CHAPITRE XXIV. t
Guise alla bientôt après faire le siège d'Orléans. (i8^ février 1 563) Ce fut là qu'il fut assassiné par Poltrot de Méré, gentilhomme angoumois. Ce n'était pas le premier assassinat que la rage de la religion avait fait commettre. Il y en avait eu plus de quatre mille dans les provinces ; mais celui-ci fut le plus signalé , par le grand nom de l'assassiné , et par le fanatisme du meurtrier , qui crut servir Dieu en tuant l'ennemi de sa secte.
J'anticiperai ici un peu le temps pour dire que quand Charles IX revint à Paris, après sa majorité , la mère du duc de Guise , Antoinette de Bourbon , sa femme Anne d'Est , et toute sa famille , vinrent en deuil se jeter aux genoux du roi , et demander justice contre l'amiral Coligni , qu'on accusait d'avoir encouragé Poltrot à ce crime.
(i8 mars) Le parlement condamna Poltrot à être déchiré avec des tenailles ardentes, tiré à quatre chevaux et écartelé , supplice réservé aux assassins des rois. Le criminel varia toujours à la question , tantôt chargeant l'amiral Coligni et d'Andelot, son frère, tantôt les justifiant. Il demanda à parler au premier président, Christophe
^ * Cette date est celle de l'assassinat du duc, qui, selon le Dictionnaire de Moréii, mourut le deuxième jour de sa blessure. La Biographie universelle, art. François de Lorraine, duc de Guise, dit que la mort eut lieu le i5 février, six jours après le crime; et, pour augmentation d'incertitude, l'art. Poltrot de méré, dans le ir.érae ouvrage, ne contient pas la moindre date. (Clog.)
i 3/| HISTOIRE DU PARLEMENT DE PARIS.
de Thou , avant que d'aller au supplice. Il varia de même devant lui. Tout ce qu'on put enfin conjecturer de plus vraisemblable, c'est qu'il n'avait d'autre complice que la fureur du fanatisme. Tels ont été presque tous ceux à qui l'abus de la religion chrétienne a mis dans tous les temps Je poignard à la main, tous aveuglés par les exemples de Jael , d'Aod , de Judith et de Mathathias qui tua dans le temple l'officier du roi Antiochus , dans le temps que ce capitaine voulait exécuter les ordres de son maître , et sacrifier un cochon sur l'autel. Tous ces assassinats étant malheureusement consacrés, il n'est pas étonnant que des fanatiques absurdes , ne distinguant pas les temps et les lieux, aient imité des attentats qui doivent inspirer l'horreur, quoique rapportés dans un livre qui inspire du respect.