poids et deux mesures pour peser et mesurer les faits selon la qualité du coupable, on change une question de principe en une ques-
tion de personne, ce qui ne se fait pas sans blesser la justice et la morale publique. Or , on a vu par les lettres d'Uraga , par la conduite d*Arista et quelques pages historiques des premières administrations de Santa-Ànna, que les considérations de personnes passaient fréquemment pour lui avant les questions de principe, dans ses actes de clémence excessive ou de sévérité exagérée. Quoi qu'il en soit, Tappel du 1®' décembre lui réussit très bien et la presque unanimité des votes se prononça pour la continuation de sa dictature.
Au commencement de 1885, l'insurrection d'Alvarez est secondée partout; au sud, au nord, au Michoacan, sur les frontières du Rio-Grande, « la poudre parle » de tous les côtés. On apprend qu'Alvarez reprend roffensive avec le plan d^Ayutla qui, pendant plus de sept ans, a désolé et couvert de sang toute la république. Quelques troupes du gouvernement, commandées par Tavera et Solis, sont mises en déroute par les prononcés Huerta,Puebla, Arias et d'autres. Haro y Tamariz , ancien ministre de Santa- Anna, après une multitude d'incidents , s'était prononcé contre le dictateur; il arrivait à Zttacuaro avec Degollado, dans le courant, de janvier, pour diriger, disait-on, la révolution du Michoacan. Santa-Anna se préparait lui-même à marpher contre les insurgés.
Le gouverneur de cette province » D. Manuel Norriega, écrivait le 8 mars 1885, de Morelia^ au sujet de l'insurrection dans le Michoacan. — « J'ai appris aujourd'hui que les bandits travaillent activement et concentrent leurs forces pour attaquer cette place. Le bandit Pueblita se trouve à Tacambaro, à la tête d'une nombreuse bande. Pinzon est arrivé avec plus de cent hommes, vingt charges de fusils, parfaitement pourvu de parc et matériel de guerre ; il arme autant de rancheros qu'il peut et réunira une masse considérable. Zavala, à Guitzeo, augmente de la même ma nière ses satellites, et plusieurs autres chefs en font autant; de sorte qu'il ne leur sera pas diflBcile de mettre
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en jeu toutes leurs infernales machinations. — H. Norriega. »
Sur les frontières du Rio-Grande, les flibustiers américains, d'accord avec les contrebandiers mexicains, passaient le fleuve dans l'intention d'aller à Monterey et de favoriser rintroduction des marchandises américaines au moyen de la révolution. Naturellement, les consuls et les riches négociants étrangers ou nationaux protégeaient, comme en 18S1, plus ou moins secrètement, le mouvement révolutionnaire afin de s'enrichir. Le trésor mexicain se ruinait par cette mise constante de l'armée sur le pied de guerre ; mais cette ruine était la fortune des capitalistes, aussi la secondaientils de tout leur pouvoir. Les lettres du général Corona, gon* verneur de Vera-Cruz, et celles de Santiago Blanco, nous apprennent qu'à la Nouvelle-Orléans il se préparait publiquement une invasion du Mexique sur le Rio-Grande, par tes flibustiers. Uraga se disposait à rentrer sur le sol de la patrie, mais comme chef de la révolution. On a déjà vu, par sa dernière lettre, qu'il cherchait à mettre de l'unité dans le jnouvement insurrectionnel ; il désirait que le général Woll se plaçât à la tête des mécontents, mais ce général ne connaissait que l'honneur militaire et son devoir, il ne voulut pas se mêler de politique. Au mois d'avril, il reçut deux dépêches datées de Mexico, dans lesquelles on lit les phrases suivantes : — « D. José Lopez Uraga vient d'être destitué de ses fonctions de ministre plénipotentiaire de la république à Berlin, pour s'être concerté avec les anarchistes à l'efiEet de révolutionner notre pays. En vue d'une conduite aussi criminelle, S. A. S. a résolu que si ledit général se présente sur quelque point du département commandé par V. Exe, il soit immédiatement pris et fusillé, sans lui laisser d'autre temps que celui de recevoir les secours spirituels. — Santiago Blanco. »
« J'ai appris que le séditieux Uraga nous avait écrit plusieurs lettres pour vous soustraire à l'obéissance du gouver^ jQement. Si ce déloyal sujet se présentait dans votre dépar-
tement, avec Tintention de se mettre à la tête des rebelles, vous le prendriez et le feriez fusiller, selon la circulaire qiie le ministre de la guerre vous envoie par ce courrier. — À. L. de Santa-Ânna ». —
