CHAPITRE XXXIV. Iq
de rudes atteintes; et si les Espagnols, secondés du pape , avaierlt réussi , cette loi n'était plus qu'une chimère, Henri IV était perdu: mais heuleusement le duc de Mayenne était aussi intéressé que Henri IV à prévenir ce coup fatal. L'élection d'une reine espagnole le fesait tomber des degrés du trône où il était assis le premier. Il se voyait le sujet du jeune Guise son neveu, et il n'était pas possible qu'il consentît à ce double affront.
Le parlement de Paris, dans cette extrémité, secourut à la fin Henri IV et le duc de Mayenne, et sauva la France.
Le Maître, que le duc de Mayenne avait créé premier président , assembla toutes les chambres (29 juin 1693). On déclara la loi salique inviolable, on protesta de nullité contre l'élection d'un prince étranger; et le président Le Maître fut chargé de signifier cet arrêt au duc de Mayenne , et de lui faire les représentations les plus fortes. Le duc de Mayenne les reçut avec une indignation simulée ; car pouvait-il être affligé que le parlement rejetât une élection qui lui aurait ôté son pouvoir? Ces remontrances mêmes le flattaient beaucoup. Le parlement lui disait avec autant d'adresse que de fermeté : a Imitez le roi Louis XII, « votre bisaïeul , que son amour pour la patrie a « fait surnommer le Ph^e du peuple. » Ces paroles fesaient assez entendre qu'on ne le regardait pas
comme un prince étranger; et, tant qu'on éloignait le choix de l'infante, il demeurait revêtu de l'autorité suprême , sous le titre de protecteur et de lieutenant-général de l'état royal de France*.
Dans cette incertitude des états généraux, il se formait plusieurs partis : celui d'Espagne et de Home était encore le plus considérable; mais les meilleurs citoyens , parmi lesquels on comptait plusieurs membres du parlement, étaient en secret pour Henri IV, et penchaient à le recon-
* A la mort du duc de Guise, le parlement était composé d'environ cent quatre-vingts membres. Bussi en met en prison cin- ([uante, les plus connus par leur fidélité au roi et pai' leur coiu^age. Brisson se voit forcé à regiet de paraître ligueur. Larcher et lui sont pendus peu de temps après, et en iSgS le parlement rend un arrêt pour le maintien de la loi salique. On peut conclure de ces faits que le parti de Henri IV, le parti des lois et de la justice dominait dans le parlement; et que, si cette compagnie eût été libre, elle ne se fût pas écartée de la fidélité qu'elle devait au roi. Le fanatisme de quelques membres , la corruption de quelques autres vendus aux Guises et à l'Espagne, la terreur du reste, la dispersion ou la mort de tous ceux qui avaient du courage , furent cause que ce débris du parlement, renfermé dans Paris, rendit des arrêts contraires aux principes reconnus de la magistrature. Cependant l'arrêt qui reconnaissait pour roi le cardinal de Bourbon conservait la succession dans la ligue catbolique; et il faut songer que depuis plusieurs siècles , l'idée qu'un prince hérétique perd ses droits au trône était celle de toute l'Europe. Les protestans eux-mêmes n'étaient pas éloignés de cette doctrine; aussi sévères contre l'hérésie que les plus zélés partisans de Rome , ils se bornaient à soutenir que la doctrine qu'ils prêchaient ne devait pas être regardée comme hérétique. On voit enfin que le parlement profita , pour déclarer la loi salique inviolable, du premier moment où il put faire cette déclaration sans s'exposer à la violence des ligueurs.