Chronicle of Nuniz, Sewell, p
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autorité souveraine sur les districts du Sud1, cependant que le Sultan de Madura gouvernait la partie sudest de la péninsule. Les historiens musulmans nous apprennent que Hari Hara I prit part à la grande confédération qu'organisa, en 1443, Krishna Nâyak, fils de Pratap Rudra Deva de Warangal1, pour chasser les musulmans hors du Deccan.
Zia~ud-din Barani,qui est un chroniqueur contemporain, écrit : « Pendant que ceci (parlant des expéditions de Mohammed Tughluq à Samana et Sannam) se passait, une révolte éclata parmi les Hindous à Warangal. Kanhya Naik avait rassemblé des forces dans la contrée. Malik Makbul, le vizir Naib, s'enfuit à Delhi, et les Hindous prirent possession de Warangal qui fut ainsi complètement perdu. Vers la même époque, un des parents de Kanhya Naik, que le'Sultan gavait envoyé à Kambala (Kampila), apostasia l'Islam et fomenta une révolte. Ainsi, la contrée de Kambala fut également perdue et tomba aux mains des Hindous. Devagir et le Gujarat seuls demeurèrent saufs1. » Des inscriptions rappellent également que Hari Hara prit part à cette confédération et
1. Epigr. Carn., PC, rr. 82. Les titres complets de Vir Ballâlasont donnés. En 1340. il déclare son fils comme son héritier, Epigr. Carn., IX, Bn 111. Vir Ballâla mourut en combattant le Sultan de Madura, deux ans plus tard, soit en 1342. Ibn Batoûta, édition de Paris, IV, p. 198. Epigr. Carn., VI, 75.
2. Barani, Tarikh-i-Firuz Shahi, Elliot, III, pp. 245-46; JBiblioth. Ind., p. 48. Le texte donne Kampila au lieu de Kambala, comme dans Elliot. Le récit de la fondation de Vijayanagar par Firishta est inexact dans les dates et les détails, Briggs I, p. 427. Aucun historien musulman, sauf Barani, ne dit que Hari Hara et Bukka aient jamais embrassé l'Islam. Nous avons le témoignage d'Ibn Batoûta qui dit que les princes captifs d'Anagondi se convertirent à l'Islam. Son récit confirme Barani Mais cette conversion, si elle a eu lieu, a dû rester purement nominale.
lutta contre les mahométans1 ; quoi qu'il en soit, les circonstances particulières de l'époque favorisèrent ses projets d'agrandissements territoriaux. Le dernier roi de la dynastie Hoysala, Virûpâksha Ballâla, fils et successeur de Ballâla III, succomba dans un combat contre le Sultan de Madura en 1346, et sa mort2 dans d'aussi iheureuses circonstances, alors que la puissance du Sultan de Delhi avait presque entièrement disparu, permit aux vaillants frères de s'annexer les domaines des ^Hoysalas* Doués d'une grande ambition, les frères 'commencèrent une série de conquêtes et ils remportèrent [tant de succès que, du vivant de Hari |Hara, le royaume de Vijayanagar s'étendait de la Krishna au nord, jusqu'au voisinage du Kaveri au sud, et comprenait toute la contrée située entre les océans oriental et occidental3. Mais au nord l'extension du royaume naissant fut arrêtée par le royaume Bahmani, fondé en 1347 par Hasan, l'un des chefs des Emirs étrangers qui s'étaient révoltés contre l'autorité de Delhi. Les troubles de l'époque firent qu'au moment de la mort d'Hasan, en 1358, ses possessions élargies s'éten-
1. Sewell, Liste of Antiquities, II, p. 161. Firishta écrit : « Belal et Krisna Nayak unirent leurs forces avec les troupes de Mabir et Dvarsamudra, qui étaient précédemment tributaires du gouvernement du Carnatic » (Briggs, I, p. 427).
2. Epigr. Carn., IX, bn. 120. Le sultan de Madura est présenté comme « la hache de la plante grimpante de la prospérité des Ballâlas », S. K. Aiyengir, Sources of Vijayanagar History, p. 28.
