‹ Histoire du passage des AlpesChapitre 35 sur 48 · CHAPITRE Xni · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xni

Remarques sur la descente des Alpes. — Descrip^ tion de la i^ allée d^Aoste. — Autres traditions du passage d^AnnibaU — Journal de V expédition jusqu'à Varrii>ée de U armée dans la vallée d^Aoste et à Urée. — Longueur itinéraire totale du passage des Alpes.

L/ANS cette partie du récit de Polybe , le point essentiel est de découvrir l'endroit de la descente des Alpes oii le chemin avoit pu être emporté par un éboulement de terre , au point d'arrêter complètement la cavalerie de l'armée carthaginoise. Dans ce but, nous transcrirons ce que DeSaussure dit de cette descente , et nous citerons aussi les notes que le général Melville nous avoit communiquées.

tf A trois quarts de lieue de l'hospice (i), » on traverse un plateau incliné , et bientôt » après on traverse un bois. — A trois quarts

(i) Vogages dans les Alpes ^ lotne IV, 5-2232, chapitre intitulé : Passage du Petit Saint-Bernard.

DU PASSAGE DES ALPES. ig),

j> de lieue de ce bois , on passe au viUagç » de Pont'Serrant. — En sortant de ce vil- X» lage , on passe un pont construit sur un y> torreiit qui coule à plus de cent pieds >) de profondeuTi^ — Qn a de ce point une y* vue chômante, surtout du côté du bas » de la montagne , où une belle cascade qui » sort d'une prairie , au pied d'un bois , » vient mêler ses eaux à celle§ du torrent » A une petite demi-lieue de Pont-Ser- » rant , est le village de La Tuile y auquel » se termine la descente du St,-Bern5a:d (i); » nous n'y entrân;ie& pas , poxis^ le laissân^e^ » à notre droite , de Tautre côté du torrent», » Ce village est situé à l'entrée d'une gorge » et au bord d'une petite plaine formée par :» les débris qu'accumulent divers torrens qui

» vienneut s'y réunir:^ ^t entourée de h^ute^i » niontagnes^

» Si ce passage des Alpcîs, est un des phi9 ^ faciles , c'est en lithologie le plus mono-^ » tone que je conu.oisse^ §, 2^33» Après avoir 3> laissé sur la droite le pillage de La Tuile > » nous suivîmes le torrent qui porte le nom

(i) Le village de la Taile doit être- éli^T^ d'eaviroa 700 toises au-dessus de la mer*

» de ce village. — * A dix minutes de La Tuile, » on ^asse ce torrent et on vient côtoyer V le pied d'une montagne dont les couches )> coupées à pic sont d'une belle calcaire i> grenue » souvent recouverte de mica. Le )> chemin est bon et assez large, n\ais sur une » corniche très-élevée au-dessius de La Tuile. » On i^oit là 9 sous ses pieds , des amas de » neige qui se sont consentes depuis rhù^er^ » et qui forment des ponts sur ce torrent.

D On passe ensuite sur un pont plus solide »

« au-dessous du village de La Barma , et on 9 laisse à gauche, sur la hauteur , le village » d'Elei^

1» De là, dans une petite demi-heure , » nous vînmes au bourg de Pré-St^-Didier ^ 3» et ainsi en deux heures depuis La TuHe. — ^ 3» La hauteur de Saint Didier au-dessus de » la mer est de 44B toises. »

DeSaussure ne fait pas mention de la rapidité de la descente depuis Phospice jusqu'au village de Pont-Serrant , mais le généra MelviUe remarqua qu'elle étoit plu$ grande que du <ôté de la Savoie. Ce fut dans cette partie du chemin, qui occupe l'espace d'une lieue et demie, que les soldats qui s'en écartoient lorsque la neige em-

pêchoit de le voir» étoièojt entraînés dans les précipices.

