‹ Histoire du passage des AlpesChapitre 33 sur 48 · BK · texte numérisé non relu

BK

NOMS

De Mousiîer k Cenlroni . . . . .•►.. .

- Beliamré»^... .•• — ..

«- Bourg. Su-Maarîce..»

soMs;

liOIIUiUlS...

Daraniâsia^

Aîiniâ M' B^i-âm^CUiidit.

BeK^airBOi^

j^onik^^jb.» •

MILLES

romains.

r »i «III II

P«ndlan{ cette marche -de- deux^ jours y les^ Centrons ^ dont une partie suîvoib Tarniéb»

sous prétexte de hn servir de guidfis^ a^semn^ blèreht leiirs^ forces» La vue .des beaux che-! vaux/ aurmdes: et espagnols , f dé» bâtea de; somme ehargéesde ribâies JbagageSr-lcs amf ' tàntés*^ Ik ' )àgeoient <qii?ils pourroienit' s^ef»'emparer avec impuni té\ parce ^|ue les 4iSé^^ rens corps d'une< armée qui est • «ofeiîgée de marcher sur une longue file de q^atr^ à cinq lieues, nepeuv^nt pas se protéger mutuel-

iflS filSTOIRl

lement. Ce fut au moment où elle commença à monter au-dessus dé Scèz y qu'ils Fâtta-* quèrent. Nous allons décrire , d'après M» Beaumont y cette partie de la route qui s'étend depuis ce village jusqu'au somniet du passage du Petit Saint-Bernard. '

En sortant de Scèz pour monter le Saint- Bernard» on .quitte la vallée de l'Isère, et l'onjirend une direction au nord* On gravit d'abord une rampe assez rapide, pavée de largies pierres plates , et , après une quartd'heure de montée , on traverse le village du Villar: le chemin continue à être pavéde grandes dalles plates ; U e^t ensuite onr peu moins rapide ; il tl*avèr^ une espèce de plateau entièrement qompaié de débris des montajgnes latérales, recouvert de grandes et belles prairies ombragées de quelques hé* très et sapins* Ce chemm conduit sur les bords du torrent de la JHecluse , dont le Kl: profond est ' rempli de blocs de pierres' ^%m volume c^nsidérabie* On traverse ce torrenA sur un pont dé bots trèsrélévé et très. pittoresque ; vis-à^vis de ce pont, et dtt: câté du tiord, on aperçoit une grand cascade forntéé {^rles eatix de la Reclus* Le diemin ^monte ensuite en serpentapb sur les

flancs d^une colline couverte de la plos rian|:e verdure, dont Téclat et la fraîcheur est augmentée par les couleurs foncées des rochers arides et abruptes contre lesquels elle s'appuie. Â travers les arbustes qui ombragent cette coUine y on aperçoit sur la rive gauche du torrent une petite chapelle que^ Ton nomme Natre^Dame^s^neiges.

Au-dessus de cette colline^ est situé le village de Saini^Germam* £n en sortant , la montée est fort rapide ; le chemin est coupé en zigzag dans les flancs de la Monta^ gne-Cdormey ayant d^un côté le précipice effrayant au fond duquel coulent avec fracas les eaux de la Recluse. On aperçoit encore çà et là quelques forêts de sapins et de hêtres; mais à mesure qu'on s'élève, quelques arbustes y répandus sur de vastes prairies y prennent la place des arbres.

Après deux heures et demie de montre ^ depuis le village de Scèz , on passe à côté d'un chalet, ou fruitière; l'on traverse ensuite la Recluse, et bientôt après on se trouve tur le sommet du Petit Saint-Bernard. Ce passage se voit depuis une très-grande' distance, même depuis St.-Maurîce; on y monte tout droit depuis Scèz y sans tourner ni à

l68 HISTOIRK

droite ni à gauche , /et comme il est beau^*coup plus bas que Içs montagnes environnantes , il a été tracé par la nature avant que les hommes y eussent travaillé.

Le passage de cette montagne n'est nulle part dangereux; la montée n'est proprement ^très-rapide que ^dans les environs de Saint- Germain 9 mais partout ailleurs la route seroit praticable pour les voitures, moyennant quelques réparations ; car depuis la montcfè de Saint-'Germain y le chemin traverse de vastes prairies , dont la pente n'est que mé-

diocrement; inclinée.

