‹ Histoire du Pape Urbaith IV et de son temps, 1185-1264Chapitre 8 sur 42 · LÉ€AT · texte numérisé non relu

LÉ€AT

tence ; mais les ambassadeurs impériaux demeurèreni pefidam qoelqueJemps frappés de constemaUon. Tbadée de Ssessa, pourpre d'indignation, sortit à leur léte, en proférant oes mots : c Jour de courroux, jour de calamité et de misère ! > L'empereur apprit, en se rendant de Vérone à' Turin, le nouvel anathéme qui venait d'être lancé contre lui. Pâle, tremblant de colère : c Le pape, dit-il aux barons de sa suite, prétend m'avoir privé de mes couronnes; où sont-elles ?... • Ouvrant alors les écrins précieux qui les renfermaient, il s'en approcha à cause de sa vue feible, les contempla longtemps, puis s'écria : < Voyez si elles sont perdues? > Ensuite, les pla* çant toutes deux sur sa tète rousse et chauve, il se releva, tes yeux étincelants : t Jamais, dit-il, non jamais on ne les arrachera de ce front, sans que le sang coule à flots... i

En face de la lutte mortelle qu'un pareil arrêt devait nécessairement entraîner, Innocent IV proclama qu'il était prêt i affronter le martyre pour soutenir la volonté du concile; afln que les cardinaux se souvinssent de celte espèce de testament solennel, il leur donna i cette occasion le chapeau rouge; cependant ib ne s'en servirent pour la première fois qu'un an plus tard, lors d'une entrevue entre le pape et Louis IX. Ainsi finit ce fameux concile où Jacques Panlaléon se distin* gua comme canoniste et comme théologien, surtout dans les conférences particulières qui remplissaient les intervalles des sessions^

Des historiens prétendus libéraux ont critiqué amèrement la sentence de déposition portée contre Frédéric II. Ils auraient dû, avant tout, dans l'examen de celle foudroyante sentence, laisser de cété les principes et les idées de notre temps et se rappeler ceux du moyen-âge. Dansqueliesituation se trouvait l'empereur! Il était resté sous le poids de l'excommunication; au lieu de réparer ses torts et de chercher par un repentir sincère à mériter son absolution, il s'était livré à de

1. Don CkLwsr, Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine, ioom II, pige 4».

nouveaux excès. Or, dans ce cas, le pape était autorisé par la législation générale des États chrétiens, et spécialement par la loi germanique, à priver l'empereur do ses titres» de ses honneurs et de sa dignité. Innocent lY en usa, dans le plein exercice de son pouvoir, au concile de Lyon ; personne, ni les évéques, ni les ambassadeurs, ni les clercs, ni les laïcs, ne lui en contestèrent le droit. Thadëe lui-même, ce chaud et éloquent défenseur de Frédéric, n'éleva aucun doute sur ce point; il fit mémo l'aveu implicite de la compétence du tribunal, par un appel à un concile plus général. Que le souverain pontife ait prononcé seul la sentence sans l'approbation des pères du concile, peu importe; l'objection qu'en ont tirée Fleury et Bossuet, fut-elle fondée, n'est d'aucune valeur, puisque le pape agissait d'après un droit qui lui appartenait et que Bossuet lui-même a reconnu. D'ailleurs elle ne repose sur aucune preuve. L'assentiment unanime des évéques, au contraire, est rapporté par plusieurs auteurs contemporains'.

La lutte longue et acharnée que les papes soutenaient tout à la fois pour l'indépendance nationale et pour la civilisation chrétienne, les contraignit souvent à frapper de fortes conlri* butions sur les peuples catholiques. Chassés de leur capitale, dépouillés de leurs possessions territoriales, assaillis de demandes qui leur arrivaient de toutes les parties du monde, il leur fallait pourvoir à la subsistance d'un nombreux clergé, indemniser leurs auxiliaires des pertes essuyées dans la défense du saint Siège et fournir l'argent nécessaire aux armées pontificales. Pour subvenir à ces dépenses considérables, les papes n'ataicnt que les ofl'randcs spontanées des fidèles et les taxes prélevées sur les bénéfices ecclésiastiques. Innocent lY se trouvait donc dans la plus grande pénurie pécuniaire : la guerre et lesconfiscations avaient presqu'entièremenllari la source de ses finances; il était obligé de soutenir, jutant que possible, ses fidèles partisans d'Allemagne et d'Italie contre les Hohenslaufen. Dans cette triste situation, il envoya son chapelain Jacques 1. JâGBR, Histoire de l'Eglise catholique en France, tome IX, livre ixxx.