Le chemin descend par une vallée oii copie la Tuile qui prend sa source d^ms Ja plaine du Petit St-Bernard (i).Au village de JPwi*- Serrant , ce torrent se joint à un autre qui vient du glacier de l'Oratoire, et qui coule dans un profond ravin sur lequel est un pont. Ce ravin ou crevasse peut avoir été un des précipices dan& lesquels tombèrent les soldats qui manquoient h chemin.

A dix milles au-delà du viU<^e de Là Tuiles le chemin moderne traverse la. Tuile sur un pont , c'est-^à<^dire ^ qii^il passe de \à rive gauche à la rive droite ; mais il retsarverse ce torrent deux au traia miUés plus bas. L'ancien chemin restait coostamiacnt sur la rive gauche ou il étott: exposé aUK avalanches qui descendent d'une pointe .de rochera élevée ^ et chaque année le chemin étoit emporté.

Pendant que le généml MelviHe étoit a rhospice , il s'étoit informé du Moine résidant , si Ton trouvoit dans la descente de la montagne , un endroit qui correspondit à ki description de Polybe. Le fiernardin lui ré-

(i) La Doire pcend sa source dans i'AUée bUnche.

pondit : vous serez satisfait , vous verrez ce mauvais bout de chemin en descendant.

Après que le général Melville eut passé le village de La Tuile, son guide lui dit : à présent nous approchons d'an endroit trèsmauvais , qui nous donne beaucoup de peine pour le réparer toutes les années, parce qu'il est emporté au printemps par des avalanches de neige. Lorsque le général Melville traversa cette montagne en 1775, le chemin étoit fait de troncs de sapins placés deux à /deux, suivant leur longueur, et applanis à la surface pour que le pied pût reposer de plat. Ce fut sur ces troncs d'arbre que le général , son domestique et ses mulets furent obligési de passer. Dans cet endroit le chemin sttivoit avec une pente douce le c^té escarpé d'une montagne, composé de rochers désu^ nis et pouvant s'ébouler facilem^it. D'après ces détails il est clair que le géncfral Melville avoit passé par l'ancien chemin. Il est trèsremarquable , dit l'auteur de la Dissertation, p. 7 i , que cette partie du vieux chemin qui étoit exposée aux avalanches, ait environ 900 pieds de longueur , espace qui s'accorde presque exactement avec le stade et demi de Polybe. Le stade , suivant Pline, étoit de 6;î5 pieds romains^ Bergier dit aussi

que les auteurs grecs et latins ont déterminé que le stade est égal à laS passas ou 626 pieds. Trois demi-stades feront donc 987 | pieds romains.

Il paroît.en outre d'après la nature du lieu, qu'il a toujours été exposé à ces accidens, car là le torrent fait un coude droit au-dessous d'une montagne poiatue très-élevée d'où descend une espèce de couloir ou de demi entonnoir, ensorte que les avalanches qui partent du sommet, suivent nécessairement ce couloir et se trouvent ainsi resserrées dans un espace.de 900 pieds environ. Cette coïncidence avec la description de Polybe, doit frapper les lecteurs les moins attentifs.

La position des lieux est toujours restée la même. depuis le temps d'Annibal , et les mêmes effets en sont résultés. Ainsi le 8 août 1792, lorsque DeSaussure traversa le Petit Saint^Bernard , il y avoit dans le même endroit des amas de vieille neige conservés depuis rhiver, formant des ponts sur le torrent. De même avant l'année 1 790 et au 8 août , M. Roche rapporte dans ses Notices hùtori-* ques sur les Centrons , qu'il avoit vu dans le même lieu de la neige de l'année précédente qui s'élevoit au niveau du chemin à

peu de chose près. Enfin un de mes amis traversant cette montagne au mois de mai 1822, vit que le profond ravin ou coule le torrent à dix minutes de La Tuile ^ étoit presque entièrement comblé de neige dont il évalua l'épaisseur à soixante pieds ; le torrent passant par dessous. Cependant Thivec précédent avoit été singulièrement doux et il étoit tombé peu de neige. Il observa que la conservation de la neigé dans ce ravin étoit due à trois caui^es^ savoir à sa grande accumulation par les avalanches , à sa position tournée vers le nord , et enfin à des rochers escarpés qui le dominent vers le midi 9 tellement que dans les grands jours le soleil n'y donne que pendant deux heures.

