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Histoire du Moyen Age

L'histoire, renfermée dans les bornes parfois trop restreintes d'un précis, n'est souvent qu'un résumé froid et aride, dont la brièveté même exclut l'intérêt. Comment en effet, un récit sans développement, un tableau sans couleurs, un drame sans action pourraient- ils offrir l'attrait indispensable à toute œuvre qui doit avoir pour but de plaire autant que d'instruire? Or, l'histoire est a la fois un récit, un tableau et un drame. Pour la représenter sous ce triple aspect, il faut donc que les détails, les traits de lumière et la mise eu scène viennent tour à tour donner aux événements comme aux personnages la ressemblance, la couleur et la vie.

Ces qualités diverses, nous le reconnaissons, sont assez difficiles à réunir dans un livre pratique, destiné à l'enseignement, et dont le cadre est nécessairement peu étendu. Toutefois, en réduisant l'ensemble et les parties du sujet à de justes proportions, en les disposant d'après un plan simple et lucide, pour les traiter ensuite avec tout le soin convenable, on peut même, dans un ouvrage de ce genre, allier l'intérêt du récit à l'barmonie du tableau en même temps qu'à la forme dramatique de l'action. C'est dans l'espoir d'arriver à ce but que nous avons entrepris d'écrire l'histoire du Moyen-Age, sans nous dissimuler la double difficulté qu'un tel ouvrage présentait, à cause de la brièveté de la forme et de l'étendue même du sujet. Outre le vaste espace de siècles qu'il renferme, le Moyen- Age est une époque qui, après être restée longtemps ignorée, se dévoile a peine aujourd'hui, et dont 1 obscurité s' accroît encore parla confusion des événements qui la remplissent. Si nous n'avons pas reculé devant ces obstacles, c'est que, a côté de qualités réelles qui distinguent plusieurs précis

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sur l'histoire du Moyen-Age, on trouve eerlains défauts signalés par les personnes versées dans l'enseignement. Tantôt, c'est une disposition très-confuse qui, par l'ellet d'un fractionnement excessif, nuit à l'unité de l'ensemble aussi bien qu'à la bonne distribution des parties . Tantôt, c'est au contraire un ordre si méthodique et si absolu que, sous prétexte de synchronisme, il confond dans le dédale d'une fatigante nomenclature grands hommes et petits fait?, caractères obscurs et dates fécondes en mémorables souvenirs.

Ne pouvant rencontrer ailleurs ce que nous cherchions, nous avons essayé de réaliser nous-même l'œuvre dont nous avions conçu ridée. Notre intention a été d'écrire moins un ouvrage d'érudition, qu'un livre d'une lecture facile, où la continuité de Pintérct fût soutenue par celle du récit, et c'est pourquoi nous n'avons pas cru devoir eni recouper notre texte de notes explicatives, et de renvois Irop fréquents aux auteurs cités et aux sources bibliographiques. En outre, pour rendre l'action historique plus saisissante, nous nous sommes efforcé, ici, de dramatiser les événements; là, de les relever par des détails empruntés aux documents originaux; partout enfin, de les exposer dans un style dont nous n'avons exclu ni les images ni la couleur. En nous élevant ainsi au-dessus des formes souvent tropsimples du style adopté pour lesprécis, nousavons suivi les conseils de l'expérience ; car elle nous a depuis longtemps appris que rien ne se gravait mieux dans la mémoire qu une pensée ou un fait rendus sensibles par une expression figurée.

Quant à l'esprit du livre, nous avons également consacré nos soins àle rendre en tout point digne de l'objet que nous avions en vue. Ecrire pour la jeunesse, c'est exercer une sorte d'apostolat intellectuel qui a ses règles et ses devoirs. Ainsi, pour les questions religieuses qui tiennent une place si importante dans l'histoire du Moyen-Age, nous ne nous sommes jamais écarté des doctrines que l'Eglise enseigne, et dont le respect traditionnel n'est nullement incompatible avec le langage mesuré, mais impartial, de l'historien véridique. Afin de développer surtout le germe des sentiments généreux particulièrement propres au jeune âge, nous avons mis en relief les traits de vertu, de courage et d'héroïsme, de manière à faire de l'histoire un livre de morale pratique qui pût, en éclairant l'intelligence , don-

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ner au cœur de nobles inspirations. Le môme motif nous a porté à nous étendre davantage sur certains personnages d'élite, tels que, par exemple, Charlemagne , Grégoire VII et Saint-Louis: glorieuses figures dans lesquelles se personnifie un siècle ou un principe, et que Dieu a marquées d'un signe lumieux, pour éclairer et conduire les peuples selon les vues de sa Providence.

Dans le choix et l'exposition des faits, mais surtout dans les jugements à porter sur leurs causes et leurs conséquences, nous avons pris pour base les autorités les mieux établies. Pour la solution de ces grands événements qui sont comme le nœud dramatique de Phistoire, nous avons cherché à éviter un double ecueil, l'abus des opinions trop exclusives, et les erreurs de l'esprit de système. Rejetant loin de nous ces théories dangereuses qui voudraient subordonner le sort de l'humanité à un aveugle fatalisme, ou bien à la force toute brutale des faits accomplis, nous admettons, il est vrai, dans une certaine mesure l'influence que les temps, les lieux, les intérêts et les passions des hommes peuvent exercer sur la vie des nations. Mais audessus de ces causes accidentelles, il faut reconnaître l'action d'une puissance supérieure, immuable, qui, selon les lois d'une divine sagesse, dirige à volonté les destinées humaines. C'est ce qu'on appelle, en histoire, se placer au point de vue providentiel; et en prenant pour guide un système d'interprétation consacré par les traditions morales et religieuses de tous les siècles, nous avons du moins la confiancede ne paségarerceux de nos lecteurs qui voudront bien nous suivre.

Paris, octobre Î8!»2.

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