PanUlèon en Allemagnei, aOn d'en tirer des secours pécuniaires et pour mettre un 'frein aux entreprises tramées par la faction tudesque contre la papauté. Le sceptre de l'Empire était alors disputé par des rivaux irréconciliables : par le gibelin Philippe de Souabe, fils de Frédéric Barberousse, et le guelfe Othon lY, de la famille de Brunswick ; par Othon et Frédéric II; par Conrad lY, duc de Souabe, et Guillaume, comte de Hollande. Les partisans de la maison impériale de Souabe, irrités de l'influence qu'exerçait le légat sur les princes de la confédération germanique, lui dressèrent des embûches. Quelques chevaliers affidés se saisirent de lui, le dévalisèrent, l'accablèrent d'outrages et le jetèrent en prison. Dans la suite, Jacques Pantaléon, parvenu au pontificat suprême, se trouvait en position de se venger; mais, à l'exemple du divin Crucifié, il pardonna généreusement à ses persécuteurs, ainsi qu'il le raconte lui-même dans une lettre au prieur des Dominicains du diocèse de Trêves :

c Dans Tornement du souverain pontife, dit-il, nulle pierre c précieuse ne brille avec plus d'éclat que l'humilité, reine i de toutes les vertus , resplendissante entre toutes les couc ronnos des justes, la plus agréable et la plus méritoire

< aux yeux de la divine Majesté. La bonté du céleste Agneau c nous a rendu si aimable cette vertu, l'honneur du ciel

< et de la terre, elle l'a tellement imprimée dans nos senc timents avec les marques d'une charité Fincère, que nous t retranchons de notre cœur toutes les épines de rancune c qui auraient pu y croître, et que nous y établissons, sur c les bases les plus solides, l'amour de ceux qui ont affligé « notre innocence par des calomnies et bien des fois par de i graves dommages. En effet, à une époque où notre préc décesseur Innocent lY, d'heureuse mémoire, résidait à

1 . Sioe tone tenporis qoo felids reeordatioois limoeeotias papa pradecnsor notter Logduoi naoebat , not qoi arebidiaeooatûa IcodicMs oflkio codfin tempore faogebanmr, de spcciali mandalo ad partft Alleinaooûe pro quiboadain Eoctcfti» RomaoB negoeiis accedenles...

BpiH, Vrkani lY, AnnaUê eeeUiioHiei, avctora Obomco RâTNâLBO, ion.

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JACQUES PAliTALÉON

. c Lyon 0* nous remplissims mtts-même les fonciioiis d'arc chidiacrd de Lièg6^ bouà reçûmes la mission spéciale d'ai-

< ter eik Allemagne poar y régler les affaires de l'Eglise c romaine. Qûelqaes chevaliers, Herman-le-Vieux, Hermanc le-Jettïie, Conrai et Evrard, accompagnés d'autre complices, i tous du diocèse de Trères, s'emparèrent de notk*e personne,

< nous enlevèrent nos chevaux, notre argent et tous nos ba-

< gages ; puis ils nous firent mettre en prison. C'est à la proc lection de la très clémente Reine des cieux que nous devons

< noire délivrance.

t Nous avions déjà depuis longtemps accordé l'absolution € au plus ftgé de nos persécuteurs. Les autres, touchés de

< Dieu, nous ont informé, avec beaucoup de repentirdu passé, i qu'ils étaient prêts à réparer le tort qu'il nous ont causé

< dans nos biens et l'outrage qu'ils ont fait subir à notre honc neur. Gomme ils ne peuvent se transporter en notre c présence, ils nous supplient de nous servir de votre minisc tère pour les absoudre. Elevé par la divine Providence à la

< sublime, mais redoutable dignité dont nous n'étions pas i digne, et qui nous oblige à aimer nos ennemis et à les c secourir, nous vous commettons pour lever l'excommunic cation qui pèse sur eux; après quoi, vous leur déclarerez € que nous leur remettons entièrement la peine due à leur c conduite injurieuse, et que nous les tenons quittes de la c restitution de ce qu'ils nous ont enlevé; toutefois, vous leur

< enjoindrez de ne plus se rendre coupables, k l'avenir, de i pareilles violencesi. •

Le bruit des luttes entre Rome et l'Allemagne avait traversé

les mers et contristait profondément les chrétiens de la

Palestine ; ils désespéraient de voir arriver les secours promis

1. Gemma milta splcodidior îo sommi pooliflcis omata gerilor, qaâim sil hamiiiUt rogioa virtolam omnium, et ooroua pr^falgida eleeioram, mciioq divin» gnlitsima majesUlîs ocalis, el perpetiuemerilona elariutis. Hanc et eoim cobIî deott el Icrrs deoorem Cttleatis Agoi beoigoiias iiè oobis pcr auam graliam amabilem reddidil, el noatris affeclibns çam siocers caritalia iosigois aHigafit, qoùd ipioam ooai* odii, seo raocoris, à corde ooilio praeidimot.... fipM. Urbani, AmmUi êccluiasiiei, auctore Onoaioo Ratnaldo, tome XIV.