Il est possible qu'à l'époque du passage de l'armée carthaginoise, plus de deux mille ans auparavant , il y eut une phss grande quantité de neige accumulée , ou que le ra-* vin où coule le torarent , ne fut pas aussi profond qu'il l'est actuellement, ensorte que la vieille neige pouvoit s'élever davantage » et rendre ainsi plus apparente la possibilité de passer dessus comme sur un pont, et de gagner par ce moyen la rive droite dn torrent. Nous avons va que le chemin tmoderne

le traverse au-dessus de cet endroit, pour éviter la portion de Tancien chemin sujette aux avalanches.

Lorsque la tête de la colonne de Tarmée essaya de passer sur la vieille neige, celleci étoit recouverte de neige fraîche tombée tout récemment. Dès que les hommes eurent foulé aux pieds cette neige qui assuroit leurs pas, et qu'ils reposèrent silr la vieille qui étoit congelée, leurs pieds ne pouvant pas s'y enfoncer , ils glissoient et tomboient , parce que la pente étoit rapide ; ils étoient ainsi entraînés ou contre les parois du ravin ou plus bas dans le torrent: c'étoit probablement contre les parois du ravin que les soldats trouvoîent des racines auxquelles ils s'accrocboient pour se relever ou pour se soutenir* Les bêtes de socnme glissoient aussi et en faisant des efforts pour se relever, elle$ rompoient avec leurs pieds la croûte congé* lée de la neige, et se trouvoient prises comme dans une trappe. Il fallut donc renoncer^ cette tentative et rendre le chemin praticable le long de la face escarpée. On le construisit sans doute avec des troncs de sapins rangés parallèlement et soutenus par dessous avec d'autres. En parlant du travail

2o4 HISTOIRE

qu'il fallut faire , Polybe se sert d'ua mot qui signifie construire ou bâtir ; il dit aussi que ce chemin fut appuyé^ ce qui ne peut s'entendre que d'une construction en bois appuyée par dessous. Les arbres furent cou-r pés par les Numides , ou dans le bois qui est vis-à-vis de rendroit même , ou dans celui qui est au-dessous de Pont-Serrant. Il fallut un jour pour faire un chemin assez bon pour le passage des chevaux et des bêtes de somme et deux jours de plus pour le passage des éléphans.

La perte d'hommes et de chevaux dans cet endroit dut être très-considérable , car Polybe dit qu'à la descente des montagnes ^ la neige et les difficultés du chemin firent perdre à Annibal presqu'autant de monde qu'il en avoit perdu en montant ; or^ il ne pouvoit avoir éprouvé qu'une bien petite portion de cette perte pendant la! descente depuis le sommet du passage ju&qùfau village de Pont-Serrant»

Il seinbleroit, d'après le début du 56.® cbap. de Polybe, que pendant qu'on travailloit ai* chemin pour les éléphans, toute l'armée étoit restée à attendre tranquillement dan^i lès enviroas du village de La Tuile et de Saint-

