LETTKE CIRCULAIRE ET CONFIDENTIELLE
A Messieurs les curés et autres membres du clergé du diocèse de Québec
Québec, 18 décembre 1843, Monsieur le curé,
En vous transmettant notre Adresse au clergé et au peui^le du diocèse, nous sentons qu'il convient de vous inviter à la favoriser de votre appui, persuadé que c'est de là principalement que dépend le succès que nous, pouvons en attendre.
Nous ne doutons pas de votre zèle pour tout ce qui se rapporte au bien de la religion ; et nous sommes convaincu que vous comprenez, comme nous, quelle est, sous le point de vue religieux, l'importance, la nécessité même de notre entreprise, et combien elle doit contribuer à la gloire de l'Eglise dans ce pays. Nous avons donc la confiance que vous vous estimerez heureux de. travailler à en assurer le succès, autant par vos exhortations que par vos exemples ; et que vous ferez tous vos efforts pour engager les fidèles confiés à vos soins, à y contribuer avec vous.
D'un autre côté, l'expérience du passé répond du
zèle de notre peuple pour tout ce qui est beau, grand et
surtout religieux. Nous avons donc lieu d'espérer aussi
- qu'il s'empressera de répondre à l'appel que nous faisons
à sa générosité : surtout, lorsque vous lui aurez expliqué.
la uatiire de notre projet, et que vous lui aurez fait comprendre que c'est un établissement religieux que nous méditons.
Aux motifs puisés dans la religion, vous pourrez ajouter celui de la reconnaissance. Car si nous n'avons pas la présomption de croire que nous y ayons personnellement quelque titre, les évêques de Québec eu ont acquis qui ne sauraient être oubliés. C'est ici sans doute une occasion de publier le noble emploi qu'ils ont toujours fait des biens que la Providence avait mis à leur disposition ; de dire à votre peuple ce qu'ils ont fait pour le soulagement de l'humanité souffrante, pour l'avancement de la religion et de l'éducation dans ce pays ; de lui apprendre enfin que c'est à eux que le Canada est redevable d'un grand nombre de ses plus belles institutions. Par là vos pfiroissiens comprendront qu'ils sont invités à aider un bienfaiteur, un père qui ne vit que pour eux, et qui se trouve épuisé pour avoir fait du bien à ses enfants. Ainsi la reconnaissance unira sa voix à celle de la religion, pour répondre à notre invitation : et la maison de l'évêque de Québec sera le monument impérissable de la piété et de l'amour de sou peuple.
Nous ne vous parlons point dans notre Adresse du mode que vous pourrez adopter pour en ftiire connaître le contenu à vos paroissiens ; nous le laissons entièrement à votre discrétion ; nous contentant de vous dire
qu'ayant considéré l'œuvre dont il s'agit comme assez
— réimportante sous le rapport de la religion, pour faire un appel aux sentiments religieux du peuple, nous ne regarderions pas comme déplacée la publication que vous feriez de cette Adresse dans votre église. C'est là en effet qu'il vous sera plus facile de vous faire entendre^ et surtout de faire sentir l'utilité, la nécessité même de notre entreprise, et les raisons qui doivent engager tous les fidèles du diocèse à y contribuer généreusement.
Nous ne nous dissimulons pas la détresse qui pèse sur le pays : nous regrettons aussi de nous voir dans l'oblioation d'aller demander une contribution à un peuple appauvri par une longue suite de mauvaises années. Mais toutes les ressources ne sont pas épuisées : et ce que nous demandons à chacun est bien peu de chose. Et puis la charité n'est pas éteinte dans le cœur de ceux à qui nous nous adressons ; cette charité qui multiplie les biens, parce que Dieu la bénit, et lui rend toujours avec usure. Or, après Dieu, c'est dans la charité des fidèles et du clergé du diocèse que nous avons mis notre confiance : et cette grande ressource ne trompera pas nos espérances.
Pour faciliter aux personnes de la campagne le moyen de contribuer, nous vous prions de recevoir de ceux qui ne pourraient donner de l'argent, toute espèce d'effets,, comme on fait à la quête de l'Enfant-Jésus. Ces effets seraient vendus à la criée par vos soins; et le produit de cette vente, joint au montant des contributions en argent, nous serait transmis comme il est dit dans
l'Adresse au clergé et au i^euple. Ce mode de souscription nous a été suggéré par des ecclésiastiques trop dignes de notre confiance pour que nous omettions de vous en faire part.
D'autres, à l'avis desquels nous avons aussi raison de nous en rapporter, nous ayant représenté que, dans plusieurs paroisses, celles surtout où les églises ont un revenu plus que suffisant pour subvenir aux frais du culte divin, on sacrifierait volontiers à la bonne œuvre qui nous occupe, la prochaine quête de l'Enfant-Jésus, nous avons fait part de cette idée à Monseigneur de Québec: et Sa Grandeur a bien voulu permettre cet emploi, partout où les marguilliers et les paroissiens y donneront leur assentiment. Mais comme ce sont des contributions purement volontaires que nous demandons, nous voulons que lors même que cette quête nous serait accordée, chaque paroissien demeure libre de donner pour nous ou pour l'église de sa paroisse.
Au reste, soit que le produit de cette quête nous soit donné, comme une offrande de votre fabrique ; soit que votre zèle vous porte à en faire une particulière, pour recueillir ce que chacun de vos paroissiens voudra bien nous donner, nous nous flattons que vos marguilliers se feront un plaisir de vous prêter assistance, comme ils ont coutume de le faire dans les quêtes qui se font pour l'église : et nous vous prions de leur en faire une invitation particulière de notre part.
Vous recevrez avec la présente lettre, plusieurs exemplaires de notre Adresse au clergé et au ])euple, dont vous voudrez bien disposer en faveur de vos principaux paroissiens.
Eecevez l'assurance de la bien parfaite estime avec laquelle nous sommes,
Monsieur le curé,
Votre très humble et très obéissant serviteur.
ADEESSE Au clergé et aux fidèles du diocèse de Québec
Messieurs et Très Chers Frères,
Xous vous annonçons, et vous apprendrez sans doute avec plaisir, que Monseigneur l'évêque de Québec vient de compléter l'acquisition d'un terrain, qui doit remplacer celui qu'un de ses prédécesseurs, pressé par les circonstances où se trouvait alors l'épiscopat, consentit à aliéner, en le cédant au gouvernement provincial. Quoique cette cession ait été inévitable, parce qu'elle était le seul moyen d'assurer une subsistance honnête à l'évêque diocésain, il était néanmoins à regretter de voir sans demeure à lui propre, le chef de la plus ancienne Eglise de l'Amérique du Nord, de celle dont il sera question de faire la métropole d'une province ecclésiastique, en quelque temps qu'elle soit formée.
D'un autre côté, il n'était pas moins à regretter que l'évêque se trouvât obligé d'occuper dans le séminaire des appartements qui, quoique les plus commodes, les seuls mêmes qu'on pût mettre à sa disposition, sont loin cependant de lui offrir, ainsi qu'à ses prêtres, un logement convenable. On sait d'ailleurs que le séminaire, pour laisser à l'évêque l'usage de ce logement, se trouve réduit à un état de gêne dont il est à souhaiter qu'il soit délivré.
C'est pour obvier à ces inconvénients, qui sont connus d'un bon nombre d'entre vous, que Monseigneur de Québec a voulu faire l'acquisition dont nous venons de parler; et il l'a faite d'autant plus volontiers qu'elle lui permet de placer sa demeure épiscopale dans le voisinage de la cathédrale, et aussi près que possible du séminaire diocésain, avec lequel l'évêque doit nécessairement avoir des rapports journaliers.
■Il est maintenant de mon devoir de vous expliquer le vrai but de la présente adresse, et de vous faire comprendre pourquoi vous entendez aujourd'hui une autre voix que celle de votre premier pasteur.
C'est au prix de très grands sacrifices que Monseigneur l'évêque de Québec a acf[uis le terrain dont il est question. Ces sacrifices, il les a faits, vous le savez, à la suite de bien d'autres qu'il s'est imposés pour la construction du séminaire de Nicolet, qui réclame encore son assistance ; pour élever à ses propres frais, dans une partie peu fortunée de cette ville, une maison spacieuse
où se trouvent quatre écoles florissantes; pour aider puissamment (par une somme de pas moins de £1250 courant) à l'érection d'un vaste édifice dans le faubourg Saint-Koch, où les jeunes personnes du sexe recevront une éducation solide et chrétienne ; enfin pour encourager d'autres institutions du même genre, et d'autres œuvres d'utilité publique, tant dans la ville épiscopale que dans d'autres endroits du diocèse. Aussi, n'est-ce qu'au moyen d'emprunts dont les remboursements ne pourront ni justement ni convenablement se différer, que Sa Grandeur sera en état de payer le prix de son acquisition. Les choses en étant ainsi, nous avons compris que le digne prélat doit inévitablement se borner à acquitter les dettes qu'il se trouve obligé de contracter ; et nous n'avons pas hésité à nous charger du soin de pourvoir à la construction de la maison épiscopale, que le terrain acquis doit recevoir.
Incapable cependant, à raison de la modicité de nos ressources, d'atteindre par nous-même le but que nous nous proposons, nous nous voyons dans la nécessité de recourir à la générosité du clergé et des fidèles du diocèse, sur laquelle l'expérience du passé nous a appris à compter avec assurance. Mais, comme nous voulons que leur participation à cette œuvre leur soit aussi peu onéreuse que possible, nous ne demandons à chacun que la modique contribution de cinq schellings. Nous nous flattons que si tous ceux à qui leurs moyens permettent de sacrifier cette légère somme, veulent bien
se rendre à notre appel, nous pourrons, sans recourir à de nouvelles contributions, construire un édifice qui sera un monument impérissable de l'attachement qui unit les catholiques du Canada à leurs évêques.
Au reste, quoique nous ne demandions à chacun que la faible souscription d'une piastre, nous ne prétendons point mettre de bornes à la libéralité de ceux qui voudraient donner davantage. Mais si nous recevons de plus fortes sommes avec reconnaissance, nous n'en accueillerons pas avec moins de gratitude de plus modiques de la part des personnes qui ne pourraient donner celle que nous demandons, sans préjudicier au bien de leurs familles.
C'est encore pour rendre moins onéreuse la souscription de ceux qui aimeraient à donner davantage, que nous n'en demandons pour le moment que la moitié : le paiement du reste pouvant se différer jusqu'au mois de novembre de l'année prochaine (1844). Comme nous prévoyons que nous n'aurons de paiements à faire aux entrepreneurs de l'édifice (dont nous espérons pouvoir jeter les fondements dès le printemps prochain), qu'à mesure que les ouvrages s'exécuteront, nous avons pensé qu'on pouvait sans inconvénient retarder d'une année le paiement d'une partie de cette souscription.
Ce serait une satisfaction pour nous que de pouvoir exposer le plan de l'édifice projeté aux yeux de ceux qui s'intéressent à sa construction. Mais nous trouvant
dans l'impossibilité de le faire, au moins pour le moment, nous nous bornons à dire que cet édifice devra renfermer des logements assez spacieux pour recevoir le clergé du diocèse, surtout en certaines occasions où il ne serait pas j Qste de mettre à contribution l'hospitalité qui a toujours si éminemment distingué le séminaire de Québec. D'ailleurs les amis de notre projet (et nous. croyons pouvoir dire qu'ils sont en grand nombre) ont à cœur que nous élevions un édifice dont la grandeur, la solidité, l'apparence même fassent honneur au pays ainsi qu'à la religion, à la gloire de laquelle il ne peut manquer de contribuer.
Si nous en appelons» aux sentiments religieux des fidèles du diocèse pour les engager à procurer une demeure convenable à leur premier pasteur et à ses aides dans le gouvernement de son diocèse, nous désirons que ceux qui contribueront à cette bonne œuvre, trouvent dans la religion la récompense que leur zèle leur aura méritée. C'est pourquoi nous nous engageons, avec l'assentiment de Monseigneur l'évêque de Québec, à pourvoir à ce que, dès que les fondements de l'édifice seront jetés, le saint sacrifice de la messe soit célébré une fois chaque mois, à perpétuité, pour les bienfaiteurs de l'évêché, au rang desquels seront toujours comptés ceux qui auront contribué à l'érection de la maison épiscopale.