Dans cette déplorable histoire de la république mexicaine, on ne voit que luttes fratricides, guerres civiles, fusillades, le patriotisme sacrifié aux intérêts privés, les haines de parti dominant tout, passant avant tout autre sentiment, des généraux qui se battent contre le gouvernement qu'ils ont édifié de leurs propres mains et des hommes trahissant le lendemain ceux qu'ils avaient élevés ou servis la veille. Santa- Anna vit ses illusions républicaines et constitutionnelles s'évanouir trop tard, pour remédier aux^maux dont souffraient sa patrie et ses compatriotes, la situation financière du Mexique était trop compromise pour qu'il pût faire face aux événements amenés par l'ambitieuse oligarchie qui déchirait à sou profit le pays depuis tant d'années. Énergique en présence de l'invasion étrangère, son énergie mollissait devant les faux amis, les nullités politiques, les administrateurs déshonnêtes et cette masse de sangsues qui le flattaient pour s'enrichir à leur aise et sans contrôle ; elle devenait brutale envers les révolutionnaires qui voulaient sa déchéance. Santa>Anna né sut jamais être sévère avec justice, clément avec à-propos et modéré quand il le fallait; toute son administration prouve qu'il agissait par boutade, que les circonstances et l'humeur du moment le dirigeaient davantage qu'un plan de conduite sagement tracé. Il était, certainement, de tous les Mexicains, l'homme le plus capable de gouverner son pays, mais sa passion pour le jeu, pour l'argent, la galanterie et son caractère versatile ont paralysé ses facultés, découragé ses vrais ajnis et laissé le Mexique dans cette afiVeuse situation qui peut le conduire à devenir une simple province des États-Unis.
Au mois de mai 185S, Santa-Anna perd toute espérance d'arrêter le triomphe de la révolution, mais avant de laisser ses concitoyens continuer leurs désordres, accélérer la
chute de la république et couvrir le paya de larmes et de saag, il veut tenter un dernier effort pour le pacifier. Il part pour le Michoacan contre les rebelles ; à son approche, les bandes insurgées se dispersent. II apprend que Monterey est tombé au pouvoir des flibustiers, alors il écrit au général Woll les deux lettres suivantes qui sont deux pages d'histoire.
« Parzcuaro, 30 mai 1855. — Mon cher ami. — Je viens de recevoir vos lettres, et c'est avec la plus grande indignation que j*ai appris la trahison de quelques pervers Mexicains qui, s'étant alliés aux flibustiers, ont envahi le territoire national et occupé la place de Monterey par capitulation. Ces scélérats aplanissent à l'ennemi étranger le chemin par lequel il fera bientôt la conquête de la république. Ils pleureront un jour avec des larmes de sang, d'avoir nourri cet esprit révolutionnaire qui les aveugle et met leur patrie entre les mains de l'ambitieux Yankee qui depuis longtemps mûrit le projet de se rendre mattre de notre territoire. La malédiction de Dieu et des hommes tombera sur ces Mexicains b&tards qui livrent ainsi leur pays aux ennemis naturels de]notre race.
a La conduite des généraux Cardena et Cruz est incompréhensible; le premier ayant remis aux flibustiers l'importante place de Monterey, et le second fuyant honteusement à la nouvelle de la perte de cette ville. Les militaires de cette sorte sont la cause de la déconsidération de l'armée; aussi le gouvernement a-t-il ordonné de les soumettre à un jugement sévère pour qu'il leur soit appliqué toute la rigueur de la loi.
c( Je suis en route pour Mexico où je vais disposer du nécessaire pour réparer le mal et exterminer les flibustiers. Pour le moment, je vous ordonne, par la voie du ministère de la guerre, de commencer, si vous le croyez convenable, un mouvement avec toutes vos forces pour tomber rapidement sur Monterey et étouffer la révolution dans son berceau. Mais si vous ne jugiez par opportun d'aventurer ce coup, parce que les flibustiers sont très fortement installés»
VOUS concentrerez vos troupes à Matamores où vous attendrez les renforts que je vous enverrai par la voie de Vera- Gruz. Tai fait préparer à cet effet dans ce port tous les navires de la marine nationale. Dans tous les cas, ne divisez pas vos forces et n*ayez aucun détachement isolé parce qu'il pourrait être facilement battu. Il vaut mieux attendre un peu pour porter un coup sûr aux rebelles que d'aventurerune action d*un résultat douteux.
« Par un courrier extraordinaire, j'envoie Tordre à Vera- Cruz d'embarquer, sur un vapeur de guerre, cinquante mille piastres pour les besoins de vos troupes; au mois de juin et à l'avenir il ne vous manquera rien sous ce rapport.
