PUISSANCE DE LA PRESSE
Puissance de la presse. - Mais l’opinion publique s’exerça bientôt
J P ® meQ t par des m °y ens P lu s efficaces encore que l’agitation populaire . Nous avons vu que la corruption de la Chambre provenait en pait.e de ce que les votes étaient secrets. Mais à mesure que la nation pu p us d interet a . ses propres affaires, il devint plus difficile de garder ce secret Depuis 1 avènement de George, on avait publié sous le tftre de «Sénat de LUI, put » des rapports assez incomplets des plus importantes discussions ; on y désignait les orateurs par des initiales ou des noms imaginaires. Ces rapports, obtenus par fraude ou même écrits simplement de mémoire, étaient souvent inexacts, et l’on saisit ce prétexte pour entourer de plus de mystère encore les agissements parlementaires La I//1, les Communes décrétèrent qu’il était interdit de publier les débats, et six imprimeurs, qui bravèrent la défense, furent sommés de comparaître devant la Chambre. L’un d’eux, qui s’y était refusé fut arrête par le messager de la Chambre; mais cette arrestation amena un conflit entre la Chambre et les magistrats de Londres, qui déclarèrent la proclamation contraire aux lois, relâchèrent les imprimeurs et emprisonnèrent le messager pour arrestation illégale. La Chambre envoya le lord maire a la Tour, mais les acclamations sympathiques de la foule qui accompagnèrent le prisonnier prouvèrent que l’opinion publique était du cote de la presse. A la prorogation suivante, le lord maire fut relâché et I on renonça à empêcher la publication des débats parlementaires.
On vit rarement un changement de celle importance s’accomplir aussi tranquillement. Non-seulement la responsabilité des membres envers leurs commettants devint évidente et effective par la publication des débats, mais la nation elle-même put assister aux délibérations. Le peuple se mit à prendre un intérêt nouveau et toujours plus grand aux affaires du pays, et en suivant au Parlement ou dans la presse les discussions que taisaient naître toutes les questions importantes, il renouvela son éducation politique. L’opinion publique, recueillie et exprimée par les journaux, devint une force dans l’État, prit de l’influence sur les débats, et soumit les actions du gouvernement à un contrôle plus minutieux et plus constant qu il n avait été possible au Parlement de le faire.
Le rôle qu’elle était appelée à jouer donna à la presse une importance qu elle n’avait jamais eue. C’est de cette époque que datent les premiers giands journaux anglais. -Le Morrnng Clironicle, le Morning Posl, le Mornmg Herald, le Times, furent tous fondés dans l’intervalle qui sépare les premières années de la guerre d’Amérique du commencement de la lutte contre la Révolution française. Nous voyons dès lors le journalisme se transformer. Les scribes de Grub-strect furent remplacés par des publicistes d’une haute valeur morale et d’un véritable talent littéraire, et des philosophes comme Coleridge, ou des hommes d’État comme Canning, se servirent des journaux pour diriger l’opinion publique.
George III et l’Amérique. — Mais jusqu’ici ces influences ne se faisaient sentir que faiblement. George III put repousser dédaigneusement les conseils de Chatham, et il se lança dans une entreprise bien plus désastreuse pour l’Angleterre que la lutte contre la presse. Durant toutes les misérables complications des dernières années, ce qui avait irrité le Iloi au plus haut point, c’était précisément l’acte si noble qui avait évité une guerre entre l’Angleterre et ses colonies. Pour lui, les Américains étaient des e rebelles », et le grand homme d’Etat qui avait fait triompher leurs droits était une « trompette de sédition » . George, daîis sa correspondance avec lord North, déplore l’abrogation de l’Acte du timbre, (i Tout le monde sent, écrit-il , que c’est la fatale condescendance de 1766 qui a permis aux Américains d’élever leurs prétentions jusqu’à réclamer une indépendance absolue. » En Amérique, le vote avait été accueilli avec des explosions de joie, et considéré comme la fin de la querelle. Mais des deux côtés, il restait une .fierté blessée, une irritabilité qu’une main habile seule aurait pu adoucir; et, dans l’état de l’Angleterre, personne n’était capable de cette œuvre délicate. A peine la maladie de lord Chatham l’eut-elle éloigné des affaires, que la faible administration qui portait encore son nom était en contestation avec les colonies. L’assemblée de Xevv-York ayant refusé de fournir des logements aux troupes anglaises, on la suspendit, et pour affirmer la souveraineté britannique, on décida de lever des impôts d’une valeur insignifiante sur les marchandises importées dans les ports américains. L’assemblée du Massachusets fut dissoute à la suite d’une discussion sans importance avec son gouverneur, et Boston fut occupé quelque temps par des soldats anglais. Cependant, les remontrances des législatures de Massachusets et -de Virginie, et la baisse des fonds, publics, avertirent les ministres du danger de leur entreprise, et, en 1769, les troupes furent retirées et tous les impôts, sauf un, furent abandonnés. Le Iloi insista pour conserver l’impôt sur le thé, et son maintien suffit à empêcher le rétablissement des relations cordiales. Une série de querelles mesquines s’élevaient dans presque toutes les colonies entre les assemblées populaires et les gouverneurs nommés par la couronne, les colons continuaient à s’entendre pour ne rien importer d’Angleterre. Cependant rien ne faisait encore prévoir un éclat. En Amérique, l’influence de George Washington calma l’irritation de la Virginie,. Le Massachusets se contentait de quereller le^gouvernement et refusait d’acheter du thé tant que l’impôt serait maintenu. En Angleterre, Grenvillc lui-même, tout en approuvant l’impôt en question, renonça à toute autre taxe.