3. Ibn Batoûtâ écrit: « Les habitants de Malabar payent généralement tribut au roi de Hanaur, craignant sa force sur mer. Son armée aussi compte environ 6.000 hommes. Ce sont des hommes de race brave et guerrière. Le roi actuel est Jamal-ud-din Mohammed ibn Hasan. Il est le meilleur des princes; mais il est lui-même sujet d'un roi infidèle, dont le nom est Horaib (p. 370 du texte ). Horaib ou plus exactement Harib, n'est autre que Hari Hara. Lee, trad. d'ibn Batoûta, chap. XVII, p. 166; Epigr. Carn., VIII, 375, et X,
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daient de la Pen Ganga au nord, jusqu'à la Krishna au sud, et de Dabhol à l'ouest, à Bhonagir ou Bhongir à l'est. Leurs ambitions étant portées sur les mêmes terrains, les Bahmanides et les rois de Vijayanagar se combattirent férocement les uns les autres; pendant plus de deux siècles, les deux puissances rivales luttèrent pour l'hégémonie du Deccan, perpétrant les plus horribles crimes, comme nous l'avons vu dans un précédent chapitre. Hari Hara eut à repouspousser, en 1352, une terrible invasion d'Alauddin Hasan Bahman Shah ; il lui céda une portion de son territoire, qui, selon Firishta, s'étendait au sud jusqu'au fleuve Tungbhadra et « au voisinage du fort Adoni ». Hari Hara divisa l'empire en provinces qu'il confia à des membres de la famille royale et des vice-rois dont de longs et fidèles services avaient prouvé la loyauté1. Hari Hara mourut vers 1353 et fut remplacé par son frère Bukka qui acheva de construire la cité de Vijayanagar et par ses conquêtes étendit considérablement ses domaines1. Il fut si puissant que les inscriptions le désignent comme le maître des océans de l'est, de l'ouest et du sud et la terreur des Turushkas, des chefs du Konkan, des Andhras, des Gurjars, des Kambhojas et des
1. Epigr. Carn., IX 59. Hari Hara et Bukka exercèrent ensemble la souveraineté sur le royaume, et leur autorité directe s'imposait aux territoires du nord et du centre des domaines Hoysala (Archaelogical Suruey Report of India, 1907-1908, p. 237, note 2); Kampa administrait l'Udayagiri-Bajya (les districts actuels de Cadapa et de Nellore) {Nellore Inscriptions, II, p. 789, n° 28); Marappa gouvernait l'Araga ou Male-Rajya (Canara du nord et Shimoga actuels) (Epigraphia Carnalica, VIII, sb 375); cependant que le ministre, Hadapada Gantarasa, dirigeait une autre province importante (Epigraphical collection for 1901, n° 57).
1. Il délivra de l'ennemi une centaine de cités royales et régna sur un empire achevé dans ses sept parties. Lewis Rice, Mysore and Coorg from ihe Inscr., yd. 46, p. 113.
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Kalujas. Ces épithètes louangeuses, si exagérées qu'elles soient, prouvent cependant qu'il fut un souverain remarquable. Il envoya une mission à Tai- Tsu, empereur Ming de Chine1; il engagea des guerres, que Firishta relate avec des détails fastidieux, contre Mohammed Shah et Mujahid Shah, souverains contemporains de la dynastie Bahmani. Tolérant et libéral, Bukka opéra même la réconciliation des Jains et de leurs persécuteurs les Vishnouites; il convoqua les chefs des deux partis, et plaçant les mains des Jains dans celles des Vishnouites il ordonna que chacune des deux sectes exerçât son culte avec une égale liberté. «Cette ordonnance du roi fut proclamée dans diverses villes, afin que des relations amicales s'établissent entre les adeptes des sectes rivales dans l'empire2. »
Hari Hara IL ■ — Après la mort de Bukka, en 1379, le sceptre passa aux mains de Hari Hara Ix, le premier roi de la dynastie qui assuma des titres impériaux et se fit appeler maharajadhiraj. Il dota des temples et se mit en mesure d'affermir ses vastes possessions. Sewell écrit qu'il aimait la paix et Vincent Smith dit que, tranquille du côté des musulmans, il consacra les plaisirs de son règne à consolider sa puissance dans toute l'Inde du Sud, y compris Trichinopoly et Kanchi (Conjeevaram)3. Mais les inscriptions nous
1. Bretschneider, Mediaeual Researches, éd. 1910, II, p. 222.
2. Lewis Rice, Mysore and Coorg from the Inscr., sb. 136, Ma 18. Une copie de ce décret existe encore à Kalya en Magdi Valuq. La date 1368 A. D. donnée par Lewis Rice pour cette réconciliation est inexacte. Hari Hara mourut vers l'an 1355 A. D. et eut pour successeur son frère Bukka, dont certains actes sont datés de 1355. Epigr. Carn., XII, p. 74 et cf. 522; ibid., XI, Cd. 1 et 2.