Outre cette fondation, que nous ne regardons que comme l'accomplissement d'un devoir de stricte justice,.
nous voulons que les noms de ceux qui auront répondu à notre invitation, soient consignés dans un registre sons le titre de leurs paroisses respectives ; en sorte qu'il puisse être facile de connaître non seulement la contribution de chaque paroisse, mais encore celle de chaque paroissien en particulier. Mais pour que nous puissions mettre cet engagement à exécution, nous prions Messieurs les curés et autres personnes qui voudront bien se prêter à recueillir les contributions, d'en tenir, autant que possible, un état exact, et de le transmettre avec les sommes reçues. Nous les prions aussi de ne pas omettre d'expliquer si les sommes envoyées forment le montant entier ou une partie seulement des contributions, afin que nous sachions sur quels fonds nous pouvons compter pour l'achèvement de l'édifice.
Quant au moyen de nous faire parvenir les contributions de chaque paroisse, nous désirons que l'on adopte celui qui a été établi pour la transmission des aumônes recueillies pour l'œuvre de la Propagation de la Foi, sauf qu'à Québec elles seront remises soit à Monsieur le curé soit au secrétariat de l'évêché.
En terminant cette adresse, nous vous prions, messieurs et très chers frères, de joindre vos prières aux nôtres, pour obtenir que Dieu bénisse l'œuvre que nous entreprenons pour sa gloire et pour l'honneur de notre
pays.
P.-F., Evêque de Sidyme.
Québec, 18 décembre 1843.
Mgr Turgeon fut non seulement l'âme de cette entreprise, mais il en ordonna jusqu'aux moindres détails. C'est lui qui tenait tous les comptes, achetait les matériaux, engageait et payait les ouvriers au jour le jour; tous les ouvrages se faisant à la journée, il eut une masse d'affaires sur les bras, sans parler de la correspondance qu'il était obligé d'avoir avec les curés qui ne restaient pas oisifs non plus, et qui stimulaient de leur mieux le zèle et la charité de leurs paroissiens. Nous ■avons entre les mains ces comptes entièrement écrits de la main du prélat ; ils commencent le 9 janvier 1844 pour les recettes et le 16 pour les dépenses. On s'occupa d'abord à démolir la masure restée debout sur le terrain Harkness et à faire préparer la pierre de taille que l'on fit venir de la Pointe-aux-Trembles. Et au premier de mai il s'agit de prendre possession, pour la raser, de la maison Baby où demeuraient encore, comme ■elles en avaient le droit jusqu'à cette date, mademoiselle Marguerite de Lanaudière et sa nièce mademoiselle Josephte Baby (1). Ce ne fut pas une petite affaire que de s'emparer de cette forteresse, car la garnison ne voulait pas se rendre et surtout ne voulait pas sortir.
Mademoiselle de Lanaudière, alors âgée de soixante •et neuf ans, était une femme remarquable par son esprit, mais aussi par ses originalités. Son neveu, M. de Gaspé, en parle au long dans ses Mémoires, ainsi que de son
(!) Madame Baby était morte le 27 janvier précédent.
autre tante Agathe (1), " que la famille appelait Charlotte Corday ". Les deux sœurs, très bonnes et très charitables du reste, étaient d'un caractère despotique ; dignes nièces, comme le dit M. de Gaspé, des deux héroïnes de Verchères, elles avaient des goûts belliqueux ; quand elles passaient les vacances à leur campagne de Saint- Vallier, " dompter des chevaux fougueux était un de leurs passe-temps les plus agréables ". Mademoiselle Marguerite s'était donc mise en tête, on ne sait pourquoi, de ne pas quitter la maison Baby au jour convenu où on la priait de le faire, et elle restait sourde à toutes les prières et à toutes les sommations, qui ne lui furent pas ménagées.
On comprend facilement l'embarras des nouveaux propriétaires, qui d'un côté ne voulaient pas manquer de courtoisie envers ces dames, et d'un autre côté n'avaient aucunement l'envie de se plier à leurs caprices. Dans un conseil de guerre, il fut décidé de se rendre maître de" la place en faisant attaquer par la base le côté le plus faible de la muraille et en le faisant tirer ensuite par le sommet de manière à le faire tomber tout d'une pièce. Le plan réussit à merveille. Au jour fixé et au moment où les demoiselles de Lanaudière et Baby se
(]) Mademoiselle Agathe mourut au manoir de Saint- Vallier et fut inhumée le 1er mars 1838, dans l'église de la paroisse. Le manoir existe encoi'e et jusqu'en 1892, il était la propriété de la famille du shérif Chs Alleyn, marié à une demoiselle De Gaspé.
croyaient à l'abri de toute surprise, un craquement épouvantable ébranla la maison, le pignon s'écroula en entier dans la rue, rendant toute défense et un plus long séjour impossible.
Il fallut bien céder à la force majeure et il ne resta plus aux assiégées qu'à se retirer avec les honneurs de la guerre. Mademoiselle de Lanaudière vécut jusqu'à l'âge avancé de quatre-vingt-deux ans. " Elle g, mené, dit M. de Gaspé, une vie retirée pendant les dix à quinze ans qui ont précédé sa mort, ce qui n'empêchait pas les gouverneurs et les personnes éminentes voyageant au Canada, de visiter cette vieille et dernière relique d'une génération maintenant éteinte ".
Après avoir quitté la maison Baby, elle alla demeurer dans la rue Saint-Louis. " Lorsque la frégate française La Capricieuse visita les parages du Canada... le commandant de Belvèse ne manqua pas de rendre visite à mademoiselle de Lanaudière ; la conversation roula principalement sur la France : sujet très intéressant pour la vieille Canadienne ; mais elle finit par lui dire : " nos cœurs sont à la France, mais nos bras à l'Angleterre". (Mémoires de M. de Gaspé). Il est certain que dans ces anciennes familles si l'on conservait quelque amour pour la France, on en avait bien peu pour les Français. Il a fallu l'arrivée de La Capricieuse et les strophes de Crémazie pour réveiller un sentiment qui dormait dans les cœurs et jeter un voile sur les injustices €t les mépris dont le souvenir cuisant n'était pas effacé.
Pour Marguerite de Lanaudière, si son frère Charles lui avait souvent parlé de la France qu'il avait servie, ses beaux-frères De Gaspé et Baby en leur qualité de tories de la plus belle eau l'avaient plus souvent entretenue des gloires de l'Angleterre.
Au reste les horreurs de la révolution française eurent une immense influence sur les opinions et les prédilections des Canadiens, et l'i^s familles nobles, qui avaient continué d'aimer la France des Eois, malgré ses fautes, détestaient cordialement la France de Robespierre et même de Bonaparte. Aussi faisait-on volontiers, à la demande des évêques, des prières publiques dans toutes les églises du diocèse pour le succès des armes Britanniques et chantait-on force Te Beum pour célébrer leurs victoires.
L'éloquent appel de Mgr Turgeon ne resta pas sans réponse.
Les citoyens les plus haut placés se faisant collecteurs, se partagèrent toutes les rues de la ville, et bientôt apportèrent au trésorier général M. L. Massue d'abondantes souscriptions.
En tête des listes, on voit les noms de M. Eené- Edouard Caron, de l'honorable Philippe Panet. Le premier donna $200.00, le second $100.00. Les communautés religieuses se distinguèrent comme toujours par leur générosité. Le séminaire souscrivit $800.00, les L^rsulines $600.00, l'Hôpital-Général $300.00, l'Hôtel-Dieu $200.00. Québec donna en tout $5941.00. Plusieurs
prêtres firent preuve d'uu zèle admirable et multiplièrent leurs efforts pour le succès de l'entreprise, entre autres M. Alexis Mailloux, vicaire général, et curé de Sainte- Anne de Lapocatière. Nous en voyons la preuve dans un grand nombre de ses lettres que nous avons sous les yeux. Le 23 janvier 1844, il écrit à Mgr Turgeon pour le mettre au courant de tout ce qui s'est fait dans sa paroisse et dans les paroisses voisines. '■' J'ai, dit-il, quêté de la planche, j'en ai quatre cents de premier choix pour le salon de l'évêque, c'est pour cela que je l'ai demandée. Vous aurez de Sainte-Anne au moins cinquante louis. Votre Grandeur qui a eu la complaisance de me donner des détails sur l'entreprise voudra bien continuer de le faire, et croire que je serai au comble de mes joies si elle peut réussir ". Dans une autre lettre adressée à Mgr Signay : " J'ai su, dit-il, une bien plaisante anecdote sur le Père Courval. Il aurait dit à ses gens : j'ai demandé quelque chose à Monseigneur pour m'aider à bâtir une chapelle. Il m'a répondu d'attendre que j'eusse les moyens pour bâtir. Eh bien, mes frères, que Monseigneur attende qu'il ait les moyens pour bâtir son évêché ! "
Non moins aimables sont les lettres de M. Thomas Bédard, chapelain de l'Hôpital Général. " Si tous les curés, écrivait- il, avaient le même zèle que M. Mailloux, pour l'établissement projeté, malgré la misère du temps et mille circonstances qui atterrent nos Canadiens, vous recevriez assez pour bâtir deux évêchés comme celui que
vous allez commencer. Mais quelle que soit la sommequi vous sera remise, vous avez le témoignage et la preuve du respect et de l'estime que la plus haute société du pays porte à nos évêques. C'est une grande satisfaction pour les amis de l'épiscopat ". Et en envoyant à Mgr de Sidyme sa modeste mais généreuse offrande qu'il renouvela deux ans après, il disait : " Quant à moi, je puis assurer que personne n'est plus zélé ni plus dévoué que moi pour l'indépendance et l'établissement de nos évêques. Mais quand on est pauvre, il faut demeurer nul et humilié surtout dans des circonstances nationales comme celle-ci. Ce que je vous envoie est tout ce dont je puis disposer pour le moment ; mais si Dieu me prête vie, je ne me regarderai jamais comme quitte envers mes évêques ". En même temps, ce digne prêtre transmettait à Mgr Turgeou l'humble contribution des pauvres de l'Hôpital qui s'élevait à la somme de treize piastres, et qui dut toucher le cœur du prélat plus que ne pouvaient le faire les. plus riches dons des favorisés de la fortune.
On voit par la correspondance de plusieurs curés du diocèse que les années 1844 et 1845 ne furent pas des années d'abondance et que leurs paroissiens n'avaient pas les moyens de donner autant qu'ils l'auraient voulu quelquefois. Ailleurs ce furent d'autres circonstances qui empêchèrent les mains de s'ouvrir et de donner. Trois-Rivières, d'après M. le grand-vicaire Cooke (plus.
tard évêque) " était encore de mauvaise humeur, parce que le séminaire du district avait été placé à Nicolet ". Dans quelques endroits on comprenait difficilement que l'évêque pût avoir besoin d'argent, et M. Dumoulin l'un des prêtres qui s'intéressa davantage au nouvel évêché écrivait à Mgr Turgeon pour lui faire part de l'indifférence d'un certain nombre de prêtres et de laïques pour le succès de cette entreprise. " Je me propose, disait-il, de faire moi-même autant qu'il me sera possible, car je crains fort que Votre Grandeur ne se trouve dans de grands embarras... J'insisterai auprès de mes confrères, pour les convaincre que la plus grande partie de cette œuvre devrait être celle du clergé ". La souscription personnelle de M. Dumoulin prouva combien il était sincère ; elle fut de $340.00 et celle de sa paroisse $226.00.