« On vous envoie, par le ministère de la guerre, tous les pouvoirs nécessaires pour que vous puissiez agir civilement et militairement selon que vous le jugerez opportun, vous considérant aussi autorisé que l'était le général Vega; de sorte que dans tous vos actes publics vous dicterez les mesures offensives ou défensives que vous inspireront votre conscience, votre expérience et votre honneur militaire, car vous avez toute ma confiance.
« Par le vapeur qui reviendra à Vera-Cruz, après vous avoir laissé les cinquante mille piastres, vous m'informerez de tout ce qui s'est fait jusqu'à ce moment.
c< Portez-vous bien comme le désire votre très affectionné ami qui vous souhaite mille félicités. — A. L. de Santa- Anna. »
(c Mexico, 7 juillet 1888. — Quoique vous ayez désapprouvé la retraite du détachement que vous aviez envoyé à Victoria, et la concentration des forces disséminées sur la ligne du Rio Bravo, vous verrez avec quelle sagesse le gouvernement a rappelé ces troupes, lorsque vous saurez que les factieux unis aux flibustiers ont pris l'initiative pour les battre en détail, pensant que les détachements resteraient où ils se trouvaient. Vous pouvez maintenant disposer de toutes vos forces pour porter un coup à cette masse d'hommes inexpérimentés qui voulaient vous attaquer. Vous
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avez une force suffisante pour entreprendre une action décisive qui doit avoir inrailliblement un résultat favorable. Ayez soin de vous rassurer en suivant les règles de l'art et ne vous en affranchissant jamais. '
ce Une fois que les rebelles seront mis en déroute, vous pourrez poursuivre les petites bandes ; mais en attendant il n'est d'aucune importance qu*ils errent de ci, de là... ni qu'ils inventent de fausses nouvelles' pour faire croire aux populations qu'ils sont les maîtres. Tant que vous n'aurez pas frappé un coup décisif ne disséminez pas un seul soldat de vos flles.
c< J*ai ordonné au général Guitian de menacer Monterey et, s'il le peut, de l'occuper. Ce général sera à SaltiUo le 11 de ce mois avec une brigade d'environ mille hommes et une batterie, mais, après lui, en viendra une autre plus forte qui s'achève de s'organiser à San-Luis Potosi. L'abondance des pluies a retardé la réunion de ces troupes, elles seront pourtant bientôt à Saltillo, avec tout le nécessaire... Vous n'avez donc rien autre à faire que d'inquiéter l'ennemi, conservant vos troupes réunies en un seul corps, et de profiter de la première occasion favorable qui se présentera pour lui porter un coup sûr, sans vous aventurer en rien.
« Il n'y a rien de nouveau à Tintérieur dé la république; les bandes du Michoacan et du Guerrero sont insignifiantes; des forces suffisantes les poursuivent avec succès» Les ennemis du repos public inventent mille absurdités pour tromper' les imbéciles, mais comme cette tactique est déjà bieù connue, personne ne fait cas de ces supercheries. •— A. L. de Santa-Anna. »
Les insurgés du Michoacan avaient à leur tête le colonel Ghilardi, Italien, ami de Garibaldi; il s'était distingué au siège de Rome et mit de Tordre dans l'armée insurrection* nelle. Lors du voyage de Santa -Anna au Michoacan, Ghilardi s'aperçut bientôt qu'il ne pouvait livrer avec succès aucune bataille rangée ; alors il se décida à faire la guerre des gue^ rillas. Pendant ce voyage, .le président tronva qu'au milieu
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dest marques de sympathie données à sa personne, perçait un mécontentement universel contre* son ministère. De Bfa* ravalio, il lui écrivit une lettre dans laquelle il lui disait fjrambement ce qu'il avait entendu de tous côtés. Les mi^ mstres, pour la première fois, lui répondirent par une lettre presque insolente. — ^« Nous sommes, disaient-ils, lesre* présentants du parti conservateur, et si vous nous renvoyez^ Pappui de ce parti vous fera défaut. » — Comonrort vint du sud' se joindre aux insurgés et fut nommé généralissime des forces révolutionnaires du Michoaean. Comonfort était du parti libéral modéré ; ce parti se disposait à traiter avec les démocrates purs, en vue d'éventualités prochaines , mais cette nomination le. rendit plus circonspect, il cessa dès lors de tendre la main aux démocrates.