3. Sewell, A forgOllen Empire, p. 48; Smith, Oxford Hislory of India, p. 302.
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apprennent qu'en 1380, lorsque les Turushkas s'emparèrent du fort élevé d'Adoni1, le fils de Mallapa- Odeyar les défit et rendit la forteresse à Hari Hara. Les Turushkas réitérèrent leurs incursions, mais ils furent de nouveau vaincus. Afin de réaliser ses ambitions, il dirigea ses vues sur d'autres contrées du Sud, et les Keralas, les Taulavas, les Andhras et les Kutakas furent conquis par son général, Gunda, qui recueillit d'énormes butins2. Comme son prédécesseur, Hari Hara II fut tolérant. Une inscription datée de 1385, sur un pillier d'un temple Jaina, près de Kamalpura, en Vijayanagar, nous en fournit la preuve. 11 mourut le 30 août 1404.
Son fils semble lui avoir succédé pour un règne de tort courte durée. Après lui vint Deva Raya, mais ses droits lui furent disputés par un autre fils de Hari Hara II, et ce n'est qu'en novembre 1406 qu'il fut définitivement établi sur le trône. Deva Raya eut à soutenir une guerre à outrance contre les Bahmanides, qui envahirent perpétuellement ses territoires. Firishta écrit que Firuz fut en guerres continuelles avec le Raja, et qu'il le contraignit un jour à donner sa fille en mariage au Sultan - — soumission abjecte à laquelle un Hindou ne se rendait qu'en cas de complète impuissance3. La paix fut achetée au prix de l'honneur. Mais cette pesante rançon ne satisfit point Firuz, qui prit ombrage de ce que le Raja
1. Adoni est dans le district de Bellary, sur la route de Bangalore à Secundarabad (Imp. Gaz., V, p. 24).
2. Lewis Rice. Mysore and Coorg from the Inscr., p. 115; Kg. 33, Ck 15, Bl 3; ibid., p. 226.
3. Nous n'avons sur ce mariage que le témoignage de Firishta. Le silence du Burhan-i-Maasir est surprenant; il nous fait douter de l'existence de cette alliance, qui, pour un chroniqueur musulman, eût été un événement important.
ne l'eut point accompagné jusqu'à son camp lorsqu'il vint à Vijayanagar pour la célébration des noces. Les dernières années de Firuz furent assombries par les soucis et les peines; son fils et héritier Hasan fut écarté du trône par son frère plus ambitieux, Ahmad Shah, qui accapara l'autorité. Deva Raya mourut en 1410. son fils Vijaya Raya lui succéda, et après un règne de neuf ans fut remplacé par Deva Raya II : celui-ci fut un infortuné souverain, plusieurs fois vaincu par les Sultans Bahmani.
Deva Hayall (1419-1446). — Le successeur de Firuz, Ahmad Shah, ravagea les territoires de Vijayanagar, massacra sans pitié les femmes et les enfants et prit un plaisir sauvage à verser le sang hindou; ses victimes, dit Firishta, atteignirent le chiffre de 20.000. La guerre continua avec les Bahmanides et, vers 1442, le Raja se décida à prendre des mesures pour renforcer son armée. Impressionné par la supériorité de la cavalerie musulmane, il eut recours au dangereux expédient d'enrôler à son service des cavaliers mahométans, et respecta scrupuleusement leurs préjugés religieux. Quand, en 1443, la guerre éclata de nouveau, les musulmans lui infligèrent de cruelles pertes et l'obligèrent à payer tribut. Sous son règne, Vij ayanagar reçut la visite de deux étrangers, l'Italien Nicolo Conti et Abdur-Razzâq, un émissaire de Perse, qui laissèrent tous deux des observations précieuses sur l'empire de Vijayanagar.
