CHAPITRE XXII. I.2I
Coligni , neveu du connétable , s'avançait ; la reine -mère, Catherine de Médicis, était incertaine et accablée; le chancelier de L'Hospital ne voulait point signer l'arrêt; les deux princes de Guise osèrent bien la presser de faire exécuter le prince de Condé déjà condamné, et le roi de Navarre son frère, à qui on pouvait faire le procès en un jour. Le chancelier de L'Hospital soutint la reine chancelante contre cette résolution désespérée. Elle prit un parti sage; le roi son fils touchait à sa fin, elle profita des momens où elle était encore maîtresse de la vie des deux princes pour se réconcilier avec eux, et pour conserver son autorité malgré la maison de Lorraine. Elle exigea d'Antoine de Navarre un écrit, par lequel il renonçait à la régence, et se l'assura à elle-même dans son cabinet, sans consulter ni le conseil, ni les députés des états généraux qu'on devait tenir à Orléans , ni aucun parlement du royaume.
François II, son fils, mourut le 5 décembre, âgé de dix-sept ans et dix mois; son frère Charles IX n'avait que dix ans et demi. Catherine de Médicis sembla maîtresse absolue les premiers jours de ce règne. Elle tira le prince de Condé de prison de sa seule autorité ; ce prince et le duc de Guise se réconcilièrent et s'embrassèrent en sa présence , avec la résolution déterminée de se détruire l'un l'autre; et bientôt s'ouvrit la carrière
des plus horribles excès où l'esprit de faction , la superstition, l'ignorance revêtue du nom de théologie, le fanatisme et la démence aient jamais porté les hommes.
Pendant que François II touchait à sa fin , le parlement de Paris réprima, autant qu'il le put, par un arrêt authentique , des maximes ultramontaines capables d'augmenter encore les troubles de l'état. Les aspirans au doctorat soutiennent en Sorbonne des thèses théologiques, ignorées pour l'ordinaire du reste du monde: mais alors elles excitaient l'attention publique. On soutint dans une de ces thèses, «que le pape, « souverain monarque de l'église, peut dépouiller « de leurs royaumes les princes rebelles à ses dé- « crets. » Le chancelier de L'Hospital envoya des lettres-patentes au président Christophe de Thou , et à deux conseillers, pour informer sur cette thèse aussi criminelle qu'absurde. Tanquerel , qui l'avait soutenue, s'enfuit. Le parlement rendit un arrêt par lequel la Sorbonne assemblée abjurerait l'erreur de Tanquerel. Le docteur Le Goust demanda pardon pour Tanquerel au nom de la Sorbonne (12 décembre i56o). On eut dans la suite des maximes plus affreuses à réfuter.