Le vallon Au Petit Saint-Bernard a envî-r ron un quart de lieue de largeur, sur une demi-lieue de longueur (deux milles et demi d'après Fauteur de la Dissertation , p. 6b.) A son extrémité nord-est, i) y a un petit lac, entouré en été de la plus riante verdure (i).

Les descriptions de M. Beaumont ne s'etendent pas au-delà du sommet du passage ; niais heureusement pour nous, DeSaussure vient nous fournir le reste de la route, jus-

(i) DescrîptîoQ ^es Alpes fireeqties «I iooUienn«s, 9.^ partie^ tome II, page &jo-Sj^.

que daHS les plaines qui bordent le Pô» Ce célèbre physicien et géologue avôit traversé le col du Bonhomme^ et e'toit descendu dans la vallée de Tlsère au bourg St. Maurice (i).

Nous prendrons son récit depuis le village de Scèz^ parce qu'il nous fournira quelques détails qui ne se trouvent pas dans l'ouvrage de M. B., et qui cependant sont essentiels (2).

<< L'on commence à monter (ditDeSaus- » sure) dans le village même de Scèz, situé » au bord de Tlsère. On vient dans un quart- » d'heure au village de Villar-dessous y par ï> un chemin pavé de pierres calcaires et de » gneiss, et au bout d'un quart-d'heure, » on passe sur un pont le torrent qui vient » du Petit Saiiît-Bernard. La montagne au- » delà de ce pont présente un point de vue » tpèfr^agréable ; une cascade tombe à trai> vers dés prairies en étagères , arec des ?> arbres et un village au-dessus, Oii Voit » ensuite de l'autre côt^ du torrent, à l'en- » trëe de la vallée d'où il sort , des masses * iftfot^mes de gypse blanchâtre. Dé là, on ». pa^sé aaus la cascade, et bientôt apte» on

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(i) Vojages dans les Âipes , toirte W> pi %7> 5- ^^^^*

s» passe à Saint-Germain ^ dernier hameam > d'hiver.

i< Depuis Saint-Germaîn , on continue à

>> monter , en suivant la rive droite du toiv

» rent , par une pente douce entièrement

» découverte , presque toute de prairies.

» Là montagne vis-à-vis, et de Tautre côté

» du torrent , est aussi en grande partie

s> couverte de bois et de prairies. »

c< On arrive à l'hospice , ou couvent , en

ip trois petites heures depuis Scèz^ toujours

» par des prairies en pente douce, sans avoir

» eu à passer aucun mauvais pas, aucua

3» rocher escarpé ni difficile; en sorte que'

» cçtte montagne présente le passage des

v> Alpes le plus facile que je connoisse* 1^

« L'hospice , ou couvent , est situé dan« » un vallon en berceau, dirigé du nord-est » au sud-ouest , large de trois à quatre cents » toises dans le bas, partout verd, mais » sans arbres ni arbrisseaux. Son élévation 3» au-dessjus de la mer est de 1 1 25 toises. »

« Du côté du sud-est , le vallon est divisé»

9 suivant sa longueur , par une arrête étroite » qui se prolonge du côté du nord, à trois ou » quatre cents toises au-dessous de rhospice»

Ï)U PASSAGE t)E4 ALPES. 171

» Cette arrête produit un second vallon assez » profond, parallèle au pi^emier, ï>

a En partant (i) de Thospice pour des^ >) cendre dans la vallée d'Aoste, on cornai menée par monter une pente dauce qui » aboutit au plus haut point du vallon ^ p mais ce point n'est que de quelques toises » plus ëlèvë que l'hospice. — On voit en- » suite au-dessous de soi , sur la gauche, un i> petit lac renfermé dans un charmant basp sin de verdure, »

Les distances depuis Scèz à l'hospice sont :

PeSoisàYÎIlar 1 mille.

- SaiQi<<]rermain 2

-l'Hospice du Petit St.*Bernard.. $

■ .Al

ToTAt 9 milles»

La carte théodosienne marque 12 milles ^e Ariolicain Alpe Graza jusqu'à Bergintrum^ ou Saint^Maurice. Nous avons trouve' la distance de ce bourg jusqu'au sommet du passage, de 1 1 milles , ce qui feroit croif e qu'u^* Twlica étoit dans la situation actuelle de l'hospice ou plutôt près du petit lac oii M.