DU PASSAGE DES ALPES, 2o5

Didier, et que ce fut le troisième jour après qu'Annibal eut achçvé le passage par le chemin dégradé , qu'il atteignit la plaine* Mais Polybe avoit dit plus haut qu'ayant fait en un jour un chemin assez bon pour les chevaux , Annibal les avoit fait descendre tout de suite dans les lieux qui étoient exempts de neige et qui leur oflDroient des pâturages, c'est-à-dire, dans les parties inférieures de la vallée d'Aosle; car il falloit beaucoup d'espace pour que six mille chevaux et les bêtes de somme qui avoient échappé, trouvassent des pâturages suffisans. Pendant le môme temps, la plus grande partie de l'infanterie devoît continuer sa marche le long de la vallée d'Aoste. Elle étoit obligée aussi de s'étendre beaucoup pour trouver de quoi se nourrir; et comme dans une vallée une armée ne peut marcher que sur une seule colonne, il falloit que les corps les plus avancés cheminassent toujours pour laisser des logemens et des provisions aux corps qui restpient en arrière.

Une autre raison tout aussi ipjiportante devoit accéléi:er la marchç de^ pren^iers corps , c'étoi.t celle^ de^ s'emparer du débou» ché de la yalléç d'AQS.te;^ ejtide former une

jonction avec les Insubres avant que l'armée romaine fût arrivée dans cette partie de ritalie. Car le général romain qui avoît débarqué à l'embouchure du Rhône pour s'opposer au passage de ce fleuve par l'armée carthaginoise, étant arrivé trop tard, s'étoit rembarqué avec ses troupes pour retourner en Italie le plus tôt possible , afin d'atteindre le pied des Alpes avant que l'ennemi eût accompli le passage de ces montagnes.

Ànnibal pouvoit craindre aussi que les Taurini qui étoient alors en guerre avec les Insubres ses futurs alliés , ne vinssent occuper Ivrée et les villages voisins , pour s'opposer à la sortie de son armée.

Il est donc évident que l'avant-garde ne dut point s'arrêter dans les environs de la ville d'Aoste, comme je l'avois supposé d'après le général Mel ville , mais qu'elle dut continuer sa route jusqu'au débouché de la vallée , et qu'elle y parvint le quinzième jour du passage total dés Alpes, lorsque les éléphans et les détachemens de Numides qui avoient travaillé au chemin , arrivoient à peine à la vîUe d'Aoste. Ensorte qu'au moment où toute l'armée s'arrêta pour prendre quelques jours de repos , elle occupoit non-

seulement la vallée entière , mais encore les environs d'Ivrée. Cette armée, malgré les grandes pertes qu'elle avoit faites , étoit encore composée de 26 mille hommes » dont tout au plus les deux tiers pouvoient trou* ?er des logemens dans cette vallée. Nous allons en donner une description succincte.

Pré^aint-Didier n'est élevé que de 44^ toises au-dessus de la mer. A cette hauteur la neige ne commence à tomber qu'à l'entrée de rhiver, il n'y en avoit donc point encore à la fin d'Octobre. A une demi-lieue au-dessous de Saint-Didier, on rencontre les premières vignes j bientôt après que Ton est entré dans ces vignes , la vallée devient plus large, plus riante ; on traverse de beaux vergers et des champs bien cultivés, au milieu desquels est situé le grand village de Marges. A une lieue et demie de Saint-Didier , on traverse le village de La Salle , bâti sur le penchant d'un grand vignoble. On arrive ensuite au bourg de Villeneus^e où la vallée s'élargit considérablement et prend un fond horisontal (i). On voit dans ce bourg plusieurs inscriptions romaines très-bien conservées.

(0 Vojagcs dans les Alpes, J* 9^*9 et 2297.

20 8 msTOiRÉ

La cité d'Aoste paroit avoir été considérable du temps des Romains , à en juger du moins par les murs d'enceinte , les restes d une grande construction et Tare de triomphe ; ce dernier est très-bien conservé. Cette ville est élevée de 3o3 toises au-dessus du niveau de la mer. Son ancien nom étoit Cordèle y suivant M. Chrétien de Loges, auteur à' Essais historiques sur le MontSt.Sernurd^ publiés en 1789. Les anciens Salasses disoient que CardeliLs^ fils de Saturne, accompagna constamment Hercule dans toutes ses expéditions, passa les Alpes avec lui, fonda Cordèle , ainsi appelée de son nom. M. Chrétien de Loges ajoute que ce fut après le retour d'Auguste des Gaules que Cordèle perdit son nom , et qu'elle fut appelée Augusta Prœtoria , ou Augustiola.