Cependant les travaux furent poussés avec activité dans l'été de 1844, sous la direction et la surveillance de l'architecte M. Thomas Baillairgé, qui avait fait les plans du palais épiscopal. Tout alla si bien que le 25 août, on procéda à la pose de la pierre angulaire. Voici un compte-rendu de cette cérémonie pris dans un journal du temps :
" Dimanche, après les vêpres, a eu lieu la bénédiction de la pierre angulaire de l'oratoire épiscopal. Après un sermon prêché par Mgr de Sidjme, les clergés de la cathédrale et de Saint-Patrice, se sont réunis procès-
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sionnellement au lieu du palais en construction, où une plateforme qui couvrait toute l'étendue de la bâtisse avait été dressée pour recevoir le clergé et le peuple. C'est là que Monseigneur l'archevêque les a rejoints et qu'il a fait la cérémonie d'usage. La foule était considérable et couvrait entièrement l'immense plateforme et les alentours. Des érables avaient été plantés autour du palais pour donner à la fête un aspect plus gai, plus vivant, plus naturel. La collecte s'est élevée à plus de quarante louis. "
Voici l'iuscriptiou que l'on plaça sous la pierre angulaire :
Hic Lapis angularis
archiei:)iscopalis domus
cujus sedificationis impendium cleri fideliumque
diœcesis suscepit liberalitas Gregorio XVI Eomanam sedem
occupante, JosephoSignay hancce archiepiscopalem
Quebecensem ecclesiam régente,
Petro Flaviano ïurgeon Episcopo Sidymensi
Coadjutore
Régnante in Anglia Victoria la
Provinciam Canadfe Unitam nobili Equité
Carolo Théophile Metcalf gubernante
Positus est A. D. MDCCCXLIV, die XXV Augusti
Le 25 novembre de la même année, Mgr ïuraeon adressa aux curés du diocèse la lettre suivante qui fait parfaitement voir où les choses en étaient rendues et
qui montre qu'il restait encore beaucoup à faire et beaucoup à donner pour que l'entreprise pût être menée à bonne fin :
Monsieur le curé,
Lorsque, le 18 décembre de l'année dernière, nous vous invitions ainsi que vos paroissiens à contribuer à la construction d'une maison épiscopale, nous vous donnions à entendre que, quand il serait question de former une province ecclésiastique dans le Canada, l'église de Québec en serait la métropole. Aujourd'hui la lettre pastorale de Monseigneur notre archevêque va vous annoncer officiellement que ce projet a reçu son entier accomplissement. Vous en inférerez sans doute avec nous qu'il n'en devient que plus urgent de procurer au premier dignitaire ecclésiastique des possessions britanniques de l'Amérique du Nord une demeure qui soit en rapport avec son rang élevé. En effet, vous comprendrez sans peine combien il importe que l'archevêque puisse recevoir dans sa propre maison, outre les membres de son clergé, non seulement les évêques ses suffragants, mais encore les évêques des provinces inférieures, qui, d'après la bulle d'érection de la métropole, devront assister aux conciles de la province ecclésiastique.
Nous croyons devoir vous informer que les ouvrages de maçonnerie de l'édifice ont été conduits jusqu'à peu près aux deux tiers, mais qu'il s'en faut de beaucoup
que nous en soyons encore rendus à la moitié des dépenses que nous avons à faire. Le coût de ce qui a été fait jusqu'à ce jour va atteindre et peut-être même dépasser la somme de £2500. Or, notre recette ne se montant pas à plus de £2385, il s'ensuit que les contributions non rentrées, et celles des fidèles qui n'ont pas encore pris part à l'œuvre, nous sont d'une absolue nécessité pour achever le palais archiépiscopal. Il importe surtout de pouvoir poser le toit et les croisées de l'édifice dans le cours de l'été - prochain, pour n'en pas exposer les murs, pendant deux hivers consécutifs, à l'inclémence de notre climat.
Nous ne vous importunerions pas de nouveau sur ce sujet, non plus que vos paroissiens, si les ressources actuelles de l'archevêché pouvaient nous venir en aide ; mais vous savez que Monseigneur l'archevêque s'est chargé du paiement de la somme de £5900 que coûte le terrain sur lequel se construit l'édifice ; et nous pouvons vous assurer que Sa Grandeur est loin d'avoir effectué le remboursement des emprunts qu'elle a été forcée de faire pour payer une somme aussi énorme.
En vous adressant la présente, notre dessein n'est pas de faire un nouvel appel à la générosité des membres du clergé et des fidèles qui ont déjà répondu amplement à notre première invitation. Si nous vous faisons connaître les circonstances où nous nous trouvons aujourd'hui, c'est dans l'unique but de faire rentrer les souscriptions qui ne sont pas encore acquittées, et de
réclamer en faveur de notre œuvre les sympathies de ceux qui n'y ont pas encore contribué ou qui ne l'auraient fait que faiblement, eu égard à leurs moyens. A cet effet, nous croyons qu'il serait à propos de rappeler de nouveau à vos paroissiens le contenu de notre adresse du mois de décembre dernier, persuadé qu'avec quelques mots d'encouragement de votre part, elle ne saurait manquer de stimuler leur zèle pour une entreprise qui doit contribuer à la gloire de la religion et à l'honneur du pays. La lettre pastorale de Mgr l'archevêque vous fournira pour le même but des motifs puissants dont vous pourrez faire usage avec efficacité. Le temps n'est pas encore venu de faire connaître la part de chaque paroisse dans la recette dont nous venons de mentionner le montant, puisque nous n'avons reçu d'un certain nombre d'entre elles que de simples h compte. — Il n'est pas cependant hors de propos de vous informer qu'il nous est venu d'une des plus petites paroisses du diocèse (elle ne compte que 500 commumiants) une somme de £62-11 ; qu'une autre, plus populeuse, à la vérité, ne donnera pas moins de £100 ; qu'une troisième fournira £80 ; et que trois ou quatre autres donneront de £50 à £60. Si les informations que nous avons reçues jusqu'à présent ne nous permettent pas, pour le moment, de citer de la même manière un plus grand nombre de paroisses, nous osons nous flatter que vos nouveaux efforts, fortifiés par les
quelques exemples qu'il vous sera loisible de mentionner, si vous le trouvez bon, multiplieront tellement le nombre des bienfaiteurs de l'archevêché, que nous pourrons reprendre nos travaux, le printemps prochain, avec l'espoir de les continuer sans interruption.
Au reste, cette entreprise est l'œuvre de Dieu : le clergé du diocèse ne cessera pas de la regarder comme digne de toute sa sollicitude. Si donc votre contribution personnelle ne nous est point encore parvenue, nous ne croyons pas devoir vous en renouveler la demande ; mais nous nous réjouissons de ce que la récolte de cette année, meilleure, sans contredit, que celles des années précédentes, va devenir la mesure de votre libéralité, comme elle le sera de celle de vos paroissiens.
Nous sommes bien aise do, vous dire que, cette année, comnje l'année dernière. Monseigneur l'archevêque permet que la quête de l'Enfant-Jésus soit faite pour le même objet dans toutes les paroisses où les marguilliers et autres paroissiens y donneront leur assentiment, supposé que l'état des affaires de la fabrique n'y mette aucun obstacle. Cette permission regarde surtout les paroisses où l'on n'aurait pas pu profiter de celle de l'année précédente.
Nous croyons devoir vous renouveler la recommandation que nous vous avons déjà faite de vouloir bien tenir, autant que possible toutefois, une liste exacte des souscripteurs et des sommes souscrites, laquelle nous
sera transmise avec les sommes qui auront été déposées entre nos mains.
Eecevez l'assurance des sentiments de parfaite estime avec laquelle nous sommes,
Monsieur le curé,
Votre très humble et très obéissant serviteur, -f P. -F., Evêque de Sidyme.
Les travaux furent continués, l'année suivante, mais les désastreux incendies (1) qui dévorèrent l'église de Saint-Koch-de-Québec, avec près de trois mille maisons, furent une épreuve terrible pour Mgr Turgeon, en venant ajouter aux nombreux soucis que lui causait nécessairement la construction de la maison épiscopale. Sans compter qu'il se vit obligé de faire appel à la charité des fidèles du diocèse qui dans un grand nombre de paroisses, où la collecte de l'évêché n'avait pas encore été faite, se trouvaient sollicités pour deux œuvres en même temps, ce qui nuisit infailliblement aux deux.
La lettre suivante de Mgr Signay le fait bien voir ; elle répondait évidemment à une demande d'argent de la part de son coadjuteur.
" S'il est question du palais épiscopal auquel je suis bien éloigné d'être indifférent, Votre Grandeur me trouvera toujours disposé à faire ce que l'on peut raisonnablement espérer de mes ressources pécuniaires,
(1) 28 mai et 28 juin 1845.
après le gros déboursement que j'ai fait à l'aide d'emprunts pour acquérir le terrain où est commencé et déjà avancé l'édifice en question.
" Personne n'ignore que, quand j'ai bien voulu me charger d'une telle dépense et de tels emprunts pour lesquels mes propriétés sont engagées, c'était à la suite des déboursements considérables que j'avais faits pour le séminaire de Nicolet, pour la maison d'école de Prèsde-Ville, pour l'école des Frères et pour celle des Sœurs à Saint-Eoch.
" Je sais que Votre G-randenr s'est réservé exclusivement la construction du dit palais épiscopal. Mais les circonstances où notre cité s'est trouvée à la suite des incendies de nos faubourgs, ont paralysé de beaucoup les ressources sur lesquelles on pouvait raisonnablement compter pour achever cette année (1846), les ouvrages commencés. C'est aussi ce qui m'engagea, l'été dernier, à faire un nouvel emprunt de mille louis pour venir en aide à Votre Grandeur, dans les travaux les plus urgents qu'il y avait à faire pendant cette dernière saison.
" Dans un pareil état de choses, soyez persuadé, Monseigneur, qu'il m'est pénible de voir que Votre Grandeur ne peut pas certainement compter de recevoir de ma part une aide suffisarite pour la mettre en état d'acheter tout de suite le palais épiscopal commencé. Mais enfin, comme il est assez ordinaire pour les grands •édifices, on pourra faire graduellement pour celui-ci,
autant que les moyens le permettront, comme Votre Grandeur elle-même me le disait, lorsqu'elle proposa cette grande entreprise ".
Mgr Signay avait d'autant plus de mérite en cette affaire que s'il n'avait écouté que ses goûts et ses aspirations, elle n'aurait jamais été commencée de son vivant. Mais une fois la permission donnée, il y contribua avec une générosité vraiment admirable. C'est ainsi qu'à différentes reprises et à mesure que le coadjuteur en avait besoin, il lui donna des sommes importantes qui s'élevèrent, pendant la construction du palais, au montant de $7,298.00.
Les retards apportés à cette œuvre à laquelle il se donnait tout entier, causèrent un si vif chagrin à Mgr Turgeon, qu'il en tomba malade et que ses amis craignirent sérieusement pour sa vie. Aussi s'empressèrent-ils de trouver le seul remède qui piit le guérir. Quelques-uns d'entre eux, se faisant les interprètes d& leurs confrères, présentèrent une requête à Mgr Signay, pour qu'il empruntât la somme nécessaire à la continuation immédiate des travaux, et ils assurèrent le prélat qu'il pouvait compter sur la coopération cordiale du clergé pour le remboursement de cet emprunt. Cette requête était signée par MM. Chs Bédard, P. MacMahon, Chs-F. Baillargeou, C.-F. Cazeau, Z. Charest, r.-G. Loranger et Ant. Parent. " Nous sommes convaincus, disaient-ils, que la maladie dont Mgr Turgeon est affligé, résulte, en grande partie, du chagrin que lui
cause l'impossibilité où il est de pouvoir achever la bâtisse du palais archiépiscopal, où il espérait voir, à une époque rapprochée, le premier pasteur du diocèse, dans des circonstances plus favorables pour faire face aux nombreuses difficultés qui semblent devoir se multiplier de jour en jour. Nous craignons beaucoup que, s'il n'est pas donné à ce prélat quelque espérancede réaliser proraptement son projet, les inquiétudes qui le fatiguent et le minent, n'aient une influence funestesur son tempérament déjà si faible, et ne le conduisent peu à peu au tombeau ; ce qui serait un grand malheur pour la religion dans les temps difficiles où nous vivons ". On put voir à la retraite ecclésiastique de cette même année, que les sentiments de ces messieurs étaient bien sincères et que leurs promesses n'étaient pas illusoires. Les prêtres présents souscrivirent de suite la somme de $5,480.00 et les absents y ajoutaient bientôt ce qui manquait pour former la somme de S9,739.00. Nous publions à l'appendice J, K, L, M, tous les documents qui concernent cette souscription ; et en particulier les listes exactes que nous avons enfin pu trouver de tous les souscripteurs ecclésiastiques, et de toutes les paroisses avec l'offrande de chacun. Ces. listes n'ont jamais été publiées, et elles sont intéressantes puisqu'elles font connaître assez bien la richesse ou la générosité des uns et des autres à cette époque. Nous, donnons aussi les noms des principaux contracteurs et. ouvriers qui ont été employés à la construction du
palais épiscoj)al avec les sommes d'argent qui leur ont été payées pour leur travail ou pour les matériaux vendus.