Nicolo Conii. — Nicolo Conti visita le Vijayanagar vers l'année 1420 ou 1421. Il s'arrêta une vingtaine de jours à Cambaye, au Gujarat. puis se rendit à Vijayanagar qu'il décrit en ces termes :
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« La grande cité de Bizengalia est située dans le voisinage de montagnes abruptes. La circonférence de la cité est de 60 milles; ses murs escaladent la montagne et enserrent la vallée à leurs pieds, et son étendue en est ainsi augmentée. Dans cette ville on estime à 90.000 le nombre d'hommes prêts à prendre les armes.
« Les habitants de cette région épousent autant de femmes qu'il leur plaît, lesquelles sont brûlées avec leurs maris morts. Leur roi est plus puissant que tous les autres rois de l'Inde. Il a, personnellement, 12.000 femmes dont 4.000 le suivent à pied où qu'il aille, et sont employées uniquement au service des cuisines. Un nombre égal de femmes mieux équipées montent à cheval. Celles qui restent sont portées par des hommes dans des litières, parmi lesquelles 2.000 ou 3.000 sont choisies pour ses femmes, à la condition qu'à sa mort elles se brûlent avec lui, ce qu'on considère être un grand honneur pour elles. « A une certaine époque de l'année, leur idole est portée à travers la ville, placée entre deux chariots sur lesquels prennent place de jeunes femmes richement parées, qui chantent des hymnes au dieu, et accompagnées d'une grande foule de gens. Plusieurs, emportés par la ferveur de leur foi, se jettent à terre, devant les roues, afin d'être écrasés — genre de mort qui est très agréable à leurs dieux ; d'autres, se faisant une incision aux flancs et se passant une corde au travers du corps, se pendent au char en guise d'ornement, et ainsi suspendus et à moitié morts escortent leur idole. Ils considèrent ce genre de sacrifice comme le meilleur et le plus agréable.
« Ils ont, trois fois par an, des festivités d'une solen-
nité spéciale. A l'une de ces occasions, les hommes et femmes de tout âge, après s'être baignés dans les rivières ou dans la mer, revêtent des habits neufs et passent trois jours entiers à chanter, danser et se réjouir. Pour une autre fête, ils fixent à l'intérieur de leurs temples, et à l'extérieur sur leurs toits, un nombre incalculable de lampes à huile de susimanni, dont les flammes sont entretenues nuit et jour. A la troisième fête, qui dure neuf jours, ils dressent sur toutes les grand'routes de grosses poutres, comme des mâts de petits bateaux, au sommet desquelles ils attachent des pièces de tissus merveilleux tout mêlés d'or. Sur chacune de ces poutres est placé chaque jour un homme d'aspect pieux, voué à la religion, capable de tout endurer avec une parfaite égalité d'âme, qui doit prier pour obtenir les faveurs de Dieu. Ces hommes sont assaillis par le peuple qui les lapide d'oranges, de citrons et autres fruits odoriférants, ce qu'ils supportent tous le plus patiemment possible, il y a encore trois autres jours de fête, pendant lesquels ils aspergent tous les passants, y compris le roi et la reine eux-mêmes, avec de l'eau de safran, placée sur le chemin à cette intention. Ceci est reçu par tous avec la plus grande hilarité. »
Abdur-Bazzâq à Vijayanagar. — ■ Vingt ans après Nicolo Conti, Abdur-Razzâq1, visita Vijayanagar;
1. ^ur Abdur-Razzâq, voir la relation détaillée du Matla-us- Sadain, Elliot, IV, pp. 105-120. La ville continua de prospérer jusqu'au jour où elle fut détruite par les musulmans. On en a le témoignage dans le récit des visiteurs étrangers. Abdur-Razzâq naquit à Hérat en 1413 ap. J.-C.I1 fut envoyé par » hah Roukh,roide Perso, en ambassade à Vijayanagar. Il mourut en 1482. Citons parmi ses nombreuses productions le Matla-us-Sadain, qui est une histoire de la Perse depuis le Sultan Abou Sa:d jusqu'au meurtre d'Aobu Saïd Gurgaon. Quelques passages en sont traduits par Elliot et Dowson,
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il arriva en 1442 et y résida jusqu'au commencement de 1443. Voici ses observations sur la cité et son Raja :