Le 13 juin, Santa-Anna, espérant ramener au bien les ré« v^tés qui ruinaient partout le pays par le pillage et des excès de tous les genres, leur accorda, le jour de sa fête, une amnistie pour éviter une effusion de sang. Mais au Mexique, toutes les mesures de clémence passent pour des actes de faiblesse, et l'amnistie ne fit qu'augmenter le nombre des ennemis du gouvernement. Néanmoins, par un décret du 16 du même mois, il prohiba le trafic avec les villes insurgées ou qui avaient prêté main-forte à la révolution. La révolution était pourtant bien loin d'être étouffée, les correspondances et les journaux du mois de juillet ne contiennent que des récits de vols et d'emprunts forcés, exercés par Comonfort et tous les chefs qui secondaient le mouvement d'Âyutla d'Alvarez, sinon pour leur propre compte, au moins pour renverser Santa-Anna. Degollado, vers la fin de juin^ sortit de Toluca et se dirigea vers la capitale, à la tête d'environ deuk mille hommes. Rejoint par Tavera, il fut battu dans les environs de Tenayuca. Le clergé mexicain, menacé dans son influence par l'envoi d'un légat apostolique à Mexico chargé d'opérer une réforme sérieuse, favorisait en secret le mouvement révolutionnaire^ Abandonné des con^ servateurs^ dont le président ne pouvait modérer les ambi-
tions privées, ni les haines de parti, délaissé du clergé qu*ii espérait réformer au moyen du nonce apostolique, ha! des démocrates dont il entravait les convoitises, ne voulant point prolonger la guerre civile pour éviter Teffusion du sang mexicain, dégoûté du pouvoir qui ne lui donnait aucune consolation, Santa-Anna résolut de s'expatrier de nouveau et de retourner à sa retraite de Turbaco.
Le 8 août,, il publia un décret déposé sous pli cacheté au ministère de Tintérieur depuis le 16 mars 1834, par leouel, en vertu des facultés concédées par la nation, il nommait pour lui succéder un triumvirat composé du président du tribunal suprême, des généraux 0. Mariano Salas et D. Martin Carrera, et, en leur lieu et place, en cas de mort, les généraux D. Romalo Diaz de la Vega et D. Ignacio Mora y Villamil. Le lendemain, il partit pour Vera-Cruz. Arrivé le 12 à Perote, il lança une proclamation pour motiver son départ. Il la commence en disant qu'il était tranquille dans sa retraite, fuyant le pouvoir, dont l'expérience lui avait montré toute Tamertune, lorsqu'on est venu le supplier de le reprendre. « La nation, dit-il, au milieu de la faiblesse dont elle était victime par manque de finances, de crédit, de commerce, de puissance, de force et de prestige, prête i succomber sous l'anarchie ou l'annexion qui la menaçait, vint me chercher pour la sauver, m'appela, et je finis par me rendre à ses prières. » Il parle ensuite de la presque unanimité des voix qui ont approuvé tous ses actes et renouvelé ses pouvoirs, toutes les fois qu'il a fait appel à la nation pour lui demander son avis. « Ma permanence au pouvoir, ajoute-t-il, est le prétexte de l'infâme rébellion qui désole le peuple, pille les citoyens, détruit les fortunes et fait pleuvoir sur ce pays infortuné des calamités sans nombre. Les vols, les viols, les assassinats se commettent par les bandits et les factieux qui envahissent les populations sans défense..., poussent le scandale, la honte et la perfidie jusqu'à s'associer non seulement aux flibustiers du nord, mais encore aux troupes des États-Unis qui passent la fron-
tière, en disant qu'elles désertent, et sont conduites par des rebelles, d'indignes Mexicains qui leur apprennent le chemin par lequel elles doivent envahir la patrie et assassiner avec leurs rifles les soldats mexicains qui défendent la souveraineté et l'intégrité de leur territoire.
(c Ce gouvernement, appelé cruel et sanguinaire par les incendiaires et les meurtriers, a fréquemment renouvelé ses amnisties et ses actes de.bonté, de clémence et de générosité qui ont été considérés par plusieurs comme des actes de faiblesse, et par d'autres, de crainte et de lâcheté. Les rebelles, pour échapper au châtiment, en ont profité, et une fois libres, sont retournés sur le théâtre de leurs déprédations et de leurs crimes infimes, en disant qu'ils allaient combattre l'usurpation et la tyrannie, eux qui usurpaient la propriété d'autrui et tyrannisaient les populations. » Après s'être disculpé de cette double accusation avec l'énergique éloquence de l'homme indigné, il termine en déclarant qu'ayant reçu ses pouvoirs de la nation, il les lui r-endait, en les déposant provisoirement entre les mains d'hommes honorables, jusqu'à ce qu'elle en disposât à son gré. Ayant lancé* cette proclamation afin qu'elle fût imprimée avant son départ, il continua sa route et s'embarqua pour la Havane le 16 août 18S8.