Jusqu'au village de Ifuz qui est à deux lieues et demie d^Aoste^ la vallée continue à être très-large et à fond plat. Deux lieues plus loin on arrive à la petite ville de Châ-tillon où la vallée est extrêmement large et forme, pour ainsi dire, un pays. Elle se rétrécit ensuite, et Ton arrive au défilé du Mont-Joi^et. Après ce défilé , qui a .une demi-lieue de longueur, la vallée s'élargit de

ÎDlï ï>àSSJ16E des ALPES. 309

«nmveaa à Verres ou Yerrex pour se rétrécir «DGore au village ije Bard , où commence tm autre défilé tjui se termiiie à Donas.

C'est ce défilé qui se nomme V Escalier d^An- ^ibal^ ainsi que le rapports le n}ar<piis de Pesay dans sa topographie, des grandes Alpes. Celte tradition paroit être ancienne , comme je vais le montrer par deux cUation^ y la première tirée de Luitprand, écrivain di^ «dixième siècle; cet auteur parlant dq package d'Artîulpbe «n France^ s/exprime ainsi: i^uod cemens Amulphus , quoniam per Ve^ ronam non potiUt , per Hannibalis çiam , ifuam Bardum, dicunt et Montent Joçis rq^er Aire voluit i c'e$l-à-dire , « ce qge voyant » Arnoipbe, il voulut revenir en arrière, y> non par la route de Vérone^ qu'il ne pour » voit prendre, mais par celle d'Apnitalv v q^'on, dit être par Bard et Mont-Joux,. >»

La seconde citation est tirée de Paul Jovç qui écrivoît vers le milieq du seizième. siècle.; cet auteur parlant des Alpes summœ du Gran^ Saint-Bernard 9 dit: Has rupes ignibusaçQT toque Hannihalem perfregisse ntulti opinan^ tur^ ut apud Barrum , ejus itineris pagum , perpetuo tanti ducis gloriœ monuménto , //^-

terœ ipsis cautibus inscriptœ signijicant ; c'est-

2 ï O HISTOIRE

» à-dIre , beaucoup de personnes pensent que » ce sont ces fochers qu'Annibal a brisés ï> par le feu et le vinaigre, ainsi que Tat- » testent des lettres gravées sur les rocs ?> mêmes pi^ès du village de Bard situé sur » cette route, monument éternel de la gloire » d'un si grand capitaine (i)* »

Le village de Bard €st situé entre deux rochers qui ne laissent entr'eux qu'un passage étroit; c'est ici qu^on entre dans un défilé bordé de rochers à pic très-élevés } et dont la longueur est d^une démi-lieue , se terminant au village de Donas^ près duquel le rocher a été taillé comme un mur. Au premier village , la rivière Doire tourne le tocher sur lequel étoit bâti le fort de Bard , et s'échappe par une crevasse qu'elle suit jusqu'à Donas.

Ces citations nous indiquent que Topinion généralement reçue, étoit qu'Annibal^ avoit passé par la vallée d'Aoste. N'est-îl pas digne de remarque que sur plusieurs points de la route que nous venons de suivre depuis Vienne

(i) Les citations, de Luitprand et de Paul Jore sont empruntées de M. Letronné. Journal ded sayaBS pour

1819, page 761.

Du PAS95VGE DES ALPiETS. , 2 H

^r le Rhône , la tradiUon du passage <l'Ânnibal se soit conservée ? Une semblable tradition ne se trouve nulle part- sur la route du Mortt'^Genèvre.

