CHAPITRE LV. 3o
par la tyrannie du cardinal de Richelieu , et dont il fallait délivrer la France à jamais.
On criait encore davantage contre l'Italien Particelli d'Emeri , devenu surintendant ^ condamné autrefois à être pendu à Lyon, et monté, par les concussions, au faîte de la fortune. La clameur publique fut si forte, les factions si obstinées, que la cour se crut obligée de plier. Elle exila le surintendant dans ses terres , promit la suppression des intendans de provinces. Cette condescendance enhardit les mécontens au lieu de les calmer. Le duc d'Orléans, oncle du roi, lieutenant-général de l'état sous la reine, qui était alors attaché à elle , négocia avec le parlement , alla quelquefois au palais, eut des conférences chez lui avec les députés du corps; tout fut inutile.
Ces troubles ôtaient au ministère tout son crédit; il ne pouvait ni emprunter des partisans, ni faire entrer les contributions ordinaires dans le trésor public. On avait encore à soutenir une guerre ruineuse; la reine fut réduite à mettre en gage les pierreries de la couronne et les siennes propres, à renvoyer quelques domestiques du roi et des siens, à diminuer jusqu'à la dépense de la nourriture. Il fallut encore que plusieurs personnes de la cour lui prétassent de l'argent.
Dans cette extrémité , le cardinal Mazarin , qui ne se roidissait pas contre les difficultés comme
3o6 HISTOIRE DU PiVRLEMENT DE PARIS.
Richelieu , lui conseilla de mener une seconde fois le roi son fils au parlement, pour accorder tout ce que l'état présent des affaires ne permettait pas de refuser.
(3r juillet 1648) Ce lit de justice ne réussit pas mieux que le reste. L'avocat général Talon eut beau dire au jeune roi « qu'il fît réflexion sur la « diversion naturelle des maisons célestes , sur « l'opposition des astres et des aspects contraires « qui composent la beauté de la milice supéa rieure ; » le chancelier ayant accordé de la part du roi plus qu'on ne demandait , et défendu seulement les assemblées des chambres , qui ne devaient pas se faire sans la permission de la cour, on s'assembla dès le lendemain.
Cette obstination fut d'autant plus douloureuse pour la reine que, dans ce temps-là même, la fille de Henri IV, femme de Charles I^^, roi d'Angleterre , se réfugiait en France avec ses enfans , et que le parlement d'Angleterre préparait l'échafaud sur lequel Charles P^ porta sa tête. Ce nom seul du parlement troublait le cœur d'Anne d'Autjç;iche, quoique le tribunal de Paris, appelé /?«r/erhent, n'eût rien de commiui avec le parlement d'Angleterre. Le chagrin la rendit malade, et le peuple n'eut point pitié d'elle.