A peine Santa-Anna eut-il quitté la capitale que la garnison se prononça en faveur du plan d'AyutIa; la municipalité de Mexico seconda le pronunciamiento, et le 13 août, elle nomma général en chef 0. Romulo Diaz de la Vega qui reçut l'acte constitutif pour le gouvernement provisoire. Le général D. Martin Carrera ^ut ensuite nommé président intérimaire. Alvarez, Vidaurri, Comonfort, Haro y Tamariz refusèrent de reconnaître ce choix fait en dehors d'eux. Bientôt ils se réunirent dans un accord momentané, organisèrent une nouvelle assemblée qui se tint à Guernavaca et donna la présidence à Alvarez. C'était introniser l'anarchie dans ce qu'elle avait de plus odieux. On peut dire que Santa-Anna, en partant, avait emporté le peu d'ordre qui régnait encore
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au Mexique jusqu'à la fin de sa dernière administration. Depuis l'élection d'Alvarez, les partis se disputent bien encore le pouvoir, mais ils se divisent, et chaque division de* vient instrument d'une ambition privée; les hommes poU-^ tiques et les généraux renouvellent les plus mauvais jours de la république et ne songent qu'à s'élever eux-mêmes pour s'enrichir. La patrie est désormais oubliée plus qve jamais; souvent elle ne sert même pas de masque pour cacher les intérêts personnels les plus égoïstes et les plus dénaturés.
Le général Santiago Vidaurri s'était prononcé le l*' juillet contre le gouvernement ; il avait déclaré Santa-Anna et toules les personnes attachées au pouvoir central, traîtres à la pa* trie. Il s'intitula général en chef de l'armée du nord, restaurateur de la liberté de la patrie, gouverneur et commandant général des États libres et souverains de Nuevo Léon et de Gohahuila, et finit par rester maître de Monterey, les eflbrts de Santa-Anna pour l'en chasser ainsi que les flibustiers qu'il avait avec lui, n'ayant reçu qu'un commencement d'exécution. Vidaurri, pour se débarrasser des troupes régulières qui pouvaient l'expulser de Monterey, publia, le 21 août, un décret par lequel il déclarait dissoute l'armée régulière, ennemis de la patrie et traités comme tels, tous les officiers et soldats qui ne déposeraient pas immédiatement les armes entre les mains des autorités politiques des villes ou villages dans lesquels ils se trouvaient, ce En attendant, disait-il, que le congrès juge les généraux et les officiers qui ont répandu le sang de leurs concitoyens... il n*y aura d'autre armée nationale que celle des forces prononcées au sud, au centre et au nord de la république. » Ce n'était ni logique, ni le moyen de moraliser l'armée que de lui foire un crime d'avoir obéi au gouvernement, et de la supprimer parce qu'elle avait combattu l'insurrection ; mais ce n'est ni la logique, ni la morale qu'il faut chercher dans les révolutions mexicaines.
De S. Luis Potosi, M. Haro y Tamariz annonçait, le ISaoûti à Vidaurri, le triomphe de la révolution. Sa lettre commeneef
DIGTATURi. W
ainsi : « Armée régénératrice. » Ce nom donné à l'armée des insurgés semble une insulte au sens commun; mais dane un pays où les principes ne sont rien, les mots sont tout. Ânastàsio Parrodi publia pareillement son décret, en date de S. Luis Potosi, 15 août, dans lequel il disait : «D. Antonio Haro y Tamariz est proclamé et reconnu comme premier chef du mouvement politique régénérateurde la république.» Mais Vidaurri ne voulut pas reconnaître ce chef et le lui déclara dans une lettre en date de Monterey, 21 août. Juan José de la Garza, qui avait fait le pronunciamiento de Victo** ria, se déclare également contre l'acte de S. Luis Potosi. Haro y Tamariz avait assez là confiance de ces deux personnages, quoiqu'il eût été deux fois ministre de Santa-Anns^ mais il s*appuyait sur les généraux Parrodi, Guitian et môme Woll, qui n'aimaient pas du tout les révolutionnaires; aussi Vidaurri, à Monterey et José de la Garza, à Tula, ne vou* lurent point encore se soumettre à qui que ce fût. Haro y Tamariz et Parrodi commandaient donc seulement l'État de S. Luis Potosi, et le général Woll attendait patiemment dans le Tamaulipas, sans se prononcer pour personne, qu'il y eût un gouvernement régulier à Mexico.