Peu après Donas «on arrive au village de Saint-Martin où se termine la vallée d'Aoste. Il y a ici un gros torrent qui vient se jeter dans la Doire et qui fait la limite ^nlre la langue françoise et la langUe piémontoise , car dans toute la vallée d'Aoste on parle le patois savoyard , ce qui nous fait présumer que de tout temps , les habitans de la Ta*rantais^ et ceux de cette vallée, se sont communiqués par le passage du Petit Saint* «ernard.

La distance de Saint^^Mar tiH à livrée est de trois lieues.

Reprenons le Journal de la marche et dés opérations de l'armée carthaginoise. Nous avons vu qu'elle avoit employé neuf jours Jpour atteindre k soîïimet des Alpes, depuis qu'elle étoit entrée dans cette graille chaîne de montagnes. Elk campa pendant deux jours, au , sommet du passage. I^Qus avons fait remarquer plus haut que. le, neuvième 30ur peut être compris dans les deux jours de repos , ensorte que l'armée auroit com^-

212 * «ÏSTOIKE

mencé à descendre dès le enzièmef joar. fi n'y avoit d'ailleurs point de temps à perdre, et une armée ne peut pas partir toute à la fois quand elle n'a qu'un chemin étroit poui* avancer dans sa marche. La tête de la colonne dut donc commencer à descendre plusieurs heures ^vant que Farrière-garde pût suivre.

Le 1 1.® jour fut employé à descendre aa village de La Tuik, à tenter de passer sur la vieille neige qui couvroit le torrent de la Tuile , et à commencer la réparation du chemin éboulé. Une partie de l'infanterie traversa ce mauvais pas le même jour.

Le 12^^ jour la cavalerie et les bêtes de somme passèrent et se distribuèrent dans les lieux qui leur oflBroient des pâturages et des fourrages ; les plus avancés durent arriver jusqu'à la ville d'Aoste.

Le 1 3.^ jour au soir , le chemin dégradé fut achevé pour ' les éléphans qui arrivèrent à Pré-Saint-Didier. Pendant le même temps Tavant-garde de Finfanterie et une partie de la cavalerie arrivèrent à Nuz qui est à faait milles d'Aoste.

^Le i4-^ jour cette avant-garde se trouva au village de Montjoie et à Verrex.

DU PASSAGE DES ALPES. ;2l3

lie r5.® jour entre Saint-Martin et Ivrée# Cest à Saint-Martin que finit la vallée d'Aoste, et c'est à une demi-lieue de ce riUa^ que Yoit découvre pour la première fais les plaines de Tltalie^On est sorti taut-* à-fait à^% montagnes que Ton est encorç à une lieue et demie dlvrée. J'ai ftiit remar^ quer que le quinzième jour l'avant-garde dévoit avoir atteint le dét>ouche do la val*lée, lorsque les éléplians étoient à peine arrivés à la ville d'Aoste». Annibal lui-même étoit sans doute resté à Pré-Saint- Didier pour surveiller et accélérer les travaux que les Nanûdes faisoient pour le passage des éléphant, et après qalls ei»ent tous passés » le général mit trois jours pottr attemdire 1^ plaine aux environs dlvrée.

Annibal accomplit sa marche depuis Câtih^g<ène jusqu'au pied des Alp^s » en cinq onois.^ U y a^ en effet ^ cet espace .de temps depuis la fin de Mai oix le commencement de Juin y époque de la moisson dans le royaume de Murcie, jusqu'au premier Novenibre, jour de l'arrivée de l'avant-garde au débouché de la vallée d'Aoste. L'armée se trouvoit alors en partie dans le pays des Sahssesj et en partie dans celugi des Libui

2 1 4 HisfoîRF

compris , à ce qu'il paroît , au nombre des»

