‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 206 sur 295 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Castelsarrasin. — Le Parlement à Castelsarrasin. — Détresse des parlementaires. — Arrêts politiques. — Chambre de TÉdit  l'Isle-en- Albigeois et à Castres. — Le Parlement ligueur à Toulouse. — Entrée en campagne des armées de Languedoc. — Joyeuse aux portes de Castelsarrasin. — Le pape lève Texcommunication contre le roi. — Soumission des ligueurs. — Chambre de Béziers réunie au Parlement de Castelsarrasin. — Mort du président de la Bourgade.— Chambre de rÉdit à Castres. — Dernière conférence pour la paix. — Édit de Folembray. — Soumission du Parlement ligueur. — Allégresse publique à Toulouse. — Retour à Toulouse du Parlement de Castelsarrasin. — Joyeuse et le président Dufaur de Saint-Jory. — Rentrée à Toulouse. — Réouverture du Palais. — Séance du retour. — Serment de fidélité de Joyeuse. —Deux vers de la Henriade. — Mort de Joyeuse. — Le marquis de Villars. — Jugement sur la scission du Parlement. — Le Parlement de Castelsarrasin et les Parlements de France. — Belle prière du père Lombard.

La ville de Castelsarrasin, siège d'une justice royale, aux con&ns de la Gascogne et du Quercy, à rextrémité du Haut-Languedoc et de l'ancienne Gaule, semblait offrir, mieux que les autres villes du ressort, un asile hospitalier aux magistrats proscrits par les dernières convulsions de la Ligue. Dans son enceinte de murailles flanquées de tours, elle pouvait résister à un assaut, et son éloignement de Toulouse n'était pas si grand que le Parlement ne pût exercer sa surveillance sur la capitale de la province. Du haut de ses collines, en regardant les belles vallées où coulent le Tarn et la Garonne, on ne

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CHAP. XXV. — LE PARLEMENT A CASTELSABRASIN 58l

voyait que des villes fidèles au drapeau d'Henri IV : Montauban, un des grands foyers de la religion réformée, Moissac, un moment entré dans la Ligue, mais bientôt soumis par Tépée du duc d*Epernon, Villebrunier, Qrisolles, Beaumont et toutes les villes du pays de Rivière- Verdun et de l'élection de Lomagne. Seule, la ville dç Montech restait attachée à la Ligue. En conservant, avec une inébranlable intrépidité, sa vieille foi catholique, Castelsarrasin avait salué l'abjuration du roi de Navarre, comme le présage d'une paix glorieuse.

C'est là que les parlementaires arrivèrent, lentement, au milieu de dangers incessants, en traversant des contrées au pouvoir des ligueurs. Au nombre de deux présidents à mortier, de onze conseillers et de deux officiers du parquet, ils ouvrirent leur première audience, le samedi 6 du mois de mai iSgS, dans le consistoire de I9 maison de ville, sous la présidence de Saint- Jory. Sur les réquisitions du procureur général Claude de Saint-Félix, la Cour arrêta que la justice souveraine serait désormais rendue à Castelsarrasin, comme elle l'était, au mois d'avril, à Toulouse ; elle enjoignit à tous les parlementaires de se rendre à Castelsarrasin, danf la huitaine et fit commandement à tous les sénéchaux, baillis, lieutenants, juges, consuls, greffiers et autres officiers du ressort, d'avoir à ne reconnaître qu elle, cassant tous les arrêts rendus après le onze avril, giu prétendu Parlement resté à Toulouse, et menaçant tous ceux qui contreviendraient à ses décisions, des châtiments réservés aux criminels de lèse-majesté. Par d'autres arrêts, elle ordonna que les sièges du sénéchal

et du présidial et la trésorerie de Toulouse seraient transférés à Castelsarrasin.

La Cour, ainsi constituée, tenta vainement une dernière fois, de remontrer, p^r les voies de la douceur, au duc de Joyeuse et à ses partisans, les désordres qui allaient survenir de ce déchirement. En môme temps, la Cour envoya deux députés à Aymery de Vie, pour demander communication de Tédit royal de pacification du Languedoc, afin d*en prescrire partout la publia cation. De Vie informa le roi de ces incidents : Henri IV, revenu victorieux de Picardie et à la veille de partir pour la Bourgogne, signa, au château de Fontainebleau, des lettres patentes approuvant la translation du Parlertient à Castelsarrasin, révoquant les pouvoirs de la Cour restée à Toulouse, et enjoignant aux officiers du présidial, des finances et des monnaies, de quitter Toulouse sur-le-champ, et'd'exercer leurs charges à Castelsarrasin. Un arrêt du 23 mai, rendu en chambres assemblées, enregistra ces lettres patentes en forme d'édit et ordonna, en outre, que le Parlement, d'abord établi à Carcassonne et transféré alors à Béziers, se réunirait au Parlement établi à Castelsarrasin

De tous côtés, arrivèrent les parlementaires suivis des membres de la Cour présidiale et de la sénéchaussée de Toulouse, des procureurs, des avocats, des greffiers, des notaires, des officiers de la chancellerie du Palais, des huissiers, garde-sacs et autres, des trésoriers et officiers des monnaies. Les registres du Parlement ont conservé les noms de tous les parlementaires de Castelsarrasin : les présidents de Saint-Jory, Odet de Saint- Jean, Mathieu de Chalvet et Jacques de Cayron, souvent

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