‹ Histoire du pape Grégoire VII et de son siècle (volume 2)Chapitre 13 sur 18 · mis^ n · texte numérisé non relu

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tioue el quotidîe quatitar, mundanis vero poteatatibus oc* culte et evideuter per diversa dislrahitur. Quibus omnibus obviare et his etquamplurimîsaliis summopere cavere, post D«um, et ÎQter homines nostri et officii et cur» specialiter horum cura die uoctuque ooquimur, tiis et simîlibus continue divellimur.,.. Afî'ectum boni filii, afTectum ûlii matrem ex corde diligentis, ostendis. Ëxequere ergo operlbus, fili dilecte, quod ore confiteris : impie elïïcaciter quod dicis. {Episi., i, 70.) (Note dujrad,)

* Une autre lettre de Grégoire nous montre quelle était la cause réelle de son attachement pour Guillaume. Ce prince réprimait la simonie et le concubinage des prêtres. Si Ton a fait quelques reproches injustes au clergé anglosaxon, on ne peut nier cependant que les prélres normands ne l'emportassent infiniment en vertu et en science. « Rex Anglorum, dit Grégoire, licet in quibusdam non ita religtose (sicut optamus) se habeat, tamen in hoc quod

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A cette lettre fut jointe une autre adressée à la reine, en réponse à celle qu'elle lui avait écrite ^ Grégoire lui recommande défaire des instances près de son mari, et de lui suggérer tout ce qui est utile. Au mois de septembre, il écrivit à tous les évéques et à tous les abbés de la Grande-Bretagne ^, se plaignant de ce que les décrets des Pères n'étaient pas observés avec l'exactitude et le zèle que leur devoir exigeait. 11 recommande aux évoques de faire exécuter ponctuellement, dans le cercle de leur juridiction, les ordres qu'il leur avait communiqués relativement à la continence, et d'y forcer leurs inférieurs par des peines canoniques. Quant au haut clergé, s'il s'y trouve des hommes qui ne veulent pas obéir, il prie les évéques de l'en avertir au moment du concile, pour qu'il puisse absoudre ceux qui obéiSc" sent, et frapper d'anathème ceux qui ne le font pas.

Les légats travaillaient également en Espagne à son œuvre. Ainsi le pape avait mis tout en mou-

ecclesias Det non destruit, neqiie vendit; et paceai justîtiamque in subditis suis moderari procurât; et quia contra apostolicam sedem, rogatus a quibusdam iDÎmlcis Christi crucîs, pactum inire, consentire noluit; presbyteros uxores, laicos décimas quas detinebant^etiam juramento dimittere compuUt : cœteris regibus se salis probabilioreni, ac magis honorandum ostendit. » {Epist,^ ix, b,){Audley.)

• Epist,^ I, 71.

• Epis t. ^ II, 1.

Goo^fe

42g VIE ET PONTIFICAT tl(y74]

vement; depuis les côtes de l'Italie jusqu'au nord de l'Europe, depuis l'Orient jusqu'à l'extrémité de l'Espagne, ses légats étaient occupés à remplir ses Yues« Le monde était ébranlé par son génie; mais aussi il s'élevait partout des plaintes et des murmures contre lui'. Dans aucun temps on n'avait vu plus de troubles dans l'Église^; ici on défendait les droits du pontife, là on les combattait. On ne renonça pas à la simonie, seulement on donnait à sa cupidité un nom plus honorable; on vendait ce qu'on prétendait donner par pure libéralité, et l'on recevait de l'argent à titre de dons volontaires. La continence n'était pas mieux observée; plusieurs prenaient les dehors de cette vertu pour mieux assouvir leur ambition; un grand nombre mettaient le comble à leur vie déréglée en y ajoutant le parjure et l'adultère. Les laïques profitaient de ce moment favorable pour s'élever contre le clergé, et pour se soustraire à son autorité. Ils profanaient les saints mystères, et se disputaient sur ce sujet ; ils baptisaient euxmêmes leurs enfants, et ne se servaient plus des onctions saintes, et à la fin de leur vie criminelle, ils se faisaient donner le viatique et la sépulture ecclésiastique par des prêtres scandaleux; ils ne payaient plus la dime, ou mettaient le feu à ce que les prêtres devaient recevoir. D'autres fou-

» EpisL, I, 77.

^ C'est ainsi que s'exprime Sigeb., GembL C/iron.^ ann. 1074,

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laîent aux pieds Thostie consacrée par des prêtres concubinaires, et versaient par terre le sang du Seigneur. Que d'autres crimes et de scandales ! Il ne manquait pas de faux docteurs, qui détournaient le peuple de la discipline de l'Eglise par de funestes innovations. Mais ni les troubles, ni les désordres, ni la résistance des hommes ne pouvaient détourner Grégoire de son but. Une maladie grave l'avait abattu, et retenu longtemps en convalescence; le triste état de l'Église lui avait Causé mille douleurs et mille anxiétés, mais la force de son esprit était toujours la même '.

