CHAPITRE LI. lS
On regardait le mariage comme un sacrement et comme im engagement civil. En qualité de sacrement c'était «. le signe visible d'une chose in- « visible, un mystère, un caractère indélébile, a que la mort seule peut effacer;» et quelque idée que l'église puisse attacher à ce mot de chose ininsible, cette question ne paraissait pas du ressort desjugemens humains.
A l'égard du contrat civil, il liait les deux époux par les lois de toutes les nations. Annuler ce contrat solennel, c'était ouvrir la porte aux guerres civiles les plus funestes ; car s'il naissait un fils du mariage de Gaston , le roi n'ayant point d'enfans, ce fils était reconnu légitime par le pape et parles nations de l'Europe, et déclaré bâtard en France; et encore aurait-il eu la moitié de la France dans son parti.
Le cardinal de Richelieu ferma les yeux aux dangers évidens qui naissaient de la cassation. Il fit mouvoir tant de ressorts, qu'il obtint du parlement irrité contre lui un arrêt, et de l'assemblée du clergé, qui ne l'aimait pas davantage, une décision favorable à ses vues. Cette condescendance n'est pas surprenante; il était tout puissant, il avait envahi les états du duc de Lorraine; tout pliait sous ses volontés.
L'avocat-général Omer Talon rapporte que le ])arlement étant assemblé, il y fut dit que rcPhé-
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a roras, frère d'Hérocle, accusa Salomé d'avoir « traité son mariage avec Sillée% lieutenant d'Ara- « bie. » ( i4 juillet i634 ) On cita Plutarque, en la vie de Dion; après quoi la compagnie donna un décret de prise de corps contre Charles , duc de Lorraine ; François , nouveau duc de Lorraine , ( à qui Charles avait cédé son duché ) et la princesse de Phalsbourg , leur sœur , comme coupables de rapt envers la personne de Monsieur, frère unique du roi.
(5 septembre) Ensuite il les condamna comme coupables de lèse-majesté, les bannit du royaume, et confisqua leurs terres.
Deux choses surprenaient dans cet arrêt : premièrement, la condamnation d'un prince souverain qui était vassal du roi pour le duché de Bar, mais qui n'avait point marié sa sœur dans Bar; secondement, le crime de rapt supposé contre Monsieur, qui était venu en Lorraine conjurer le duc de lui donner sa sœur en mariage. Il était difficile de prouver que la princesse Marguerite eût forcé Monsieur à l'épouser.
( 7 juillet ) Tandis que le parlement procédait , l'assemblée du clergé promulguait une loi civile , qui déclarait que les héritiers de la couronne ne
» * S'dleus ou Syllacus, envoyé d'Ohclas, roi d'Arabie. Les éditions antérieures à la nôtre portent Silc/ie, ou Siîlcne; mais qui ne voit que c'est une erreur de copiste. (Clog.)
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pouvaient se marier sans le consentement du chef (le la maison. On envoya un évéque de Montpellier à Rome pour faire accepter cette décision par le pape, qui la réprouva. Un règlement de police ne parut pas au pape une loi de Féglise. Si le roi, dont la santé était très chancelante, fût mort alors, Gaston eût régné sans difficulté, et il aurait aussi sans difficulté fait regarder comme très valide ce même mariage dont le parlement et le clergé français avaient prononcé la nullité. Heureusement Louis XIII approuva enfin le mariage de son frère. Mais la loi qui défend aux princes du sang de laisser une postérité sans le consentement du roi a toujours subsisté depuis, et le sentiment de Rome qui tient ces mariages valides a subsisté de même; source éternelle de divisions, jusqu'à ce que tous les hommes soient bien convaincus qu'il importe fort peu que ce qui est vrai à Paris soit faux dans le comtat d'Avignon', et que chaque état doit se gouverner selon ses lois , indépendamment d'une théologie ultramontaine.
ï * Depuis la révolution française , le pape n'est plus souverain d'une contrée où Clément V avait été trop heureux de trouver un asile. (Clog.)
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