WILLIAM PITT
devint le plus infatigable des prédicateurs en plein champ, et son journal, pendant un demi-siècle, ne nous parle guère que de nouveaux voyages et de nouveaux sermons. Contraint d’accepter des aides laïques pour son ministère, il sut faire de leur œuvre un côté nouveau et attrayant de son système. Son ascétisme des premiers temps ne se montrait plus que dans son éloignement de tous les plaisirs du monde, et cette aversion pour les côtés gais et joyeux de la vie qui forme le lien entre les méthodistes et les puritains.
Quand l’age eut calmé en lui la ferveur superstitieuse Me sa dévotion, son froid bon sens arrêta chez ses disciples les éclats d’enthousiasme qui avaient marqué le commencement du réveil. U appliquait toutes ses forces intellectuelles à fonder une grande société religieuse, qui donnerai* au nouveau mouvement une forme pratique et durable. Les méthodistes furent groupés par classes, ou lés réunit dans des agapes fraternelles, les membres indignes furent expulsés, et on nomma des ministres à postes fixes et des prédicateurs itinérants. Le corps tout entier était placé sous le gouvernement absolu d’une conférence de ministres. Mais, aussi longtemps qu’il vécut, Wesley dirigea seul la nouvelle société religieuse. « Si, par pouvoir arbitraire », répondait-il avec une simplicité charmante à ses adversaires, « vous voulez dire que j’exerce seul le pouvoir, sans l’aide d’aucun collègue, c’est certainement vrai, mais je n’y vois pas de mal. »
La nouvelle philanthropie. — La grande société qu'il fonda ainsi se composait de cent mille membres à sa mort et en compte aujourd’hui des millions en Angleterre et en Amérique; mais la formation de la secte méthodiste ne fut pas le résultat le plus important du réveil. Son action sur l’Eglise fut immense; elle arracha le clergé à sa léthargie, et le mouvement évangélique, qui trouva des représentants comme Newton et Cecil dans le sein même de l’Eglise établie, mit fin aux abus qui en faisaient la honte. Du temps de Walpole, le clergé anglais était le plus oisif, le plus indifférent du monde entier ; aujourd’hui, il n’est pas de corps religieux qui montre plus de piété, d’énergique philanthropie, aucun qui excite un respect plus général et plus grand. La nation tout entière fut saisie d’un nouvel enthousiasme religieux, qui, s’il paraissait souvent un peu rigide et pédant, n’en eut pas moins une influence bienfaisante sur les mœurs et mit fin aux débauches qui déshonoraient les classes élevées et aux obscénités qui, depuis la Restauration, infectaient la littérature.
Le réveil amena un résultat plus beau encore. C’est à lui qu’on doit l’œuvre (pie l’Angleterre n’a jamais cessé de poursuivre depuis et qui tend à remédier aux misères, à l’ignorance, aux souffrances physiques, à la dégradation morale des classes pauvres. Ce ne fut qu’à la suite du réve/l uesleyen que commença le mouvement philanthropique. Les