Grâces aux nouveaux et grands sacrifices qui venaient d'être faits, l'ouvrage fut repris avec activité, et bien ■qu'il ne fût pas entièrement fini, l'archevêque Signay «et son coadjuteur purent prendre possession définitive ■de leur palais le 22 novembre 1847. " La bénédiction solennelle en" fut faite le même jour par l'évêque de ■Sidyme ". Si les maisons peuvent fêter leurs noces d'or, dans ce siècle où les noces de toute espèce semblent de plus en plus à la mode, ce sera donc le tour de l'évêcbé ■de Québec, le 22 novembre 1897. Mais aucun de ceux 'qui l'habitèrent les premiers ne sera là pour en raconter les origines et rappeler le souvenir de ces mille détails qui constituent l'histoire intime d'une maison ou d'une famille et qui en font le principal intérêt. Le personnel de la maison épiscopale se composait à cette époque des deux évêques ci-dessus nommés, et de MM. Chs-Félix Cazeau, Louis Proulx, Frs-Hilaire Belle-Isle et Edmond Lange vin. Nous consacrons dans un autre chapitre 'quelques pages à leur mémoire.
CHAPITEE QUATRIÈME
Affaires des lods et ventes Remise joar séminaire. — Jardin
du curé de Québec. — Embellissements au presbytère —
Concession par la fabrique Elargissement de la rue du
Parloir Coût de la construction du palais épiscopal
Déficit de $32,000.00 Il est comblé par la riche succession du curé de Eepentigny.
Le dernier compte payé par Mgr Turgeon pour la construction du palais épiscopal, porte la date du 1er juillet 1854. La maison était alors terminée et elle n'a pas notablement changé depuis. Elle a cent trentesept pieds de longueur avec une largeur de quarantedeux pieds, et de cinquante-quatre pieds au centre. Un belvédère la surmontait avant l'incendie de 1887 ; il fut alors détruit avec une partie du toit.
Cependant les terrains achetés de Madame Baby et de M. Stayner n'avaient pas l'étendue suflisante pour qu'on pût y placer les dépendances nécessaires au palais épis.copal, et Mgr Signay dut avoir recours à la générosité des messieurs du séminaire et leur demander une lisière de vingt pieds sur leur jardin. Ces messieurs, obligés de sauveorarder les intérêts de leur maison et voulant
d'un autre côté témoigner de leur respect et de leur dévouement à l'épiscopat, concédèrent, en s'en réservant la propriété, l'usage perpétuel de ce terrain sans exiger aucune redevance ou rente quelconque. Ils donnèrent aussi à l'évêque la permission de construire un chemin couvert conduisant du palais à la cathédrale et de fermer par une grille l'entrée de la rue du Parloir.
L'acquisition des propriétés Baby et Stayner avait donné lieu à l'ouverture des lods et ventes auxquels le séminaire avait droit en sa qualité de seigneur du fief Sault-au-Matelot. La question était assez difficile à régler, à cause du prix énorme que l'évêque avait été obligé de payer pour son achat ; le séminaire pouvait absolument exiger la somme de $4,686.65. On comprend que Mgr Turgeon eût de légitimes répugnances à faire une dépense aussi considérable ; il demanda une réduction et du délai, qu'il obtint de ses vénérables créanciers. L'affaire traîna en longueur jusqu'au 7 de juillet 1851, où les exécuteurs testamentaires de Mgr Signay payèrent en à compte une somme de deux mille piastres. Quant à la balance elle fut définitivement réglée le 18 avril 1868 par un acte passé entre la corporation archiépiscopale (1) et le séminaire, par lequel celui-ci " déclare que pour bonnes et valables considérations et spécialement par reconnaissance pour les grands services rendus au dit séminaire par feu Mgr
(1) Greffe du notaire E. Lemoine.
l'archevêque Turgeon et par reconnaissance pour le dévouement et les immenses services rendus au dit séminaire de Québec par le dit seigneur archevêque Charles-François Baillargeon, il abandonne et décharge gratuitement toute la dite balance de onze cent soixante et onze louis treize chelins et quatre pence, et décharge, par ces présentes, le dit seigneur archevêque et ses successeurs en office de toutes redevances quelconques dues au dit séminaire et créées en vertu des titres d'acquisition ci-dessus cités ". Cet important document est signé par Mgr Baillargeon, et par MM. M.-E Méthot, supérieur du séminaire, E.-A. Taschereau, 1" assistant, C.-H. Laverdière, IZ"'^ assistant, et Adolphe Legaré, procureur ... (1).
La rue du Parloir, qui, comme on l'a vu, n'était qu'une allée de vingt-cinq pieds de largeur, aurait demandé à entrer dans le jardin du curé de Québec, pour que les voitures pussent commodément circuler devant le palais épiscopal. Mais il paraît par les mémoires du temps que la fabrique n'avait pas du tout l'envie de sacrifier une partie de son terrain. On représente aussi
(1) Des lettres patentes d'amortissement ^^our le terrain de l'évêché en faveur de " The Roman Catholic Bishoi) of Québec and his suocessors ", furent obtenues du gouvernement le 3 février 1844. Registre N de l'achevêché, page 130.
Le 29 janvier 1845, l'évêque Catholique Romain de Québec, reçut des lettres patentes d'incorporation, l'autorisant à acqmérir des biens fonds dont le revenu annuel n'excédât pas £2,000 sterling.
le curé d'alors, M. Baillargeon, comme " sublimement imperturbable ", et on avait beau lui décocher des traits, aucun n'arrivait jusqu'à lui, " Mais le curé de Québec ! écrivait M. Léon Gingras, prêtre du séminaire, mais la fabrique de Québec ! voilà de gros Jean avec qui on ne badine pas ! leur proposer l'offrande d'un sacrifice serait chose inconvenante, ce serait un crime que de leur en parler ; aussi s'en est-on abstenu. Mais qu'en est-il résulté ? c'est que l'archevêque, au moment où je trace ces lignes a encore sous les yeux et à deux pas du beau portique de son beau palais, un mur on ne peut plus messéant, noir, sale, vilain"! Mais il y avait d'autres choses à embellir ou mieux à faire disparaître.
On aura peine à croire qu'à l'endroit où se trouve aujourd'hui la grille qui ferme l'avenue de l'évêché, tout près du presbytère, et ayant un pignon sur la rue Port-Dauphin, il y avait alors une étable à l'usage des animaux domestiques du curé de Québec! C'était déjà le beau temps de l'industrie laitière 1 " Si du moins," écrit encore M. Léon Gingras (1), ou faisait partir la maussade étable qui s'aperçoit des fenêtres de l'archevêché du côté du presbytère, le mal semblerait encore supportable. L'évêque, du moins, n'aurait pas à souffrir du matin au soir ... des odeurs qui s'en
(1) Lettre à M. J. Marcoux, missionnaire au !<ault-Saint- Louis, 16 octobre 1849. L'étable dont il parle se trouvait à vingt-cinq pieds de la façade de l'évêché. Elle était construite en bois.
exhalent constamment. Mais non, cette dégoûtante demeure d'êtres à deux cornes et sans doute de quelquesuns aussi à deux grandes oreilles et à cri grognard, est encore là ! " Hâtons-nous de dire que ce triste édifice n'y resta pas longtemps. On voit qu'en 1850, la fabrique décida de construire une aile en pierre de taille au. nord-est du presbytère, pour servir de cuisine, et un nouveau mur jusqu'à la porte coohère du palais épiscopal. La vieille muraille dont parle M. Gingras et qui séparait le terrain du curé d'avec celui de l'évêque,. fut aussi rasé eu partie à la même époque et surmontée d'une balustrade en bois construite aux frais de l'évêché. Ou comprend que l'étable ne pouvait subsister plus longtemps au milieu de ces améliorations et l'on dit même que celui qui l'avait fait bâtir (AI. Baillargeon dont les goûts rustiques étaient fort prononcés), fut le premier à en demander la destruction. " Le flot qui l'apporta recule épouvanté ".
Les choses en restèrent là jusqu'à l'année dernière, 1895 ; à la demande de Mgr Bégin, et grâce à M. le curé Faguy, dont la bienfaisante influence est toujours du côté des idées généreuses et progressives, les marguilliers de la cathédrale ont consenti très volontiers et à l'unanimité à céder une lisière de vingt-cinq pieds pour élargir l'avenue de l'évêché. Le presbytère luimême a bénéficié de cette amélioration, la cuisine extérieure a disparu pour rentrer modestement sous terre où elle n'en existe pas moins, et l'on a profité de la.
circonstance pour faire à tout l'édifice une toilette qui lui donne un aspect monastique et classique à la fois, tout à fait digne du distingué titulaire qui l'habite et de ses intelligents et dévoués vicaires. Ajoutez à cela les nouvelles barrières et l'élégante balustrade qui couronne la muraille séparant les deux emplacements, avec une façade d'ordre dorique, du côté du séminaire, et vous aurez l'ensemble des quelques embellissements dont le besoin se faisait sentir et qui ne sont que le complément du monument qui fera l'honneur de l'évêque qui l'a élevé, comme du clergé et des fidèles qui l'ont si généreusement payé (1).
Les souscriptions réunies des communautés religieuses et des paroisses de la ville et de la campagne avaient
donné la somme de.. $15,474 43
Le clergé 9,739 00
Monseigneur Signay 7,298 00
Monseigneur Turgeon 400 00
Grand total §32,911 43
Les dépenses faites par Mgr Turgeon, de 1844 à 1854, furent de $40,237.00. Il y eut donc un déficit de
(1) Une autre amélioration qui s'impose depuis longtemps, ce serait de faire disparaître tout l'informe et horrible bloc de maisons situées enti-e l'archevêché et le bureau de poste et de donner ainsi une largeur convenable à la rue Port-Dauphin. On demandait déjà cette réforme en l!:'34, comme on le voit dans le guide de Hawkins. Les choses ne vont pas vite à Québec !
$7,325,57. Ajoutons à cela le prix énorme du terrain qui avec les lods et ventes s'élevait à $25,(100, et l'on arrive à constater que l'évêché actuel a coûté $65,837.00. Différence totale entre les recettes et les dépenses $32,925.57.
Les évêques de Québec avaient été trop généreux et trop charitables pour que la Providence les abandonnât écrasés sous le poids de cette dette (1), et elle suggéra à un riche curé du district de Montréal l'excellente idée de faire son testament en leur faveur. C'était M. Louis- François Parant, curé de Eepentigny. Enfant de Québec, où il était né le 4 mars 1778, il avait fait ses études au séminaire de cette ville, et avait reçu l'ordre de la prêtrise le 19 décembre 1807. Il fut successivement vicaire à la Rivière-Ouelle, à Saiut-Joseph-de-la-Beauce, aux Trois-Pivières et à Bouclierville ; puis missionnaire de 1806 à 1809 à Pichibouctou. Alors il desservit la cure de Saiut-Henri-de-Mascouche jusqu'en 1831. Enfin après une année de repos, il fut curé de Pepentigny jusqu'à sa mort arrivée le 1er juin 1850.
Né dans la même ville et la même année que Mgr Signay, on comprend que, malgré la distance des lieux et des positions, les rapports avaient toujours été assez intimes entre l'évêque et le curé, et celui-ci était toujours fort bien reçu quand il venait au séminaire de
(1) Mgr Panet à lui seul avait donné $32,000.00 pour la construction du séiBÏnaire de Nicolet ! Et qui pourrait dire tout ce que donna Mgr Signay?
Québec. Monseigneur avait mille délicates attentioua pour lui à cause de leur ancienne amitié sans doute, mais aussi à cause des ressources financières du curé de Eepentigny. Plusieurs curés à cette époque avaient de riches revenus, des dîmes abondantes, et Saint-Henri-de- Mascouche et Eepentigny étaient du nombre (1). Il y avait relativement peu de pauvres à secourir, moins de besoins qu'aujourd'hui à soulager, et M. Parant, grâce à son grand esprit d'économie, avait pu réaliser une fortune relativement considérable. Il ne put résister aux engageantes propositions que lui fit l'archevêque de Québec, et, par son testament olographe du 10 mars 1847, il le nomma son légataire universel, en lui laissant de beaucoup la plus large part de ses biens. Comme pour mettre le comble à sa générosité, il ne survécut que trois ans et mourut le 1er juin 1850, à l'âge de 72 ans, quelques mois seulement avant Mgr Signay.