Le ministère du Roi. — Mais le Iloi était le maître souverain, et les attaques de Chatham en 1770 avaient achevé de discréditer le ministère. Ceux de ses partisans qui s’y trouvaient encore attachés résignèrent
leurs fonctions et furent suivis par le duc de Grafton. Il ne resta plus que la coterie de Bedford et les amis du Roi ; ils se réunirent autour du chancelier de l’Echiquier, lord North, et formèrent un ministère qui n’était, en réalité, qu’un bureau des affaires publiques sous la direction du Roi lui-même, a Non-seulement il dirigea le ministre , nous dit un observateur attentif, dans toutes les alfaires de politique extérieure et intérieure, mais il lui enseigna à conduire les débats au Parlement, lui suggéra les mesures qu’il devait prendre et lui indiqua quand et comment il fallait soutenir des motions ou s’y opposer. Le Roi se réserva le droit de patronage , s’occupa lui-même de l’administration dans tous ses détails, fixait la position relative et réglait les prétentions des différents ministres, magistrats et membres de sa maison, faisait personnellement les nominations et les promotions dans la magistrature anglaise et écossaise/et disposait à son gré des sièges et bénéfices de l’Eglise. 11 avait la haute main dans toutes les affaires militaires et décidait les mouvements des troupes. 11 donnait et refusait des titres, des honneurs, des pensions.» Cet immense système de protection servit à créer et à maintenir dans les deux Chambres une majorité dévouée au Roi, et nous en voyons les fruits dans la servilité de celte majorité, et surtout dans l’état de dépendjance absolue où se trouva réduit le nouveau ministère. De fait, George fût pendant douze ans son seul ministre, de 1770 à la fin de la guerre d’Amérique, et il porte la responsabilité des plus sombres heures de l’histoire d’Angleterre.
L’émeute de Boston. — Son plan bien arrêté était de saisir la première occasion pour revenir sur « les fatales concessions de 176(3 » . Une émeute vulgaire lui donna l’occasion qu’il cherchait. En décembre 1773, l’arrivée à Boston de navires anglais qui étaient chargés de thé excita au plus haut degré l’irritation des colons, bien décidés à ne pas en permettre l’importation. Une troupe d’hommes déguisés en Indiens montèrent à bord des navires et jetèrent toute la cargaison à la mer. Cette conduite fut blâmée par les partisans de l’Amérique en Angleterre aussi bien que par les propres chefs des assemblées coloniales, et Washington, comme Chatliam, était prêt à soutenir Je gouvernement s’il demandait une réparation. Mais une réparation ne suffisait pas au Roi, il voulait une répression sévère, et il repoussa vivement les propositions plus conciliantes de lord Nor ih et de ses collègues. Ils avaient déjà rejeté comme « oiseuse et vexatoire » une pétition de Rassemblée du Massachusets demandant la révocation de deux officiers publics qui avaient ouvertement conseillé l’abolition des libres institutions coloniales. Maintenant ils profitèrent de l’émeute, ils s’emparèrent du premier prétexte pour prendre des mesures rigoureuses. Un bill présenté au Parlement au commencement de 177 4 ferma le port de Boston à tout commerce. Une autre loi punissait le Mas-
sachusets en lui retirant les libertés dont il avait joui depuis rétablissement des premiers colons. Sa charte fut modifiée. Le choix. du conseil fut transféré du peuple à la couronne, et la nomination des juges confiée au gouverneur. Par une décision plus révoltante encore, le gouverneur fut investi du droit d’envoyer en Angleterre, pour être jugé, tout individu soupçonné d’avoir pris part aux derniers troubles. On envoya des troupes en Amérique pour appuyer cçs mesures de répression, et le commandant en chef, le général Gage, fut nommé gouverneur du Massachusets. Le Roi était au comble de la joie : « Le sort en est jeté, écrit-il triomphalement à son ministre. Les colonies devront me vaincre ou se soumettre. »