■Il ' Il «— M^— 1— ^i— ^^»— »l

(1) Toyages daMle# Alpes, tome lY, 5» aaSdi

17^ r- HISTOIRE, . , ,

Eeaurpont (i) dit que Ton voit les reste»

d'une colonne anciennement nornniée colum* na Jœ^îs. Ariolica auroit, donc été située à rextrémité nord-est du vallon , tandis que riiospice actuel est situé à son entrée, du côté de la Taranlaise (2).

J'ai dit plus haut que ce fut vers la fin du second jour depuis le départ de Mouslier, et lorsque Tarmée carthagii>oise com-^ mença à monter au-dessus des villages, de Scès et de Villar, que les Centrons l'attaquèrent. Polybe nous dépeint cet endroit comme une çallée étroite , d accès difficile , et bordée de rochers, .escarpés • Lefi> Barbâtes s'étoient emparés des lieux élevés , et mar- ' chant du même pas que les Carthiagînois qui auivoient le pied de la montagne^ ils faisoient

(i) DçscripUoa des Alpes grecques et couiennes, 2.« partiertome 11, page 574.

(2; L'auleur de la Dissertatiop, p^ge 71 , croit que la Tuile éloit Pcutolîca des liînéraires , Inaîs dans cette snppQsUion l'es distance^ né s'accorderôieiH pas a?ec Htinéraîre^ GeluHci marque^a^miUes de fi^r^/tt/mutà Arebrlgii^fn qui osl Pré JSaitU-Did^ et i â de.Ber^inlrulil à Ârlolîca, par conséquent ce dernier endroit est à moitié distancé des'deux premiers, et ce point correspond an sommetda passage et, non pas à 1^ Tuile*

BU PASSAGE DES ALPES. ijS

rouler des pierres sur eux , ou lés lançoient at'fsc la tnâin.

Ces circonstances, et une autre dont je vais faire' mention, firent juger au général Melville , lorsqu'il traversa cette montagne, que, dans le temps d'Ânnibaï, la route ne Irayersoît pas le torrent , mais qu'elle n4ontôît le long de sa rive gauche. D'après cette opinion , formée par la lecture de Polyb^ et ririspection des lieux, le général aiiroit voulu monter par-là pour examiner cette vallée de plus près ; mais son guidd s'y opposa , en disant que c'étoit un vieux chemin très-mauviais , abandonné depuis long-temps^ et que les contrebandiers seuls fréqùenloîedt. Il ^uta que depuis la route actuelle qui suit la rive droite du torrent , il pourroit aisément juger de la nature de l'ancieinne.

Le général Melville remarqua qu'en effet le local répondoit parfaitement à là desorip^ tion que fait Polybe d'un passage difficw au jpied d'une montagne escarpée. >

Cet ancien chentlin conduit probablement à là petit chapelle que l'on nomme Nôtres î)am€^d€S''neige$'y qiïi est ^ur la rive gauehjs du torrent. ' péSaussure rttius dit que fa inoritàgné que l'on voit Vîs-à-vîs, iîe^uis la

274 HiSTOIlUl

la nouvelle route au-dessus de Saint-Ger^

main , est en grande partie couverte de bois et de prairies; ce qui iudiqueroit qu'il peut Y avoir un chemin praticable plus haut que la chapelle , et c'est en effet de ce côté que passoit la voie romaine*

La circonstance dont je voulois parler est mentionnée par Polybe. Il dit qu'Annibal , pour protéger sa cavalerie et ses bétes de ;6omme, pendant qu'elles défiloîent au travers du ravin, fut obligé de passer toute la nuit dans le voisinage è!un certain rocher blanc»

A demi-mille au-dessus de Yillar , ^t à l'entrée de la vallée étroite d'où sort le torrent de la Recluse , le général Melville remarqua de loin des rochers d'une blancheur éclatante qu'il comparoit à de la craie. II demanda à son guide ce que c'étoit que ces rochers , il lui répondit qu'on les appeloit la roche blanche» DeSaussure les remarqua aussi 9 puisqu'il dit qu'à l'entrée de la vallée d'où sort le torrent, on voit des musses informes de gypse, blanchâtre» ^Yoilk donc le rocher blarfc. dont parle Poljf^be, et près duquel Annibal passa, la nuit avec la moitié de ses forces^ pour protéger^ le reste ^e son armée à mesure q^'e^e.^lpntoit. suc une longue file*