L'inventaire qui fut fait des biens de M. Parant,
(I)Le fait suivant en est la preuve. Depuis que l'évêque de Québec avait un coadjuteur, c'est-à-dire, depuis la conquête, ce coadjuteur recevait pour sa subsistance, le tiers ou une part déterminée sur les revenus d'une des paroisses du diocèse. C'est ainsi que Mgr d'Esglis avait une pension de 300 minots de blé sur la cure de Varennes. Plus tard, ce fut le curé de Mascouche qui eut l'honneur, sinon le plaisir, de partager son revenu avec l'évêque ; et en 1819, on voit que M. Parant envoie $1200.00 à Mgr Plessis, ce qui fait un joli tiers de dîme. Saint-Roch-des-Aulnaies fut la dernière paroisse sur laquelle était prélevée la pension du coadjuteur. M. Têtu, l'oncle de l'auteur, s'était engagé par écrit à payera Mgr Turgeon, le tiers de la dîme reçue.
prouva qu'il laissait une fortune de 874,200.00. Par son testament il léguait 813,200.00 au Séminaire de Nicolet, 81,600.00 au Séminaire de Québec, 8600.00 aux Sœurs Grises de Saiut-Boniface, 82,300.00 aux demoiselles Defoy, ses nièces, 81,400.00 à sa ménagère, 8200.00 aux pauvres de la ville de Québec, et 8200.00 aux pauvres de Eepentigny et de Mascouche.
Ces legs réunis formaient la somme de 819,500.00. Il donnait ensuite 83,200.00 (prix d'une maison et d'une terre à Eepentigny) à l'évêque de Québec pour le maintien des missions du diocèse. " Quant au résidu de mes autres biens, lit-on dans le testament, ...je donne et lègue tel résidu à Mgr Joseph Signay... pour le soutien du nouveau ixdais éinscopal ". Or ce résidu s'élevait à la jolie somme de 851,500.00.
M. Parant fut donc l'un des plus grands bienfaiteurs, et, l'on peut dire, la providence de l'évêché de Québec. Son portrait y est conservé et on lui a donné dernièrement une place d'honneur qu'il a richement méritée. Nous sommes heureux de pouvoir rappeler le souvenir de cet homme de bien. Que sa mémoire soit éternelle ! Elle durera plus longtemps que les legs de ce généreux donateur (1).
(1) L'évêché avait aussi hérité en 1848, de madame Marie- Louise Dubois, veuve en premières noces de F.-X. Corneau, et en secondes noces de Joseph Deblois. D'après quelques notes laissées par M. l'abbé Edmond Langevin, cette succès sion, une fois les charges acquittées,avait une valeur de $6,000.
CHAPITEE CINQUIÈME
Notices sur MM. Harkin, Cazeau, Belle-Isle, Proulx, Langevin, Ferland Les sous-secrétaires M. Thomas Roy,
pensionnaire Visite de Son Excellence Mgr Bedini
Ephémérides Conciles, etc M. Honoré Lecours. —
M.Edouard Bonneau M. Napoléon Laliberté — Mgr
Bolduc Mort de Mgr Turgeon.
Comme nous l'avons vu plus haut, le jour où Mgr Signay prit possession du palais ëpiscopal, il avait à sa suite, outre son coadjuteur Mgr Turgeon, les abbés Cazeau, Proulx, Belle-Isle et Langevin. Quelques jours après, M. P.-H. Harkin leur fut adjoint, et nommé procureur de l'évêché, aumônier des hôpitaux militaires et desservant de la Pointe-à-Puizeau, plus tard Saint- Colomban-de-Sillery. M. Harkin était né en Irlande, le 26 novembre 1810. Arrivé en Canada à l'âge de six ans, il fit ses études à Nicolet, fut ordonné prêtre en 1838 et nommé vicaire à Saint-Roch-de-Québec, puis missionnaire à Sherbrooke, poste qu'il occupait encore quand il fut appelé au palais épiscopal. Après la mort de Mgr Power, archevêque de Toronto, en 1848, il fut envoyé pour administrer les affaires temporelles et
spirituelles de la cathédrale de cette ville, et s'en revint reprendre son poste à l'arche vêché de Québec, en 1850, après l'intronisation de Mgr Charbonnel. Il s'acquitta de ses fonctions de procureur avec succès et dévouement jusqu'en 1855, où il fut nommé définitivement curé de Sillery, qu'il desservit jusqu'à sa mort arrivée le 29 novembre 1873. Dans son testament, il léguait la somme de cent dollars à la corporation épiscopale.
M. l'abbé Cazeau qui était au service des évêques de Québec depuis Mgr Plessis en 1825, remplissait les fonctions de secrétaire en 1847. Ceux qui l'ont connu, savent quelle était son habileté dans l'expédition des affaires, sa bonté de cœur, sa charité sans bornes, et quels services il a rendus à l'Eglise de Québec. Toujours prêt à payer de sa personne, on le vit le premier à l'œuvre pour soigner les cholériques, recueillir les orphelins du typhus, secourir les victimes des incendies, recevoir avec l'exquise politesse qui le distinguait les nombreux étrangers qui venaient au palais épiscopal, enfin se multiplier pour promouvoir toutes les entreprises généreuses et tous les intérêts religieux. Nous n'entreprendrons pas de raconter ici la vie de cet homme admirable, mais nous l'avons si bien connu que nous tenons à jeter quelques fleurs sur sa tombe vénérée et à rappeler de nouveau une mémoire qui. Dieu merci, est vivante encore dans bien des cœurs. Avec quelle affabilité il nous reçut nous-même, quand, simple et timide ecclésiastique, nous avons franchi pour
la première fois le seuil du palais épiscopal, que depuis nous n'avons pas quitté ! Au reste plus on était petit, plus on était pauvre, et plus il était aimable et prévenant. Travailleur infatigable, remplissant à lui seul •des charges qui gemblaient exiger plusieurs titulaires, ayant une correspondance extraordinairement étendue, chargé d'un chapelinat laborieux, obligé de recevoir une foule de visites, quelquefois des riches plus souvent des pauvres, mêlé à une multitude d'affaires avec le gouvernement, l'abbé Cazeau était en même temps un ■ecclésiastique modèle, d'une parfaite régularité, ne manquant jamais à ses exercices de piété, et avec tout cela d'une gaieté de caractère et d'une amabilité de conversation qui faisaient les délices de ceux qui ont eu le bonheur de vivre avec lui. Quant à nous nous déclarons franchement qu'il est difficile de trouver un meilleur prêtre et un homme qui ait autant travaillé et travaillé si bien. Depuis sa mort, en 1881, nous ne croyons pas avoir passé un seul jour sans penser à lui. Il était comme l'âme du palais épiscopal, secrétaire des évêques Plessis, Panet et Signay, vicaire général des seigneurs Turgeon, Baillargeon et Taschereau, il était la tradition authentique et vivante de six épiscopats, et la connaissance intime qu'il avait des hommes et des choses de cette période d'un demi-siècle en faisait un véritable trésor d'expérience et de conseil (1).
(1) La vie de Mgr Cazeau se trouve racontée clans " Souvenir du Jubilé Sacerdotal de Mgr C.-F. Cazeau en 1880" et
M, Francois-Hilaire Belle-Isle, l'assistant de M. Cazeau, au secrétariat, était depuis son entrée dans l'état ecclésiastique en 1828, le secrétaire intime de Mgr Signay, qui l'entourait d'une affection vraiment paternelle et l'honorait de toute sa confiance. D'un extérieur agréable, poli comme son chef de bureau, il était aussi très bien vu des membres du clergé et de tous ceux qui s'adressaient à lui. Cependant, quand Mgr Signay donna sa démission en 1849, l'abbé Belle- Isle quitta le palais qu'il n'avait habité que deux ans, et Mgr Turgeon qui, tout en appréciant ses qualités, ne trouvait plus sa présence nécessaire, le nomma vicaire à Lotbinière, puis à Cacouna et à Saint-Henri, plus tard curé de Sainte-Marguerite, de Sainte-Hénédine et enfin de Beaumont. Curé jusqu'à la fin de sa vie de cette dernière paroisse, il mourut à l'Hôtel-Dieu, le 30 avril 1844, à l'âge de 44 ans. Il était né à Deschambault. Il fut inhumé dans l'église de Beaumont. Quand ses restes furent transportés de l'Hôtel-Dieu, au débarcadère ils furent escortés par Mgr de Tloa, les honorables MM,
dans une autre brochure intitulée " In memoriam'\ On peut lire dans pette dernière une remarquable notice biographique écrite par l'honorable M. Chauveau, l'un des plus intimes amis de l'illustre défunt. On y voit aussi les lettres et les télégrammes de condoléances adressés de partout et qui prouvent combien Mgr Cazeau était connu et estimé par les personnages les plus éminents de l'étranger comme du Canada.
Taché et Chabot, M, le grand vicaire Cazeau et un grand nombre de prêtres et de laïques.
Les archives de l'archevêché conserveront le nom de l'abbé Belle-Isle, et ceux qui les étudient bénissent sa mémoire, car tous les documents et les cahiers laissés par lui sont marqués au coin de l'ordre, de la méthode, -et de la belle et bonne écriture.
Quand M. Louis Proulx entra à l'évêché en 1847, il avait déjà occupé nombre de postes importants dans le diocèse. Ordonné prêtre à Boucherville en 1828, on le voit professeur au collège de Saint-Hyacinthe, directeur pendant quatre ans au collège de Sainte-Anne, curé de Saint-Pierre-les-Becquets et de Saint-Jean-Deschaillons, puis, en 1835, de Saint-Antoine-de-Tilly. Chose assez singulière, il ne se croyait pas à sa place dans le saint ministère qu'il exerçait pourtant si bien. D'une conscience timorée, il crut qu'il vaudrait mieux pour lui vivre au milieu de confrères, et en 1841, il demanda comme une grande faveur à Mgr Signay de lui permettre de quitter sa cure pour aller au séminaire partager les travaux de son ami Cazeau. " Cette demande, écrivait-il, n'est pas le fruit de l'ambition, mais du désintéressement et du désir de sauver mon âme avec moins de danger." Logé comme il l'était, l'archevêque ne put se rendre aux vœux de ce digne prêtre ; mais il était entendu que, les circonstances devenant plus favorables, l'abbé Proulx serait appelé auprès de lui. C'est ce qui eut lieu dans l'automne de 1847, où il
■quitta sa cure de Saint-Antoine pour entrer à l'évêché, espérant y trouver, dans un travail plus en rapport avec ses goûts littéraires et ses qualités oratoires, une satisfaction et une paix qu'il n'avait pu trouver ailleurs. Mais il y a des épines jusque dans les palais épiscopaux,et il est certain que M, Proulx s'était fait une peinture trop belle de la vie en commun et du charme des relations ecclésiastiques. Pour bien goûter toutes les douceurs qu'offre la vie chez les autres, il est bon de ne pas avoir connu celles que l'on savoure en vivant chez soi. L'abbé Proulx n'était pas au bout de ses épreuves, et la démission de M. C.-F. Baillaro-eou en 1850 lui en
apporta de nouvelles, car la voix publique l'appela de suite à le remplacer à la cure de Québec. Convaincu de sa haute capacité, l'archevêque n'eut aucune peine à se rendre aux désirs des fidèles, et malgré les répugnances et les humbles représentations du nouveau titulaire, il n'hésita pas à lui confier le soin de la première paroisse du diocèse. Orateur éloquent, il est peu de prédicateurs qui aient eu autant de succès que lui dans la chaire de la cathédrale. Ecrivain, assez correct, M. Proulx publia un grand nombre de lettres dans la presse (1) pour défendre les intérêts religieux du pays. Ses rares talents, unis à une grande tendresse de cœur et à une véritable
(1) Il signait "Marteau" et aussi " Un ami de la religion ". Son principal écrit est intitulé " Défense de la religion et du sacerdoce en réponse à la presse socialiste ", brochure reproduite du Journal de Québec de février et mars 1850.
piété, faisaient de M. Proulx l'un des membres les plus distingués du clergé de Québec. Cependant les circonstances furent encore défavorables à la tranquillité de son âme trop sensible. Obligé de défendre les intérêts matériels de son église et de lutter contre les syndics de la nouvelle paroisse de Saint-Patrice, il éprouva, au milieu des contrariétés nécessairement inhérentes à ces sortes d'affaires, une telle fatigue et un tel chagrin de tous les jours, comme il le dit lui-même, qu'il en arriva à supplier l'archevêque d'accepter sa démission et de le renvoyer curé à la campagne. C'est ce que le prélat se vit obligé, bien à regret, de faire au 1er octobre 1851, où M. Proulx fut nommé à Sainte- Marie-de-la-Beauce, paroisse qu'il desservit jusqu'à sa mort arrivée le 6 juillet 1871 (1).