« T'n jour, des messagers vinrent me convoquer de la part du roi et dans la soirée je me rendis à la cour et offrit cinq chevaux magnifiques et deux plateaux contenant chacun neuf pièces de damas et de satin. Le roi était pompeusement assis dans la salle aux 40 piliers, et une grande foule de Brahmanes et autres se tenaient à sa droite et à sa gauche. Il était vêtu .d'une robe de satin zaiiun et il portait au cou un collier composé de perles très pures, de la plus haute perfection, qu'un joaillier aurait peine à estimer. Il était de teint olivâtre, maigre de corps, et plutôt grand. Il était excessivement jeune car il n'y avait qu'un fin duvet au bas de ses joues, et point du tout sur son menton. Tout son aspect était fort engageant. Quand je lui fus présenté, j'inclinai ma tête profondément. Il me traita avec bonté et me fit asseoir auprès de lui, et prenant l'auguste lettre de l'empereur il la tendit (aux interprètes) et dit : « Mon cœur est extrêmement touché de ce que le « grand roi m'ait envoyé un ambassadeur. » Gomme j'étais dans une abondante sueur à cause de la chaleur excessive et de la quantité de vêtements que je portais, le monarque eut pitié de moi et me favorisa d'un éventail de Khitay qu'il avait à la main. On apporta alors un plateau et on me donna deux paquets de bétel, une bourse contenant 500 fanams et à peu près 20 miskals de camphre, et, obtenant mon congé, je regagnai mon logis. L'approvisionnement
IV, 39-125. Edoardo Barbosa, qui voyagea aux Indes en 1516, parle du Vijayanagar comme étant de « grande étendue, fort peuplée, et le siège d'un commerce actif de diamants, de rubis du Pegu, des soies de Chine et d'Alexandrie, et de cinnabre, camphre, musc, poivre et bois de santal du Malabar », Lewis Rice, Mysore, I, 353.
quotidien qui m était adjugé comprenait deux moutons, quatre paires de volailles, cinq manns de riz, un mann de beurre, un mann des ucre, et deux varahas en or. Ceci arrivait chaque jour. Deux fois par semaine, j'étais convoqué dans la soirée, et le roi me posait différentes questions concernant le Khâkân-i-Sa'id, et chaque fois je recevais deux paquets de bétel, une bourse de fanams et quelques miskals de camphre. « De notre narration précédente, les lecteurs bien informés auront déduit que l'écrivain Abdur-Razzâq était arrivé à la ville de Bijanagar. Il vit là une cité excessivement vaste et populeuse et un roi d'une grande puissance et d'une grande autorité, dont le royaume s'étendait des limites de Sarandib à celles de Kulbarga et du Bengale au Malabar, soit sur un espace de plus de 1.000 parasanges. Le pays est, pour la plus grande part, bien cultivé et fertile; et à peu près 300 bons ports de mer lui appartiennent. Il y a plus de 1.000 éléphants, hauts comme des collines, et gigantesques comme des démons. L'armée comprend onze lakhs d'hommes (1.100.000). Dans tout l'Hindoustan, il n'existe point de rai plus absolu que lui. 11 a, pour les Brahmanes, une plus haute estime que pour les autres hommes. Le livre de Kalilaet Dimna, auquel rien n'est supérieur dans la langue persane, et qui parle d'un Rai et d'un Brahmane, est probablement la composition des sages de ce pays. La cité de Bijanagar est telle qu'aucun œil n'a vu ni aucune oreille entendu quelque chose qui lui ressemble dans le monde entier. Elle est bâtie de manière à avoir, l'une dans l'autre, sept murailles fortifiées. Au-delà du circuit du mur extérieur, il y a une esplanade, s'étendant sur 50 yards environ, dans laquelle des pierres sont fixées les unes à côté des autres, à hauteur d'homme: une moitié soli-
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dément enfoncée en terre, et l'autre moitié s'élevant au-dessus, de manière que ni cavalier, ni piéton, si audacieux soit-il, ne puisse approcher facilement le mur extérieur. Si quelqu'un désire trouver une ressemblance avec la cité de Hérat, qu'il entende que la fortification extérieure répond à celle qui s'étend de la colline de Mukhtar et du col des « Deux Frères » jusqu'au bord de la rivière et au point qui est situé à l'est du village de Ghizar et à l'ouest du village de Siban.
