CHAPITRE XLI
Divorce de Henri IV.
( 1 599 ) Le parlement n'eut aucune part au divorce de Henri IV avec Marguerite de Valois sa première femme. Elle passait pour stérile, quoique peut-être elle ne l'eût pas été en secret. Elle était âgée de quarante -six ans, et il y en avait quinze qu une extrême incompatibilité réciproque la séparait de son mari. Il était nécessaire que Henri IV eût des enfans, et on présumait qu'ils seraient dignes de lui. Une affaire si importante, qui dans le fond est entièrement civile, et qui n'est un sacrement qu'en vertu d'une grâce de Dieu, accordée aux époux mariés dans l'église, semblait devoir être naturellement du ressort des lois. Les sacremens sont d'un ordre surnaturel qui n'a rien de com-
miin avec les i^ptérêts des particuliers et des souverains.
Cependant Tancien usage prévalut sans difficulté; on s'adressa au pape comme au juge souverain , sans l'ordre duquel il n'était pas permis en ce cas à un roi d'avoir des successeurs. L'exemple du roi d'Angleterre Henri VIII n'effraya point, parce qu'on se crut sûr du pape. La reine Marguerite donna son consentement. Le pape fit examiner cette cause par des commissaires, qui furent le cardinal de Joyeuse, un Italien, évéque de ModènCj et un autre Italien, évéque d'Arles. Ils vinrent à Paris interroger juridiquement le roi et la reine. On fit des perquisitions simulées pour parvenir à un jugement déjà tout préparé; et on se fonda sur des raisons dont aucune assurément n'était comparable à la raison d'état, et au consentement des deux parties. On fit revivre l'ancienne défense ecclésiastique d'épouser la fille de son parrain. Henri II, père de Marguerite, avait été parrain de Henri lY. La loi était visiblement abusive, mais on se servait de tout.
On allégua encore que le roi et Marguerite étaient parens au troisième degré , et qu'on n'avait point demandé de dispense, parce que le roi, au temps de son mariage, était d'une religion qui regarde le mariage comme un contrat civil , et non comme un sacrement, et qui ne croit point qu'en aucun