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CHAPITRE XV

De l'Allemagne, sous Arnoul, et de l'Italie jusqu'à l'arrivée d'Othon le Grand. (888-952 — IXe et Xe siècles,)

Proclamé par les grands de la Germanie, Arnoul pensait d'abord réunir sous ses lois toutes les provinces de Charles le Gros; mais le consentement des seigneurs de France en faveur du comte Eudes lui fit abandonner sagement tout espoir de ce côté. 11 ajourna de même ses prétentions sur l'Italie, jusqu'à ce qu'il eût assuré la paix de la Germanie, à laquelle nous donnerons désormais le nom d'Allemagne. Le succès répondit à une modération si sage. Les Nor- 89.5. mands, deux fois repousses avec vigueur, furent enfin défaits près de Louvain dans une bataille où ils laissèrent deux de leurs rois et cent mille guerriers. Les Slaves furent arrêtés à leur tour dans les courses réitérées qu'ils faisaient sur les terres de l'Empire. Enfin le duc de Moravie, auquel Arnoul avait dû céder quelque temps auparavant la Bohême, se reconnut vassal et donna son lils en otage.

Dans cette dernière expédition, l'empereur demanda des secours aux Hongrois. Ce peuple habitait au VIIe siècle entre la mer d'Azof et le Volga, et portait le nom de Madgyares. Couvrat, qui fut leur troisième roi, étendit aussi son empire sur la Bulgarie. Asparouk , son fils, conduisit la nation entre la mer d'Azof et le Pruth, où elle fut soumise aux Khazares. Une invasion des Petchenègues , qui occupaient auparavant le pays entre l'Oural et le Volga, les contraignit à chercher de nouvelles demeures. Huit de leurs tribus se jetèrent sur la Dacie et sur la Pannonie orientale, qu'il soumirent (889,. Arpad. qui les commandait, prit le titre de vayvode, et choisit pour résidence Albe-Royale. On les appela Hongrois, c'està-dire étrangers. Après avoir aidé Arnoul à réduire les Moraves, ils se fixèrent en Avarie: mais ils devaient encore en sortir pour ravager plusieurs fois l'Allemagne et l'Italie.

Quand Arnoul eut assuré la paix de l'Allemagne, il reporta les yeux sur l'Italie. Guy de Spolète, chassé de France par l'élection et l'activité du roi Eudes . avait repassé les Alpes ; plus heureux contre Bérenger. il l'avait contraint par une victoire de se retirer dans son duché héréditaire de Frioul, et il s'était fait reconnaître, à Milan, roi des Lombards, dans une assemblée de seigneurs et d'évêques. Arnoul, appelé par Bérenger, qui lui avait rendu hommage en montant sur le trône, envoya d'abord une armée sous la conduite de Suentibold, son fils naturel, qu'il avait fait "oi de Lorraine : mais il fut battu. Alors Arnoul se transporta en personne au delà des Alpes. Berame fit résistance, et fut traitée de manière à ef-

ayer par son exemple les autres villes, qui se soumirent en effet. La mort de Guy rendit Arnoul maître du pays 5 mais loin de restituer la couronne à Bérenger,

entra dans Rome et se fit couronner, par le pape

Formose, empereur et roi d'Italie. 11 poursuivait

■bert, fils de Guy, et l'assiégeait dans Spolète,

quand une maladie, généralement attribuée au poison

e lui aurait fait donner la veuve du duc de Spolète,

le contraignit de retourner en Bavière. Il y mourut , après un règne assez court, mais glorieux, laissant l'empire à Louis, son fils, alors âgé de sept ans.

Le départ d'Arnoul et la mort de Lambert sans postérité, avaient laissé Bérenger sans rival. Mais les Hongrois, peu contents de la Transylvanie, que leur avait abandonnée Arnoul pour prix de leurs services, s'étaient jetés sur l'Empire : défaits dans un premier combat, ils remportèrent à leur tour une éclatante vie- 8(J.S. toire, à Augsbourg, sur l'empereur lui-même. La promesse d'un tribut détourna l'orage sur la Lombardie. Acculés sur la Brenta par Bérenger, ils ne demandaient que la permission de se retirer, et ne purent l'obtenir. Furieux et désespérés, ils marchent au combat, défont entièrement le prince et son armée, et, maîtres de la campagne, ravagent impunément l'Italie. Les peuples n'espéraient plus rien de Bérenger. La France et l'Allemagne, déchirées par les factions, ne leur offrant aucun secours, ils appelèrent Louis d'Arles, que nous avons vu succéder à son père Boson dans le royaume de Provence. Les Italiens commencèrent dès lors à mettre en jeu ce système d'avoir deux maîtres, pour les tenir en bride l'un par l'autre. Ils croyaient trouver ainsi quelque garantie pour leur liberté : ils n'en eurent qu'à souffrir davantage.

Après divers succès, selon qu'Adalbert, marquis de Toscane, se déclarait pour ou contre lui, le roi de Provence soumit à son autorité toute l'Italie. Beçu dans Rome , il y fut couronné empereur par le pape , qui J)()l . espérait se ménager un protecteur contre les Sarrasins. Ce peuple, qui ravageait sans cesse les provinces méridionales occupées par les Grecs, et les trois principautés de Capoue, de Bénévent et deSalerne, s'était fortifié sur les bords du Garillan , d'où il faisait des «•ourses continuelles dans la Terre de Labour et dans toute la Campanie jusqu'aux portes de Rome.

Louis régna quatre ans. Il laissa échapper quelques paroles qui firent craindre son ambition à Berlhe. veuve d'Adalbert, et aussitôt cette princesse forma une ligue contre lui pour rappeler Bérenger. Louis

1)05. fut surpris dans Vérone. Soit que son rival l'eût ordonné ou permis, soit même qu'il ne pût l'empêcher, on lui creva les yeux, et on le renvoya en Provence. Pendant dix ans, Bérenger demeura paisible possesseur de la Lombardie. 11 acheta la retraite des Hongrois, qu'il n'osa pas combattre une seconde fois. Lorsque le pape Jean X appela toute l'Italie contre les Sarrasins qui la dévastaient chaque année, il se rangea sous ses drapeaux avec les princes de Capoue et de Bénévent , les ducs de Naples et de Gaële, et les secours envoyés par l'empereur de Constanlinople, et

915. il contribua à la célèbre victoire que le belliqueux pontife remporta sur les bords du Garillan. Tandis que les vaincus rassemblaient à grand'peine les faibles débris de leur armée, Louis de Provence étant mort. Bérenger, en récompense de son utile concours, reçut à Borne, des mains du pape, la couronne impériale Mais il ne jouit pas longtemps de cet honneur. Les Hongrois venaient de prendre et de brûler Pavie. Dans leurs courses dévastatrices, ils avaient surtout envahi les biens des seigneurs qui s'étaient montrés les ennemis de Bérenger. On accusa ce prince de les avoir appelés lui-même, et une conspiration se trama contre sa vie. Maître des principaux conjurés, il aurait pu les punir-, mais il voulut les ramener par la clémence,

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