Pendant les vingt ans qu'il y demeura, entouré de l'amour et de la vénération de ses paroissiens, comme de l'amitié et du respect de ses confrères, il se trouva dans un milieu plus en harmonie avec sa nature et son tempérament, et il put exercer en paix autour de lui l'influence que lui donnaient la variété de ses connaissances et l'éloquence de sa parole.
Pour terminer ces courtes notices sur les premiers
(1) Quatre vicaires généraux et cinquante prêtres venus de partout assistaient à ses funérailles. M. Proulx était vicaire général depuis 1867. Il aurait sans doute été nommé bien auparavant, n'eût été sa résolution exprimée par lui-même de refuser cet honneur.
hôtes du palais épiscopal, il nous reste à parler de M. l'abbé Edmond Langevin, qui venait d'être ordonné prêtre quand on fit l'inauguration solennelle de l'évêché en 1847. Il fut successivement sous-secrétaire, assistant-secrétaire en 1849, et secrétaire en 1850. Après le départ de M, Harkin, en 1855, il le remplaça à la procure eu même temps qu'il continuait de gérer les affaires du secrétariat. M. Langevin a été, toute sa vie, pieux, charitable, pauvre volontaire et ami des pauvres. Il s'est littéralement donné et dépensé au service des évêques e^ de toutes les œuvres qu'ils lui confièrent, et l'on ne saurait exagérer la somme de travail qu'il s'imposait de lui-même, travaillant toute la journée et sans relâche, et prolongeant ses écritures très tard dans la nuit, souvent sans avoir pris aucune recréation.
Il semblait avoir fait vœu de ne jamais se reposer. C'est lui qui fut le secrétaire de tous les conciles de Québec jusqu'au VIP inclusivement ; chapelain pendant plusieurs années des Sœurs de la Charité, il fut aussi le premier chapelain des conférences de Saint- Vin cent-de- Paul et de l'Ecole du Patronage, On sait qu'il ne quitta l'évêché de Québec que pour accompagner son frère Mgr Langevin à l'évêché de Ptimouski, où il montra le même zèle et pratiqua les mêmes vertus. Très poli, il était un peu grave et distant, et n'avait pas cette aimable aisance "de manières" que l'on remarquait chez les abbés Cazeau et Belle-lsle. Comme ce dernier, il avait une très belle écriture, que le premier
aurait pu lui envier à bon droit, car on sait que l'abbé Cazeau n'eut jamais le prix de calligraphie, M. Langevin a publié un seul ouvrage, une vie de Mgr de Laval, qui renferme bien des documents mais qui n'a rien ajouté à sa gloire. Le prêtre valait mieux que l'écrivain ; l'œuvre de celui-ci peut périr, les œuvres de celui-là sont immortelles !
1848. — Mgr Signay est frappé de paralysie.
1849. — Il confie l'administration du diocèse à Mgr Turgeon.
1850. — Mgr de Sidyme, administrateur du diocèse, appelle à l'archevêché l'un des hommes les plus remarquables du clergé canadien, l'abbé Ferland, Nommé membre du conseil épiscopal et aumônier de la garnison, ce prêtre savant et vertueux s'occupa, comme on le sait, de travaux historiques qui font sa gloire en même temps que l'honneur du clergé. Né à Montréal le 25 décembre 1805, M. Ferland fut ordonné prêtre le 14 septend^re 1828. Vicaire à la cathédrale, à la Eivière-du-Loup et à Saint-Eoch-de- Québec ; curé de Saint-Lsidore, de Saiiite-Foye, de Sainte-Anne et de Saint-Ferréol ; préfet des études puis supérieur àNicolet; deux fois missionnaire à la Grosse-Ile en 1847, pour porteries secours religieux aux victimes du typhus : tels furent les différents postes occupés par M. Ferland avant son entrée au palais éjiiscopal. Il visita, à deux reprises, le Labrador et l'Ile d'Anticosti, passa une année à Paris pour y recueillir des documents pour sou histoire du Canada,
et fut pendant plusieurs années professeur et doyen de la faculté des arts à l'Université Laval. Voici la liste de ses ouvrages : Observations sur une histoire du Canada par l'abbé Brasseur ; Notes sur les registres de Notre-Dame-de-Québec ; Voyage au Labrador ; Journal d'un voyage à la côte de Gaspé ; Vie de Mgr Plessis ; et Cours d'Histoire du Canada.
" Si un autre écrivain avant lui a écrit notre histoire, il a su, de son côté, rectifier un grand nombre de dates, débrouiller avec art nos origines confuses, jeter la lumière sur une foule de faits mal accusés, et mettre en relief plusieurs figures présentées sous un faux jour Prêtre et catholique avant tout, il était merveilleusement préparé à rendre aux commencements de notre épopée, ce caractère religieux qu'on ne peut pas méconnaître, sans fausser la vérité (1) ". On peut dire que M. Ferland savait parfaitement l'anglais et le français, et il écrivait très bien dans les deux langues. On pourra reprocher à son Histoire du Canada d'avoir un peu le ton monotone et sans vie des annales et des mémoires. Ses qualités d'écrivain brillent d'un bien plus vif éclat dans les monographies qu'il a publiées, et en particulier dans la Vie de Mgr Plessis, qui est sans contredit un modèle du genre. H est à regretter que les préjugés du temps l'aient engagé à taire un certain nombre de
(1) Ces lignes sont tirées d'une remarquable notice biographique publiée dans le Courrier du Canada du 13 janvier
faits saillants qui appartiennent de droit à l'histoire et que l'on devrait trouver dans cette notice d'ailleurs, si admirable.
M. Ferland mourut le 11 janvier 1865. Ses funérailles furent d'une rare solennité. Un détachement considérable des troupes de la garnison accompagnait le convoi funèbre, avec la musique militaire du régiment. Mgr Baillargeon fit l'éloge du défunt.
1850. — Mort de Mgr Signay à l'âge de 71 ans et 11 mois, le 3 octobre, à l'évêché. Funérailles le 7.. Oraison funèbre par M. l'abbé Taschereau, aujourd'hui cardinal. Mgr Turgeon prend possession du siège épiscopal.
1851. — Mgr Baillargeon, qui avait été consacré à Eome, évêque de Tloa, arriva à Québec le 1" juin et prit ses appartements à l'évêché.
Le 1" août de la même année, s'ouvrit le premier concile provincial, et six évêques avec leurs théologiens reçurent l'hospitalité au palais épiscopal. L'abbé Pierre Sax, jeune prêtre de grands talents, que Mgr Baillargeon avait ramené de Eome, travailla au secrétariat pendant le concile. Mais il n'y resta que quelques semaines et fut envoyé missionnaire à Laval. Il y eut ainsi jusqu'à ces dernières années, employés au même bureau, dea ecclésiastiques du séminaire qui, après leur travail et leurs repas, s'en retournaient pour suivre les cours dethéologie.
Tels: M.Edouard Bonneau en 1849, M. Léaudre Hamelin qui entra la même année pour partir en 1851 avec Mgr Cooke et devenir le premier secrétaire du premier évêque des Trois-Rivières, M, Dominique Racine, le futur évêque de Chicoutimi, qui demeura deux ans à l'évêclié, et M. François-Olivier Thibaudeau, qui fut sous-secrétaire de 1851 à 1853, et mourut diacre, à l'Hôpital-Général, le 28 juin 1853. Il fut l'un des plus brillants comme des plus pieux élèves du Séminaire de Québec. Nous lisons dans la notice nécrologique que lui consacra L'Abeille, qu'il avait été le premier rédacteur de cet excellent journal.
1851, octobre. — Arrivée à l'évêché de M. Thomas Roy, nommé chapelain et confesseur des Sœurs de la Charité. Il fut pensionnaire, pendant douze ans, au palais épiscopal, sans faire partie du personnel de la maison. Après avoir été successivement vicaire à Saint-Charles et à Kamouraska, puis curé de Sainte- Ursule,, pour être de nouveau vicaire à Saint-Roch-des- Aulnaies, ce digne prêtre, effrayé de la responsabilité du ministère paroissial, avait obtenu de l'évêque d'en être déchargé. 11 se faisait remarquer par une grande douceur de caractère. D'une conscience trop timorée, et d'une santé chancelante, il ne fut pas longtemps confesseur des religieuses et fut remplacé temporairement dans cette chaige, en 1853, par M. A. Parant, supérieur du séminaire, puis définitivement pav le
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E. P. Sneider, S. J. M. Eoy ne demeura à l'hospice des Sœurs que les deux ou trois semaines de sa dernière maladie, qui le conduisit au tombeau le 31 juillet 1863. Il était âgé de cinquante ans.
M. Eoy, comme nous venons de le dire, était la douceur même. 11 lui arriva cependant un jour de mécontenter fortement l'évêque de Montréal et de créer toute une sensation dans le monde ecclésiastique. Mgr Bourget était un partisan déclaré et énergique des cérémonies romaines poussées jusque dans les plus petits ■détails, et il avait à cœur de les introduire avec toute leur perfection non seulement à Montréal mais dans toute la province. Comme il avait remarqué pendant son séjour à Eome que l'on restait assis à la messe solennelle au chant de VIncarnatus est du Credo, il avait prescrit aux fidèles de son diocèse d'en faire autant et de ne pas se mettre à genoux. Or M. Eoy, qui rédigeait YOrdo, c'est-à-dire le calendrier à l'usage des prêtres des deux diocèses, avait trouvé un décret tout récent à ce sujet et il crut qu'il ferait bien d'en agrémenter sa petite brochure, pour l'information et la consolation de ses confrères de Québec, qui, pour se conformer à une coutume séculaire, continuaient de s'agenouiller comme de simples mortels à Y Incarnatus du Credo. Ce décret disait purement et simplement qu'il fallait se mettre à genoux, à moins d'une coutume contraire ! Et ce
décret venait de Eome, de la Sacrée Congrégation des- Pâtes (i) !
L'évêque de Montréal répondit dans le cours d'une longue ordonnance sur la liturgie, que les usages approuvés dans son diocèse étaient ceux de la sainte Eglise romaine. " Les particuliers, dit-il, n'ont rien à changer de leur chef à la discipline, sous prétexte que l'on aurait trouvé un décret qui semblerait favoriser une pratique contraire à l'ordre établi dans ce diocèse ". Cet incident fut cause que depuis lors Montréal eut un ordo spécial, Québec restant avec le sien. Mais il ne faudrait pas croire que le vénérable prélat s'occupât uniquement de rubriques et de génuflexions, ce serait injustement méconnaître son caractère et ses œuvres.
"Il aimait les cérémonies du culte! lisons-nous dans un excellent ouvrage récemment publié, et veillait avec soin à leur pureté. De chacun de ses voyages à Eome, où il étudiait sur place les rubriques, il rapportait des observations qu'il s'empressait 'de transmettre à son clergé. Mais la liturgie n'absorbait pas son zèle épiscopal. Il savait qu'un évêque n'est pas un simple maître
(1) Utrum in casu (scilicet in missa solemni, dum cantantur verba Et Incarnatus est, etc.,) ab omnibus qui sunt in choro sedendum, etiamsi non sint canonici, sed simplices sacerdotes superpelliceo et cotta induti ?
Eesp. S. E. C. post diligens examen : ab iis qui non sunt canonici négative, nisi adsit contraria consuetudo. 31 Julii
de cérémonies, qu'il est pasteur et docteur, qu'il lui' faut par conséquent enseigner et conduire (1) ".