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depuis si longtemps, lorsqa'èto 1218 les gtsUdes railleurs de la croisade de saint Loais, qui allait partir d'Aigues-Mortes, répandirent là joie et l'espérance dans les cœurs de tes malhenrenx chrétiens qui avaient tout à souffrir dn joug musulman. Parmi les chevaliers qui, de toutes parts, quittaient ieurs domaines pour se réunit- auprès de leut jeune et pieui monarque, il y avait Télite de la noblesse de Champagne. Jean, sire de JoidVille, naïf et charmant historien de cette expédition; son suzerain Thibaut lY, roi de Navarre, à la fois poète et musicien ; son cousin Jean, sire d*Aspremont ; son principal banneret Hugues de Tricastel ; Gauthier, dit le Grand, comte de Brienne; Jean ^^ dit l'Espérance, comte de Rethel; Hugues de Châtillon, surnommé le Bon et le Vaillant, comte de Blois et de Saint-Pol par Marie d'Avesne, son épouse; Henri dé Brienne, sire de Ramerupt ; Eustache, sire de Conflans^ maréchal de Champagne; Gilles de Mailly, à la tête de neuf chevaliers de sa maison, que Louis tX appelait le vieux Mailly ; Evrard de Siverey; Geoffroy de Sartiges; Jean de Brienne, grand fauconnier; Erard de Valéry, connétable de Champagne, promu à la charge de grand chambrier de France sous Philippe-le-Hardi ; tous ces preux Champenois et d'autres encore semblaient n'aller chercher en Orient qu'un tombeau, tant ils se disposaient avec ferveur i paraître en état de grdce devant Dieu. Dans la chapelle de leur manoir, ils se confessaient et communiaient comme de véritables soldats du Christ; avant de ceindre Tépèe et de prendre la lance dans la salle des aïeux, ils réparaient les torts qu'ils pouvaient avoir commis envers leur prochain, se pardonnaient mutuellement leurs offenses, abandonnaient leurs biens à leurs hérititiers ou les donnaient aux pauvres. Certes, il est beau de voir ces gentilshommes, au moment de s'eordier sous la bannière de la croix, mettre bon ordre à leur conscience : ils veulent être probes avant d'être vaillants; ils veulent n'emporler sous leurs armures aucun remords, et pensent qu'il n'y a pas d'honneur U ob il n'y pas délicatesse et loyauté.

Le derg6 de la Champagne comptait aussi de nobles représentants dans cette expédition guerrière : Jean, doyen de Vassy, qui, à lui seul, tua, sur le champ de bataille, huit Sarrasins; le docte chanoine Robert de Sorbon , fondateur de la Sorbonne; l'archidiacre de Liège, Jacques Pantaléon, qu'Innocent lY nomma, dit-on, légat apostolique pour accompagner le royal croisé; Hugues de la Rochecourbon, évéqueromlede Langres, proche parent de Hugues IX de Lusignan; JéhuI de Mayenne, seigneur de Matefelon, archevêque de Reims, qui n'alla pas plus loin que l'Ile de Chypre. Quant au légat Jacques Pantaléon, il aurait partagé les malheurs de l'armée française qui, affaiblie par une suite non interrompue de combats, épuisée par la famine, par la peste, succomba aux attaques de l'ennemi près de Hassoure; il aurait même été fait prisonnier avec saint Louis, et n'aurait recouvré la liberté qu'après beaucoup de souffrances et au prix d'une énorme rançon, en 1250. Sans doute notre héros, animé d'un dévoûment tout apostolique, eût été heureux de prendre une part active à la croisade du pieux et chevaleresque monarque qui n'entendait pas seulement combattre les infidèles, mais les convertir; les légations de Jacques Pantaléon en Allemagne ne permettent pas de supposer qu'il ait accompagné Louis IX, comme on Ta prétendu ■.

Pendant l'expédition de saint Louis en Orient, Jacques Pantaléon parcourait les cercles de Pologne, de Livonle, de Poméramie et de Prusse, pour y faire refleurir l'ordre et la paix. Habile dans l'art de pénétrer les hommes, de juger les circonstances, de saisir les à-propos, de s'aider du temps sans le devancer, et de se servir des volontés sans les contraindre, il se trouvait à la hauteur de cette importante mission.

