‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 3)Chapitre 139 sur 274 · Néh., XII · texte numérisé non relu

Néh., XII

i90 HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL.

tion des grandes fortunes, d'arrêter le développement industriel et commercial à la façon tyrienne. Les Juifs ne sont devenus riches que quand les chrétiens les ont forcés à Têtre, en leur interdisant la possession de la terre et en leur confiant les affaires d'argent auxquelles les fausses idées qu'ils avaient eux-mêmes sur le prêt à intérêt les rendaient absolument impropres.

L'état intellectuel était en pleine décadence. L'état moral n'était pas meilleur. Dès cette époque reculée, tous les défauts qu'on reproche aux Juifs modernes se font jour. A la fois bas et dédaigneux vis-à-vis des puissants, les Juifs de l'époque persane nous paraissent susceptibles, sensibles à la raillerie, cruels quand ils croient qu'on se moque d'eux*. D'un amour-propre très exalté, ils répondent à une plaisanterie par la haine. Leur ambition est mesquine. Ils ne visent pas à être satrapes; mais ils s'arrangent pour être dans la faveur du satrape. Néhémie veut à tout prix avoir été échanson du roi; c'est là pour lui une façon de se donner de l'importance. Les anavim, gens de paix, gens d'Église, non militaires, ont toujours besoin de se couvrir de commissions officielles octroyées par

1. Néh., IV, 1-5; vi, 14. Comparez les atrocos massa d'Ézochiel contre les peuples qui ont ri dMsraël.

un pouvoir militaire; ils prennent la force là où elle se trouve. Ah ! pauvre humanité !

A aucun degré Juda ne pouvait être une force mihtaire; c'est là surtout ce qui lui manque; or, sans cela, il n'y a pas d'État. On ne fait pas le soldat avec la promesse des récompenses temporelles. Il lui faut l'immortalité. A défaut du paradis, il y a la gloire, qui est aussi une espèce d'immortalité. Le soldat de Napoléon se disait bien qu'il serait toujours un pauvre homme ; mais il sentait que l'épopée à laquelle il travaillait serait éternelle, qu'il vivrait dans la gloire de la France. Le Grec savait que sa gloire serait celle qui se perpétuerait le plus longtemps dans la mémoire des hommes. La bravoure du Gaulois tenait à ce qu'il n'admettait pas de différence entre la vie et la mort. Le Russe et le Turc croient à un paradis chimérique qui les attend, s'ils tombent sur le champ de bataille. On se fait tuer dans ces conditions-là. Le mitnaddeh, ou volontaire du vieil Israël, était un brave à sa guise; ce n'était pas un calculateur religieux, accomplissant le bien parce que lahvé devait le lui rendre. Le piétisme juif est trop réfléchi; il a pu faire des martyrs; il n'a pas fait d'armée. Les seules races qui ont fait de grandes armées sont celles qui ont cru à l'immortalité. Le Juif, le

jour de la bataille, ne songe qu'à s'échapper*, offre sa bourse au soldat qui va le tuer, et, voyant que ce moyen ne réussit pas, il trouve mauvais un jeu où l'homme sage n'a pas tous ses moyens, et il ne va plus à la bataille^

On eût dit que la destinée d'un peuple, s'enfonçant ainsi dans les idées les plus étroites, n'avait plus aucune issue. La fin d'Israël a l'air de coïncider avec le moment du plus grand éclat de la Grèce. Esdras et Néhémie répondent au siècle de Périclès ; ils sont contemporains d'Hérodote, d'Eschyle, de Socrate, d'Hippocrate. Pendant qu'Israël accepte avec joie le joug des Achéménides, que lahvé est tout occupé à tourner en faveur de son peuple le cœur du grand roi, qu'un Juif est fier d'être échanson, valet, espion du roi de Perse, la Grèce résiste h mort, bat Darius, Xerxès, Artaxerxès, et sauve la civilisation. L'histoire d'Israël, si elle n'avait fait que continuer Esdras et Néhémie, aurait été celle d'une secte musulmane rigoriste, celle d'un khotian puissant. Mais à côté de la Thora est le volume prophétique. On le lira presque autant que la Thora. On y puisera la soif de l'avenir. Ces oracles obscurs

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