Grégoire restait ferme et inébranlable dans ses vues, parce qu'elles étaient non-seulement une création de son esprit, mais une affaire du cœur, une partie de sa foi religieuse. 11 avait de sa dignité l'idée la plus claire, la plus distincte et la plus complète. Il possédait à un degré éminent l'esprit de la papauté, tel que le cours des siècles l'avait conçu, nourri, formé et perfectionné. Et que pourrait-on reprendre en lui? — Est-il juste de reprocher à un homme de concevoir une idée, de s'en emparer, de s'y attacher fortement, de la nourrir, et de s'en laisser dominer? — Toutes les grandes actions sont-elles autre chose que l'effet d'une idée fortement conçue, et que l'expression extérieure de l'impulsion qu'elle leur donne.

* EpisLy II, 9. ^

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Les hauts faite d'un grand génie ne peuvent se comprendre que quand on songe à l'idée qui le domine, et qui devient l'âme de toutes ses opé* rations. Or, l'idée dominante de Grégoire était ia liberté de l'ÉglUe et son indépendance de l'Etat. C'est là le sujet de querelle et le brandon de dis« corde entre les ennemis de la papauté et le pontife qui en remplissait les fonctions. Quand on yeut jeter dans le monde une grande pensée, et la con«* duire à sa perfection, les actions ordinaires ne sul^ fisent plus, il faut quelque chose de violent, il £iut frapper de grands coups. Jamais de grands hom-^ mes n'ont paru sans des actions extraordinaires, sans la manifestation violente d'une grande pen^ sée. 11 ne faut pas les juger d'après les idées de notre époque qui leur sont étrangères ; car chaque flge et chaque individu ont une physionomie par^ ticuliére, dont les traits se trouvent dans la vie de chaque individu et dans le siècle ot il a vécu*

Au reste, les temps devenaient de plus en plus favorables au plan de Grégoire; car les affoires de la Hongrie tournaient aussi à son avantage* D'après des conventions faites en 1063, où le roi Salomon, surnommé le Sainte monta sur le ttànt de la Hongrie, les fils de son rival Bêla obtinrent le tiers du royaume \ En 1074 Geiza, fils atné de Beia, que Saiomon avait comblé longtemps de

* Bonfin, Rer. Ungar. Dec, ii, lib, m.

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«es bienfeits et conduit avec lui dans ses guerres, rompit lefiraité, et déclara la guerre à Salomon^ Victorieux dans trois combats, ayant mis Tarmée de Salomon en déroute, il le força à quitter son royaume. Salomon envoya sur-le-champ une députation à Henri, dont il avait épousé la sœur Judith, pour lui demander un prompt secours contre l'usurpateur Geîïa, promettant de faire pour lui tout ce qui serait en son pouvoir, de partager le royaume, de le reconnaître pour son suzerain, et de lui livrer, comme garantie de sa pro^ messe, toutes les places fortes de la Hongrie. Les conditions étaient trop belles pour que Henri ne les acceptât pas *.

Mais au même moment l'empereur reçut la nou«^ Wlle que Guillaume le Bâtard, séduit parlespro^ Ddesses de l'archevêque de Cologne, alors fortement irrité contre Henri ^ était en marche avec une at^mée formidable pour s'emparer d*Aîx-la- Chapelle. Henri, effrayé de cette nouvelle, abantionna Texpédititin de la Hongrie, se tendit en toute hâte dans les provinces rhénanes, et passa les fêtes de la Pentecôte à Mayence, où il ftit reçu

* Voy., sur rorig(!iie et le commencement de ia^uerre, ibonfih., 2)e<:. n,lib« lil, et VTindisch, Histoire de ItsiHokgrie,

• Wipdisch : Il lui livra, pour cet effet, six ville* tiôngfoîsés, etllui )>roniit eb outre des sommes considérables.

3 Lamb., ann. 1074.

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avec grande pompe par l'archevêque. Il se proposait d'aller à Cologne punir l'archevêque, lorsque celui-ci lui envoya unedéputation, pour lui assurer que le bruit qui courait sur son compte était faux et inventé par ses ennemis. Le roi, qui avait perdu toute confiance en lui, l'invita à une entrevue qui eut lieu à Andernach. L'archevêque fut obligé de se purger par serment du crime de haute trahison qui lui était imputé. Henri se rendit cependant à Cologne, voulant se constituer juge du différend entre les habitants et leur archevêque, et espérant pouvoir atteindre ce dernier; mais l'archevêque se défendit, et rétablit si bien la vérité, que les inculpations de ses ennemis furent réduites au néant. Alors le monarque exigea impérieusement de l'archevêque qu'il accordât un pardon général aux habitants, qu'il levât l'excommunication, et lui remit six de ses chevaliers comme otages de sa fidélité. Le prélat refusa de souscrire à ces demandes. Henri le menaça de ravager ses domaines par le fer et le feu, s'il n'y consentait; mais l'archevêque persista dans son refus, disant qu'il aimait mieux mourir que de subir une telle humiliation. Cette discussion dura longtemps, jusqu'à ce que le roi, d'après l'avis de ses conseillers, lui déclarât qu'il voulait faire la paix avec lui * et le mettre au nombre de ses amis,

* Malle se cum eo beneficiis eertare quam malefîciiSi

s'il lui promettait fidélité et secours dans les affaires de l'État* Après la réconciliation faite, le roi se rendit à Aix-la-Chapelle, et de là à Worms.