D. Juan Alvarez en prenant possession du pouvoir suprême, appela au ministère des affaires étrangères D. Melchior Ocampo qui céda bientôt sa place à D. Miguel Arriaga; D. Benito Juarez, ancien gouverneur de Oajaca, reçut le por^ tefeuille de la justice ; D. Guiliermo Prieto, celui des finances, et le général D. Ignacio Gomonfort celui de la guerre. Un des premiers actes de ce gouvernement fut de s'emparer de tous les biens de Santa-Anna et de les vendre sans tenir compte des droits des enfants de l'ex-dictateur. Le 17 oc^ tobre 1885, le gouvernement lança une convocatoria pour une assemblée constituante qui devait se réunir le 14 fë^ vrier 1856, mais Alvarez, le roi des montagnes du Guerrero, n'était pas homme à supporter le fardeau de la vie civilisée^ il lui fallait l'air, Tespace et sa liberté sauvage; d'un autre côté, sa naissance et son éducation grossière le rendaient
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un objet de moquerie même pour les enfants. Après un règne de vingt-quatre jours il abdiqua, emportant avec lui tout ce qu'il put, et retourna dans ses montagnes avec le diplôme scellé du sceau national qui rappelait le : « Président libéral du plus libéral des gouvernements. » Si le despotisme, l'anarchie et Tintoiérance politique sont du libéralisme, le Mexique est, en effet, le plus libéral des pays connus.
Gomonfort, auquel il remit le pouvoir suprême, eut peutêtre encore plus de ministres que ses prédécesseurs ; sous son administration, le portefeuille des affaires étrangères fut successivement occupé par D. Luis de la Rosa, D. Juan A. Fuente, D. Ezequiel Montes et D. Sebastiano Lerdo de Tejada; celui de la justice, par D. Ezequiel Montes, D. José Maria Iglesias, D. Antonio Garcia et D. Maria Ruiz; celui de rintérieur, par D. José Maria Lafragua, D. Ignacio de la Llave, D. Jésus Teran et D. Benito Juarez; celui des travaux publics, par D. Manuel Siliceo et D. Bernardo Flores; celui des finances, par D. Manuel Payno, D. Miguel Lerdo de Tejada, D. Juan A. Fuente et D. José Maria Iglesias; celui de la guerre, par les généraux D. José Maria Yanez, D. Juan Soto et D. José Garcia Conde.
Le général Comonfort, nommé président provisoire, sanctionna toutes les lois iniques et les décrets de réaction lancés par Alvarez. Les bons émis par la maison Lizardi furent déclarés de nulle valeur, et les dettes contractées par les principaux chefs de la révolution furent reconnues dettes de l'État. D. Benito Juarez fut élu président de la cour suprême de justice, charge qui lui donnait de droit le titre de viceprésident de la république. D'un esprit médiocre et d'un caractère incertain, Comonfort était bien au dessous des difficultés de la situation. Sincèrement libéral, il décréta la liberté de semer, de récolter, de travailler et d'exporter le tabac ; il permit aux étrangers d'acquérir et de posséder des propriétés urbaines et rurales ; il publia plusieurs lois utiles, créa des administrations et des établissements qui montraient un esprit assez pratique ; mais il n'eut pas le temps
de faire rien de sérieux pour le bien du pays. Les désordres qui ramenèrent au pouvoir prirent un grand développement, aussitôt après son installation. Des pronunciamientos éclatèrent dans les États d'Oajaca, de Guanajuato et de Guadalajara. Haro y Tamariz se rendit à Puebla et ne voulut point reconnaître Comonfort. Le congrès constituant se réunit dans la capitale le 18 février 185&, sous la pression de ces événements de mauvais augure. Les radicaux firent prévaloir leurs idées nouvelles, et leur intolérance rendit la situation plus difficile encore. Le congrès vota dans ces circonstances une nouvelle constitution basée sur les principes démocratiques purs. C'était une désorganisation complète du système gouvernemental qui ne pouvait manquer d'ajouter de nouveaux éléments de luttes aux anciens dont le nombre n'avait fait que croître depuis 1824.
Du reste, ces constitutions rédigées à la hâte avaient pour but uniquement de sanctionner la réaction et de rendre nuls les actes publics du précédent gouvernement, en matière administrative. Les votes du congrès en matière constituante n'avaient donc qu'un caractère essentiellement provisoire, et pas un seul député ne s'imaginait travailler pour l'avenir. Aussi, depuis le président jusqu'au dernier employé des finances, tous ceux qui remplissaient une fonction quelconque se hâtaient-ils de tirer partir de la situation actuelle dans leurs intérêts purement individuels, sachant qu'ils ne jouiraient pas longtemps de leurs fonctions ou emplois. Néanmoins, la multiplicité de ces révolutions ne pouvait toujours amener au pouvoir des hommes nouveaux, la population mexicaine n'aurait pas suffi à ces renouvellements continuels ; puis, la politique étant le prétexte, mais non la cause de ces révolutions, il se forma le parti libéral modéré, qu'il ne faut pas confondre avec celui des conservateurs éclairés et progressistes, dont le général Almonte était une .des plus illustres personnifications.
