CHAPITRE XXVII. l/|I
cateurs catholiques et protestans prêchaient le meurtre dans plusieurs provinces, et criaient aux armes.
L'Hospital, pour dernière ressource, imagina de faire voyager le jeune roi Charles IX dans toutes les provinces de son royaume. On le montra de ville en ville, comme celui qui devait guérir tant de maux. A peine avait - on de quoi subvenir aux frais de ce voyage; l'agriculture était négligée, presque toutes les manufactures étaient tombées , la France était aussi pauvre que turbulente.
(i566) Ce fut dans ce voyage que le législateur L'Hospital fit la célèbre ordonnance de Moulins. On vit les plus sages lois naître des plus grands troubles. Il venait d'établir la juridiction consulaire à Paris et dans plusieurs villes; et par là il abrégeait des procédures ruineuses, qui étaient un des malheurs des peuples. L'édit de Moulins ordonne la frugalité et la modestie dans les vétemens, que la pauvreté publique ordonnait assez et que le luxe des grands n'observait guère.
C'est depuis cette ordonnance qu'il n'est plus permis de redemander en justice des créances au dessus de cent livres, sans produire des billets ou des contrats. L'usage contraire n'avait été établi que par l'ignorance des peuples, chez qui l'art d'écrire était très rare. Les anciennes substitutions
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f^iites à Finfiiù furent limitées au quatrième degré. Toutes les donations furent enregistrées au greffe le plus voisin pour avoir une authenticité certaine.
Les mères qui se remariaient n'eurent plus le pouvoir de donner leurs biens à leur second îiiari. La plupart de ces utiles règlemens sont encore en vigueur. Il y en eut un plus salutaire que tous les autres, qui n'essuya que les murmures publics, ce fut l'abolissement des confréries. La superstition les avait établies chez le bourgeois, la débauche les conservait; on fesait des j'jrocessions en faveur d'un saint dont on portait l'image grossière au bout d'un bâton ; après quoi on s'enivrait, et la fureur de l'ivresse redoublait celle des factions.
Ces confréries servirent beaucoup à former la Ligue dont le cardinal de Lorraine avait fait dès long-temps le projet.
Cet article et quelques autres empêchèrent le parlement de Paris d'enregistrer l'édit de Moulins; mais après deux remontrances, il fut vérifié le u3 décembre i566.
Ce qui rendait le parlement difficile était la manière un peu dure dont le chancelier s'était exprimé devant l'assemblée des notables, convoquée à i*îoulins pour y publier ces lois. Elle était formée de tous les princes du sang, de tous les grands
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officiers du royaume, et de plusieurs éveques. On avait appelé à ce conseil le premier président du parlement de Paris , Christophe de Thou , et Pierre Séguier, président; Jean Daffîs, premier président du parlement de Toulouse; Jacques-Benoît de Largebaston, de celui de Bordeaux; Jean Truchon, de celui de Grenoble; Louis Le Fèvre, de celui de Dijon; et Henri Fourneau, président au parlement d'Aix.
L'Hospital commença sa harangue en disant ^, que presque tous les maux de Tétat avaient leur origine dans la mauvaise administration de la justice; qu'on avait trop souffert que des juges résignassent leurs offices à des hommes incapables; qu'il fallait diminuer le nombre inutile des conseillers, supprimer les épices, et soumettre les juges à la censure. Il parla bien plus fortement dans le lit de justice que le roi tint à Bordeaux dans ce voyage.
i< Messieurs, dit-il, le roi a trouvé beaucoup de « fautes en ce parlement, lequel étant comme plus <( dernièrement institué, car il y a cent et deux Ci ans, vous avez ilïoindre excuse de vous départir «^ des anciennes ordonnances, et toutefois vous « êtes aussi débauchés que les vieux, par aven- « ture pis... Enfin voici une maison mal réglée. '^ La première faute que je vous vois commettre, « c'est de ne garder les ordonnances , en quoi
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« VOUS désobéissez au roi. Si vous avez des remonte trances à lui faire, faites-les, et connoîtrez après « sa dernière volonté. C'est votre faute aussi à vous « présidens et gens du roi, qui devez requérir « l'observation des lois, mais vous cuidezétre plus « sages que le roi , et estimez tant vos arrêts que « les mettez par dessus les ordonnances, que vous « interprétez comme il vous plaît. J'ai cet hon- « neur de lui être chef de justice; mais je serois
', c( bien marri de lui faire une interprétation de « ses ordonnances de moi-même, et sans lui com- « muniquer.
« On vous accuse de beaucoup de violences ; vous « menacez les gens de vos jugemens, et plusieurs
" c( sont scandalisés de la manière dont faites vos (( affaires, et surtout vos mariages; quand on sait « quelque riche héritière, quant et quant c'est pour « M. le conseiller, et on passe outre...
«Il en y a entre vous lesquels pendant ces troubles ce se sont faits capitaines; les autres commissaires « des vivres... Vous baillez même votre argent à a intérêt aux marchands, et ceux-là devroient lais- « ser leur robe, et se faire marchands. D'ambition, « vous en êtes tous garnis. Hé, soyez ambitieux « de la grâce du roi ! et non d'autre. »
Cette inflexible sévérité du chancelier de L'Hospital, qui semblait si opposée à son esprit de tolérance, nuisit plus que ses bonnes lois ne servirent.