Son Excellence Mgr Bedini, archevêque de Thèbes et Nonce apostolique au Brésil, arrive à Québec, accompagné de Mgr Hughes, archevêque de New- York, et de Mgr Larocque, coadjuteur de l'évêque de Montréal. Ces éminents personnages demeurent trois jours au palais épiscopal. Chargé d'une mission spéciale auprès du Président des Etats-Unis, Mgr Bedini venait au Canada comme simple visiteur. Les circonstances ne pouvaient être plus favorables ; presque tous les prêtres du diocèse se trouvaient réunis dans la ville épiscopale pour la retraite annuelle, et le lendemain de son arrivée, 25 août, Mgr le Nonce présida à la clôture, dans la cathédrale, où eut lieu l'imposante cérémonie de la rénovation des promesses cléricales.
Le vingt-six, il y eut réception au salon de l'archevêché, et un grand nombre de citoyens allèrent présenter leurs hommages au digne représentant du Saint- Siège. " A côté de Mgr Bedini, lit-on dans le Courrier du Canada, on remarquait Mgr Hughes, Mgr l'archevêque de Québec, Mgr Larocque, Mgr Cooke des Trois- Kivières, M. Bilodèle, V. G., supérieur du Séminaire de Montréal, M. le grand - vicaire Cazeau, M. Saint-
Ci) Mère Marie-Rose, fondatrice de la congrégation des SS. Noms de Jésus et de Marie au Canada par Ficlelis,. Montréal, 1895.
Germain et un grand nombre de prêtres des quatre diocèses de Québec, des Trois-Rivières, de Montréal et de Saint-Hyacinthe. Après la présentation des citoyens, Mgr Bedini fit nn petit discours, et dit qu'il était extrêmement flatté de la réception qu'on lui faisait à Québec ; que rien ne l'avait touché davantage, que de trouver à une si grande distance au delà des mers, un peuple vraiment catholique, des moeurs et des habitudes catholiques ; que c'était pour lui une grande consolation et la cause d'une joie véritable, de voiries principaux citoyens de cette ville réunis, et de leur exprimer combien il était reconnaissant des attentions qu'on lui portait, malgré sou indignité ; que c'était avec une sorte d'orgueil qu'il se voyait le premier représentant du Saint-Siège qui eût visité le Canada ; qu'il en ressentait une grande satisfaction et ne perdrait jamais îe souvenir des spectacles qui s'étaient présentés à ses yeux ; qu'il se rappellerait toujours cette réunion de pasteurs et du peuple fidèle autour de leur digne chef, et que cette couronne était bien due à un prélat aussi vénérable que celui qui lui donnait l'hospitalité ... Parlèrent ensuite dans l'ordre suivant : Mgr l'archevêque' M. Cauchon, le nonce, M. Cauchon et Mgr Hughes ".
Le même soir, Son Excellence quittait Québec pour Montréal, accompagné des prélats qui l'avaient suivi, ainsi que de Mgr Baillargeon et de M. Léon Gingras, du séminaire.
M. Ellison prit au daguerréotype le portrait du distingué visiteur, et on le fit reproduire sur la toile par M. Théo. Hamel, pour lui donner au palais épiscopal une place d'honneur qu'il occupe encore aujourd'hui.
Mgr Bedini ne fut pas reçu avec la même politesse i«t le même respect dans les villes des Etats-Unis. A Cincinnati, il fut indignement insulté et même on put croire que ses jours étaient en danger, à ce point qu'il se vit obligé de quitter secrètement le pays pour échapper aux menées des ennemis de la religion (1).
Justement indignés à cette triste nouvelle, le clergé et les citoyens de Québec adressèrent une lettre de sympathie et de protestation à l'éminent archevêque qui les avait honorés de sa visite et qui les avait charmés par ses aimables discours. Le nonce fut très touché de cette démarche, et il y fît une longue et intéressante réponse qui se trouve reproduite dans le Journal de Québec du 7 décembre liS5^.
1854, 26 janvier. — Les membres du Clergé de la ville se réunissent au palais épiscopal pour la première conférence ecclésiastique tenue depuis la conquête.
(1) Lettre de Mgr Baillargeon k Mgr Bedini, 21 février 1854. On accusait le nonce d'avoir été, en 1848, un des oppresseurs et des bourreaux de l'Italie. Cinq cents allemands fanatisés par Gavazzi se rendirent à la demeure de l'archevêque qui donnait l'hospitalité à Mgr Bedini. La police gardait le palais, et elle fit une sortie qui fut suivie d'une mêlée générale ; " des coups de feu furent tirés et la foule se dissipa en laissant douze blessés sur la place. Un d'entre eux mourut deux jours après." U Abeille du 15 janvier 1854.
28 mai. — Ouverture du deuxième concile, neuf évêques et vingt-quatre théologiens.
1855, 19 février. — Mgr Turgeon est frappé de paralysie dans l'église de Saint- Jean-Baptiste, et le 11 avril suivant, il confie à Mgr de Tloa l'administration du diocèse. Deux Sœurs de Charité venaient tous les jours donner leurs soins intelligents et dévoués à l'auguste malade qui, incapable de tout travail, ne fit que languir pendant les douze années qu'il vécut encore.
Septembre. — Première retraite ecclésiastique au palais épiscopal pour les vicaires du diocèse. Jusque-là il n'y avait qu'une seule retraite pour tous les prêtres, et depuis 1841, elle se donnait, chaque année, au séminaire. A partir de 1855, il y eut toujours deux retraites, l'une pour les curés qui se faisait au séminaire, l'autre à l'archevêché pour les vicaires, et cela jusqu'en 1886 exclusivement. Le palais épiscopal ne pouvant plus alors contenir le nombre toujours croissant des jeunes prêtres, il fut décidé que ces exercices spirituels se donneraient à l'avenir au séminaire et pour les cures et pour les vicaires,
1856. — Monsieur l'abbé Honoré Lecours, ecclésiastique, est nommé assistant-secrétaire. Fait prêtre en 1859, il fut définitivement attaché à l'évêché en qualité d'aumônier, et il rendit de grands services par ses remarquables talents, sa grande bonté de cœur et sou aimable caractère. Plusieurs confrères qui l'ont bien connu nous ont rendu de lui ce beau témoignage.
•Quand il mourut en 1866, à l'âge de 30 ans seulement, après avoir passé dix ans à l'évêché, ce fut un deuil général, non pas seulement au palais épiscopal où il était singulièrement estimé et aimé par son évêque et par ses confrères, mais encore dans tout le diocèse dont al était l'espérance et l'honneur.
1859.— De 1859 à 1861, Monsieur l'abbé L.-H. Paquet, ecclésiastique, remplit les fonctions de soussecrétaire et en 1860 accompagna l'évêque à la visite épiscopale. Ordonné prêtre en 1862, on sait qu'il a^la passer trois ans à Rome, pour revenir docteur en théologie, enseigner au grand séminaire de Québec. Sorti de cette maison, l'année dernière, il est devenu pensionnaire à l'archevêché, et chapelain des Sœurs Franciscaines de la Grande-Allée.
Quand il quitta le palais épiscopal, au mois de mai, 1861, M. Paquet eut pour successeur l'abbé Luc Rouleau, ecclésiastique, aujourd'hui chanoine et curé de la cathédrale de Rimouski. Pour se rendre aux pressantes sollicitations de son chef de bureau, l'abbé Edmond Langevin, il abandonna cette position, en septembre de la même année, pour aller assistant-principal à l'Ecole normale dirigée alors par M. Jean Langevin, le futur évêque de Rimouski.
Ensuite vient comme sous-secrétaire, l'abbé François ^Gagné de 1861 à 1862. Il alla vicaire dans différentes paroisses, curé de Saint-Dominique-du-Saguenay, missionnaire du Mont-Louis, et curé de Cascapédiac. M.
Gagné est mort le 24 avril 1881. Il était petit-cousin de Mgr Baillargeou. Il fut remplacé au secrétariat par M. Joseph-Etienne Martin, qui fut ordonné prêtre le 20 décembre 1862 et demeura deux ans à l'archevêché,. 1862-1864.
Comme il est actuellement curé de Saint-Frédéric et qu'il est, giâce à Dieu, plein de vie et de santé, il nous pardonnera facilement si nous ne faisons pas ici son oraison funèbre. Nous demandons la même faveur à tous ceux que nous avons déjà nommés ou que nous nommerons dans la suite, et qui sont dans les mêmes conditions que cet excellent et aimable confrère.
De ce nombre se trouve l'abbé Auguste Gosselin, l'auteur si avantageusement connu de la Vie de Mgr de Laval et de plusieurs autres ouvrages historiques importants. Ce monsieur entra à l'archevêché le 4 octobre 1863, très jeune, n'étant pas encore tonsuré, et il reçut ses lettres d'assistant-secrétaire en 1866, et de secrétaire en 1867. L'année suivante, il fut nommé vicaire à la cathédrale. Après avoir desservi les paroisses de Sainte-Jeanne et de Saint-Ferréol, M. Gosseliu, pour se rendre aux désirs de Mgr l'archevêque administrateur, a abandonné l'exercice du saint ministère et consacre son temps à l'Histoire de l'EgHse du Canada.
Pour ne pas sortir du secrétariat, disons de suite que M. l'abbé Anselme Boucher, ecclésiastique, aujourd'hui curé de la Pointe-aux-Trembles, y travailla quelques mois seulement, de décembre 1864 à mai 1865, où il
fut remplacé par M. l'abbé Cyriac Bérubé, qui à son tour céda la place, le 15 juillet 1866, à son confrère M, Louis Joseph Gagnon. M. Bérubé est maintenant curé de Saiut-Victor-de-Tring. Quant à M. Gagnon, ordonné prêtre le 7 de mars 1868, il continua de faire partie du personnel de l'évêché jusqu'au mois d'octobre suivant. Il est actuellement curé de la Sainte-Famille, Iled'Orléans. A la belle fête de ses noces d'argent de prêtrise, célébrées il y a trois ans, il a été prouvé à la satisfaction générale qu'il était l'ami de Dieu et du peuple et qu'il avait toujours mérité et conquis l'amitié des évêques et de ses confrères.
Mentionnons comme les principaux événements qui doivent trouver ici leur place : en 1860, la réunion au palais épiscopal des évêques de la province au nombre de huit, à l'occasion de la visite de Son Altesse le Prince de Galles; en 1862 le voyage de Mgr Baillargeon à Borne, pour la canonisation des vingt-six martyrs du Japon, et en 1863, la tenue du troisième concile provincial, auquel prirent part dix évêques et vingt- trois théologiens.
1865. — La mort de l'abbé Ferland arrivée le 11 janvier rendit vacant le poste important et ditiicile de l'aumônerie militaire. Mgr Baillargeon jeta les yeux pour le remplir sur l'abbé Edouard Bonneau, qui, comme nous l'avons vu, avait déjà ]jassé quelque temps à l'évêché pendant son grand séminaire, et qui était actuellement curé à Saint-Laurent, Ile-d'Orléans. On ne
pouvait faire un meilleur choix. D'uue vertu ('^prouvée, remarquable par sa bonne éducation, son exquise politesse et ses belles manières, sachant parfaitement l'anglais, M, Bonueau ne manqua pas de s'attirer l'estime et la confiance de tous les militaires, officiers et soldats, de la garnison de Québec.
Comme son prédécesseiu", il demeurait au palais épiscopal, qu'il ne quitta qu'en 1874 pour aller résider chez ies Sœurs de Charité, dont il était le chapelain depuis 1870, année du départ définitif des troupes anglaises.' Nous avons très bien connu M. Bouneau, ayant demeuré quatre ans avec lui, et nous pouvons dire en toute vérité que c'était un prêtre selon le cœur de Dieu, un homme d'exemple, un confrère toujours bon et toujours aimable. ■Son ministère était très fructueux, tant auprès des soldats qu'auprès des religieuses ; les protestants euxmêmes subirent l'influence de sa vertu et de ses prières, ■car un grand nombre d'entre eux abjurèrent entre ses mains et reçurent de lui l'instruction religieuse et les sacrements de la véritable Eglise.
Sa mort arrivée le 19 février 1888, fut douce et sainte comme sa vie (1).