Le parti libéral modéré, formé du détritus des autres partis, est une agglomération d'hommes tarés, ayant servi tous
les gouvernements , possédant au suprême degré le culte de régoisme individuel ; c'est l'union des nullités orgueilleuses, de l'envie sournoise, de l'absence complète d'idées politiques, avec l'intrigue sourde, lente, mais sûre, les vues étroites et rapetissées. Cest un corps hybride qui se sert des deux partis, auxquels il emprunte la livrée, selon les circonstances, pour les renverser, se mettre à leur place ou vivre de leurs querelles. Son rôle est ostensiblement secondaire dans les déchirements de la patrie. Il ne se bat pas; il attend, à l'ombre , que la bataille soit terminée pour venir prendre sa part à la curée. Lorsque le nouvel arbre gouvernemental est planté, il s'y greffe, mais ne meurt pas avec lui ; il est assez habile pour ne pas partager la mauvaise fortune de celui dont il a sucé la sève. Il rappelle la fable de l'huître et des plaideurs ; il mange l'huître, tandis que les plaideurs se disputent les écailles.
C'est, je crois, ce parti que Comonfort allait conabattre dans les environs de Puebla, siège principal de ceux qui ne voulaient point se soumettre à son autorité. Il donna , sans succès, un assaut à la ville, et ne fut pas plus heureux à la l)ataille d'Ocotlan, malgré le secours que lui prêtèrent les conservateurs , comme le témoigne une lettre d'un colonel •conservateur de mes amis, dans laquelle il dit : — « Nous mêlâmes nos forces à celles de Comonfort et de la démagogie, dans les champs d'Ocotlan, à la vue de Puebla; la destinée ne nous a pas été très favorable; c'est en vain que nous luttâmes avec désespoir, en vain nous vtmes nos amis et nos compagnons arroser la terre de leur sang, le dieu des armées ne nous fut pas propice. » Mais de secrètes machinations firent plusenfaveurdeComonfort que ses armes impuissantes. La désertion se mit dans les rangs des insoumis, et plusieurs chefs importants vinrent se réunir aux troupes du président ; les autres, isolés par cette trahison, n'échappèrent à la mort que par la fuite. Dans les provinces de l'intérieur, la confu: sien était à son comble, et de tous côtés de nouveaux insurgés tenaient la campagne et pressuraient impitoyablement
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les populations. Â peine Tinsurrection disparaissait-elle d'un point, qu'elle se montrait plus menaçante sur un autre. Le général Oribuelà souleva Puebla une seconde fois, mais il fut pris, fusillé, et la ville se rendit.
En 1883, Santa- Anna avait rétabli Tordre de la Compagnie de Jésus au Mexique; en 1856, Comonfort cassa ce décret. Il fit plus. Les troupes n*étant pas payées et les caisses du trésor étant vides, il songea à nationaliser les biens du clergé. Ce projet lui parut difficile à réaliser, les tentatives précédentes ayant toujours amené la chute du gouvernement qui avait décrété cette mesure. Cependant le besoin d'argent le décida à publier, le 2S juin 1856, les lois dites de désamortissement. L'article 35 de cette loi dit : — « Dès à présent, aucune corporation civile et religieuse, quels que soient son caractère, son nom ou son but, n'aura de capacité légale pour acquérir ou administrer des biens immeubles, si ce n'est avec l'exception unique réservée par l'art. 8, au sujet jdes édifices immédiatement et directement destinés au culte et à l'instruction. y> Une autre loi, sur le même sujet, fut décrétée le 30 juillet, et donne des détails qui manquaient à la première. L'article 11 est ainsi conçu : — « Dans les trois mois signalés par l'art. 11 de la loi du 25 juin 1886,- pour la mise aux enchères, les communautés religieuses des deux sexes, les confréries et archiconfréries , les congrégations, hospices, communes, collèges et, en général, toutes lés corporations et institutions civiles ou ecclésiastiques, pourront opérer la vente des propriétés non louées, à la condition d'obtenir préalablement l'autorisation du gouvernement.
