‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 95 sur 187 · JACQUES ET UES UNIVERSITES · texte numérisé non relu

JACQUES ET UES UNIVERSITES

catholique, lord Bellasys, devint premier lord de la Trésorerie (organisée en commission après le renvoi de Koclicster) ; un autre catholique, lord Aruiidell, devint gardien du sceau privé; enfin un Jésuite, Petre, fut appelé au conseil. Tous les officiers qui refusaient d’approuver P abrogation du Test étaient successivement destitués. Au mépris des lois, le nonce du Pape était reçu à Windsor, en grande cérémonie.

Jacques ne put plus bientôt se faire d’illusions sur le mécontentement public. Les grands seigneurs tories, malgré leur attachement à la personne royale, étaient aussi ardents dans leur haine de la tyrannie que les whigs eux-mêmes. En allant à la messe, Jacques avait chargé un jour le duc de Norfolk de porter devant lui l’épée d’Etat : le duc s’arrêta à la porte de la chapelle : u Votre père aurait été plus loin « , lui dit le Roi. — « Le père de Votre Majesté valait mieux que nous, il ne serait pas allé plus loin. » Le jeune duc de Somerset reçut l’ordre d’introduire le nonce dans la salle d’audience des ambassadeurs : « Je ne peux obéir à Voire Majesté sans violer la loi » , répondit-il. — « Ne savez-vous pas » , lui dit Jacques avec colère, « que je suis au-dessus de la loi? « — « Vôtre Majesté peut-être, mais non pas moi » , répliqua le duc. Cette réponse le fit aussitôt destituer, mais le mouvement de résistance ne fit que s’accentuer de plus en plus. Malgré les lettres du Roi, les directeurs de la Charter House, qui comptaient parmi eux quelques-uns des plus grands seigneurs de l’Angleterre, refusèrent d’admettre un catholique a participer aux bienfaits de cette fondation. Les plus fidèles partisans du Roi commençaient à murmurer, lorsque Jacques exigea d’eux l’apostasie comme preuve de leur loyalisme. Désespérant de soumettre l’Eglise et les tories à sa volonté, il se tourna, à l’exemple de Charles U, vers les non-conformistes et publia en 1687 un e, Déclaration d'indulgence qui annulait toutes les lois pénales portées contre les catholiques et contre les dissidents, et abrogeait tous les décrets imposant le serment du Test à ceux qui aspiraient à remplir une charge quelconque dans l’Eglise ou dans l’Etat. Cette offre était tentante pour les protestants dissidents, cruellement persécutés depuis la chute de Shaftesbury, et l’on ne peut guère s’étonner qu’ils aient paru hésiter pendant un moment et aient envoyé à Jacques de nombreuses adresses de remerciaient. Mais la plupart d’entre eux, et surtout les chefs vénérés du parti, tels que Baxter, Howe, Bunyan, refusèrent cet Acte d’indulgence, qui ne pouvait être acheté qu’au prix d’une violation de la loi. 11 était évident que la tentative de Jacques de diviser les forces du protestantisme avait complètement échoué, et que le seul moyen d’arriver à ses fins était d’obtenir du Parlement lui-même le rejet de Pacte du Test.

Jacques et les Universités. — Les Chambres restaient absolument hostiles aux projets du Boi. Il renvoya le Parlement et en convoqua un nouveau. Mais il savait qu’un Parlement librement élu ne consentirait

LA SECONDE TYKAiVlVlE (l G82-1 G88) .

jamais à l’abrogation du Test. On pouvait, il est vrai, entraîner la Chambre des lords, en créant une nouvelle fournée de pairs. « 11 est possible*), disait le ministre lord Sunderland à Churchill, « qu’on fasse un jour appeler voire corps de cavalerie à la Chambre des lords. « Mais il était plus difficile d’avoir une Chambre basse complaisante à la volonté royale. Aussi les lords gouverneurs reçurent-ils l’ordre d’organiser l'administration* des bourgs électoraux de façon à assurer l’élection des candidats qui s’engageaient à voter l’abrogation de la loi du Test, et de se renseigner sur les votes des magistrats de chaque comité. La moitié refusa d’obéir, et un grand nombre de grands seigneurs, les comtes d’Oxford, de Shrewsbury, de Dorset, de Derby, de Pembroke, de Rutland, d’Abergavenny, de Tlianet, de Northampton et d’Abingdon, furent immédiatement destitués. Les magistrats répondirent à ceux qui les interrogeaient qu’ils voteraient selon leur conscience et enverraient au Parlement des hommes décidés à protéger la religion protestante. Malgré tous les règlements, on vit bientôt qu’il était impossible de former des corps municipaux disposés à faire nommer des représentants prêts à se pliera la volonté "royale. Aussi tout projet de réunir un Parlement fut-il abandonné, et les courtisans les plus bigots conseillaient eux-mêmes la modération en présence de l’hostilité passionnée que Jacques devait s’attendre à rencontrer chez les lords, dans la petite noblesse et les classes commerçantes.

Le clergé seul hésitait à se mettre en révolte ouverte contre le souverain ; même les actes de despotisme de la commission n’avaient pu détacher de la couronne ceux (pii prêchaient tous les dimanches l’obéissance passive envers le pire des rois. Mais Jacques voulait plus que l’obéissance passive. Le clergé refusant de soutenir ses plans, il se considérait comme dégagé de ses. promesses envers l’Eglise établie, et il résolut de l’attaquer dans les grandes institutions qui lui avaient servi jusqu’à présent de forteresses. (Ligner les Universités au catholicisme, c’était s’emparer des seules maisons d’éducation dirigées par le clergé anglican. Cambridge cependant échappa assez facilement : un Bénédictin qui s’était présenté avec des lettres royales le recommandant pour être élevé au grade de maître ès arts, fut repoussé sur son refus de signer les articles; le vice-chancelier paya de la perte de sa dignité cette injure faile au Boi. Mais Oxford se trouva en butte à une attaque beaucoup plus violente et plus acharnée. Le directeur de Univcrsity College, qui se déclara converti, fut autorisé à conserver ses fonctions, au mépris de la loi, et Massey, catholique ardent, se présenta avec l’appui de la couronne comme candidat au décanat de Christ Church. Magdalen , le plus riche collège d’Oxford, ayant perdu son proviseur en 1687, Jacques recommanda un certain Farmer, catholique ardent, mais de mœurs scandaleuses, et qui n’avait pas même les titres nécessaires pour remplir cette charge. Les fellows protestèrent, et, sur le refus du Roi d’avoir égard à leur protestation, choisirent l’un d’eux, nommé 11 ou gb, comme directeur. La com-

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