En 1819 ces rochers blancs portoîent encore le nom de roche blanche dans le pays , jet la tradition s'étoit conservée parmi les habitans qu'une grande bataille s'étoit livrée au pied de ces rochers* Le guide de Tauteur de la Dissertation qui étoit un habitant respectable de ViÛar, lui parla d'Annibal comme d'un sujet de conversation de tous les jours, et de son passage dans le pays du temps des Sarasins*

Au moment où le général Melvîlle découvrit ce rocher , il tenoit devant lui , sur le cou de son mulet , l'histoire de Polybe en grec 9 il lisoit les mots qui signifient près à!un certain rocher blanc : il fut frappé de la coïncidence entre le lieu mentionné par Polybe et la couleur du rocher qu'il voyoit devant lui; il comprit en même temps ce que touis les traducteurs de Polybe avoîent pris dans un sens vague, et qui devoit être pris à la lettre» L'un traduit les mots ^rcpi n 7.njKo^rrfcfy Un rocher fort par sa position ; un second, sur un rocher fort et découi^ert; un troisième , en plein air sur un rocher ; un quatrième enfin, une roche nue et escarpée* Tîte-Live dit, d'après Polybe, qu'Annibal P^sa une nuit séparé de ses bagages et de

sa cavalerie , mais il omet cette circonstance essentielle , qui sert à déterminer d'une manière si précise le lieu ou Ânnibal passa la nuit (i). Ce fut au-dessus de Villary sur une espèce de plateau que le chemin traverse, et que recouvrent de grandes et belles prairies, ombragées de quelques hêtres et de quelques 6apins« Ce plateau est dominé par les masses informes de gypse blancliâtre^ qui sont situées à l'entrée de la vallée étroite par laquelle l'armée monta pendant toute la nuit Ânnibal s'étoit posté là avec une partie de son infanterie, pour empêcher les Centrons de suivre ses bagages et sa cavalerie , qui marchoient en avant à la tête de la file, et qui arrivèrent les premiers dans le vallon, au sommet du passage.

Puisque le rocher blanc ^ près duquel Annibal se posta, est sur la rive gauche du torrent , on peut en conclure , comme le fit le général Melville, que le chemin par lequel l'armée défila étoit du même côté ; car si elle avoit traversé le torrent là où la route

(1) La même expression de roche blanche wtvzaconit^ vne seconde fois dans Pol^rbe^ Liv. iq» chap. 27^ mais là il faut la prendre dans le sens d'an rocher nud*

actuelle le traverse , le poste qu'Anniba a\roit choisi devenoit inutile pour protéger son armée.

La nouvelle route fut faite par les ducs de Savoie ; elle décrit plusieurs zigzags audessus du village de Saint-Germain, et Ton sait que les voies romaines, au contraire étoient toujours tracées en ligne droite^ autant que la nature du pays pouvoit le permettre. Il seroit curieux de visiter Tancien^ie route, pour voir s'il reste encore des traces des travaux que l'empereur Auguste y fit faire pour la rendre praticable, môme pour les chars. L'auteur de la Dissertation, p. 56 9 nous apprend que Ton a découvert dans le voisinage de Villars, les restes de la voie romaine faite par Auguste ; elle montoit pro-.

bablement par un ravin boisé qui laisse la Recluse sur la gauche. Les Carthaginois peuvent avoir monté par là , plutôt que de suivre le lit du torrent qui présente de très grandes difficultés , quoique correspondant exactement à la description de Polybe.

C'est précisément dans ce ravin qu'au dire du guide de Fauteur, Ton avoit trouvé de très gro§ os d'animaux qu'il avoit lui-même vus et maniés. Il ajouta que ces os dl,oient

1 7d HISTOIRE

beaucoup plus gros que ceux de boeufs, et que lorsque le ruisseau qui coule dans ce ravin, se déborde et ronge le terrain,. il mettoit quelquefois à découvert de ces os. Le guide ne fit point mention d'éléphans, et paroissoit ignorer à quel animal ces os a voient appartenu; il dit qu'on en avoit conservé quelques-uns , sans pouvoir dire où. C'est sans doute de cette découverte dorit parle le marquis de St.-*^Simon dans sa préface à Thistoir^ de la guerre des Alpes de 1 744« ^ O^ ^'^st encore plus attaché de » nos jours (en 1770), dit cet auteur, p. 21 9 et 22, à soutenir qu'Aiinibal a dû passer