<c Art. 12. Moyennant la renonciation des locataires à leur droit à l'adjudication, les corporations civiles ou ecclésiastiques pourront également faire des ventes conventionnel * les à toute autre personne, en obtenant pour chaque cas l>autorisatiop dont parle l'article antérieur. ^>
On le voit, la loi de désamortissement concédait au clergé, dans des cas très nombreux, un délai de trois mois pour vendre ses propriétés lui-même et à son profit. Le clergé
protesta par tous les moyens contre ces décrets ; il dut pourtant se soumettre à la loi ; alors, par des fideicommis, il racheta lui-même ses propriétés. De cette loi, comme de la conduite du clergé, il résulta des complications et un bouleversement social qui devinrent une catastrophe financière et sociale, en 1861, lorsque Juarez nationalisa tous ces biens. Gomonfort, sachant que le clergé prêtait au comnaerce, à l'industrie, des sommes plus ou moins importantes à un taux excessivement modéré, inférieur à celui des banquiers étrangers ou nationaux, ne voulait pas priver le pays des services rendus par les capitalistes ecclésiastiques ; mais il ne voulait pas qu'ils fussent propriétaires. La mise en vente de leurs biens fut donc décrétée,, et pour faciliter les transactions entre le vendeur et Tacheteur, la vente resta libre pendant les trois mois fixés parla loi, au terme desquels le gouvernement intervenait pour faire vendre tout ce qui n'avait pas été vendu et prélevait un impôt général de 6°lo sur ces sortes de vente. Cet impôt était naturellement versé par Tacheteur dans les caisses de TÉtat, et donna au gouvernement plus de vingt millions de francs, pour les ventes effectuées da.ns le seul district de Mexico.
Malgré Topposition du clergé, cette mesure n'aurait probablement amené que des troubles passagers, si Juarez ne l'avait point changée en une mesure spoliatrice, ayant tout le cairactère d'une persécution religieuse. Gomonfort, en laissant le clergé capitaliste, ne le dépouillait pas et ne privait pas le pays de capitaux utiles et fructueux ; en interdisant la possession de propriétés urbaines ou rurales, il favorisait le morcellement de la propriété, et par conséquent il développait les revenus du fisc et les ressources de l'État. En agissant de la sorte, il se montrait tout à la fois homme honnête et homme habile, car si le gouvernement ne peut, à moins d'arbitraire et d'injustice, déposséder ui\ propriétaire quelconque pour cause d'utilité publique, sans le dédommager plus ou moins intégralement de sa dépossession, il ne doit pas permettre non plus, sans être taxé de faiblesse ou
d'incapacité, que le bien public, c*est à dire TËtat, considéré comme mineur en jurisprudence, soit sacrifié à un ou plusieurs individus. Mais au Mexique, l'égolsme individuel y règne trop souverainement à côté des passions mauvaises qui ne s'inclinent jamais l'intérêt commun.
Le 13 décembre 18S6, à l'occasion de la fête patronale du Mexique, des bandes de voleurs et d'assassins massacrèrent à San-Vicente et à Cuernavaca une multitude de riches Espagnols, pillèrent leurs haciendas, puis y mirent le feu. Le gouvernement de Gomonfort ne sut ni prévenir, ni empocher, ni réparer ces scènes sanglantes de désordre. Les réclamations du ministre espagnol, demandant une réparation et la punition des coupables, furent méconnues. L'Espagne voulut imposer par les armes les réparations qu'elle ne pouvait obtenir parla voie diplomatique; mais, travaillée elle-même par les agitations continuelles des partis, elle dut remettre à plus tard l'intervention armée qu'elle projetait.
Dans la correspondance de Santa-Anna, je trouve une lettre datée de Carthagène, 10 octobre 1886, qui résume la situation du Mexique à la fin de cette année... « Les événements de notre infortunée patrie, dit-il, se multiplient quotidiennement comme conséquence naturelle du relâchement des ressorts sociaux. Là-bas , le vandalisme commande, et la canaille, débordée dans ses passions, ne peut faire autre chose que ce que lui suggèrent ses instincts de prendre et de détruire ce qu'il y a de plus sacré... Je ne pense pas que ces maux puissent durer longtemps selon les principes de la logique ; les hommes d'honneur, de patriotisme et de fortune doivent mettre enjeu toute leur influence pour extirper le mal du Mexique, sauver sa dignité outragée, et consolider sa nationalité qui ne pèse rien dans la balance des chenapans auxquels la patrie ne doit que des larmes et du sang. La civilisation et les bons sentiments exigent de suprêmes efforts, et j'ai la conviction que les bons Mexicains sauront les faire pour ne pas imprimer sur son » — le Mexique —