Il s'arrêta d'abord en Pologne, effroyablement dévastée par les Mongols. Quittant les monts de l'Asie, leur berceau, ces innombrables descendants do farouche Gengis-Khan, s'étaient

I. LeQDEux, chanoine de Parît. AniiquHéi religieuses du diocèse de Soissmu et iMon, loiu. Il, page tft.

répandus, dès le commencement du treizième siècle, dans l'Europe centrale. La désolation et la terreur les précédaient comme une funeste avant-garde : < Leur colère, disait-on, est pareille au fléau sous la main de Dieu. • Ils mettaient tout à feu et à sang sur leur passage. D'un aspect hideux, carnassiers par goût et par habitude, semblables à des bétes fauves, ils se repaissaient de cadavres. Des membres palpitants, ceux des vieilles femmes, surtout, étalent leurs mets favoris. Des milliers de vautours, rassemblés à leur suite, dévoraient les restes de leurs atroces festins. Ces dégoûtantes horreurs avaient lieu encore à l'époque où Jacques Panlaléon arriva sur les bords de la Vislule. Boleslas V, duc de Pologne, encouragé par les exhortations du légat, prit la résolution de soustraire les territoires de Cracovie et de Sandomir à tant de cruautés et de refouler Tinvasion de ces hordes sanguinaires sans cesse renouvelées.

Pendant qiïe l'armée ducale se précipilait à la rencontre des barbares avec cette noble confiance que donnent la valeur et la foi, les diverses régions de la Pologne continuaient à être agitées par les dissensions intérieures et par d'interminables guerres avec les voisins. Swanlepolk, duc de Poméranie, l'ami et le protecteur des chevaliers teuloniques, se tourna contre eux*. Secondé par les Prussiens idolâtres, il se livra, dans l'année 1247, surtout en Hassovie et en Cujavie, 5 des invasions dévastatrices. Les Lithuaniens et les Saczwiges y exercèrent également d'aiïreux ravages. Les églises de ces contrées souffrirent de la manière la plus cruelle de ces incursions permanentes des païens qui emmenaient en esclavage une foule de

1. Swanlepolctts qaoqac, PomeraQλ prioceps, fûm jèn seoio coofeclot esMi. bis crucigerorum suocessibus, et aucloriUle Jacobi Uod Jeudis archidiacooi legati apostolici adductos, paccm coiD eU cor.firiDaviL Veocrat autem lùoc ift If gâtas ab Inaoceoiio ponliflce maximo cum ad res polooicas compooeodas lùm 01 pooiifici a Frederico ei imperalore ▼eliemcnter etagitato et afflicto aliquid Mibsidii erogaret. lUque convocala Vralislaviam episcopororo aynod* iinpelravii,atquiola para rediluam ecclesiastironun ei loiâ PoloDîé io trieonuai et dcccmclar... Annal. ecclesiaU. poU eardmakm Baronium, tom. XIII, auclore Baovio.

jeunes gens et les contraignaient d'apostasier. La mëdialion de Jacques Panlaléon, arbitre aussi impartial qu'éclairé, fit succéder aux horreurs de la guerre des dispositions plus calmes; la paix ramena le travail des champs et l'industrie des villes; et, à la faveur de cette trêve, le légat pacificateur put s'occuper de la conversion el de l'instruction des habitants encore enveloppés des ténèbres de la barbarie >.

Deux héroïnes polonaises, Hcdwige,veuvedeHenri-le-Barbu, duc de Silësie, et Cunégonde, épouse de Boleslas-le-Chaste, duc de Cracovie, avaient déjà préparé les voies au pacifique conquérant des âmes. Toutes deux étaient, dans toute la force du terme, les mères de leur nation, les proteclrices de la piété, de la science et des arts. Infatigables dans leurs œuvres de miséricorde spirituelle et corporelle, elles fondèrent des églises, créèrent des monastères, élevèrent partout des établissements charitables; elles allaient elles-mêmes servir les pauvres et les malades dans les hôpitaux; elles pénétraient dans les chaumières les plus éloignées de leurs châteaux; elles empêchaient de presser leurs vassaux et leurs serfs pour le paiement des fermages et des redevances ; elles assistaient souvent aux audiences des tribunaux, afin de tempérer la sévérité des juges envers les familles infortunées.

Malheureusement les invasions des Mongols et les discordes intestines entravèrent les progrès de cette action civilisatrice. La Pologne dépensait toute son ardeur martiale dans la résistance opiniâtre qu'elle opposait aux féroces guerriers du Nord, tandisque toute l'énergie de son esprit national s'épuisait dans les sanglantes rivalités des branches collatérales de la dynastie des Piast. Ces troubles civils el ces incursions étrangères

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