M, Damase Matte, prêtre depuis six ans, entra à •l'évêché quelques mois après M. Bonneau, et fut nommé assistant-secrétaire. Il revenait du collège de Kingston,
(1) M. l'abbé T.-G. Rouleau, principal de l'Ecole Normale, ■a publié une notice biographique sur M. Bonneau.
où il avait été professeur; il ne demeura qu'un an auprès de l'évêque de Québec; et, en 1866, il prit la cure de Somerset, qu'il dessert encore aujourd'hui.
1866. — Comme nous l'avons vu plus haut, M. Lecours, qui mourut en 1866, était assistant-secrétaire et aumônier. Comme le titre d'aumônier a souvent diverses significations, disons qu'ici celui qui a cette charge s'occupe des aumônes et de toutes les œuvres de charité diocésaine. C'est lui qui doit recevoir et secourir les pauvres, donner l'hospitalité aux étrangers, tenir les comptes des componendes pour les dispenses, de mariage, du denier de Saint-Pierre, de la Propagation de la foi et de toutes les autres collectes ; il doit voir au soutien des pauvres missions et des missionnaires du diocèse ; et de plus il est de droit et de fait chapelain des conférences de la société de Saint-Vincent de Paul. Ce sont ces importantes fonctions que M. l'abbé Antoine Gauvreau fut appelé à remplir en 1866. On pourrait ajouter qu'il était aussi maître des cérémonies et qu'il fonda l'institution si utile des écoles du soir, dont il fut pendant quatre ans le zélé et infatigable directeur. Mais comme nous avons promis de ne pas louer les vivants et qu'il serait diiîicile d'énumérer toutes les œuvres que M. Gauvreau a accomplies pendant son séjour de quatre ans à l'archevêché, disons qu'il partit en 1870 pour aller curé de Saint-Nicolas, plus tard à la Bonne-Sainte- Anne, à Saint-Eomuald, à Lévis, puis enfin à Saint-Eoch-de-Québec, où il est eu frais de faire
trois ou quatre paroisses au dépens de la sienne. M. l'abbé Charles Baillargeon, aujourd'hui curé de Saint- Pascal, fut le contemporain de M. Gauvreau à l'évêché et il travailla le même nombre d'années. En juin 1866, n'étant encore qu'acolyte, il accompagna, à la visite épiscopale, Mgr Baillargeon, dont il était le neveu ; et au retour l'évêque l'attacha définitivement à sa maison. Assistant-secrétaire d'abord, il fut ensuite secrétaire de 1863 à 1870, et partit en septembre pour le saint ministère.
1867, l'"" mai. — Consécration épiscopale de Mgr Jean Langevin, dans la cathédrale. On rappelle que le même jour, neuf ans auparavant, Mgr Horan avait été sacré à Saint-Patrice, et que tous deux partaient de l'Ecole normale Laval, dont ils avaient la direction.
L'érection du diocèse de Eimouski occasionna le départ de M. l'abbé Edmond Langevin, secrétaire de l'archevêché depuis 1850, et procureur depuis 1855. M. l'abbé Auguste Gosselin le remplaça au secrétariat et M. l'abbé J.-B.-Z. Bolduc à la procure. Ce dernier a été l'un des hommes les plus connus et les plus estimés de la ville de Québec. Quand il entra au palais épiscopal, il avait le prestige du missionnaire, car à peine ordonné prêtre en 1841, il était parti pour les missions lointaines de la Colombie où il séjourna jusqu'en 1850.
Il a raconté son long voyage de six mois, autour de l'Amérique du Sud, et ses travaux, ses fatigues dans des
récits aussi intéressants qu'édifiants, et qui sont publiés dans les " Eapports des Missions du diocèse de Québec ". Doué d'un excellent jugement, et d'un rare esprit pratique, en même temps que d'une piété et d'un zèle bien prouvés par ce départ héroïque le lendemain de son ordination, M. Bolduc fit un missionnaire hors ligne ; et dans les neuf années de son laborieux ministère au milieu des Indiens, ses travaux furent visiblement bénis de Dieu. De retour à Québec, il fut bientôt nommé vicaire à Saint-Eoch, et il était en même temps chapelain de l'Hôpital de la Marine, puis de l'Asile des Aliénés. Il remplit celte dernière charge jusqu'à sa mort.
En 1867, à tort ou à raison, on crut que les finances de la mense épiscopale étaient dans un état voisin de la ruine.
Quand un pareil malheur arrive à une maison, c'est une louable coutume de jeter le blâme sur le procureur, et il nous siérait mal de le trouver mauvais. Mais il faut aussi tenir compte des circonstances et se demander si le supérieur de la maison ou l'évêque ne doit pas quelquefois porter la plus grande responsabilité du désastre. Or en 1867, comme le procureur de l'archevêché était M. Langevin, c'est naturellement sur son dos que devaient porter les coups ; il n'est que juste de dire que ce monsieur avait certainement trop de besogne, à faire à la fois et qu'il lui aurait fallu une capacité peu ordinaire pour bien s'acquitter de chacune.
De plus, le charitable Mgr Baillargeou, qui n'avait rien à faire avec les recettes, faisait beaucoup pour les dé-penses ; et comme il ne se rendit pas suffisamment compte des affaires, il doit avoir été pour une très large part dans la situation précaire des finances épiscopales. Il en fut de même du reste pour le collège de Sainte-Anne, où le prélat laissait l'administration entre les mains d'un homme qui menait rapidement et sûrement cette maison à la ruine. Quoi qu'il en soit, le fait n'en était pas moins regrettable.
Pour ce qui est de l'évêché, après avoir étudié l'affaire, nous en sommes venu à la conclusion que la situation n'était pas aussi dangereuse qu'on le pensa d'abord. Et dans les comptes laissés par M. Langevin, nous avons eu le plaisir de constater que les recettes étaient en général assez fortes pour supporter les dépenses. C'est ce que ne manqua pas de voir lui-même M. l'abbé Bolduc, qui fut appelé dans ces circonstances difficiles pour estimer la gravité du mal et y apporter les remèdes convenables.
Il se mit en peu de temps au courant des affaires, et à la retraite ecclésiastique l'état de compte qu'il présenta, montra la nécessité d'une nouvelle souscription du clergé pour que la barque épiscopale pût être remise à flot. Mgr Baillargeon en fit lui-même, en termes bien touchants, la demande à ses prêtres, qui comme toujours se montrèrent d'vme générosité vraiment admirable.
Voici la résolution qu'ils passèrent à cet effet : " Le 27 août 1867, nous soussignés curés, vicaires, missionnaires et autres prêtres de l'archidiocèse de Québec, réunis en retraite au séminaire diocésain, vu l'exposé fait par Mgr Chs-Frs. Baillargeon, archevêque de Québec, de l'état déplorable des finances de l'archevêché, et prenant en considération la demande à nous faite par Sa Grandeur, d'un secours effectif du clergé pour l'aider à acquitter ses dettes, nous nous engageons par amour ou par reconnaissance, à payer annuellement, dans le mois d'août, à lui ou à ses successeurs, pendant six ans consécutifs, la vingtième partie de nos revenus ecclésiastiques, y compris le casuel, jusqu'au montant total de six mille louis, conjointement avec les communautés de la ville ; à moins que ce montant ne soit complété avant l'expiration des six années ".
Pendant les trois années qui suivirent, les souscripteurs payèrent la somme totale de $11,895.57. Elle fut trouvée suffisante ; et à la retraite de 1870, Mgr Baillargeon décida, en remerciant le clergé, qu'il n'y aurait plus de versements à faire et que le sacrifice avait été assez grand et la dette suffisamment diminuée.
Cette dette était en 1867 de $50,512.20 et en 1870, grâce à la bonne administration de M, Bolduc, elle n'était plus que de $20,025.00. '
Des remboursements considérables faits par des syndics de la Rivière-du-Loup, contribuèrent aussi pour une
large part à cet heureux résultat ; car la coDstruction de l'église de cette paroisse figurait avec avantage dans le compte des dettes épiscopales. Et ce fut, nous en sommes convaincu, la principale, sinon l'unique cause du déficit dans les comptes de l'évêché. Il est facile de voir que dans une affaire de ce genre, s'il y a faute, ce n'est pas au procureur qu'il faut s'en prendre, mais à l'extravagant curé et à l'évêque qui lui permet les extravagances.
Le nouveau procureur était évidemment un homme d'affaires dans toute la force du terme, et nous pouvons en témoigner avec connaissance de cause, nous qui avons eu l'honneur et la charge de lui succéder et qui avons trouvé ses comptes si bien tenus et toutes les affaires de l'évêché dans un ordre si parfait.
Nous avons parlé plus haut du collège de Sainte- Anne, dont l'existence même se trouva en péril. M. Bolduc fut l'un de ses amis les plus sincères et les plus efficaces, il fut l'âme du comité de secours ; et par les souscriptions abondantes qu'il sut obtenir et par son invincible persévérance à soutenir qu'il fallait à tout prix sauver cette institution, il assura le succès de la généreuse entreprise, et mérita à jamais la reconnaissance du clergé et surtout des élèves de Sainte- Anne.
M. Bolduc était généreux et charitable ; il protégeait un grand nombre d'orphelins et secourait bien des familles pauvres. D'une tournure d'esprit et de manières
1 s E. Le cardinal TASCH KU KAT, i Moi! HKCilX, :; Mon SKJNAY. 1 M. Kl). HiiNNEAU, -, M(;i: C. I'. I'AILLAK(iK(iX, i. M. HAliKIX, 7 M(;u TUIiCKON, - Maw CA/KAU.
originales, doué d'une mémoire extraordinaire (1), il avait une conversation des plus intéressantes et des plus instructives, surtout quand on lui faisait raconter les mille incidents de ses voyages et de ses missions. C'était un véritable plaisir pour lui que de rendre service ; aussi gérait-il les affaires d'une foule de personnes qui s'adressaient à lui pour des achats, des emprunta ou des placements d'argent. A sa besogne assez considérable de tous les jours, jointe à son laborieux chapelinat de l'asile des aliénés, il ajoutait encore la tenue d'un magasin de livres et d'ornements d'éolises qu'il avait dans son bureau du palais épiscopal. Si ce genre d'affaires ne fut guère goûté des libraires de la ville, il rendit de très grands services au clergé du diocèse ; et si l'on trouve aujourd'hui tant et de si bons livres dans les liibliothèques des presbytères, c'est en grande partie à Mgr Bolduc qu'est dû cet heureux résultat. On se demande comment il pouvait voir atout. Mais il ne dormait presque pas ; trois à quatre heures de sommeil lui suffisaient ; il se levait presque toujours à trois heures du matin, pour se coucher assez tard le soir. On comprend qu'il j a place pour bien du travail
(!) Il avait conservé tous ses souvenirs classiques, pouvant réciter au besoin des odes d'Horace, etc. Mais ce qui nous a paru plus remarquable, c'est que jusqu'à la fin de sa vie, il se rappelait encore tous les mots du dialecte des Chenouks qu'il avait autrefois évangélisés, langue qu'il parlait avec une grande perfection d'accent et une agréable facilité.
dans des jours aussi longs que ceux-là. Il en donnait une large part à ses exercices de piété, auxquels il ne manc[uait jamais ; et on peut donner une idée de sa dévotion en disant que tous les jours il employait au moins une demi-heure à faire le chemin de la croix. Quel exemple pour les jeunes prêtres de la maison î L'abbé Bolduc était très au courant de toutes les affaires ecclésiastiques, et il est sûr qu'il avait une grande influence sur celles du Canada, grâce à son active et intelligente correspondance avec ses amis de Eome. Ajoutons, pour achever l'esquisse de ce portrait et pour faire ressortir davantage les traits de cette figure typique, que les manières d'agir de M. Bolduc ne plaisaient pas à tout le monde : une certaine gêne dissimulée sous une enveloppe un peu rude l'empêchait d'être vu avec toutes les qualités qui le distinguaient, et dont jouissaient ceux qui comme nous ont vécu dans son intimité et dans son amitié.' Mgr Bolduc est mort au palais épiscopal le S mai 1889, après deux jours de maladie seulement. Il était prélat de la maison de Sa Sainteté. Le cardinal Taschereau fit son oraison funèbre ; ce fut le dernier discours prononcé dans la cathédrale par Son Eminence.
1867, 25 août. — Mort de Mgr Turgeon. Funérailles le 28. Oraison funèbre par M. l'abbé Benjamin Paquet. Dans l'après-midi du même jour, Mgr Baillargeon prend •possession du siège épiscopal.