‹ Histoire du Parlement de ParisChapitre 94 sur 217 · CHAPITRE XXXI. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI. I

du grand conseil et de la cour des aides, furent mis dans d'autres prisons.

Le parlement était alors composé d'environ cent quatre-vingts membres. Il y en eut cent vingt-six qui firent serment sur le crucifix de ne jamais se départir de la Ligue, et de poursuivre la vengeance de la mort du duc et du cardinal de Guise contre les auteurs et les complices. Les greffiers , les avocats, les procureurs, les notaires, firent le même serment au nombre de trois cent vingt-six.

Le mardi 1 7 janvier, qui était le lendemain de l'emprisonnement des cinquante magistrats, le parlement tint ses séances comme à l'ordinaire. L'audience fut tenue par le président Barnabe Brisson, qui accepta ce dangereux poste. Il crut se préparer une ressource contre l'indignation du roi , en protestant secrètement par devant les notaires Luçon et le Noir, que c'était malgré lui qu'il présidait à ce parlement, et qu'il cédait à la violence : protestation qui sert rarement d'excuse, et qui ne décèle qu'un esprit faible.

Le premier président Achille de Harlai, plus courageux, aima mieux rester à la Bastille que de trahir son roi et sa conscience *. Brisson crut mé-

* M. de Voltaire, dans la Henriade, chant iv, vers 44^'4^f dit, en parlant de Harlai :

« Il se présente aux Seize, il demande des fers ' « Du front dont il aurait condamné ces pervers. »

Ces vers ne sont point une exagération poétique : ils rendent exac-

nager les deux partis, et fut bientôt la victime de sa politique malheureuse.

Ce fut dans ce même mois de janvier que la Sorbonne, s'étant assemblée extraordinairement au nombre de soixante et dix docteurs, déclara que le peuple était libre du serment de fidélité prêté au roi ^popuhisJiuj'us regnisolutusestetliberatus a sacramento fidelitatis , etc. Un tel acte n'aurait été dans d'autres temps qu'un crime de lèse-majesté au premier chef; mais alors c'était un arrêt d'une cour souveraine de conscience, arrêt qui, favorisant l'opinion publique, était exécuté avec zèle**.

Le jeudi 26 janvier, le héraut Auvergne, envoyé de la part du roi, se présenta aux portes de Paris pour interdire le parlement et les autres cours supérieures. On le lïiit en prison; il fut menacé de la corde et renvoyé sans réponse. Le roi avait indiqué que son parlement se tiendrait à Tours, comme Charles VII avait tenu le sien

tement ce qu'on trouve dans les mémoires du temps. C'est ce même Harlai q»il, lorsque le duc de Guise voulut lui faire une grande apologie de sa conduite dans la journée des Barricades, lui dit pour toute réponse : « Monsieur, c'est grande pitié quand le valet chasse « le maître de la maison. »

Il était peu riche ; le roi lui avait donné un terrain pour bâtir une maison. Ayant été obligé quelque temps après de s'opposer à un édit qu'il croyait injuste, il renvoya le brevet de ce don. Le roi refusa de l'accepter. Il mourut sous Louis XIII, âgé d'environ quatre-vingts ans.

** Ce décret de la Sorbonne se trouve inséré en entier dans les notes de la Ilcnriade (Notes du chant iv).

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