CHAPITRE LXIV. 3G
pu , les appels comme d'abus , le seul rempart des libertés de l'église gallicane, et l'un des plus anciens privilèges de la nation et du parlement. Le cardinal Mazarin n'aurait jamais osé faire cette démarche, le cardinal de Richelieu ne l'aurait pas voulu; le cardinal Fleuri la fit comme une chose simple et ordinaire.
( isi mai 1732 ) Le parlement étonné s'assembla. Il déclara qu'il n'administrerait plus la justice si l'on en détruisait ainsi les premiers fondemens. Des députés allèrent à Compiégne, où était le roi. Le premier président voulut parler, le roi le fit taire.
L'abbé Pucelle eut le courage de présenter la délibération par écrit; le roi partit, et la fit déchirer par le comte de Maurepas , secrétaire d'état. L'abbé Pucelle fut exilé, et le conseiller Titon ^ envoyé à la Bastille.
Nouvelle députation du parlement pour redemander les conseillers Pucelle et ïiton. La députation se présenta à Compiégne.
Pour réponse, le cardinal fit exiler le président Ogier, les conseillers DeVrevin, Robert, et de La Fautrière. Les partisans de la bulle abusèrent de leur triomphe. Un archevêque d'Arles outragea
' * TIton, seigneur de La Neuville, neveu de Titon du Tillet, mort conseiller de la grand'chambre , postérieurement à 1765.
(Clog.)
tous les parlemens du royaume dans son instruction pastorale; il les traita de séditieux et de rebelles. On n'avait jamais vu auparavant des chansons dans un mandement d'évêque : celui d'Arles fit voir cette nouveauté. Il y avait dans ce mandement une chanson contre le parlement de Paris, qui finissait par ces vers :
Thémis, j'implore ta vengeance
Contre ce rebelle troupeau.
N'en connais-tu pas l'arrogance?
Mais non, je ne vois plus dans tes mains la balance; Pourquoi devant tes yeux gardes-tu ton bandeau?
Le parlement d'Aix fit brûler l'instruction pastorale et la chanson; et le cardinal Fleuri eut la sagesse de faire exiler l'auteur.
L'année 1733 se passa en mandemens d'évêques, en arrêts du parlement, et en convulsions. Le gouvernement avait déjà fait fermer le cimetière de Saint-Médard , avec défense d'y faire aucvui miracle. Mais les convulsionnaires allaient danser secrètement dans les maisons , et même chez plusieurs membres du parlement.
Le cardinal, prévoyant qu'on allait soutenir une guerre contre la maison d'Autriche, ne voulut pas en avoir une intestine pour des intérêts si méprisables. Il laissa là pour cette fois la bulle, les convulsions, les miracles et les mandemens. Il savait plier, il rappela les exilés. Le parlement, qui avait