‹ Histoire du Parlement de ParisChapitre 109 sur 217 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

la part du pape, il ne put empêcher les prélats du . parti du roi de recevoir son abjuration. L'Espagne , Rome, le duc de Mayenne et la Ligue, combattaient pour le papisme ; et tout ce qu'ils craignaient était que Henri IV ne se fît catholique. (25 juillet 1 593) Il franchit ce pas dans l'église de Saint-Denis.

Ce n'est pas un trait indigne de cette histoire, d'apprendre qu'un curé de Saint - Eustache , avec six de ses confrères, ayant demandé au duc de Mayenne la permission d'aller à Saint - Denis voir cette cérémonie, le duc de Mayenne les renvoya au légat de Rome, et ce légat les menaça de les excommunier s'ils osaient être témoins de la conversion du roi. Ces bons prêtres méprisèrent la défense du légat italien ; ils sortirent de Paris à travers une foule de peuple qui les bénissait; ils assistèrent à l'abjuration, et le légat n'osa les excommunier.

Il n'est pas nécessaire de sacrer un roi qui l'est uniquement par le droit de sa naissance. Le sacre n'est qu'une cérémonie , mais elle en impose au peuple; et elle était indispensable pour un roi à peine réuni à l'église dominante. Henri ne pouvait être sacré à Reims, cette ville était possédée encore par ses ennemis. On proposa Chartres. On fit voir que ni Pépin, ni Charlemagne, ni Robert, fils de Hugues Capet, tige de la maison régnante, ni Louis-le-Gros , ni plusieurs autres rois, n'a-

valent été sacrés à Reims. La bouteille d'huile nommée sainte - ampoule , révérée des peuples, fesait naître quelque difficulté. Il fut aisé de prouver que si un ange avait apporté cette bouteille d'huile du haut du ciel, saint Rémi n'en avait jamais parlé'; que Grégoire de Tours, qui rapporte tant de miracles, avait gardé le silence sur cette ampoule. S'il fallait absolument de l'huile apportée par un ange, on en avait une bonne fiole à Tours, et cette fiole valait bien mieux que celle de Reims , parce que long-temps avant le baptême de Clovis, un ange l'avait apportée pour guérir saint Martin d'un rhumatisme. Enfin l'ampoule de Reims n'avait été donnée que pour le baptême de Clovis « et non pour le sacre. On emprunta donc la fiole de Tours, Nicolas de Thou , évéque de Chartres , oncle de l'historien , eut l'honneur de sacrer le plus grand roi qui ait gouverné la France, le seul de sa race à qui les Français aient disputé sa couronne.

* * La saînte-ampoule est une pieuse fiction que se permit Hincmar, archevêque de Reims, trois cent soixante ans après le sacre de Clovis. M. Walkenaer en convient dans la Biographie universelle ^ à l'article Clovis ; et son témoignage est d'accord avec ce que dit Voltaire, dans le chap. viii de V Essai sur les mœurs, sur cette fiole, à laquelle certaines gens font encore semblant de croire , quoique celle dont on se servit pour sacrer Louis XVI, en 1775, ait été brisée en 1794- (Clog.)

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