Du reste, il était persuadé que quatre régiments suffiraient à leur faire entendre raison, et que si on les attaquait résolument, c; ces lions deviendraient des agneaux » . Le Roi se trompait, et ce fut avec rien moins que de la douceur qu’on reçut ses décisions. Les divers Etats oublièrent toutes leurs jalousies devant le danger commun que couraient leurs libertés. Les mesures, que le Parlement avait prises contre le Massachusets, il pouvait les prendre contre les autres colonies, et il lui était possible de ruiner le commerce de tous les ports américains comme il ruinait celui de Boston. Les autres colonies prirent donc le parti du Massachusets, et toutes les législatures, sauf celle de Géorgie, envoyèrent des délégués à un congrès qui s’assembla à Philadelphie, le 4 septembre. Le Massachusets même agit avec plus d’audace encore. Aucun citoyen ne voulut accepter les nouvelles lois. Leur assemblée se réunit malgré le gouverneur, appela la milice aux armes et la pourvut de munitions.
Cependant la réconciliation était possible encore. Le congrès s’était montré plein de modération dans ses résolutions, car la Virginie était de tous les Etats le plus riche et le plus influent; et la Virginie, guidée par Il asliington, toute résolue qu’elle lût de s’opposer aux nouvelles lois du gouvernement, était restée attachée à la mère patrie. En Angleterre, les commerçants de Londres et de Bristol plaidaient chaudement pour la réconciliation ; et, en janvier 1775, Chatham se mit de nouveau en avant pour essayer de détourner une seconde fois le danger. Avec une élévation de sentiment tout à fait remarquable, il écarta toutes les demi-mesures et tous les compromis. « Ce n’est pas en annulant une feuille de parchemin, dit-il, que vous pourrez reconquérir l’Amérique. Vous devez respecter ses craintes et son ressentiment. » Le bill qu’il proposa, de concert avec Franklin, stipulait l’abrogation des dernières lois et garantissait le maintien des chartes coloniales. Tout droit d’imposition était abandonné et les troupe’s étaient rappelées en Angleterre. Une assemblée coloniale serait chargée de décider par quels moyens l’Amérique pourrait contribuer au payement de la dette publique.
L’indépendance de l’Amérique. — La proposition de Chatham fut
repoussée avec dédain par les Lords; une proposition de Burke, faite dans le même sens aux Communes, eut le même sort, et le Iloi rejeta de même une pétition de la cité de Londres en faveur des colonies. Ce fut le signal de la guerre qui devait amener, huit ans plus tard, la perte des colonies américaines pour la couronne d’Angleterre. Le congrès des délégués vota aussitôt l’organisation de la défense, ordonna la formation d’une armée et plaça George Washington à sa tête. Jamais caractère plus noble ne commanda a une nation. Washington avait des manières simples et sans prétention ; sa conversation était grave, courtoise, réservée. Sa sérénité calme frappait tous eeux qui l’approchaient; on se sentait en présence d’un homme entièrement maître de lui. Cependant son extérieur était loin de révéler tout ce qu’il y avait en lui de grandeur d'àme, d'élévation morale. 11 dominait sans en être atteint toutes les petitesses, toutes les passions mesquines qui l’entouraient, avec la majesté simple d’une statue antique. L’estime dont l’entouraient les autres planteurs de la Virginie, ainsi que l’expérience militaire qu’il avait acquise dans les luttes de la frontière contre les Français et les Indiens, ainsi que dans la désastreuse expédition de Braddock contre le fort Duquesne., furent les seules raisons qui déterminèrent le choix ->du congrès. C’est plus tard seulement, au milieu des souffrances et des difficultés de la guerre, que les colons comprirent peu a peu toute la grandeur de leur chef. Son jugement si sûr, son héroïque force d’àme, sa fermeté silencieuse dans les difficultés, son calme dans les heures du danger ou de la défaite s'imposèrent à leur admiration, aussi bien que la patience avec laquelle il savait attendre, et la promptitude et la force avec lesquelles il savait frapper. Toutes ses actions comme toutes ses pensées étaient dirigées par le sentiment du devoir dans la plus haute acception du mot. Libre de toute jalousie, de tout ressentiment, de toute ambition, son seul but était de