« La forteresse est de forme circulaire, située au sommet d'une colline et faite de pierre et de mortier, avec des portails solides où sont toujours postés des gardes habiles à la collecte des taxes (djezyât) La seconde forteresse occupe l'espace qui s'étend du pont de la Nouvelle-Rivière au pont de la passe de Kara, et de l'est du pont de Rangina et Jakan à l'ouest du jardin de Zibanda et jusqu'au village de Jakan. Le troisième fort comprendrait l'espace situé entre la tombe de l'Imam Fakhr-ud-din Razi au tombeau sacré de Mohammed Sultan Shah. Le quatrième se placerait entre le pont d'Anjil et celui de Karad; le cinquième entre les jardins de Zaghan et le pont du Jakan; la sixième entre la porte du Roi et celle de Firozabad; et la septième forteresse est située au centre des autres et occupe dix fois plus d'espace que le plus grand marché de Hérat. C'est là que se trouve le palais du roi. De la porte nord de la forteresse extérieure jusqu'à la porte sud, il y a une distance de 2 parasanges, et la même entre les portes est et ouest. Entre les 1 er,2e et 3e murs il y a des champs cultivés, des jardins et des maisons. De la 3e à la 7e enceinte, les bazars et les boutiques sont étroitement accolés les uns aux autres. Auprès du palais du roi se trouvent quatre bazars opposés les uns aux autres.
Celui qui s'élève au nord est le palais impérial ou demeure du Rai. A l'entrée de chaque bazar, il y aune arcade élevée et une magnifique galerie, mais le palais du roi est encore plus élevé que tous les autres. Les bazars sont très larges et très longs, afin que les vendeurs de fleurs, bien qu'ils placent de hautes étagères devant leurs magasins, soient tout de même capables de vendre des fleurs des deux côtés. Dans cette cité, on peut toujours trouver, fraîches, des fleurs au parfum délicat, elles sont même considérées comme un article nécessaire vu que, sans elles, on ne pourrait vivre. Les artisans ou négociants de chaque métier ont leurs boutiques rapprochées les unes des autres. Les bijoutiers vendent ouvertement leurs rubis, perles et diamants et émeraudes, dans le bazar.
« Dans cette charmante arène, où se trouve le palais du roi, il y a plusieurs sources et ruisseaux, coulant le long des canaux de pierre taillée, polis et égaux. A la droite du palais du Sultan se trouve le diwan-khana, ou bureau du ministre, qui est extrêmement vaste, et présente l'aspect d'un hall à 40 piliers ou chihil-satun; sur la façade court une galerie élevée, plus haute que la taille d'un homme, où les rapports sont conservés et où les scribes sont assis.
« Au milieu de ce palais, sur une haute estrade, est assis un eunuque appelé Daiang, et qui préside seul le divan. Au bout de la salle se tiennent, sur une ligne, les Ichobdars (huissiers). Tout homme qui vient pour quelque affaire passe entre les tchobdars, offre un petit présent et se prosterne la face contre terre, puis se relevant explique la raison qui l'a amené là, et le Daiang émet son opinion, selon les principes de justice adoptés dans ce royaume, et après quoi personne ne peut plus en appeler.
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«Dans ce pays, ils ont trois espèces de pièces faites d'un amalgame d'or; Tune, appelée varaha, pèse à peu près un mithkal et équivaut à 2 dinars; kopeki, la seconde, qui est aussi appelée pertab, est la moitié de la première; la troisième, nommée fanam, équivaut à la dixième partie de la précédente. De ces différentes pièces, le fanam est la plus utile. Ils coulent en pur argent une pièce qui est le sixième du fanam et qu'ils appellent iar. Cette dernière est aussi très utile dans le commerce. Une pièce decuivrevalant le tiers du tar est nommée diilel. Selon l'usage adopté dans cet empire, toutes les provinces, à une époque fixée, apportent leur or à l'hôtel des monnaies. Si quelque homme reçoit du divan une allocation en or, il doit être payé par le darab-khana. d
L'avènement d'une nouvelle dynastie. — Après la mort de Deva Kaya, qui se place vraisemblablement en 1449, ses deux fils Mallikarjuna et Virupaksha, lui succédèrent l'un après l'autre, mais ils étaient faibles et incapables de faire respecter leur autorité. Il en résulta une période d'intrigues, de troubles et de désordre à laquelle mit fin Saluva-Narasinha le noble le plus puissant du Garnatic et du Telingana1, qui usurpa le trône sous le règne de Virupaksha, avec l'excuse de vouloir préserver l'empire du démembrement2. Cet événement reçut le nom de
