DUFOUR PÈRE, DUFOUR FILS, VILAIN
VILAIN (A Dufour p^re). — Le citoyen est-il membre du comité?
nuFoi'R PÈRE. — Oui, citoyen. Qu'y a-t-il pour votre service.
viLMN. — Au moins vous savez lire, vous?
DUFOUR PÈRE. — 11 n'y a pas, je crois, grand mérite à cela.
VILAIN. — Enfin c'est un mérite qui n'est pas donné à tout le monde.
DUFOUR PÈRF,. — Voyous, quc me voulez-vous?
VILAIN. — Lisez cette lettre.
DUFOUR PÈRE [Ht). — « Gouvememeut... révolutionnnire ou la mort !... L'accusatpur public prrs la commission extraordinaire établie à Dijon aux membres du comité révolutionnaire.
<< Dans les papiers que vous m'avez adressées contre le conspirateur Dormont, Je m'aperçois i[u'il me manque précisément la seule pièce de conviction qui existe contre ce scélérat, je veux dire la lettre écrite en 1789 et trouvée dans ses papiers. Dormont en ce moment est en jugement ; si vous voulez que j'expédie cet homme, conformément à vos intentions, envoyez-moi tout de suite celte lettre et je vous réponds d'une bonne et prompte justice. »
DUFOiR FILS. — Quel horreur! La correspondance de cannibales serait moins effroyable...
DUFOUR PKRK. — Hélas ! mon fils, ce Dormont est le citoyen le plus respectable du canton. J'ai longtemps lutté en faveur de cet infortuné.
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IITSTOIIIK I»l I'\L.\IS-TU)V\I
Di'mri nu. — Kl voii» •niilfrlroi crtlo alroriti"?
Pironi rtiR. — Point irniiporliMiuMit, lai»«i'( ingi fnlrr.
VILAIN. — Kt r'IliontiAtf lioiiiincU ont im-inhrc il un roinItA réTnlutioiinnir<« ; l#t rn(|iiln!i *<' «int tri>inp(^«.
lurocN PtRi (écrit:. — Noun u'avont pnt, citoyen, Ia piècr que vou» iioiu ilomaiidci. Tout iin'-iiif iiouK fait rroiro qu'dlo n'n jnninin rxl«IA « (i7 ri-mel cfllf lettre à Vilain). Vojri Ia répon*<> mon nini ; liAlfX-voun «!<• la ri-mollri- ni voui» vouloj Hauvpr W* jour» (l'un iniiocant.
viLAïK. — Si jf !•• v«>ux ! Alil rjtnyon, Cl» ^nrnlt le p!ii« b«»nn iiioiiKiit (!'• mn Tic! (il court enc/o/iitiant).
SCKM-: XI
Dl'FOril FHKE. DlIOl II FIKS.
DiKoi n Ft^^iit {nf.rrs nvnir ntii t' In Irtln- ilii mitou). — \m voilà rolte prétendue pi^rc «le convirtion! Vuf K'ilre ndnugée h Dorinont il y a <|uulro biik! Lniil«'ur y «•'•mit «nr cprtaiu» /-vénompiil» lît^ânslriux <1p notiv rAvohilioii. Voilà rp t\\\f Ao* ']\\\t,r^ nntliropophni/<><i npp(>ll(>nt conspirer conlr»la r«^publiii»i\
piFor» FiLK. — Moi* rt'lle Icllr.- ne ro^pin' '|Up rauiour <!•• Ilniinanitr.
Di'FOiR PènF.. — Il fallait (lu'elle respirAt la soif do rnrnaRo.
Di'POl'R FILS. — Mai* d'nilltMirs i>lle est écrite quntro ans avant IVxistenr.e Je la République; aucune
loi...
DiFoiR PKRK. — De» lois! Il u'cn faut pin?, mon tilt quand la oociét^ nVst composée que d»lioniYoaux et d«> victimes. Les lionimes probrs mi» en jugement n'ont plu» même la triste ressource de rincerlilude.
DiTOia FILS. — Vous me faites frissonner! [il déchire la lettre].
niForH PÉRK. — Que faites vous donc, mon fils!
Di-FOiR FILS. — J'arrache une proie innocente à des vauloui>.
DLFoiB PÈRE. — Vous le vovez, mon DU, lei forfaits sont à leur comble; si je lève le» yeux sur mon pays, il n'est plus qu un vaste cimetière.
ni'FOi'K FILS. — Eii bien mon pîre, cédez aux instances de votre famille, il vous reste un asile solitaire et champêtre, allez avec ma mère y ensevelir vos souffrances.
DCFOi'R PF.HF.. — Ne crovcz pas, mon bis, que lej monstres me permettent cette consolation. J'ai le secret de leurs forfaits ; pour n'être pas découverts ils m'assassineront, c'est leur usage. Tenez, je vais vous donner un échantillon de leur brifjandafje. Il y avait hier soir dans ce carton 20,000 livres 'saisies sur un malheureux qu'ils ont arrêté ; je gage ne plus les retrouver [tloui-re le carton . Vous le vovez. Mais qu'ils tremblent où ils me frapperont, mon courage saura les démaaquer :
DiFOiB FILS. — Ces tigres, vous frapper! Ils n'arriveront à vous qu'en marchant sur mon
cadavre.
DiFOLR PÈHK. — Eu vaiu VOUS leur résisterez. Votre santé est rétablie, la loi vous appelle aux frontières; croyez-moi, retournez au poste qui vous attend; vengez- vous sur les ennemis de votre pays. Noùbliez pas que la patrie, fùt-elle injuste et barbare est notre mère commune, et que rien dans la nature ne peut légitimer le parricide.
DiFOiR FILS. - Moi, vous abandonner quand vos jours sont en péril ! J'irais verser mon sang gur les frontières quand le votre coulerait ici sur léchafaud !
DiTOiR PERE. — L'échafaud, mon fils, est maintenant le chaiiipM'honnenr des talents et des vertus.
DCForR FILS. — Mon père, il en est temps encore ! fuyons, mon père, cette affreuse cité.
MFOiH PÈRE. — Eh! mon fils, où trouverez-vous, en France, un seul endroit où la vertu ne soit pas égorgée ? L'amour de l'humanité m'enchaîne à mon poste, j'y resterai pour protéger l'innocence et . s'il est possible, sauver quelques victimes. Croyez-moi, allez tout préparer pour votre départ et celui de ma triste épouse. Son passeport heureusement n'est pas expiré. Le comité doit discuter ce soir le certificat de civisme que vous demande l'état-major de votre bataillon. Invitez cette pauvre Fanchelte à demander aussi un passeport pour accompagner votre mère; et quand vous serez prêts à partir, oubliez moi, mon fils et fuyez... Ln Dieu de justice veille sur nous; plaçons dans ses maiss nos destinées et celles de notre patrie.
UN M PRK»l|Ki; \i TE
Chez les sauvages Chérakis, le duc crut prudent de se saigner.