‹ Histoire du Parlement de ParisChapitre 104 sur 217 · CHAPITRE XXXIII. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII. l

lèse -majesté, et enfin appela au futur concile de rélection de Grégoire XIV.

Cette démarche, qui étonna toute la France, était régulière et simple. C'était en effet une insulte à toutes les lois et à la raison humaine, qu'un évéque étranger osât décider du droit des couronnes. La religion qui lui servait de prétexte condamnait elle-même cette audace, et le bon sens en fesait sentir le ridicule; mais depuis Grégoire VII j l'opinion^ qui fait tout, avait enraciné ces funestes idées dans toutes les têtes ecclésiastiques, qui avaient versé ce poison dans celles des peuples. L'ignorance recevait ces maximes, la fraude les appuyait, et le fer les soutenait. Un moine suffisait alors parmi les catholiques pour persuader que l'apôtre Pierre, qui n'alla jamais à Rome, et qui ne pouvait savoir la langue latine, avait siégé vingt-cinq ans sous Tibère, et sous d'autres empereurs, dans un temps où le titre d'évéché n'était affecté à aucun lieu ; et que de ce prétendu siège il avait transmis à Grégoire XIV, qui vint quinze cents ans après lui, le droit de parler en maître à tous les souverains et à toutes les églises. Il fallait être ligueur effréné, ou imbécille, pour croire de telles fables, et pour se soumettre à une telle tvrannie.

Il se trouva, pour l'honneur de la France, deux cardinaux et huit évêques qui secondèrent la fer-

igO HISTOIRE DU PARLEMENT DE PARIS.

meté du vrai parlement , autant que le permettait leur caractère. Les cardinaux étaient celui de Bourbon, cousin- germain du roi, et de Lenoncourt, quoique Lorrain. Les prélats étaient de Beaune, archevêque de Bourges; du Bec, évêque de Nantes; de Thou, évéque de Chartres; Fumée, de Beauvais; Sourdis, de Maillezais % d'Angennes, du Mans; Clausse, de Châlons; d'Aillon, de Bayeux. Leurs noms méritent d'être consacrés à la postérité.

(21 septembre iSgi) Ils firent ensemble un mandement à Chartres, adressé à tous les catholiques du royaume. « Nous sommes informés, « disent- ils, que Grégoire XIV, mal instruit, et a trompé par les artifices des ennemis de l'état, a « envoyé des bulles et des monitoires pour inter- « dire et excommunier les évéques , les princes et « la noblesse, qui ne sont pas rebelles à leur roi... « Après une mûre délibération, nous déclarons « ces excommunications nulles dans la forme et « dans le fond, injustes, dictées par les ennemis « de la France... sans préjudicier à l'honneur du « pape. »

Le parlement du roi, alors séant à Tours, fit mieux : il fit brûler par la main du bourreau les bulles du pape, et déclara Grégoire^ soi-disant

* Év<5clié qui ne subsiste plus, et qui fut transféré à La Rochelle dès Tannée 1649.

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