CHAPITRE LXIV
Tafidis que cette petite querelle nourrissait l'animosité des deux partis, le tombeau d'un diacre , nommé Vabhé Paris , inhumé au cimetière de Saint-Médard, semblait^jpç le tombeau de la bulle.
Cet abbé Paris, frère d'un conseiller au parlement, était mort appelant et réappelant de la bulle au futur concile. Le peuple lui attribua une quantité incroyable de miracles. On allait prier jour et nuit en français sur sa tombe; et prier Dieu en français était regardé comme un outrage à l'église romaine, qui ne prie qu'en latin.
Un des grands miracles de ce nouveau saint était de donner des convulsions à ceux qui l'invoquaient. Jamais il n'y eut de fanatisme plus accrédité.
Cette nouvelle folie ne favorisait pas le jansénisme aux yeux des gens sensés; mais elle établissait dans toute la nation une aversion pour la bulle et pour tout ce qui émane de Rome. On se hâta d'imprimer la Vie de saint Paris. « La sacrée (( congrégation des éminentissimes et révérendisc( simes cardinaux de la sainte église romaine , in- « quisiteurs généraux dans toute la république « chrétienne contre les hérétiques, » prononça excommunication majeure contre ceux qui liraient . la vie du bienheureux diacre, et condamna le livre à être brûlé. (29 auguste lySi) L'exécution se fit avec la grande cérémonie extraordinaire. On
36o HISTOIRE DU PARLEMENT DE PARIS.
dressa dans la place, vis-à-vis le couvent de la Minerve, un vaste échafaud, et, à trente pas, un grand bûcher. Les cardinaux montèrent sur l'échafaud : le livre fut préseiHéjjjJié et garrotté de petites chaînes de fer, au cardinal doyen. Celui-ci le donna au grand inquisiteur, qui le rendit au greffier; le greffier le donna au prévôt, le prévôt à un huissier, l'huissier à un archer, l'archer au bourreau. Le bourreau l'éleva en l'air en se tournant gravement vers les quatre points cardinaux ; ensuite il délia le prisonnier; il le déchira feuille à feuille; il trempa chaque feuille dans de la poix bouillante ; ensuite on versa le tout dans le bûcher, et le peuple cria anathème aux jansénistes.
Cette momerie de Rome redoubla les momeries de Saint-Médard. La France était toute janséniste, excepté les jésuites et les évéques. du parti romain. Le parlement de Paris ne cessait de rendre des arrêts contre les évéques qui exigeaient des mourans l'acceptation de la bulle, et qui refusaient aux rénitens les sacremens et la sépulture. L'abbé de Tencin% archevêque d'Embrun, qui n'était alors connu que pour avoir converti l'Ecossais Lav^, mais qui songeait déjà à se procurer un chapeau de cardinal , crut le mériter par une lettre
* * Oncle de d'Argental, et même de d'Alembert, amis de Voltaire, qui nen fut pas moins l'objet de ses dénonciations auprès de Louis XV. (Clog.)