A son arrivée dans cette dernière ville, il reçut une seconde ambassade du roi de Hongrie, qui, en lui renouvelant ses promesses, le supplia avec les plus vives instances de lui envoyer un prompt secours. Henri consentit et envoya sur-le-champ des hérauts aux vassaux de l'Empire, pour les convoquer sous sa bannière; mais ils s'y refusèrent sous divers prétextes. Cependant, pour ne pas démentir sa promesse, et pour jouir des avantages qu'on lui offrait, il entra en Hongrie avec les troupes de ses domaines et quelques mercenaires. Dès que Geîza eut appris son invasion, il fit ravager tout le pays par où l'ennemi devait passer, et se retira dans un lieu inaccessible. L'armée du roi, dépourvue de vivres, ne tarda pas à souffrir de la faim et de lepidémie. Henri se vit obligé de se retirer, sans aucun résultat définitif.

Grégoire sut terminer plus promptement cette querelle par une démarche hardie et importante. Geiza s'était adressé à lui dans l'espérance qu'il ne lui refuserait pas sa protection. Grégoire lui écrivit une lettre pleine de douceur ^. Après avoir fait l'éloge de son dévouement au saint Siège, il lui dit : « Les sentiments dont vous êtes animé

* La meilleure source est Lambert, ann. 1074. » Epist., I, 58, en avril 1074.

» envers nous, nous remplissent de joie, et nous » donnent l'espérance certaine de votre prospérité » future. Vous ne devez pas douter de notre affec- » tion } car nous avons pour vous les sentiments » les plus paternels, et nous vous promettons que » vous obtiendrez de nous tout ce qui pourra » contribuer à votre salut et à votre bonheur. Et » si vos ennemis osent entreprendre contre vous » quelque chose d'injuste, ils éprouveront l'eflTet » de l'indignation apostolique. Ne négligez pas de » nous foire connaître ce qui peut intéresser votre » cause, et la soumission que vous devez au Siège « apostolique. »

Au mois de novembre de la même année, Grégoire écrivit une lettre au roi Salomon, en réponse de celle qu'il lui avait adressée ^ : « Nous » aurions reçu vos lettres avec plus de joie, si vous » n'aviez pas offensé saint Pierre par votre promesse » imprudente faite au roi Henri. Car, comme vous » avez pu l'apprendre par vos prédécesseurs, le » royaume de Hongrie est une propriété de la sainte » Église romaine , depuis que le roi Etienne ^ a » remis tous les droits et toute la puissance de » sa couronne à saint Pierre. D'ailleurs, l'em- » pereur Henri, de pieuse mémoire, qui a con-

* Epist.y II, 13. Suivant Windisch, Salomon s'était anssi soumis à l'arbitrage de Grégoire.

* Hermann, Contract,^ ano. 1038. « Stephanus, Huogarorum rex obiit, qui se Ipsum cum lola gente sua ad fidem Ghrisli ex genlili errore convertit; pro quo Pelrns regnavit. »

» quis ce royaume pour l'honneur de saint » Pierre ', envoya à Rome la lance et la couronne, » portant les insignes de la royauté, là où il sa- » vait que résidait la véritable suprématie. Vous » écartant des mœurs et de la dignité d'un roi, » vous avez diminué et aliéné, autant qu'il était en » votre pouvoir, le droit et l'honneur de saint ». Pierre; puisque, comme nous l'avons appris, vous » avez reçu le royaume comme un fief du roi Henri. » S'il en est ainsi, vous devez savoir, en consul- » tant les droits de la justice, de quelle manière » vous pouvez vous attirer la faveur de saint » Pierre ou notre bienveillance. Vous ne pourrez » avoir ni l'une ni l'autre, vous ne pourrez pas » même rester roi, sans encourir l'indignation » pontificale^, à moins que vous ne rétractiez votre

* Hermann, Contr,^ ano. 1044; Lamb., ann. 1044.

* Od a fortement blâmé ces deux lettres de Grégoire. On n*y trouve^ dit-on, ni franchise, ni bonne foi, puisque d'un côté il encourage Geiza dans son injuste entreprise, et que de l'autre il ne conteste pas les droits de Salomon. C'est encore juger des choses d'après nos idées actuelles : car, la Hongrie étant un fief du saint Siège, Grégoire pouvait, d'après les lois -de ce temps-là, en disposer à son gré, lorsque le vassal avait rompu le pacte féodal. C'est le droit qu'exerçaient tous les souverains et tous les seigneurs à cette époque. Grégoire avait donc le droit d'ôter la souveraineté à Sa1om.on, qui avait méconnu son autorité ; il ne le fait pas cependant, il se contente de le menacer; lui promettant son ancienne amitié, s'il reconnaît son erreur et réforme sa conduite. Pour Geiza, il ne l'encourage pas, il le remercie de son dévouement au saint Siège, et lui promet seulement du secours, en cas qu'on entreprendrait quelque chose d'injuste contre lui. Où est donc la mauvaise foi de Grégoire ? (Note du trad»)

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