1. Lewis Rice, Mysore and Coorg from the inscriptions, p. 117.
2. Sewel écrit que l'usurpation eut lieu entre 1487 et 1490, A forgotten Empire, p. 98. Lewis Rice, qui se base sur les inscriptions, place l'usurpation en 1478, sous le règne de Virupaksha. Smith accepte la date de 1486 (Oxford History, p. 303). Le dernier rapport sur Virupaksha est daté du vendredi 29 juillet 1485. Le premier rapport où apparaît Saluva Narasinha avec ses titres impériaux est du 1er novembre 1486. L'usurpation doit évidemment se placer entre ces deux dates.
DÉSAGRÉGATION : i/EMPIRE DE VIJAYANAGAR 447
Première Usurpation. Narasinha s'appliqua à l'organisation administrative et réussit en peu de temps à rétablir le crédit financier. Ses ressources lui permirent de guerroyer dans le territoire tamoul, où il fit de brillantes conquêtes; mais il eut aussi à lutter contre le Sultan Bahmani, qui le vainquit et le força à demander la paix. Après la mort de Narasinha, ses possessions passèrent à son fils, Immadi-Narasinha, mais ce dernier fut assassiné en 1505 par son général, Naresa Nayaka, d'origine Tuluva, qui devint le fondateur d'une nouvelle dynastie. Ce fut la Seconde Usurpation.
Krishna Deva Paya, 1509-1530 ap. J.-C. — Le plus distingué des souverains de la nouvelle dynastie fut Krishna Deva Raya, qu'on dit être monté sur le trône de Vijayanagar en 1509 ap. J.-C. Son règne inaugura une nouvelle ère dans l'histoire du royaume, qu'il éleva à un degré de grandeur et de prospérité jamais encore atteint. Il fut l'un des plus puissants souverains de Vijayanagar, combattit vaillamment les musulmans du Deccan, et vengea les torts dont ses prédécesseurs furent victimes.
Le roi était un hem me capable, et beau de sa personne; les étrangers qui le voyaient l'admiraient pour ses perfections. Paes, qui l'a personnellement connu, en fait un panégyrique élogieux1.
Les Saluas étaient une famille de chefs dépossédés par les Bahmanis. Ils furent les alliés de Hari H ara quand il s'agit de chasser les musulmans du Sud; ils tinrent leurs quartiers généraux ô Chandragiri et professèrent la religion vishnouite; ce que confirment les inscriptions.
1. Firishta ne mentionne même pas le nom de ce roi. Mais I aes et Nuniz parlent tous deux de lui avec la plus vive admiration. 1 aes qui vit et connu1 le roi est certainement une autorité meilleure que Hiishta. 1 aes écrivit son réc it vers 1522 ap. J.-C, et Nuniz composa son résumé historique probablement durant les années 1535-1537. La relation de 1 aes se trouve dans A forgolten Empire de Sewell, pp. 246-47.
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« Le roi est de taille moyenne, de complexion robuste et de figure avenante, plutôt gras que maigre; il est marqué de petite vérole à la face. Il est le roi le plus respecté et le plus complet qu'on puisse voir, d'humeur joyeuse, très gai; il a la préoccupation d'honorer les étrangers, et les reçoit avec bienveillance, s'informant de leurs affaires, quelle que soit leur condition. C'est un grand homme d'état et see jugements sont équitables, bien qu'il soit sujet à des accès de colère subits. Voici son titre : « Grisce narao Macacao, roi des rois, seigneur des plus grands « seigneurs de l'Inde, seigneur des trois mers et de « la terre. » Il a ce titre parce qu'il est, par le rang, plus grand seigneur que les autres, en raison de ce qu'il possède en troupes et territoires, mais il me semble qu'en fait il n'a rien en comparaison de ce qu'un homme comme lui devrait avoir, tant il est vaillant et accompli en tout. *
L'histoire de cette période n'est qu'une longue suite de conflits sanguinaires entre puissances rivales, et c'est un peu d'eau dans le désert que le portrait de ce monarque cultivé et vaillant, au milieu de cette horde de tyrans.