sauvegarder la liberté de ses concitoyens, son unique désir était de se retirer à son propre foyer quand il aurait reconquis leur indépendance. Aussi le peuple tout entier fut-il inconsciemment amené à s’attacher à lui avec une foi et une confiance que peu d’hommes inspirèrent, et ses concitoyens l’entourèrent d’une vénération qui, aujourd’hui encore, s’impose à nous. Cependant l’Amérique ne réalisa tout ce qu’il avait été et ce qu’elle éprouvait pour son libérateur, que lorsque la mort eut posé son sceau sur lui. « Le premier dans la guerre, le premier dans la paix, le premier dans le cœur de ses concitoyens. »
Washington, plus que tout autre, représentait l’attachement du parti virginien à la mère patrie. Aussi le fait qu’il accepta le commandement prouve-t-il bien qu’aux yeux des plus modérés, tout espoir de réconciliation était perdu. La lutte commença par une escarmouche entre une compagnie anglaise et un détachement de la milice à Lexington; et, quelques jours plus tard , vingt mille colons apparurent devant Boston
L’INDÉPENDANCE DE L’A ME RI QU E (l 76 1 - 1 *ï 8 5) .
(avril 1775). Le congrès s’assembla de nouveau, se déclara le représentant des a colonies unies d’Amérique « , et se chargea du gouvernement. Pendant ce temps de nouvelles troupes, comptant dix mille hommes, débarquaient à Boston ; mais la milice provinciale s’empara de la langue de terre qui réunit la ville au continent, et ce ne fut qu’après une lutte acharnée qu’on réussit à la déloger des hauteurs de Bunker’ s Hill, d’où ils dominaient la ville (17 juin). Leur bravoure pendant cette journée mit fin à toutes les accusations de lâcheté qu’on avait lancées contre les colons. « Les Yankees sont-ils des lâches? » criaient les hommes du Massachusets aux Anglais en les faisant reculer à leur première attaque jusqu’au bas de la colline. Mais nous trouvons un courage plus grand encore dans la manière dont les conscrits de la milice supportèrent leurs souffrances. Ils étaient seize mille d’abord, mais leur nombre tomba graduellement a dix mille, mal nourris, mal armes, avec quarante-cinq cartouches seulement par homme; ils réussirent, sous la conduite de Washington, à tenir en respecta Boston les dix mille vétérans durant toul l’hiver, si bien qu'au printemps les Anglais prirent le parti de se rejeter sur New-York. C’est dans cette ville que l'armée anglaise, grossie encore par des troupes mercenaires venues d’Allemagne, s’était concentrée sous la conduite du général Houe. Pendant ce temps, le général américain Arnolds envahissait le Canada, d’où il réussit presque à chasser les troupes anglaises. Bien que son expédition échouât devant Québec, elle fournit une preuve nouvelle de la détermination et de l’énergie des colonies. Celles du Sud, les dernières à prendre les armes, expulsèrent leurs gouverneurs a la fin de 1775. Au commencement de 1776, lé Massachusets chargea ses délégués de demander la répudiation solennelle de l’autorité royale ; tous les ports furent ouverts au commerce de toutes les nations au mépris des Actes de navigation. Ces pas décisifs furent suivis du grand Acte qui ouvre l’histoire des Etats-Unis , la Déclaration de l’indépendance adoptée le A juillet 1776 par les délégués au congrès. On lit dans cet acte solennel les paroles suivantes : « Nous, les représentants des Etats-Unis assemblés en congrès, déclarons devant Dieu, notre juge suprême, qui voit la droiture de nos’ intentions, et publions solennellement que ces colonies unies sont et ont le droit d’être des Etats libres et indépendants. «
Mort de Chatham. — Les premiers triomphes des colonies furent bientôt suivis par des souffrances et des défaites. Houe, général actif à la tête d’une puissante armée, réussit à s’emparer de Long-Island par la victoire de Brooklyn au mois d’août; et Washington, dont l’armée était affaiblie par les désertions et les revers, et découragée par le peu de sympathie que l’État de New-York montrait pour la cause américaine, fut forcé d’évacuer New-York et New-Jersey, et de se rejeter d’abord sur l’Hudson, puis sur la Delaware. Le congrès se préparait à quitter Pliila-