# par le Petit Saint-Bernard , depuis qu'on

# a trouvé dans cette montagne tous les os*

# setnéns d'un éléphant, dans un pays qu'on >> appelle dans plusieurs cartes la grande y> route des Romains* »

Ces ossemens ne doivent point se confondre avec les ossemens fossiles déterrés en Italie , en France, en Allemagne, etc ; ces derniers ne se trouvant que dans les plaines peu élevées au-dessus de la mer, et jamais dans les hautes VaUées-

DeSaussure observe que le Petit Saint- Bernard présente le passage des Alpes le plus

facile qu^il connoisse. M. Albanis Beaumont observe aussi que le passage de cette montagne n'est nulle part dangereux ni difficile ; (ju excepté dans les environs de Saini^ermain , la route seroit praticable pour les voitures, si Ton y faispit quelques réparations^ car elle traverse de vastes prairies en pente douce.

Ce fiit le neuvième jour depuis l'entrée dans les Alpes , que l'armée carthaginoise arriva au sommet du passage de ces hautes montagties. Annibal dtoit resté à son poste jusqu'au matin de ce jour, moment où son armée acheva enfin de défiler. Il la suivit avec le corps d'infanterie qu'il avoit gardé avec lui; et dans la matinée de ce neuvième jour , il arriva lui-même dans le vallon du Petit Saint-Bernard , on ses troupes campèrent pour prendre du repos , et pour attendre ceux qui étoient restés en arrière. Le journal de cette marche de neuf jours est facile à récapituler.

Un jour pour traverser le Mont-du-Chat , depuis le village de Chei^elu jusqu'au Bourget, et pour s'emparer de cette. ville des AUobroges.

l^O HISTOIRE

Un jour de repos dans la plaine fertile du Bourget et de Chambéry.

Quatre jours de marche de Chambéry jusqu'à Moustier^ un des bourgs des Centrons.

Deux jours de marche de Moustier jusqu'à Scèz ou à Villar.

Le neuvième jour pour monter depuis Yi!lar jusqu'au sommet du Petit Saint-Bernard.

Une grande partie de Tarmée étoit arrivée au sommet dansla nuit du huitième au neuvième jour, et Tarrière-garde commandée par Annîbal y arriva dans la matinée^ ensorte que le neuvième jour peut être compris dans les deux jours de repos passés sur le sommet. C'est du moins ce que conjecture l'auteur de la Dissertation.

Il faut ajouter ces neuf jours au journal que nous avons interrompu à la fin du chapitre cinquième , lorsque l'armée arriva le 17 octobre à la petite ville de Yenne, et qu'elle campa à l'entrée de la nuit entre les villages de Cheçelu et de Saint- Jean-de-Cheçelu. Ellp atteignit le sommet du passage des Alpes le 26 octobre , car c'est à cette époque que l'astronome Maskelyne , consulté par le général Melville sur ce sujet , fixa le coucher des Pléiades du temps de Polybe.

DU PASSAGE MS ALPES. l8l

Il y avoit déjà beaucoup de neige sur les sommets des montagnes et dans le v allon on Farmée se reposa pendant deux joui^s sous ses tentes ; la nouvelle neige étoit même tombée plus bas, comme nous le verrons dans le chapitre suivant.

Le vallon du Petit Saint-Bernard est élevé de 1 123 toises au-dessus du niveau de la mer. A cette hauteur, la neige commence déjà à tomber à la fin de septembre , mais le plus souvent elle fond pendant les premiers beaux jours d'octobre : vers le milieu dé ce mois , la neige tombe de nouveau , et le soleil n'a plus assez de chaleur pour la fondre. A la fin d'octobre, la neige descend plus bas : elle blanchit les montagnes qui ne sont élevées que de 6 à 700 toises au-dessus de la mer, et souvent même encore plus bas. Il n'est donc pas surprenant que le 26 octobre l'armée carthaginoise trouvât non-seulement le sommet du passage couvert de neige^ mais encore les pentes de part et d'autre , jusqu'à la hauteur d'environ 750 toises, qui doit être celle de La Tuile j premier village que l'on trouve en descendant du côté de l'Italie.