Il n'existe point de souverain, parmi tous les gouverneurs du Deccan, Hindous ou musulmans, qui puisse être comparé à Krishna Deva Raya. Quoique appartenant lui-même à la secte vishnouite, il toléra les autres formes de religion et accorda entière liberté de culte. Selon les principes de la grande hospitalité orientale, il gratifia de ses bontés tous les étrangers sans distinction de race ou de religion, qui parlent de lui avec la plus grande admiration1. Il possédait
1. Ses propres contributions littéraires sont remarquables. On trouve ses maximes politiques dans un article de A. Rangaswami Saraswati, dans le Journal of lndian History, IV, part. III, 1926, p. 61-88.
un brillant esprit et le talent de la conversation, il était le centre des érudits et les inscriptions témoignent qu'il patronna grandement la littérature sanscrite et telugu; et. comme celle de Chandra Gupta Vikramaditya du nord, sa cour fut immortalisée par huit poètes célèbres, connus sous le nom de ashta diggaja1. Il se préoccupa toujours du bienêtre de ses sujets, et dans son désir de soulager les misères humaines il fut libéralement généreux. Sa grande opulence lui permit de doter des temples et des brahmanes, au point que sa charité fut célébrée dans tout le pays. Poli et affable en société, sagace et prévoyant en affaires, éloquent et instruit quand il écoutait les chants des poètes, digne et respectable dans ses solennités publiques, Krishna Deva était formidable à la guerre et humiliait parfois trop ses ennemis vaincus. Le talion était la règle ordinaire de conduite au xve siècle. Mais, ce faisant, il traduisait simplement l'esprit des sauvages méthodes de guerre qui ont trouvé leurs plus purs représentants dans les rois Bahmani. La loi du talion était la règle de conduite commun au xve siècle, et il est difficile d'adopter l'opinion de Sewell sur le traitement infligé par Krishna Deva Raya au prince musulman qu'il avait vaincu en bataille2. Sewell fait une excellente
1. Lewis Rice, Mysore and Coorg from the inscr., p. 119. Le roi lui-même composa des poèmes en sanscrit et en telugu. Mais aucune de ses œuvres en sanscrit n'a été conservée; seul un poème telugu, intitulé Amuklamâlyada ou Vishnuchitthiyamu nous est parvenu; on dit que c'est une œuvre excellente (Longhurst, Hampi Ruins, p. 20).
2. Sewell et Longhurst, se fondant sur Firishta, racontent qu'il envoya un message à Ismail Adil Shah, lui disant que s'il voulait bien venir lui baiser les pieds, ses terres et sa forteresse lui seraient rendues. Sewell, A (orgotten Empire, p. 122; Longhurst, Hampi ruins. p. 21
Inde 29
450 HISTOIRE DE L'iNDE AU MOYEN-AGE
description de la situation et de la personnalité du roi :
« Krishna Deva n'était pas seulement un monarque de titre; il était, en fait, un souverain absolu, d'une puissance étendue et d'une forte influence personnelle. Il était le réel souverain. Il était vigoureux physiquement et entretint sa force au plus haut degré pai de violents exercices du corps. Il se levait de bonne heure et développait tous ses muscles par le maniement des massues hindoues et de l'épée; il était bon cavalier, et doué d'une noble prestance qui impressionnait favorablement tous ceux qui entraient en contact avec lui. Il commandait en personne son énorme armée, et était intelligent, brave, et diplomate, et en toutes choses d'une grande douceur et générosité de caractère. Il était aimé de tous et respecté de tous. La seule ombre sur ce tableau est, qu'après sa grande victoire sur le roi mahométan, il devint hautain et insolent dans ses exigences1. »
Ses conquêtes. . — Tenant le sceptre solidement en mains, Krishna Deva se mit à élargir ses frontières par des conquêtes. L'une des premières expéditions du règne fut entreprise pour châtier Ganga Raja, le chef d'Ummattur (dans le district de Mysore), qui s'était révolté contre son seigneur et réclamait Penugonda, en tant que représentant de la dynastie Ganga. Toute la contrée fut soumise et les forteresses de Siva Samudrama1 et de Seringapatam furent prises par les armées de Vijayanagar. En 1513, elles s'em-