Insubres par Polybe. Ptolëmée met les Salasses j ainsi que les Libui^ au nombre des Insubres, Ënsorle que Polybe a voit raisoQ lorsqu'il disoit que l'armée ayant accompli le passage des Alpes en quinze jours , entra hardiment dans les plaines qui avoisinent le Pd et dans le pays desinsubres (i). Il ajoute dans un autre chapitre qu'Annihal étant ar«

(i) Il éloll hors de notre sujet de parier de TétablUsetnent At% Gauloîsaa midi des Alpes; cependant ajant trouvé (ternièrement dans un ouvrage anglofs publié 2k liond'resen i834 (i), quelques mots (à-dessu« qui nou« paroîssent être le résultat de vastes recherches laites avec J>eauGQup de jBOÎn^.nous crojons devoir lestra^nscrire.; l'auteur pense que les Gaulois de Bellovesns qui attaquèrent Rome da temps de Tarqnin l'ancien et qv^i bâtirent Milan, étoient Goths et non Celtes. Les Insubri itôieot des Gaulots belges ou Goïhs belges; ce furent ceux-ci qui battirent les Eti!osqaes ei qni s'établirent en Italie. LesGoihs é^olent U nation guerrière et inrbalente qui chassa les Celtes devant elle en Europe et qui sousdilFircns noms et formes, a été la source principale de notre population.

Le même auteur pense que les Allobroges étoienit vne race Teuionique ou Germaine, et nullement Cehe^

(0 Par John Macculloch ^ M. D. F. R, ^*i «te ^ eic^

rivé en Italie arec son. armée ^ campa aa pied môme des Alpe& pour donner à ses troupes le temps de se rcHiettre de leurs fatigues.

Le pied des. Alpes est en effet au débouché de la vallée d'Âostc

Nous devons- maîntenanC , selon notre usage y donner le détail de la distance depuis le sommet du passage des Alpes^ jusqu'à Jleur pied, d'après les voyageurs modernes, et d'après lte& Rinéraires romains. En voieî le tableau :

lirOMS

UODEllNES.

TÏOMS

ûes Itinéraires

romains»

De VHo*piceÀU

Pré St.-Didier . .

La Salte ........

TUien^uye

Châliilon

Su-Marlia

Alpis GraÎA .. . .• Arebrigium . • . .

Distances d'après les [tio^raires

Aagusla Prœto#îà Vitricium

Distances en milles romains.

•7.jo

NoustSonfHnes à présent en étai^.die donner retendue du passage des Alpes depuis le viî-

2l8 HISTOmE

cité d'Aoste ou les deux routes du Gr^nd et du Petit Saint-Bernard viennent se rencontrer. La distance de Martîgny à Âoste n'est que de i6 lieues qui font 56 milles romains* L'itinéraire d'Antonin ne compte que 35 milles à'Augusta Prœtoria ^\x Sunir mum Penninum , et 25 milles de là à Oc* todurus j ou Martigny, en tout 5o milles auxquels il faut ajouter 35 milles ^pour 1^ distance d'Aoste à Saint-Martin . total 85 milles 5 nombre qui n'est guère que la moitié de celui assigné par Pplybe.

De même si Ton suit Tite-Live par TAlpe Cottienne ou le Mont-Genèvre et que Ton place l'entrée des Alpes à Briançpn , et Iç pieçl des .Alpes à Suze^ dans la vallée d'Exilles , la distance sera de 3o milles, npmbre qui s'écarte encore plus de celui de Polybe.

Indépendamment du grand intérêt attaçhç à la question qui nous occupe, la route que nous venons de tracer est sans contredit celle

qui offre le plus de beautés pictoresques.

Les vallées d'Aoste et de Flsère sont supérieures à toutes les autres à cet égard , et récompenseront amplement ceux qui prendront la peine de les visiter. Quoique ces

vallëes ne soient pas très-frëquentées par les étrangers , cependant les communications continuelles que les habitans ont entr'eux^ assurent aux voyageurs des moyens faciles de se transporter d'un lieu à un autre.

<Si(> HISTOIRE

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