Puisque l'armée campa au sommet du passage, il falloit qu'il y eût un espace suffisant

l83 HI&rOIRE

pour contenir toutes les troupes dont elle étoit composée. C'est en effet le cas, comme nous l'avons vu dans les descriptions des auteurs que j'ai cités. Le vallon du Petit Saint- Bernard a un quart de lieue de largeur sur une demi-lieue de longueur ; au nord-est, il se termine par un petit lac , renfiermé en été dans Un charmant bassin de verdure. Ce vallon est partout vert et en forme de berceau; en sorte que le camp pouvoit s'étendre sur les pentes de part et d autre, ainsi que sur les prairies en pente douce par lesqueUes on arrive au valloa* L'Hospice ou qouvent du Petit Saint-Bernard est situé trèsprès de l'entrée du vallon du côté de la Savoie (i) ; c'est un petit bâtiment habité autrefois par une colonie de moines détachée du Grand Saint-Bernard ; mais à présent, il n'y a que deux hommes qui y résident pen* dant toute l'année aux dépens du gouvernement Pendant les mois de Tété, le transport des mardiandises est considérable et les mulets y passent constamment.

En i8i5 une colonne de 6000 Autrichiens avec dix pièces de canon passèrent par

(i) Dissertation; p. So*

oette montagne , après avoir fait réparer le chemin. Cette colonne traversa en un jour de Pont serrant à Villars , c'est-à-dire, d'un côté du passage à Tautre.

A environ trois quarts de mille au nord-est du couvent, on trouve la colonne de Joux ou Columna Jovis ; c'est une colonne rompue de granit rougeâtre d'environ vingt pieds de haut et sept de circonférence. Quoiqu'on l'appelle Colonne de Jupiter ^ elle peut avoir appartenu à un tempte d'Hercule qui étoM: , selon Petronius, sur l'jélpis Graia.,

A 4^0 pas au nord-est de cette colonne , on voit un grand cercle de pierres de 40 toises de diamètre, ressemblant exactement à un cercle druitique. Les pierres sont trèsgrosses et en général enfoncées si profondement dans la terre qu'elles ne s'élèvent que deux ou trois pieds au-dessus de la surface. On lui donne le nom de cercle dAn-nibal y et la tradition du pays porte que ce général tint un conseil de guerre dans ce cercle. L'hôte à Scèz et le guide de l'auteur, lui avoient déjà beaucoup parlé de ces pierres; et en arrivant il y trouva une troupe nombreuse de muletiers et de gens du pays

l84 HISTOIRE

qui connoissoient aussi bien le cercle ou rond d'Annibal que les habitans de Scèz.

Pendant que l'armée étoit campée, Annibal observant que le plus grand nombre de ses soldats étoient plongés dans l'abattement, les conduisit au plus haut point du vallon , d'où il pouvoit leur montrer au-dessous d'eux la vallée de La Tuile. Il leur dit , pour ranimer leur courage : Voilà les plaines que le Pô arrose de ses eaux , ces contrées qui sont habitées par des peuples pleins de bonne volonté pour nous ; voilà l'endroit où Rome même est située*

Cçs expressions ne doivent pas être prises à la lettre ^ car , non~seulement du passage du Petit Saint-Bernard, mais de ceux du Grand Saint-Bernard, du Mout-Cenis ou du Mont-Genèvre, pn ne peut voir ni les plaines du Piémont ni celles de I9 Lombardie ; il y a pa,rtout d'autres montagnes plus avancées qui en interceptent la vue. Mais il sufiisoit qu'Annib^ fît voir à ses soldats la vallée inférieure de La T^ile , par laquelle ils dévoient descendre pour entrer en Italie, et il faut remarquer que c'est à ce village que se termine Içi descente du Saint-Bernard , suivant DeSaussure*

DO PASSAGE DES ALPES. l85

jSfous ferons observer qu'un passage par une grande chaîne de montagnes suppose un ^aissement dans le faite dont les habitans prpfitent pour la traverser, car il n'entre pas dans la pensée qu'ils iroient dans ce but escalader les précipices inaccessibles des crêtes , et encore moins une armée embarrassée de bagages et de bêtes de somme. Une armée suivra donc le chemin que la nature indique , et que les habitans fréquentent comme le plus facile ; et comme ce chemin traverse nécessairement un abaissement plus QU moins considérable dans le faîte où se fait le partage des eaux , cet endroit doit être plus bas que les montagnes environnantes, et doit être privé de toute vue étendue. De plus les vallées sont tellement sinueuses, que les montagnes en changeant de direction , interceptent bientôt la vue. Il r n'est donc pas possible que d'aucun passage des Alpes on puisse avoir la vue des plaines .»de l'Italie. Ce n'est donc pas dans ce sens précis qu'il faut prendre les paroles d'AnnibaL

Tite-Live traduit cet endroit du récit de Polybe, en y faisant quelques changemens.

Yoicî ce qu'il dit :

« Ânnibal s'avança à la tête de son ar-

» mée sur une sorte de promontoire, d'oà

» Ton découvroit une vue immense ; il or-

!f» donna à ses soldats de faire fialte , et y

3» leur montrant Tltalie et les plaines bai-

j> gnées par le Pô qui sont au pied des Alpes,

» il ajouta que c'étoient non-seulement les

5> remparts de lltalie, mais les murs même

» de Rome qu'ils escaladoient dans ce mo-

» ment ; que le reste du chemin n'étoit plus?"

» que d,es pentes à descendre et des plaines

» à traverser, et qu'une bataille ou deux au

» plus, mettroient dans leurs mains et sous

>• leur puissance la capitale et le boulevard

» de ntalîe. »

Ce ne fut pas, comme le suppose Tîte-Lîve,' pendant que l'armée étoit en marche, qu'Annibal adressa ce discours à ses soldats, mais pendant qu'elle étoit campée dans la plaine du Petit Saint-Bernard. Ce général n'eut pas besoin de sortir de son camp pour leur montrer la vallée de La( Tuile qui faisoit déjà partie de l'Italie, car ce camp devoit couvrir tout le vallon jusqu'à sa partie supérieure, et même s'étendre , en descendant , vers les bords du petit lac Varney*

Avis aux Voyageurs et aux Naturalistes.

Les personnes qui traversent le Petit SL- Bernard, et qui sont amateurs des beaux points de vue, feroient bien de monter au sommet du Behéder y montagne isolée en forme de cône dont lascension ne prend qu'une heure d'une marche lente depuis Mospice , et dont l'accès est très-facile. De cette sommité on découvre un horizon immense ; au nord est le colosse pyramidal du Mont-Blanc, soutenu par le Mont-Péteret,le Mont -Rouge et le Mont-Broglia(i); les glaciers de la Brenva et du Miâge paroissent sortir de ses flancs, ainsi que plusieurs autres qui tombent dans l'Allée Blanche et dans le col de Féret

A Test on distingue le Mont-Rose, dont la hauteur rivalise avec le Mont-Blanc ; le Grand Saint-Bernard, les glaciers de Tellefra et enfin toutes les hautes montagnes d'Italie.

Au sud-est est le Mont-Yseran, le glacier

(1) DeSanssure, $. 886, 887 et 889.

de Riotour ou Ruitor de plus de 16 lîeues d'étendue. Au sud le Mont-Pourri et tous les glaciers des environs des mines de Pesey; au sud- ouest les glaciers de Barcelonnette et des départemens de ilsère et des Hautes- Alpes. La vallée de la Tarantaise, dans le fond de laquelle on voit serpenter FIsère , est à Touest-sud-ouest.

Enfin on découvre au nord-ouest le col du Bonhomme, et au nord le col de la Seigne qui termine l'Allée Blanche, ainsi que ses glaciers et celui de Fresnay.

L auteur de qui j'emprunte cette description (i) et qui avoit beaucoup voyagé dans les Alpes , assure que le Belvéder est un des points duquel on voit le mieux les Alpes et qu'il mérite d'être indiqué aux voyageurs.

11 ajoute que de cette position , la structure des montagnes présente des détails intéressans et instructifs : on remarque deux inclinaisons particulières des grandes masses ; l'une dirigée sur le Mont-Blanc , l'autre dirigée sur le Mont-Yseran et sur le glacier

(1) Lettre de J. H. Hassenfratz, ingénieur en chef des

mines. Jour naji des mines ^ tome ij, page 255, année i8o5.

de Riotour; la vallée de La Tuile semble séparer ces deux inclinaisons.

Le même auteur dit aussi que Ton rencontre des choses intéressantes en lithologie; que les rochers et les minéraux à base de niagnésie sont très-communs dans les envi rons du Petit Saint-Bernard ; qu'on les trouve ordinairement interposés entre les roches quartzeuses et les roches calcaires (micacées) ; qu'en tournant au nord, le long de la Torvière , côtoyant le joli lac de Varney , et gravissant la petite montée verte de Barmes pour aller au glacier des Lavages, on trouve, sous le schiste calcaire micacé , une roche serpentineuse coupée de plusieurs petites fentes remplies d'amiante, d'asbeste, d'actînote verte et grise , etc. ; que près du glacier les minéraux sont encore plus variés.

go HISTOIRE

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